Impressions de Marche des Fiertés nantaises

   Marche des Fiertés millésime 2014

Après deux années mobilisées par la bataille pour le mariage homo, la marche millésime 2014 a pu sembler un peu fade…
Gay Pride ParadeUne sorte de marche interlude…entre deux Marches. Pourtant ses mots d’ordre étaient de premier ordre : la PMA autorisée pour tous les couples en France, des droits pour les transgenres. Certains auraient ils osé penser :  « maintenant que notre droit au mariage homo est acquis, pourquoi donc se battre pour les droits d’autres personnes LGBT un peu plus minoritaires que sont les lesbiennes et les transgenres ? «  D’où une marche d’apparence tiède malgré le soleil. Ce d’autant qu’un pouvoir, malmené et facilement impressionnable par des serre-têtes et mocassins roses et bleus prompts et malheureusement efficaces à déployer leurs foules nauséabondes, lgbtophobes, éructantes et souvent intégristes, ne s’engagera sans doute plus pour d’autres lois pro LGBT…
Cette année la marche aura donc surtout eu un accent de dance floor urbain ensoleillé, parsemée de revendications lointaines…
Le village associatif avait pourtant de beaux atours avec ses associations festives, militantes, ses syndicats et Pierre en attaché de presse efficace de David et Jonathan au pied d’une Tour de Bretagne dressée tel un totem LGBT improvisé…
Guidé par une troupe de motards vrombissant, le défilé s’est donc ébranlé sur le macadam nantais. A votre droite, des commerçants souriants sur le pas de leurs boutiques attirés par nos décibels. A votre gauche, des visages coincés affectés de nous voir ainsi oser battre en nombre le pavé au grand jour…
Une guirlande de CRS faisant écran, nous apercevrons aux côtés de l’église St Nicolas une poignée d’irréductibles croisés gaulois masqués, extrêmes droitistes, prêts à défendre leur paroisse. Contre qui ?… Mon pauvre saint Nicolas, ce ne sont pas là des cadeaux spirituels !… Peut être aurions nous dû leur filer une poignée de flyers déjistiques par soucis d’éducation spirituelle… Ce fut fort heureusement la seule apparition de fâcheux de l’après-midi et elle n’aura pas réussi à stopper notre périple militant marchant, dansant, marchant, revendiquant, marchant, s’embrassant, marchant, s’enlaçant, marchant, vivants !

Téo

La tentation de la visibilité

   Chaque année, c’est le même scénario, je me demande pourquoi, je m’en veux, je m’engueule…
Rien n’y fait, ça recommence…Quoi recommence ?
La tentation de la visibilité. La sensation de l’impossibilité.

Pourtant, la liberté est là, en marche, s’exprime en slogans, pancartes, gestes amoureux ou amicaux, cernés d’arcs-en-ciel même en plein soleil. Chaque année, je marche un pas sur le bitume, un pas sur le trottoir, un pas fier, un pas honteux, un pas sûr, un pas en danger, un pas en avant, un pas en arrière, un pas dans le visible, un pas dans l’ombre,…
Comment me détacher de cette angoisse de danger réel ou imaginaire ?…
   Et si le jour d’après quelqu’un disait m’avoir vu marchant sur le bitume parmi des arcs-en-ciel. Mon marcher vrai d’un après-midi serait il la source de tant de dangers ? J’en ai le droit. Je n’ai rien fait de mal. Et pourtant, une sorte de paralysie vient s’immiscer dans mes pas ; m’imposant une réserve, une prudence à l’insu de mon plein gré. Marche à droite, marche à gauche, évite le milieu si ce n’est quelques entrechats furtifs pour faire comme si…
Ce serait plus simple, si simple si je pouvais placer mon esprit au-dessus de tout cela pour un après-midi. Juste être moi, fier, militant, debout, l’estime de moi à un niveau plus convenable qu’à l’accoutumée. Et alors, tant pis si mes pas croisent un terrien mal intentionné, l’esprit sclérosé, avide d’aller colporter ma Différence au vent de la rumeur…
Si tout pouvait être aussi simple que cela ?
   L’an prochain peut-être…

 

Téo