Je suis Charlie

  J‘aimais Charlie hebdo comme une friandise (parfois un peu « épicée », mais qu’importe).
J’aimais y retrouver les fidèles au poste, témoins d’une époque, vieillis sous le harnais mais encore si étonnamment jeunes.
Je feuilletais régulièrement le journal, attirée par tous les dessins, retenue par quelques écrits, en résonance avec un style, une sensibilité. Je pense à Cavanna en son temps, à Patrick Pelloux plus récemment… sincérité, fraternité, humanisme… J’appréciais globalement et séparément selon les trouvailles du moment : Cabu, Charb, Wolinski, Honoré, Tignous… Ce bouquet de talents réunis, c’était l’esprit Charlie
Derrière les blagues de potaches, l’impertinence et la verdeur, c’était l’esprit d’enfance, celui qui ne craint pas de dire tout haut que « le roi est nu » face au pouvoir en place, quel qu’il soit.
A l’œuvre aussi, l’esprit voltairien, avec cette nécessaire lucidité iconoclaste pour démystifier tout ce qui doit l’être.
Apparemment facile, cet humour n’était jamais lâche. Il ne tapait ni sur les faibles, ni sur les plus traditionnellement moqués (minorités…). Au contraire, à travers les écrasés, il visait les mécanismes de l’asservissement et de l’oppression: institutions, sectarismes, clans haineux…
Grotesque et caricatural ? Mais c’est le monde qui est ainsi, avec l’écart de ses injustices, ses abîmes de misère, ses sommets de vanité et ses crises de violence. C’est le monde qui est souvent indécent et qui grince de partout. Humour noir, jamais gratuit, qui s’amuse de l’horreur pour la rendre VISIBLE. Seul moyen parfois pour répondre à l’absurdité du monde et faire ouvrir les yeux.
Humour complexe aussi et qui suppose recul et référence (culturelle, politico-sociale)…inaccessible aux beaufs du premier degré.
Humour ravageur tant il est vrai que satire et parodie ont de tout temps été des armes de choc, au service du changement.
Le ridicule tue aussi avec un crayon, et c’est ce que perçoivent confusément les bas du front, les robots-tueurs à pensée unique ripostant avec des fusils. Mais dans la mémoire collective persiste le rire de Gavroche assassiné sur la barricade…
Je termine en vous invitant à lire ce poème écrit par l’amie d’une amie qui écrit de belles choses dans l’anonymat.

Madeleine

Et tu croyais m’assassiner…
Mais je suis intouchable
Je glisse entre tes armes
Et tu croyais m’assassiner…
Mais je suis immortelle
Et tu croyais m’assassiner
Mais je suis éternelle
Le Phoenix renaît de ses cendres
Moi je ne renais pas
Je ne meurs pas
Derrière tous les barreaux du monde
Je suis là et je Vois
Face à tous les bourreaux du monde
Je suis là et je Vois
Au fond de tous les coeurs brimés, je vibre
Au fond de tous les corps brisés, je vibre
Impalpable
Je me déploie
Toujours je préside à la vie du monde
Toujours je préside au grandissement de l’homme
Sans moi l’homme périt
Je ne l’abandonnerai pas
Sans moi l’homme s’assujettit
Je ne le permettrai pas.
Je plane sur l’univers
Irrémédiablement
Je nourris ses pensées
Je pulse son sang et palpite en son coeur
Je suis son âme
Je suis la LIBERTÉ
Et toi qui croyais m’assassiner

As-tu sondé
Au plus profond de toi, où est ta liberté?
Et tu croyais m’assassiner…

G