Fin de parenthèse

   Définition internet du mot « parenthèse » ou « mettre entre parenthèse » : « Ne pas évoluer dans son existence, mettre un terme à une relation de couple (Int.)» Cette parenthèse, à moi, aura duré…23 ans, presque un quart de siècle. Et le retour n’en fut que plus étonnant, un étrange ressenti, l’impression de revivre des émotions et des rencontres comme « laissées en attente », du déjà vu mais on ne sait plus où… La mémoire est un tel capharnaüm ! Bien sûr, les cheveux ont grisonné, lorsqu’ils ne se sont pas simplement effacés ; les attentes, ne sont plus tout à fait les mêmes, et si on a encore, parfois, le goût à prendre parti, il arrive maintenant, plus souvent, qu’on en prenne son parti !
Une fois le passé passé, il reste l’inamovible : les sourires, la gentillesse, la main tendue, ou la joue, le regard qui suit, qui dure, interpelle… Et puis une tête qui se dresse : «  Ah ! c’est toi B. ! » Tiens, on me connaît ? Pourtant je n’ai pas fait de bruit. Qui peut bien me connaître ? Et me voilà des leurs, moi qui longeais les murs, désireux plus d’observer que de l’être. Il y a une brise Atlantique qui souffle sur cette famille-là. Mais déjà ils ne sont plus, mêlés au vent du nord, au Mistral ou à la Tramontane ; des gens qui passent et repassent en un fraternel va et vient. Ça bruisse, ça crisse et appelle dans cet immense réfectoire où je ne serai jamais laissé pour compte, retrouvant l’amicale complicité des partages de jadis, que le rythme très étudié de la journée qui court va défaire, lorsque se vide soudain le lieu et que chacun s’éclate en atelier. Comme autrefois. Mais cette fois-ci, je n’aurais pas droit au « T’en es encore là ? » jadis lâché avec sarcasme par un flamboyant voisin de vingt ans à qui j’avais dit avoir choisi celui du « Coming out » ! C’était … jadis, j’en avais trente-huit !
Aujourd’hui, le Bonheur se conjugue « du plaisir à la joie » ; on « ose la rencontre de l’autre par un toucher bienfaisant », on dissèque en atelier « le Plaisir Physique », on court après le bonheur – mais faut-il vraiment courir pour l’approcher ? – On distille les parfums pour initier la fête.
Fête : le mot est jeté. Il sera fil conducteur de ces jours, celui de tous les excès, de toutes les libérations du corps et de l’âme, parait-il. Et si c’est un psychologue bavard et à cheveux longs qui le dit, c’est sûrement vrai, appuyé dans ses propos par des témoignages, parfois émouvants. Cette fête, je n’y participerai pas, drainant depuis toujours une timidité et une pudeur à exprimer ces choses indicibles issues des antres. Bercé d’un lointain rythme, je retrouve, les soirs, le silence de ma cellule monacale ouverte sur un verger en fleur qui s’estompe dans la nuit.
Il y a les découvertes de l’autre, les incroyables morceaux de vie révélés, le désir de se revoir pour plus encore partager. Il y a surtout – enfin ! – cette présence féminine, quasi inexistante jadis, et que j’appelais alors de mes vœux mais dont personne ne semblait s’étonner. A l’heure des bêlements intéressés de nos politiques pour les quêtes paritaires, quoi de plus normal, non ? Enfin, comment oublier cette poignante célébration œcuménique qui souda les genres présents, cette communion et ces chants comme émis d’une seule voix, avant que ne s’achèvent ces heures réconfortantes pour l’âme, rassurantes pour des lendemains qui devront chanter, même si le plus grand nombre retrouvera sûrement ses solitudes habituelles, déchirées le temps d’un week-end froid mais ensoleillé, par une grande bouffée d’optimisme et, disons-le, d’Amour partagé.

B.