Impressions de Cinepride 2017

En guise d’apéritif, regardons la belle bande-annonce du festival de films et documentaires LGBTI Cinepride 2017 qui s’est déroulé au cinéma Le Katorza à Nantes du 9 au 14 mai 2017  :

Après cet apéritif prometteur voici les impressions de déjistes nantais sur une poignée de films.

Les impressions d’Annette

« Hunky Dory » de Michael Curtis Johnson (USA) 2016

   Ce film retrace les galères d’un artiste raté qui, la nuit, se livre dans un spectacle de drag queen. Il est intéressant pour le traitement de l’entourage familial et amical de cet homme. Au fil du film seront évoqués plus ou moins rapidement : le grand père, le fils, l’ancienne copine, la nouvelle copine, la mère de l’enfant perdue dans la drogue, les amours homos plus ou moins récents et intéressés. Le film étudie aussi le rapport à l’argent ou plutôt les relations tarifées. Comme notre héros est toujours à court d’argent, il se sert tout simplement sans complexe de son corps pour y remédier pour quelques billets. Il y a apparemment longtemps que toute delicatesse l’a quitté ; il va même jusqu’à reclamer à une vieille relation le remboursement d’une soiree vécue avec elle quatre ans auparavant !
  Physiquement, notre drag queen est très grande, maigre avec une dégaine de cowboy. Elle n’a rien de sexy, elle est plutôt pitoyable mais quand même attendrissante. Malgré tout cela, son visage est beau avec ses yeux verts et moi, je suis fascinée par ces êtres quand ils jouent sur le registre de la séduction et je ne m’en lasse pas de les regarder jouer des paupières avec des regards langoureux et prometteurs !!!

« Apricot groves » de Pouria Heidery Oureh (Arménie) 2016

   Ce film retrace de l’enfance à la maturité et au mariage, l’histoire d’une petite fille qui se vit de sexe masculin. Une partie de l’histoire se passe en Arménie. On y découvre de jolis paysages, des rapports extravertis, des demeures simples : j’ai apprécié.
  Par contre, j’ai trouvé beaucoup de lenteurs et , je ne comprends comment un amour a pu naître entre ces deux personnes ! ( Le film ne le dit pas.)
J’ai ressenti un sentiment de malaise car les parents ne me paraissent pas au courant de cet amour… Et, quand même, tout ce non dit m’a gênée !
Je reste aussi étonnée que l’Iran, ce pays si rigide dans les rapports femmes hommes ait un regard si tolérant pour les personnes trans.

Annette

Les impressions de Téo

D’Italie en Arménie

   Chaque année, mai revenu, on l’attend comme une promesse.
Chaque année, elle est différente, diverse, multiple, surprenante.
Chaque année, on guette la parution de son programme, sa bande-annonce, le graphisme de son affiche ; sera-t-elle belle, provocante, consensuelle ou ratée ?
Chaque année, on parcourt son programme en se disant : celui-ci on ira, celui-là on s’en passera, ceux-ci on évitera.
C’est ainsi, chaque année, quand revient la Cinepride le festival du film LGBT nantais.
Cette année, après l’examen minutieux du programme, j’aurais tant aimé m’embarquer à nouveau avec Priscilla pour une folle aventure sur les pistes australiennes. Mais, horaire trop tardif, abstiens toi…
Alors, à défaut de voyage océanien, ce sera l’Italie avec « One kiss » en compagnie de 3 ados puis, l’Arménie avec « Apricot groves » avec un trans ftm (transgenre femme vers homme).
J’ai apprécié ma première escale cinématographique italienne « One kiss ». J’ai aimé partager ces moments d’amitiés entre ces 3 jeunes, deux garçons et une fille, Lorenzo, Antonio et Blu (prononcer « Blou »), chacun différent, un peu marginaux mais soudés face à un milieu scolaire normatif, dans des atmosphères familiales pesantes. Leur amitié, empreinte de légèreté quand elle se fait dansante, projetant du bonheur dans l’air du temps avec papillons et fleurs multicolores, m’a agréablement enthousiasmé. Mais, leur bonheur apparent, virevoltant, vécu à 100 à l’heure, cache sous le strass et les paillettes, des apprentissages amoureux tourmentés, des relations scolaires violentes et des dialogues intra familiaux compliqués. La violence des mots et des maux qu’ils subissent de la part de leur environnement apparaît dans les paroles des lycéens qu’ils côtoient, dans les insultes graffitées sur les murs du lycée ou, époque oblige, sur les réseaux sociaux qu’ils fréquentent. Lorenzo est un homo extraverti qui, en apparence, semble l’assumer. Blu vit des amours tumultueuses qui affecte sa réputation au lycée. Antonio, hanté par le décès de son frère dans un accident, se noie dans le sport dans une atmosphère familiale terne et taciturne.
Dans une vie pulsée par la musique de dance floor et enivrée de longs plans-séquences en vespa, tout semble aller pour le mieux ou le moins pire jusqu’à ce que les sentiments, leurs sentiments finissent par s’emmêler, s’entremêler puis se brouiller. Des sentiments que l’on avait perçu furtivement, peu à peu, évoluer au fil du film entre deux mots. On sent bien qu’Antonio est attiré par Blu, que Lorenzo voudrait se rapprocher d’Antonio mais rien ne se fait…tout n’est qu’intentions cérébrales, sous-entendus… Et tout va bien comme ça. Mais quand Lorenzo ose exprimer son amour homosexuel naissant pour Antonio par une caresse affective au détour d’un bain à la rivière, tout se précipite et le trio bascule. Alors, l’harmonie du trio va se briser. Tant que ce jeu amoureux n’était fait que de possibles, d’envies rêvées sans présent, de jeux de rôles, de regards sans touchés tout allait bien. Mais, il a suffi d’un geste, de cet élan amoureux furtif pour que tout se fissure, se fracture et pour finir par exploser dans les têtes, les corps et les coeurs avec armes, sang et larmes.

   Que dire du second film arménien « Apricot groves »…si ce n’est du mal… Mais que vient il donc faire dans cette galère. « Il » c’est un trans ftm arménien parti étudier (on le suppose) aux Etats-Unis et qui revient costumé et cravaté en Arménie avec son frère pour retrouver sa petite amie et la demander en mariage à sa famille. Une petite amie et des parents qui n’ont pas vraiment l’air d’être si enchantés que cela de le rencontrer. Le connaissent ils seulement lui et…sa différence ? On n’en sait trop rien… Rien n’est vraiment crédible dans cette histoire avec cette lenteur lancinante et poussiéreuse commune aux films arméniens, iraniens. Mais, le pire est pour moi à venir quand, à la fin du film, Aram ôte costume et cravate et s’auto contraint à revêtir une tenue voilée, le regard perdu dans le vide au passage de la frontière iranienne quand il part se faire opérer en Iran… Un Iran montré comme une sorte de « paradis chirurgical pour personnes trans » !
   Insupportable !
Être parti des Etats-Unis pour tout ça… c’est tellement imbécile…
Bref, selon moi, un film invraisemblable, incompréhensible, affigeant qui à la fin soulève le malaise…

Téo