PMA pour toutes les femmes : après le temps de la réflexion, le temps de l’action

    Quatre ans après l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples de même sexe, et le gel du volet concernant l’ouverture aux couples de femmes de la procréation médicalement assistée (PMA) dans un contexte de débats houleux, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a rendu un avis attendu.
David & Jonathan salue la prise de position du CCNE en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes [1].Une telle mesure viendrait mettre fin à une rupture d’égalité discriminante : la différence de traitement entre les couples hétérosexuels et homosexuels face à l’accès à la PMA.
Nous regrettons toutefois que l’avis du CCNE ait été rendu sans consulter les associations des personnes concernées. Des termes ambigus persistent et une distinction continue d’être faite entre la demande de couples hétérosexuels et celle des couples de femmes.
Si l’on considère, que « l’ouverture de la PMA à des personnes sans stérilité pathologique peut se concevoir pour pallier une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles »,pourquoi distinguer la prise en charge financière, qui « pourrait prendre la forme d’une contribution partielle au coût du service public », alors que la gratuité complète resterait assurée pour les couples hétérosexuels ?
Nous serons attentifs-ves à ce que le Gouvernement traduise dans la loi l’avis du CCNE pour faire avancer le droit, mais aussi à ce qu’une discrimination n’en remplace pas une autre.
Dans ce contexte, David & Jonathan, mouvement homosexuel chrétien ouvert à toutes et tous, déplore la prise de position de Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes [2], tentant une fois de plus de peser sur le pouvoir politique en donnant des gages à la « Manif’ pour tous » [3]. La réaction précipitée de Mgr Pierre d’Ornellas , dès le lendemain de la publication de l’avis du CCNE, alors qu’il prétend « ne pas réveiller les divisions françaises », ré-arme en réalité le discours de réseaux confessionnels très minoritaires, hostiles aux droits des personnes lesbiennes, gays, bi et trans (LGBT). Nous notons avec surprise la tentative individuelle de certains acteurs religieux de disqualifier l’institution du CCNE quand il s’oppose à leurs vues.
Par ailleurs, Mgr d’Ornellas parle du respect des personnes et demande « une France (…) qui refuse toutes les « violences » faites aux personnes et au tissu familial ». Ne pas prendre en compte la réalité de millions d’enfants qui vivent dans des familles différentes du modèle donné dans la doctrine de l’Eglise catholique (familles recomposées, monoparentales, de parents LGBT, etc.) est une violence faite à ces familles.
Pour « susciter une nouvelle confiance mutuelle malgré des désaccords », il nous semble essentiel de permettre un dialogue serein et respectueux autour du témoignage de vie des personnes les plus directement concernées. La réalité des familles homoparentales est pleine d’histoires d’enfants heureux et épanouis, qui trouvent dans leur entourage des référents masculins et féminins.
Nous saluons par contre les différentes initiatives pastorales menées dans des paroisses et des diocèses catholiques, pour accompagner la diversité des parcours de vie et des familles, un signe encourageant qui montre un changement d’attitude possible, comme y invite d’ailleurs l’exhortation apostolique du pape François « Amoris Laetitia ».
Nous considérons que le temps de la réflexion s’est achevé avec les quatre années passées par le CCNE pour rendre son avis. Le débat sur la question de la PMA a déjà eu lieu en France: la « Manif’ pour tous » avait déjà, en 2013, largement mis, de manière polémique, ce sujet au cœur des discussions, pensant faire ainsi échouer le vote en faveur de l’ouverture du mariage civil et de l’adoption aux couples de même sexe.
Aujourd’hui, 60% des Français sont favorables à la PMA pour les couples de femmes [4].
Nous affirmons donc qu’après le temps de la réflexion, est venu le temps de l’action et nous demandons au Gouvernement de traduire dans la loi l’ouverture de la PMA à toutes les femmes !

Le Bureau national de David & Jonathan
Anthony, Christian, Denis, François, Marianne, Marie-Céline,
Marie-Hélène et Sébastien