« Tom of Finland » de Dome Kanukoski (2017)

Ses dessins, je les avais déjà croisés au hasard d’un effeuillage de bouquins en librairie. Je les trouvais esthétiques graphiquement mais néanmoins parfois assez vulgaires voire limite pornographiques pour les plus osés d’entre eux…
Connaître par ce film « Tom of Finland » la vie de leur créateur Touto Laaksonnen (même si elle est peut-être un peu romancée) changera sans doute mon regard sur ses dessins quand ils recroiseront mon regard.
Pour moi, ce que je retiendrai de ce film ce sont les mille et une facettes et pouvoirs que peuvent porter en eux de dessins, de simples dessins…
Dans une époque et un pays la Finlande où l’homosexualité était un délit, une déviance fortement condamnée, ses dessins fonctionnaient au début pour Touko comme une soupape de sécurité lui permettant de vivre sur papier sa différence, d’assouvir ses fantasmes en plus de quelques étreintes réelles furtives vécues au prix du danger dans les parcs de sa ville.
Ses dessins d’hommes à la sexualité désinhibée, démonstrative étaient comme des œuvres refuges, cachées ; elles remplaçaient des mots que la société et la famille d’alors (et parfois d’aujourd’hui aussi…) ne voulaient, ne pouvaient entendre. Un peu comme une drogue, un cachet d’anti-dépresseur, ses dessins lui permettaient de supporter le quotidien, sa vie militaire. Des dessins tels des moyens d’évasion, des moyens de consolation. Après avoir tué un soldat ennemi (décès qui viendra longtemps le hanter les années suivantes), dessiner lui permettait aussi de soigner les symptômes post-traumatiques engendrés par cet acte. Mais à cette époque, Touko ne peut que cacher ses dessins ou les dealer furtivement sous le manteau telle une drogue illicite et dangereuse. Quelques années plus tard, ils perdront le goût du soufre et seront diffusés comme des œuvres artistiques. Les temps changent et les mentalités évoluent…
De ses années sous l’uniforme naitront ces hommes musclés sanglés dans leurs habits militaires ou policiers qu’il dessinera tout au long de sa vie et constitueront sa « marque de fabrique ». Peut être la saveur d’une envie de vengeance vis-à-vis de castes professionnelles qui régulièrement condamnent, arrêtent ou humilient les homosexuels de part le monde.
On sent chez leur auteur une certaine déstabilisation quand ses personnages de poudre de carbone tracés prendront réellement vie en se voyant multipliés au centuple aux Etats-Unis dans un premier temps puis à l’international. Cette diffusion planétaire lui vaudra de nombreux courriers de remerciement de la part d’homosexuels. Pour ces derniers les albums de dessins de Touko (devenu Tom of Finland) et enfin sortis de la clandestinité, leur permettront de sortir eux aussi de leur isolement, de s’ouvrir à leur sexualité, de se rencontrer entre semblables quitte à (malheureusement ?) devenir des « armées » de clones, des personnages de Tom of Finland parfois réunis en associations. Des dessins comme moyens d’identification parfois poussés jusqu’à la caricature. Personnages qui deviendront pour nombre d’entre eux acteurs des premières Gay Pride aux Etats-Unis (plus tard renommées Marches des fiertés). Dans « les années sida » ces dessins deviendront même vecteurs de lutte et d’éducation pour illustrer, dénoncer les discrimination et pour éduquer à la prévention.
Les dessins de Touko ont eu, au fil de la vie de leur auteur, au fil de l’évolution de la société plusieurs fonctions, pouvoirs. Autre époque, autres mœurs, autres sociétés et les dessins de Touko sont devenus plus ou moins libres selon les pays. Mais on découvre de nos jours avec la montée des côtés extrêmes des religions les pouvoirs « pseudo anti-religieux» de dessins quand ceux qui les regardent sont inaptes à les comprendre…et condamnent parfois à mort leurs auteurs…
Touko : le combat continue !

Téo