Ma découverte d’Ibn Arabi (Céline)

« Je crois en la religion de l’amour, Où que se dirigent ses caravanes. Car l’amour est ma religion et ma foi. » Ibn Arabi1 (1165-1240).
(Ibn Arabi est également appelé
« le plus grand maître » ou encore « le fils de Platon ».)

Pour ma petite histoire, j’ai découvert Ibn Arabi, à mon arrivée au Maroc, chez des amis soufis, ensuite lorsque j’ai rencontré un calligraphe à Asilah, je lui ai acheté la calligraphie de la première phrase, ci-dessus. Pour en savoir plus sur Ibn Arabi je suis partie à la découverte de sa pensée via le réseau Internet.
Voici ce que j’ai découvert, ce qui a retenu mon attention et ce que j’ai aimé :

L’œuvre d’Ibn Arabi est d’un abord difficile car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis appelant le commentaire. Pour Henry Corbin2, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique3 prophétique, se fonde sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu ou sa manifestation dans le monde des phénomènes.

Voici quelques grands thèmes de sa recherche :

L’imagination créatrice :

L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant. Le monde imaginal, ou ‘âlam al-Mîthâl, est distinct du monde des réalités concrètes comme de celui de l’intellect, mais il se superpose au premier, comme une dimension supplémentaire.
L’imagination joue un rôle décisif, pour percevoir cette face divine dans les choses et les êtres. L’imagination est « créatrice » dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde.
Ibn Arabi place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : « Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe ».
De ce point de vue, Ibn Arabi place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

– L’Homme parfait :

L’homme chez Ibn Arabi est l’image parfaite de la création accomplie :
« Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques.
« L’homme est à Dieu (al-haqq) ce qu’est la pupille à l’œil ». La pupille s’appelle en arabe « l’homme dans l’œil ». La pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui (c’est-à-dire par l’homme universel) Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant par sa connaissance distinctive et unissant par son essence divine. Par son existence, le monde fut achevé. Ainsi l’homme se voit confier la sauvegarde divine du monde, et le monde ne cessera pas d’être sauvegardé aussi longtemps que cet Homme Universel (al-insân al-kâmil) demeurera en lui. » (extrait de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi)

– Ibn Arabi le poète :

Ibn Arabi perçoit l’amour profane comme le support de l’amour divin, l’aiméE étant le lieu de la théophanie. Cela ne signifie pas que Dieu est incarné dans l’aiméE, mais qu’il se révèle dans ce dernier.
Dans l’abondante œuvre d’Ibn Arabi figurent beaucoup de poèmes qui occupent une place originale. D’une part,du fait même de sa composition sous forme poétique; d’autre part en raison de la circonstance qui l’a fait naître : une expérience fulgurante d’un amour spirituel suscitée, lors d’un pèlerinage à la Mecque, par la rencontre avec une jeune Iranienne prénommée Nizham (harmonie). Cette héroïne, d’une beauté sans pareille, illustre sous la plume du Maître, l’essence divine et ses manifestations sans fin. Les effets de l’Amour qu’elle engendre sont décrits par de nombreuses expressions dont la plus fréquente est tajalli, qui peut se traduire de différentes façons : théophanie, irradiation….
Dans chacun de ses poèmes Ibn Arabi dépeint les signes de cette femme emblématique, expression parfaite de l’Amour présent dans toutes les formes qu’il revêt. L’attraction d’amour qui relie l’amant à l’être aimé, quoique indéfinissable, est au cœur de la spiritualité d’Ibn Arabi. Dieu se penche sur ses créatures pour qu’elles le reconnaissent. Et c’est, dans ce désir irrésistible que l’adorateur, le  » servant » de Dieu reprend conscience de sa réalité originelle, fondu dans l’unicité de son Seigneur et solidairement relié aux autres créatures par l’attachement d’amour.

 » Je m’étonne de l’amoureux dont les beautés
Miroitent dans fleurs et jardins !  »
Et moi à elle:  » Ne t’étonne pas de qui tu vois,
Ce que tu as vu est toi-même dans le miroir d’un homme !  »
(Extrait de « L’interprète des désirs »)

Deux extraits que j’ai bien aimé de la « La parure des Abdal » :

« Tandis que l’ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l’enthousiasme annihilant, et que l’adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d’esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l’Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l’invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L’ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l’enthousiasme pour abolir le chagrin, l’adorateur fait du zèle dans l’espoir d’accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d’esprit l' »arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »

« L’homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son Seigneur. »

Pour conclure je vous propose ces deux vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=zEroIpr2Yes
https://www.youtube.com/watch?v=15S4A7D57Lo&t=1456s

et ce verset du Coran (Sourate II, 136) :

Nous croyons en dieu
A ce qui nous a été révélé,
A ce qui a été révélé à Abraham,
A Ismael, à Isaac, à Jacob et aux tribus,
A ce qui a été donné à Moïse et à Jésus,
A ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur.
Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux.

Céline

1 Théologien, juriste, poète, métaphysicien, maître andalou pour l’initiation au soufisme islamique
Pour en savoir + la page wikipedia d’Ibn Arabi

2 Philosophe, historien, traducteur orientaliste franças (1903-1978)

3 Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique