Critique du film « Call me by your name » (Madeleine)

Eté 1983. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans la belle villa ancienne que possèdent ses parents en Toscane. Adolescent doué, proche de ses parents, apparemment bien sous tous rapports et dans la norme avec une potentielle petite amie de son âge, mais en fait encore innocent en ce qui concerne les choses de l’amour.
Arrive Oliver, un bel américain venu préparer son doctorat auprès du père d’Elio, spécialiste de l’histoire gréco-romaine. Entre le jeune aîné séduisant, sûr de lui et l’ado qui se cherche, c’est l’attraction, l’éveil du désir et finalement la révélation censée « changer toute une vie ».
Avec la caution intellectuelle de James Ivory au scénario, le film a tout pour susciter les louanges d’une critique prompte à encenser a priori tout ce qui traite de l’ambiguité ou de la marginalité sexuelle.
On sublime des images qui frôlent le roman-photo : la Toscane , bel écrin d’une romance gay. Mais même si c’est le plein été et l’Italie, la dolce vita tourne à l’ennui parce que de balade à vélo en plongeon dans la piscine, on n’avance guère, tout reste approximatif et superficiel, l’émotion n’est pas là. Plus explicite, et même un peu trop, la remontée de l’éphèbe sorti du fleuve, comme métaphore d’un amour ( « amour grec » évidemment) qui peine à se faire jour. On ne dépasse guère le cliché, on l’outrepasse même. L’américain se la joue un peu trop beau gosse hollywoodien qui nage aussi bien qu’il danse.
On devine que sa joie de vivre toujours surjouée (cf. sa prestation sur la piste avec partenaires féminins) cherche à donner le change et ne tiendrait pas la distance.
Nous sommes dans les années 80 (les constants bermudas sont là pour nous le rappeler) et les amours homosexuelles ne peuvent se vivre qu’à la marge. Après une approche des plus laborieuses, le couple naissant ne peut vivre sa lune de miel que dans une sorte d’enclave espace-temps hors du cadre familial et de la réalité du quotidien.
Episode concédé comme un écart passager avant que tout ne rentre dans l’ordre. Le bel américain a, sous le coude, une fiancée qui l’attend depuis 2 ans (dans la tradition juive, on le devine, du mariage arrangé avec une femme soumise). Souci du film de montrer les limites d’une époque ou prudence d’un scénario (le film est produit par un studio américain) qui reste aussi dans les limites du politiquement correct ?
Morale de l’histoire enfin : devant le désarroi du jeune initié et rapidement abandonné, il y a cette parole du père , profonde et universelle « On n’a qu’un coeur et qu’un corps pour toute la vie », soit un coeur à ne pas trop vite désenchanter, et un corps dont la séduction prendra fin.
Acceptation de la vie donc, avec ses risques et ses limites. Belle leçon d’épicurisme qui peut toucher en effet,mais qui aurait mérité un meilleur préambule.

Madeleine.