Des soutanes et des hommes (Madeleine)

Abdo nous a partagé l’adresse internet vers une émission de radio sur le clergé catholique évoquant le lien entre le genre et l’église catholique.
https://player.pippa.io/les-couilles-sur-la-table/episodes/clerge-catholique-le-bien-et-le-male

Madeleine nous en résume son contenu en donnant ses impressions dans son article ci-dessous.

DES SOUTANES ET DES HOMMES
Le bien et le mâle

Dans une émission qui s’intitule carrément « Les c… sur la table », on ne saurait faire de détours !
Et c’est bien dans un esprit de clarté que le sociologue Josselyn TRICOU¹, en étudiant la « masculinité dans le clergé catholique » (objet de sa thèse : « Des soutanes et des hommes ») démonte en même temps une construction en porte-à-faux et les rouages d’un système, et ce faisant, met à jour ce qui a longtemps fait la force d’une institution (et à présent sa faiblesse). Il rappelle d’abord que si l’Église a perdu de son emprise (seulement 4 à 5 % de pratiquants), son empreinte dans la société reste forte, avec un droit et une culture pétris de conception catholique. On peut même parler de « catholaïcité » dans une convergence de vue et d’intérêts.
On s’en est aperçu au moment des « manifs pour tous » quand une large population, pas forcément des cathos, est venue défendre une vision naturaliste de la famille. Dans cette optique, il va de soi que pour l’Église, c’est l’homme qui représente le neutre universel, le dominant naturel, la femme restant l’objet de son discours (les dominants n’ont pas de discours sur eux-mêmes, dans l’évidence de leur être et de leur dominance).
Il est symptomatique de voir combien l’Église a multiplié les discours sur les femmes jusqu’à leur consacrer une encyclique ( cf. « Le génie féminin » de Jean-Paul II) pour mieux les définir dans leur rôle (pour faire court : convertir leurs hommes).
Et quelles que soient les réclamations des femmes depuis les années 70, il va de soi aussi que l’ordination des prêtres reste toujours inconcevable : on ne touche pas à la tradition de l’Église qui se doit d’incarner une image de stabilité puisqu’elle est dépositaire d’un message éternel et venu d’ailleurs. Prêtre, homme de pouvoir donc, en tant qu’homme, mais à la masculinité problématique et ambiguë
D’une façon générale, il est compliqué, chez les cathos, d’être un homme : un catho se doit d’incarner la non-violence et la charité, valeurs dites « féminines ». Pas simple de se positionner dans le monde et face aux laïcs (cf les caricatures des prêtres efféminés au XIXème siècle). D’où par réaction, une construction par rapport au modèle républicain : création, entre autres, d’un scoutisme sur le modèle de la chevalerie, puissance guerrière, et plus récemment, stages de « virilisation » pour les jeunes adultes. Ambiguïté renforcée par la désexualisation systématique du clergé. Celle-ci s’est faite progressivement. Jusqu’au XIème siècle. l’Église carolingienne insistait sur la nécessaire pureté de l’officiant (pas de rapport sexuel avant le service divin) et cette exigence s’est étendue à la vie entière, d’où l’obligation du célibat.
Célibat imposé qui a eu pour effet de remplir les séminaires , avec tous ceux, en particulier, que ne concernait pas le mariage (hétéro). « Eglise, super-placard pour les homos »…(et c’est paraît-il, le « secret de Polichinelle »)
Car que demande-t-on à un prêtre ? L’abstinence.
Que demande-t-on à un homo ? La même chose.
Alors, tant qu’à faire, dans une société où pèse le mariage obligatoire, autant se faire prêtre, avec tous les bénéfices de la fonction: reconnaissance , statut social, prestige… La situation actuelle présente même une « concentration d’homos » qui s’explique d’abord par une baisse générale des effectifs avec la fin de ce long ratissage indifférencié dans les campagnes et les milieux populaires (argument : la possibilité pour les enfants d’accéder aux études, ce qui devenu obsolète avec la démocratisation de l’enseignement). D’autre part, à la fin des années 70, il y a eu le départ de nombreux prêtres hétéros qui ont quitté pour se marier. Reste le recrutement dans une bourgeoisie conservatrice, là où ne saurait se vivre la « déviance ».
Il semblerait par ailleurs que la proportion d’homos soit plus importante dans le clergé régulier (moins soumis au regard des fidèles).
Immergé lui-même dans le milieu monastique (et même une fois, « dragué sous la table ») J. TRICOU a pu recueillir en tête à tête, bien des confidences (une centaine d’entretiens). C’est ainsi qu’il a pu cerner 3 façons d’être homo en milieu clérical :
« la grande folle de la sacristie » (telle qu’elle est définie dans la sub-culture gay du clergé) figure archétypale, toute en extravagance.
« le bear » (= le gros nounours) d’un certain âge, d’une « masculinité sympathique », souvent et discrètement engagé dans une « LGBT catho », et qui aimerait changer le système de l’intérieur mais sans pouvoir grand-chose.
« la taupe » (cf. vocabulaire de l’espionnage) l’intello dans une « stratégie de leurre » (surtout ne pas être perçu comme homo). Ayant dû surjouer le bon élève, c’est le type le plus fréquent en haut de la hiérarchie, et aussi le plus virulent.
Enfin, le placard déborde et s’ouvre même de l’intérieur, car certains ont malgré tout fréquenté le milieu gay dont ils reproduisent les codes et l’allure.
« Ça »se voit maintenant et c’est gênant !
Et devant ce qui commence à se voir et se savoir, l’Église se sent tenue de tenir un discours de fermeté. Depuis 2005, on n’ordonne plus de prêtres homos, du moins ceux « à tendance profonde » (sic)
Paradoxe de cette tardive lucidité qui interdit brusquement ce qui, tacitement, ne dérangeait pas et même arrangeait : un homo même « pratiquant » ne fera jamais d’enfant (pas de scandale) et il ne sera pas, du moins jusqu’à présent, tenté par le mariage. D’où cette opposition féroce au mariage homosexuel qui confère à l’homo, une place légitime en société (alors, baisse des « vocations »?)²

Que retenir au final d’une telle étude ?

Examiner la masculinité des prêtres peut paraître anecdotique, mais c’est une manière d’interroger le système par sa périphérie.
Une étude de genre est un mini-laboratoire qui permet de voir ce qui est à l’oeuvre dans une société car l’organisation du genre dit toujours quelque chose du pouvoir, en valorisant ou dévalorisant l’adversaire.
Nécessaire prise de conscience qui aide à ne pas s’enfermer dans une posture et une manière de penser (confort de l’homme blanc, héritier d’une situation privilégiée)
Au-delà des questions de genre, il faut rester à l’écoute des dominés, car ce sont ceux-là qui « savent » (c’est depuis que les femmes ont parlé qu’on s’interroge sur la masculinité).
La domination ne va pas de soi. Les dominants sont aussi des êtres construits (=fabriqués)

Madeleine

¹ Josselyn TRICOU sociologue, doctorant en sciences politiques

² Péril en la demeure ? Françoise DOLTO en son temps, avait émis l’idée que « toute l’Église catholique reposait sur l’homosexualité masculine ». Parole inaudible dans les années 80 (délire de psychanlyste…)

Note :
J’espère avoir fidèlement restitué paroles et raisonnement.
Volontairement , j’ai omis ce qui a trait à la pédophilie, élément venu par raccroc à la fin de l’émission. Egalement, l’évocation du prêtre dans le cinéma qui nécessiterait aussi un autre développement.