Rencontre spiritualités plurielles du 7 avril 2019 (Camille)

L’écoute était l’invitée d’honneur, ce dimanche, dans le cercle que nous formions autour du salon de Maryam…
Les affaires, les affaires ! Nous passerons quelques minutes efficaces à traiter des sujets d’actualités de notre groupe avant qu’avec bienveillance, notre hôte nous invite à mener nos esprits bondissants vers la sérénité de notre rencontre…
Aux accords d’un Kingdom of God qui nous chante dans la langue de Shakespeare que le royaume de Dieu est un royaume de justice et de paix, un goûter nous est servi. La musique se déploie.
Singulier silence que celui qui s’installe. Personne n’est forcé de le rompre, on peut aussi le goûter. Et il faut parfois un peu de temps pour se lancer…
La première question est posée : Et si Dieu était laïc ? Le monologue théâtral de Marie-Christine Bernard éveille notre curiosité. Son livre passe de main en main. Il trouvera sans doute un emprunteur pour une nouvelle lecture. On n’a sûrement pas fini d’en parler !
Sous la même forme (celle d’un livre) mais dans un autre registre, comment ne pas aborder Sodama, cette enquête qui fait polémique et a le mérite de pousser des portes, de donner à lire des témoignages jamais entendus du grand public. A cette occasion, nous nous autorisons collectivement à contourner les habitudes des réunions spi : un petit échange de points de vue se développe. De mon côté, je ne peux que me réjouir de nous voir concerné-e-s, intéressé-e-s, impliqué-e-s. Et de partager à la fois l’espoir que les choses évoluent, l’admiration pour le travail mené par l’auteur de Sodoma, ainsi qu’une pensée collective pour les hommes et femmes consacré-e-s qui œuvrent avec sincérité et bienveillance et sont aussi victimes des fautes ou dérives de l’Eglise…
L’un de nous partagera son expérience d’ancien séminariste, confidence aussi d’un sentiment de solitude, d’un élan constant vers différentes communautés chrétiennes pour la dépasser.
Une histoire de lecture autour d’un texte biblique sur l’amour Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13) , nous rappelle que les paroles les plus belles, les plus inspirantes, peuvent tomber dans l’oreille de sourds pourtant venus les écouter ! Aujourd’hui pourtant, ces deux voix qui lisent successivement le même passage sonnent juste et résonnent encore après s’être tues, fortes du message porté.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13)

 » J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »

Au fil de l’après-midi, viennent en écho de nos prises de paroles, les sons et accents singuliers de la langue persane dans laquelle notre hôte s’applique à traduire les échanges à un jeune iranien venu nous rencontrer. Nous nous risquons ensemble à articuler quelques mots que nous apprend et nous explique Maryam : les fondamentaux bonjour, merci…
Couleurs et légende africaines, soudain, au détour d’un conte africain. Les paupières baissées, chacun se représente l’histoire du prince pleutre devenu homme amoureux, et, bien inspiré par la grande reine son épouse, roi courageux. Courageux ? Lequel l’est le plus ? Voilà une question lancée à nos consciences tandis que la légende de Sambo retourne à ses contrées, loin, loin, loin…
De loin dans le temps nous parviennent de sages pensées. Sous la forme d’exigences pour soi-même, Marc Aurèle, un empereur romain, met à l’épreuve son rapport aux autres. Acceptation toute stoïcienne de ce qui fait notre nature d’homme. Un remède contre la contrariété qu’autrui peut faire naître en nous : quand je sais ce qui est bon, rien de ce qui est mauvais ne peut me salir. Nous sommes du même Tout, des éléments du divin. Nous sommes faits pour coopérer.

Dès l’aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. »
(« Pensées pour moi-même » Livre II,1  de Marc Aurèle – Ed. GF Flammarion)

Et nous avons parfois la joie profonde de vivre un moment de grâce. Comme un poème partagé, un soleil levant dont la lumière nous réveille d’une douce caresse… Alors il est facile de se mettre en marche, et même en course ! Sentir ses pas légers et dans le dos une main chaleureuse qui nous porte plus loin.

Un ange m’a levé…

Un ange sur ma peau
Le soleil brille
Diamant dort
Brûlot d’amour
Verte rumeur des corps
Sentir l’âme qui grappille
Dans les ors du matin

Être habillée des pierres du chemin
Les vivres si légères
Brumes blanches disparues

Un ange du sommeil m’a tiré
Une course de la Terre
Soleil révélé
De plus en plus haut
Mes pieds si lancés
Dans l’air
En avant tout mon corps

La rutilance de l’aube
Imprègne mon être
L’immense univers tout autour

Lors que je retourne
Sur ma peau
Sur mon dos
Une douce chaleur
Comme une main qui me pousse

En mon cœur une force
Une source rajeunie du jour
Un rêve épanoui
Une joie qui soulève

Un ange m’a levé
Son aile m’a frôlé
Volets ouverts
Sur ma journée !

Piero dela Luna
Montalieu Vercieu, le 13 juin 2011

Comme il nous sera rappelé en cette fin d’après-midi printanière : Dieu ne se cache que pour être trouvé…

Camille