La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ? (Yves)

Le 20 mai 2019 a eu lieu une conférence-débat en partenariat avec le Groupe nantais de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France et le Centre Culturel André Neher de la Communauté juive de Nantes.

Différents sujets de bioéthique ont été abordés :
Science – Bioéthique – Religion
La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ?

Les Invités :
Professeur Paul Atlan, gynécologue-obstétricien, spécialiste en bioéthique de la PMA, statut de l’embryon, médecine fœtale.
Rabbin Michaël Journo, rabbin de la Communauté Chasseloup-Laubat, à Paris dans le 15ème arrondissement, aumônier général des hôpitaux de France, membre de la commission d’éthique biomédicale du Consistoire, Père Bruno Saintôt, jésuite, responsable du Département Ethique biomédicale au Centre Sèvres (faculté jésuite de Paris). Travail de recherche sur le lien entre anthropologie (philosophique et théologique) et éthique.
Séverine Mathieu, sociologue, directrice d’études à l’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) en sociologie des religions, de l’éthique, de la parenté et de la famille. Elle est l’auteure de « L’enfant des possibles. Assistance médicale à la procréation, éthique, religion et filiation » paru aux Editions de l’Atelier

Les intervenants de cette Table Ronde ont abordé les questionnements les plus actuels qui ont été débattus au cours des Etats Généraux de la bioéthique et qui seront examinés et discutés prochainement au Parlement pour élaborer la mise à jour des futures lois de bioéthique.
La discussion a pris en compte les trois grands moments de la vie que sont :
Naissance, évolution et développement des tests génétiques liés aux nouvelles techniques d’ingénierie souche, clonage thérapeutique, PMA, GPA
Défis contemporains de la filiation face aux avancées technologiques
Fin de vie et assistance au suicide
Après un état des lieux, scientifique puis sociologique, la discussion s’est faite autour des limites éthiques et pratiques émises par les différents intervenants dans un «face à face » science et religion.

Voici ci-dessous les impressions d’Yves sur cette table ronde :

La dignité humaine implique-t-elle des limites
à la recherche scientifique ?

De la part d’un panel de religieux (un jésuite et un rabbin), d’un obstétricien (contre l’IVG) et d’une sociologue (plutôt ouverte aux questions sociétales) on pouvait s’attendre à une réponse en OUI, poussant à limiter les avancées scientifiques en matière de bioéthique.
L’actualité proche (l’arrêt des soins sur la personne de Vincent Lambert, relançant le débat sur l’euthanasie) et le projet de loi sur la PMA pour les couples de femmes sont autant de questions qui ne peuvent nous laisser indifférents.
Notre association avait été personnellement (par téléphone) invitée à participer à cette conférence-débat. J’étais le seul déjiste (avec un couple d’ex-adhérents). D’où la nécessité de ce petit compte-rendu.
Au delà du discours convenu sur « la dignité imprescriptible de l’humain » * et le refus de la GPA (que l’obstétricien qualifiait de « prostitution », du fait de la location de l’utérus) j’ai été agréablement étonné par trois avancées dans la réflexion.
D’abord la reconnaissance du fait LGBT (non diabolisé) et le respect envers les couples de femmes et les couples d’hommes.
Ensuite la légitimité des couples de femmes à avoir et à élever des enfants. A une question de la salle sur l’avenir de l’enfant dans un couple de même sexe, la réponse fut sans ambiguïté : les rapports montrent qu’il n’y a pas a priori de traumatisme chez un enfant élevé par deux femmes ou deux hommes, alors que le nombre d’enfants maltraités au sein de couples hétéros ne cessent d’augmenter.
Enfin, l’importance de la filiation. Il semble en effet nécessaire – pour le bien de l’enfant – de mettre fin à la culture du secret. « Il faut savoir qu’on a été l’avenir d’un passé pour pouvoir devenir le passé d’un avenir » dit Rémi Bragues. En d’autres termes, un enfant qui ne connaîtrait pas ses origines aurait beaucoup de mal, à l’âge adulte, à se positionner comme père ou mère.
Lors du débat, le journaliste-médiateur a parlé d’une Eglise « en surplomb », ne faisant pas cas des personnes et des évolutions sociétales, faisant passer des principes universalistes (la « sacralisation de la vie ») avant la réalité des personnes. Il fut vivement pris à partie par l’intervenant jésuite qui, sans surprise, a défendu l’attention de l’Église envers les plus faibles.
On sourit devant autant de mauvaise foi. S’il est vrai que les chrétiens ont beaucoup œuvré dans le caritatif (le curé d’Ars, l’Abbé Pierre, le Père Wresinski, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Jean Vanier et tant d’autres anonymes), il n’en reste pas moins que l’Église reste encore très frileuse devant les changements sociétaux et les multiples façon de faire famille. Ceci dit, elle reste dans son droit quand elle émet des principes de précaution entourant la vie, de la naissance à la mort.

Yves

* (extrait de mes notes) :
Si l’homme est un être de relation, il est important de conserver ce lien aussi longtemps que possible et de continuer à parler au malade, de lui dire ce que l’équipe médicale fait pour lui.
Quelle place faisons-nous à l’autre quand il est diminué ? Le cas de Vincent Lambert n’est pas unique. Il y a 1700 personnes cérébro-lésée en France. Il est important d’examiner chaque situation séparément et de reconnaître quand l’obstination devient déraisonnable.
Sur les utérus artificiels, les intervenants ont rappelé, avec raison, l’importance – pour le développement de l’embryon – de ce qui se passe dans une matrice humaine.