De l’amitié en Abondance (Téo)

Un pilote expert, un copilote attentif, une appli aux aguets du moindre nid de poule ou de poulets, c’est ainsi que nous sommes partis en transhumance vers les sommets alpins ou, plus précisément vers Châtel en Haute Savoie à deux sauts de bouquetins de la frontière Suisse. Dans notre voyage, nous serons suivis comme une ombre par « les Hélènes » et dame Mystère. Pour se dégourdir les gambettes, se restaurer, D&J oblige, nous ferons un arrêt à Paray-le-Monial puis une pause pique-nique à l’ombre de l’abbaye royale de Brou.
De virages en virages arriverons à Châtel dans le chaleureux chalet de tante Françoise. Notre semaine de vacances estivales alpines pouvait commencer.
Notre première visite du village fut pour l’église St Laurent devant laquelle trône une vierge polychrome polonaise chaussée de skis ! Exquis ! Et, ça ne s’invente pas, il est noté que cette église a été bénie par le chanoine Gay ! Nous avons même pu admirer d’élégants vitraux tout aussi prémonitoires : « Annoncer sur la place publique » (allégorie du coming out ?) et «La pierre rejetée devient pierre d’angle. » (valorisation de la différence ?).
Mais la météo à la montagne est souvent facétieuse et notre première escapade devra se faire en carrosse. Ce sera la Suisse pour aller découvrir le curieux château de Chillon perché sur un rocher au bord du lac Léman. Une visite guidée de main de maître Bernard comme il se doit qui nous entraînera dans un dédale de salles et d’escaliers souvent perdus dans un flot de touristes chinois menés à la baguette. Cette balade helvétique nous aura aussi permis de découvrir un vignoble suisse acrobatiquement accroché à flanc de montagnes et bien des enseignements sur les sources du Rhône.
Le lendemain, une pluie orageuse ruisselant en Abondance (nom de la rivière locale…mais aussi du fromage non moins autochtone…) transforma, la journée durant, les rues pentues en cascades. Bernard nous présenta dans l’abri du salon un diaporama américain (Connaissances du monde à la montagne !) et « les Hélènes » nous apprirent à placer 2 lettres pour faire 60 points au scrabble.
Chouette ! Ou… Marmotte ! C’est comme vous préférez…
Le soleil est revenu !
Le moment est enfin venu de partir à l’assaut des sommets pour une première rando apéritive plutôt cool. Pieds parés contre les ampoules, jumelles en bandoulière, œufs durs dans le sac à dos, d’autres œufs métalliques nous attendent pour nous transporter au-dessus des nuages. Là-haut, nous serons accueillis par un concert de clarines joué par un troupeau de vaches vagabondes sur un tapis d’épilobes roses et peut être même quelques carlines cachées au creux d’un rocher… Un petit chamois apeuré détale un peu plus haut à portée de jumelles.
Qu’elle est belle la montagne !
A fil des chemins, Philippe s’émerveille de la moindre parcelle de paysage, Bernard nous guide d’un pas bienveillant assuré et « les Hélènes » nous apprennent la pharmacopée des plantes des alpages. Ainsi, cette première balade nous permettra de découvrir le joli petit lac de Mouille, ses pêcheurs à la mouche fouette et des muscles jusque là insoupçonnés… Saviez-vous que pour préserver l’articulation de vos genoux en descente il suffit de serrer vos abdos…Oups, désolé, je me suis trompé,…il suffit, bien entendu, de serrer vos Alexandres !!
Une autre découverte majeure du séjour : la téléphonomobilophilie addictive de Marie-Hélène cherchant par monts et par vaux, le bras tendu vers les cieux les ondes d’un réseau qui lui permettraient de faire voyager au-delà des Alpes ses photos de la vache Marguerite, d’un massif de linaigrettes ou d’un buisson de lys martagon !
Si nous avons croisé nombre de chalets sur nos chemins, nous n’avons aperçu aucun membre de la famille Ingalls, ni Heidi, ni Belle ou Sébastien,… Néanmoins, chaque balade sera l’occasion pour échanger avec d’autres randonneurs bourguignons, bataves, dijonnais, écossais,…
Les hasards du calendrier nous donneront l’occasion de fêter la Ste Hélène, la St Bernard et l’anniversaire de la chatte Mystère autour d’une tarte à la myrtille. Au grand dam de dame Mystère, Hector le gros chien patou croisé le matin déclinera l’invitation…
Pour notre seconde expédition, direction le lac Vert en Helvétie à quelques sauts de chamois d’Avoriaz et de Morzine. Ici, sur les sentiers, les vaches et leurs clochettes ne regardent pas passer les trains mais les randonneurs et les VTTistes volent. Entre les rares nuages, choucas et autres rapaces planent au-dessus de nos casquettes tandis que sur les vestiges de moraines de l’ère glacière viennent se poser sizerins flammes ou pipits spioncelles. L’appareil photo de notre guide n’a guère le temps de se reposer ; il y a tant de belles choses à portée de nos yeux. Avez-vous déjà baigné votre regard dans une mer de nuages ?
Faute d’E.P.O et par conscience écologique, nous puisons notre énergie motrice dans la dégustation de myrtilles et framboises sauvages qui tapissent les abords de notre chemin.
Même si les temps de parcours semblent souvent avoir été calculés pour des cabris nous arrivons enfin à atteindre le lac Vert accueillis cette fois par une chorale de moutons bêlant et tintinnabulant.
Nous pique-niquâmes sur un gros rocher avec vue imprenable sur le lac et la pause café, accompagné du carré de chocolat réglementaire, se fera au pied du refuge. Sur le chemin du retour certains en profiteront pour parfaire la langue de Shakespeare auprès du Pr Bernard, nous achèterons du fromage, notre guide sauvera un couple de néerlandais égaré et, en descendant, nous hésiterons à prendre en cow-voiturage 2 vaches en vagabondage dans un virage en épingle à cheveux.
Loin des marmottes en peluche made in China pullulant dans les magasins de souvenirs du village nous rejoignons Mystère chatte-marmotte (à moins que ce ne soit l’inverse…) qui nous attend lovée dans un duvet. Un vrai lave-vaisselle sur pattes se délectant pendant les repas des reliefs de melon, des fonds de boîtes de sardines ou d’opercules de yaourts.
Philippe optera pour une pause jacuzzi en plein air avec option glissade dans la gueule d’un requin gonflable. Quoi de mieux pour une bonne récupération post-rando ? Puis, revenu bredouille de sa chasse à la fondue (pour une personne), il trouvera le soir au dîner le réconfort dans un plat local appelé berthoue à base de charcuterie, pommes de terre et fromage local fondu.
Le lendemain, l’heure est venue pour « les Hélènes » et leur féline de nous quitter pour des lieux musicaux de moindre altitude.
Nous serons donc trois pour cette troisième et ultime escapade sur un autre versant. Le début est un peu brutal, pentu et glissant mais, bientôt, le paysage qui va s’offrir à nous nous fera oublier nos courbatures. Malgré le réchauffement climatique en cours nous apercevrons même, tout là-haut là-bas, un glacier ! Après avoir partagé notre pause pique-nique avec une famille de papillons, nous redescendrons vers la civilisation.
Un dernier ciel étoilé alpin et déjà il faut penser à préparer nos bagages pour la route du retour du lendemain. Un dernier regard vers la montagne châtelienne et nous disons au revoir au chaleureux chalet de tante Françoise.
Sur le retour, notre route crochètera une nouvelle fois par la Suisse. Genève sera l’occasion d’admirer de riches demeures, de mesurer la hauteur d’un jet d’eau de carte postale et de se remémorer le souvenir de Sissi impératrice devant l’hôtel Beau Rivage. Désireux de parfaire nos connaissances culturelles et littéraires notre guide nous entraînera dans la visite de la maison de Voltaire à Ferney (devenu depuis Ferney-Voltaire). Mais il est grand temps de quitter les Alpes pour regagner notre Farwest dans notre diligence des temps modernes GPS programmé et appli prête pour une nouvelle chasse aux nids.
Nos cerveaux fourmillent des images alpestres et des bons moments partagés ; toutes choses que l’on souhaite garder pour longtemps…et peut-être même renouveler un jour…
Et si Voltaire avait raison : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

Téo