Pour la troisième fois Bernard notre guide professionnel et éminent érudit artistique nous a conduit samedi 8 mars dans un voyage passionné et passionnant au travers de cinq siècles d’arts au Musée des Arts de Nantes.
Avec lui nous parcourons les « genres » : petit clin d’œil, il ne s’agissait pas de nos genres sexués mais de la subtile hiérarchie des genres picturaux
, (l’histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage, la nature morte, que nous avons parcouru à l’envers de moins noble au plus noble, les académies (institutions destinées à la formation des artistes peintres, sculpteurs, architectes, dessinateurs, graveurs), les écoles (concept utilisé dans le monde de l’art pour référer à une tradition commune à l’ensemble des peintres d’une même nationalité ou ville si j’ai bien compris !).
« Celui qui fait parfaitement des paysages est au-dessus d’un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement ; et comme la figure de l’homme est le plus parfait ouvrage de Dieu sur la Terre, il est certain aussi que celui qui se rend l’imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres … un Peintre qui ne fait que des portraits, n’a pas encore cette haute perfection de l’Art, et ne peut prétendre à l’honneur que reçoivent les plus savants. Il faut pour cela passer d’une seule figure à la représentation de plusieurs ensembles ; il faut traiter l’histoire et la fable ; il faut représenter de grandes actions comme les historiens, ou des sujets agréables comme les Poètes ; et montant encore plus haut, il faut par des compositions allégoriques, savoir couvrir sous le voile de la fable les vertus des grands hommes, et les mystères les plus relevés. »
L’immense érudition de Bernard fait qu’avec lui comme chantait Jean Ferrat « on ne voit pas le temps passer » mais on voit bien le temps passé ! Les siècles défilent, on découvre au travers d’un détail que seul nous aurait complètement échappé, une « erreur » volontaire ou non d’un peintre, une ombre, une perspective pour lesquels notre guide n’est jamais en mal d’explications. C’est ainsi que nous nous attardons par exemple devant un mendiant joueur de vielle qui ne s’avère pas si pauvre que perçu à première vue, puis devant Jean-Auguste-Dominique Ingres peignant madame de Senonnes.
Ce tableau qui fut réalisé avant que Marie Marcoz et Alexandre de Senonnes ne soient mariés, fut un temps appelé
La Trastévérine.
Dans ce portrait la référence à
Raphaël est claire, Bernard attire notre attention sur le traitement des somptueuses étoffes et des (trop) innombrables bijoux qui trahissent la parvenue ; sur la pose alanguie, le foisonnement d’accessoires, la beauté des coloris vénitiens, rouge et or chatoyants dans la partie inférieure du tableau, qui renforcent la présence du visage du modèle isolé sur le fond sombre du miroir, qui révèle sa nuque mais aussi les mains difformes (eh oui le grand Ingres ne savait pas peindre les mains !).
Tout évoque le luxe de ces premières années du
XIXe siècle robe de velours grenat, garnie de précieuse mousseline des Indes et de dentelles transparentes, couteux châle de cachemire blanc. Le modèle pose dans l’alcôve d’un boudoir tendu de soie or, dont on a garni les coussins du divan, mais aussi les murs qui encadrent le miroir situé à l’arrière-plan sur lequel Bernard attire notre attention.
A la demande de notre guide nous cherchons en vain longuement une « erreur » mais une fois mis en lumière par Bernard nous ne voyons plus que son bras démesurément long, détail voulu qui annonce la peinture moderne et fascina Picasso.
Au lieu de défiler devant des dizaines de tableaux, sans en percevoir la quintessence, Bernard nous conduit dans un savant dédale d’un tableau à un autre, pour nous faire saisir comment progresse l’art pictural et comment la technique intervient aussi avec la peinture en tube qui au XIXème siècle vient tout bouleverser.
On attend avec impatience une suite vers les œuvres modernes et contemporaines car on a plus appris en deux heures qu’en des jours à regarder distraitement de longue série de tableaux dans maints musées du monde.
Un sympathique repas conclut comme de juste cette matinée, car après avoir sustenté abondamment notre esprit il fallut penser au corps et bavarder tranquillement de choses et d’autres en philosophant sur la vie et le monde !

Pierre