Les thérapies dites de « conversion », bien connues aux Etats-Unis, sont des traitements pseudo-scientifiques ou religieux qui prétendent « soigner » et changer l’orientation sexuelle. Le phénomène, également présent en France est encore sous-estimé, voire ignoré car peu facile à détecter, évoluant discrètement sous les radars. C’est ce qui ressort de l’émission de ce mardi 8 septembre, programmée sur la 5, à savoir le documentaire de Caroline Benarrosh suivi d’un débat (Le monde en face).

Côté USA, ce sont les grandes organisations chrétiennes qui sont à la manœuvre, dans l’outrance et le spectaculaire : grandes messes de conversion orchestrées par la pasteur-star Janet Boynes, séances d’exorcisme pour « chasser le démon gay ». Super-show et propagande assurée par les repentis, ex-homos venus témoigner collectivement de leur épanouissement dans l’allégresse générale. La réalité est plus triste : quelques-uns interrogés séparément, reconnaissent que « ça ne fonctionne pas » et que « résister » est un enfer au quotidien. Honte, culpabilité, dépression et parfois suicides : finalement, rien ne change. On touche au sordide avec les « camps de réorientation » destiné aux adolescents et même aux enfants (prendre le mal à la racine) soignés par l’enfermement et la violence tant physique que morale (sévices exercés par des religieux, dont le viol qui peut faire partie de la thérapie). Pratiques impunies et qui, même dénoncées, perdurent dans une trentaine d’états tant le poids de l’Église se fait sentir dans le législatif américain (pour un gouverneur : ne pas perdre un électorat chrétien et conservateur).

Ces « thérapies » importées en France restent mal identifiées sous des apparences plus soft. Le discours est plus « lissé ». On évite les mots qui fâchent. On reste dans le flou, il est question dans un premier temps de « guérir les blessures profondes ». On ne parle plus de « camp » mais de « retraite », « session » ou « stage » (souvent dans le cadre de groupes charismatiques, cf. les Béatitudes »). L’accueil est apparemment bienveillant, voire festif (« C’est la colo ! »*). Le programme se partage entre temps de prière (toujours « faire sortir le démon ») et réflexion pseudo-psycho (chercher les erreurs d’éducation).

Le livre américain (d’Andrew Comiskey) : « Comment Jésus soigne les homosexuels » devient dans sa version française plus consensuelle :  » Sexualité réconciliée ». Mais le discours de fond reste le même : on associe homosexualité, drogue et débauche. On insiste lourdement sur le péché. On induit la peur d’une vie de malheur. Pas d’autre issue que le renoncement et une vie de chasteté à continence forcée. Et sur le terrain, les abstinents sont évidemment les plus violents à l’encontre de ceux qui ne le sont pas.

C’est ainsi que sur le modèle américain et dès les années 90, les groupes « Courage » et « Torrents de vie » ont développé cette homothérapie tout aussi violente qu’aux Etats-Unis, sur la même base religieuse des tro

is religions monothéistes. Violence morale, parfois physique : chez les musulmans, par exemple, on peut envoyer au bled les déviants (viol punitif pour les garçons, parfois excision pour les filles). Ces traitements se répandent à présent dans toute l’Europe et les derniers rapports ne sont pas très rassurants.  Toutefois, les rescapés, les victimes prennent la parole. Des informations circulent. Parallèlement, on

peut instruire autrement et précocement, ce que fait SOS HOMOPHOBIE dans les écoles, en déconstruisant les clichés des élèves, en proposant des modèles positifs d’homos assumés, en faisant passer le message que l’homosexualité est une disposition naturelle tout aussi légitime que l’hétérosexualité, et que dans notre société, on a « le droit d’être homo mais pas homophobe. » Il manque encore d’inscrire dans le code pénal ces thérapies de conversion qualifiées d’ores et déjà de « torture » par l’ONU et désormais considérées comme actes de maltraitance familiale et religieuse, voire médicale, et relevant par conséquent de « l’infraction ». Ce projet de loi est porté par la députée Laurence Vanceunebrock qui le présentera en janvier 2021.

Certains pensent que ce réajustement serait l’occasion d’une « main tendue à l’Église ». Accepter l’homosexualité la grandirait tout en la faisant sortir de ses contradictions et dérives.

Accueillir la personne dans toute son humanité, n’est-ce pas le vrai message de la Bible ?

Madeleine

Sources :
Documentaire : « Tu deviendras hétéro, mon fils » (Caroline Benarrosch)
Débat : « Le monde en face »
Parmi les intervenants :
le journaliste Jean–Loup Adenor * auteur du livre « Dieu est amour » (infiltrés parmi ceux qui veulent « guérir » les homosexuels)
Véronique Godet présidents de SOS Homophobie
Laurence Vanceunebrock, députée de l’Allier