Courageux furent celles et ceux qui, un an auparavant, relevèrent noblement le défi de lire :
– un recueil de nouvelles
– un roman épistolaire
– un livre de moins de 100 pages
– un livre publié l’année de sa naissance
– une bande dessinée,…
A chacun-e son style pour s’acquitter de sa mission. Respect stricte de la consigne ou entorses malignes au règlement. Choix opportun d’un défi correspondant à un livre déjà lu pour ménager sa peine ou recours à l’aide d’un libraire patient. C’est un plaisir d’écouter le récit de ces péripéties livresques ! On pourrait presque en faire un roman !
Force est de constater qu’en dépit des masques ou à la faveur d’un confinement, à la dernière minute ou tout au fil du temps, les exemplaires trouvèrent des lecteurs (ou l’inverse !)
En belles lettres (et dangereuses liaisons) ou en images, les impressions des lecteurs et des lectrices se succèdent et se répondent.

Le débat s’invite à la table autour d’un déroutant génie, quand la poésie est aussi capable de sordide… Mieux vaut encore s’assoir au piano-cocktail !
Itinéraire d’une après-midi ponctuée d’arrivées, comme une façon d’exprimer sa liberté, l’interphone donne le ton et se succèdent les invités ! Même la musique (oui mais la Vraie) nous partage de ses nouvelles…
Tout le monde s’accorde un peu de nourriture terrestre tout en s’accommodant de la distance de mise : exercice de style ! Rien qui puisse entamer la convivialité, on parle même déjà, à Noël, de recommencer !
Terminant le tour de table entre quarantaine et retraite salutaire d’une femme sortant de son train-train, une surprise nous guette encore…
Epatant : comme s’il n’y avait pas assez de livres sur la Terre, deux d’entre nous avec une contrainte différente, ont retenu le même ouvrage ! Voici la démonstration faite qu’il y a autant d’interprétations que d’interprètes !
Je cite à ce propos Yves, spectateur aussi éberlué que nous tou.te.s de cette amusante coïncidence et du roman Le nom de la Rose :
« Si Yves a – sans surprise – longuement insisté sur les « échos » très british du roman (le héro Guillaume de Baskerville, les érudits Roger Bacon, Dun Scot, Guillaume d’Occam et le clin d’œil aux deux Roses (les familles rivales des York et des Lancastre qui au XVème s. se disputent la couronne – opposition qu’on retrouve dans le roman entre, cette fois, pouvoir civil et pouvoir religieux), Philippe ne pouvait pas passer à côté de cette rose aux mille noms enchanteurs qui orne son jardin. »
Retrouvailles, aussi, avec un thésard en béton ! A qui l’on pardonne bien sûr de n’avoir pas eu l’occasion de lire et relire autre chose que son travail, dont nous évoquons l’introduction.
A l’extérieur le soir s’installe. Tous les participant-e-s sont maintenant bien là, et je repasse sur le tableau des défis et sur les présentations d’aujourd’hui, ainsi que sur les suggestions d’une amie absente…
Inspirations parmi lesquelles piocher pour occuper l’automne et l’hiver, sans s’ennuyer même jusqu’à l’été !
Remplir sa bibliothèque et rediscuter de ce qui a plu, plait ou ne plait plus, et pourquoi, et comment, et cetera !
Enfin, devant ces partages, l’envie me prendrait presque de relancer l’idée d’une nouvelle année de lecture où la contrainte n’est (maintenant vous le savez !) qu’un prétexte à découvrir et à s’émerveiller !

Camille

Pour compléter l’article de Camille, voici trois petites madeleines littéraires proposées par Madeleine parmi ces très nombreuses lectures hebdomadaires :

La rubrique de Madeleine

De mes dernières lectures, j’ai retenu 3 titres :

J’irais nager dans plus de rivières de Philippe Labro
Comme d’habitude, l’auteur égrène ses souvenirs, ses réflexions entrecoupées de citations, au fil des événements et des rencontres plus ou moins marquantes et avec plus ou moins de bonheur.
Ce qui a retenu mon attention, c’est le portrait qu’il fait de Françoise Giroud dans le chapitre  » Femmes, je vous aime ».
Il reprend là un texte qui lui avait été commandé in extremis au moment de la mort de la journaliste. Texte écrit dans l’urgence et comme il le dit lui-même dans une sorte de « transe », comme « dicté » dans un moment de grâce. Portrait plus que réussi, une pure merveille .
Rien que pour ces quelques pages, le livre est sauvé.


Une farouche liberté d’Annick Cojean
Le livre rapporte les derniers entretiens qu’elle a eus avec Gisèle Halimi, quelques mois avant sa disparition. Il retrace le parcours de l’avocate, en particulier il nous ramène à la genèse de son engagement contre l’injustice, en évoquant sa révolte précoce devant le traitement inégalitaire garçon/fille qui prévalait au sein de sa famille avec au final, sa victoire à l’arraché.
Moment fondateur d’une vie consacrée en grande partie à la cause féminine : cette détermination sans faille à rétablir la légitimité, la dignité et le droit de la femme à disposer d’elle-même en exposant parallèlement l’absurdité d’un système patriarcal ne reposant que sur des a priori.
Lecture incontournable pour qui veut aller au coeur d’une obsession, d’une vocation.

 

La voyageuse de nuit de Laure Adler
Sur le bandeau de l’ouvrage on lit : « C’est un carnet de voyage au pays que nous irons tous habiter un jour : la vieillesse. C’est là qu je vis désormais, dans ce lieu dont personne ne parle. C’est un chemin personnel. Tendre. Joyeux. Et vital. »
Oui le récit est d’abord personnel mais la réflexion est considérablement enrichie par d’autres voix lui faisant écho : les pionnières Sand, Colette, Beauvoir, Duras, Giroud .., et des auteurs divers et variés, sages d’autrefois ou philosophes d’aujourd’hui, d’Epicure à Foucault en passant par Hugo ou Flaubert, tous rassemblés dans la même humanité confrontée à l’expérience de la finitude.
Rien de pédant cependant. Tout est vivant, documenté, actuel autant qu’intemporel.
La qualité de l’analyse peut en faire un ouvrage de référence.

Madeleine