Suite à notre rencontre par Zoom sur la mort et l’au-delà animée par Line, Yves prolonge nos échanges par ces réflexions dans l’article ci-dessous :

La grande tragédie de la vie c’est la mort. Et pourtant, cela fait partie du processus normal de la vie. Tout ce qui est vivant naît, grandit et meurt. Il ne faut pas avoir fait de grandes études de philosophie pour le reconnaître. Le problème survient dans l’Histoire avec l’émergence de la conscience (à partir de l’apparition des premières tombes) quand les survivants sont affectés par la mort d’un membre de leur tribu. Très vite, les religions ont essayé de donner du sens à l’absurdité de cette disparition et ont élaboré un rituel pour accompagner le corps du défunt et soutenir les personnes endeuillées.

Assez tardivement (2ème s. avant J.-C. chez les juifs – en réaction à la mort des jeunes Maccabées mis à mort par l’infâme Antiochus IV) une espérance apparaît. Dieu peut intervenir pour sauver les Justes du shéol (enfer juif) : « Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront, ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l’opprobre et l’horreur éternelle. » (Livre de Daniel). Jésus est, selon les témoignages qui nous sont parvenus, le premier humain à vaincre la mort. Il aurait été revu vivant (mais sous un aspect différent, pas immédiatement reconnaissable) après sa mort et sa mise au tombeau. C’est sur la foi de ces premiers témoins (ses disciples) que se fonde la croyance chrétienne dans la résurrection des morts, dans notre vie après la mort, une vie autre, éternellement heureuse, hors de l’espace et du temps (des notions propres au cosmos que nous habitons), une vie passée à contempler et à louer Dieu. Ce qu’on appelle la vision béatifique.

Pour nos contemporains, dans une France sécularisée et déchristianisée, l’attitude devant la mort peut prendre deux aspects. Soit, en acceptant la finitude et l’absurdité de nos vies, bien décider de vivre à plein régime (assouvir nos instincts de puissance et de jouissance, ne se soucier que des préoccupations matérielles, répondre aux injonctions consuméristes, fuir dans le « divertissement » et oublier qu’on est mortel), soit en se laissant submerger par le tragique et l’absurde de l’existence, obsédé par l’angoisse de la mort, jusqu’à en oublier de vivre. Je n’oublie pas la croyance en la réincarnation (d’origine bouddhiste), qui se développe en occident et pour laquelle je n’ai que des connaissances de seconde main. A en croire ma belle-sœur (une référence en la matière) il s’agirait d’une seconde (voire énième) chance de rattraper sa vie misérable et être en bonne posture pour atteindre le Nirvana. Je lui dis qu’en Inde le corps est totalement déprécié et que la perspective de me retrouver dans la peau d’un reptile ne m’enchante guère. Au contraire, les religions occidentales (Judaïsme, Christianisme, Islam) prennent le corps (le corps avec ses souffrances et ses infirmités) très au sérieux. En se basant sur une Révélation divine (qu’on est libre de refuser) elles offrent l’espoir d’une vie relationnelle, pleine et heureuse, dans une autre dimension.

Notre rencontre du groupe D&J Nantes du 22 novembre sur Zoom s’intéressait davantage aux EMI (Expériences de Mort Imminente) ou NDE (Near Death Experience) ainsi qu’à la communication avec les morts. Au préalable, j’ai envie de dire ce que je pense de « moi ». Qui est ce corps qui dit « je »? Un ensemble de chair, de sang et de neurones… vision purement biologique et bien réductrice ! J’ai peine à imaginer qu’une fois rendu mon dernier souffle il ne restera plus rien de « la personne brillante que je fus » et que cette vie, riche de relations multiples, fut vécue en pure perte. Vous comprendrez sans peine que l’expérience d’un certain Jésus, revenu de la mort définitive et m’invitant à suivre le même chemin, soit terriblement réconfortante…. Voilà pour moi, le véritable « homme augmenté ».
Mais pour revenir aux EMI, je n’ai aucune expérience en la matière et je me suis contenté d’écouter les témoignages de ceux et celles qui avaient quelque chose à dire. C’est vrai que ces récits de sortie hors du corps, de passage dans un tunnel lumineux, de contact avec des membres de sa famille, de sentiment de grande paix… (hors du fait qu’ils ressemblent étrangement au traumatisme de la naissance) sont troublants. Il y a des phénomènes mystiques identiques (illuminations fulgurantes et retour à la normale) chez les grands saints (Paul de Tarse, Thérèse d’Avila, François d’Assise…), mais cela reste assez rare.
En ce qui concernent les communications avec les morts, on pense immédiatement au spiritisme, aux tables tournantes, aux revenants et autres maisons hantées, etc. J’avoue mon ignorance et mon scepticisme. Je comprends qu’il soit difficile d’oublier nos « chers disparus ». Il est tentant de penser qu’ils sont encore physiquement présents près de nous (ils le sont dans notre mémoire, c’est vrai). J’aimerais dire qu’il faut savoir lâcher prise avec nos défunts, ou cesser d’être tourmentés par ceux qui nous ont fait du mal, ou refuser de les instrumentaliser pour obtenir des réponses à nos questions. Sans doute ces interactions nous renseignent-elles plus sur l’état psychique de la personne qui rentre en contact avec le mort que sur la réalité du contact. Mais je peux me tromper.

Les chrétiens pensent volontiers que leurs défunts sont vivants en Dieu. Cela n’évacue pas la douleur de la séparation mais la rend plus supportable. Nous nous retrouverons tous (sinon au paradis au moins…) dans un milieu de joyeuse purification qui nous permettra, à terme (au jugement dernier ?) de soutenir la vision de la divinité. Si nos morts sont vivants (ailleurs), on peut donc penser à eux, et eux à nous. On peut prier pour qu’ils rejoignent Dieu rapidement et (plus égoïstement) on peut les prier pour qu’ils nous accompagnent quand notre tour viendra. Mais que peut-on dire de plus ? Sinon « qu’il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints » et que nous n’avons qu’un seul intercesseur entre Dieu et nous : Jésus le Christ. Mais là, c’est le croyant qui parle. En tout cas, merci à Line de nous avoir proposé cette réflexion, ardue sans doute, mais qui nous change de réunions plus « ordinaires » (comme « Les P’tits Papiers » à venir).

Yves

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