Pas de noir sur la gamme de l’arc-en-ciel ! (Téo)

Au matin de la Marche des Fiertés 2018 un escalier s’était éveillé à Nantes paré des atours de l’arc-en-ciel. Qu’il était beau ainsi irisé ; près à accueillir les pas des passants montant vers la tour de Bretagne. Aucunement sectaire, il acceptait tous le monde petits ou grands, LGBT ou pas… Un bel espace de fraternité au coeur de la cité. Malheureusemnt, et cela était prévisible, l’éclat de ses couleurs, tel le vol d’un papillon, ne dura qu’une journée… Juste le temps que des cerveaux dégénérés ne viennent le souiller de leurs coups de pinceaux LGBTophobes et des leurs tags débiles malabiles au vocabulaire haineux et limité…
Mais, on se l’était promis et la mairie nous l’avait assuré, l’escalier arc-en-ciel renaitrait un jour prochain encore plus beau avec ou sans pluie ni soleil dans les cieux.
C’est ainsi qu’un joli samedi après-midi de septembre, petits, grands, familles, amis, LGBT mais pas que, reprirent leurs pinceaux comme armes de bataille pour raviver les marches de l’escalier. Il y avait tellement de mains s’agitant dans cette armée de peintres que l’on ne distinguait même plus les marches se refaisant une beauté automnale. Puis, il y avait ces passants qui ne passaient plus mais s’arrêtaient un instant, pour glisser un mot d’encouragement, pour une photo ou un selfie. Qu’il était beau, qu’il était fier notre escalier ! Mais dans un coin de nos cerveaux je ne pouvait songer à l’éphémère… Combien de temps resterait il ainsi, intact ?…
LGBTophobes de tous pays, rassurez vous, cela ne dura guère plus de temps qu’au mois de juin….
A l’aube du lundi, j’avais décidé de détourner mon parcours pour aller le saluer, le photographier au soleil levant. Mais que t’est-il arrivé bel escalier ?! De longues trainées de peinture noire descendaient le long de ton flanc telle une marée noire, tel un rimmel grossier emporté par des larmes de tristesse… Témoins et acteurs malgré eux de cette lâche attaque nocturne LGBTophobe, deux pots de peinture abandonnés dégoulinant de noir visqueux trônaient tels des tankers échoués sur une côte de granit rose. Si pauvres sont les cerveaux qui ont manipulé les pinceaux gorgés de noir, qu’ils ne savent même pas qu’il n’y a pas d’anthracite sur la gamme de l’arc-en-ciel… Seul Soulages sait faire du noir une couleur lumineuse. Vous, vous êtes soulagés petitement de votre haine immonde en la déversant sous un flot informe d’acrylique au couleur de l’ébène… Si au moins vous aviez eu une once de sens artistique dans cette dégradation mais même pas… Vous en êtes bien incapables…
Depuis votre lâche expédition, le noir a disparu, nettoyé,… Des textes, des mots et des poèmes ont germé les jours suivants au pied de l’escalier dictés par des plumes indignées par votre acte de sagouins. Tel une scène d’accident ou de crime (la LGBTophobie est un crime) l’accès à l’escalier a été momentanément interdit, condamné par des barrières et des rubans blancs zébrés de rouge. Ne vous réjouissez pas trop vite car tel Sisyphe, nous nous remettrons bientôt en marche, nous repartirons en guerre et nous reformerons fièrement une armée de pinceaux pour remettre des couleurs à notre escalier après chacun de vos funestes passages car jamais (n’en déplaise à Mr Soulages) il n’y aura de noir sur la gamme de notre « escaliarc-en-ciel » !

Téo

L’escapade estivale en Sologne d’une bande de déjistes nantais-e-s

Pour cet été, B. nous avait proposé de partager un séjour en Sologne dans sa maison familiale. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à Dhuizon, pays d’étangs enchantés et de forêts majestueuses accompagnés d’une chienne (Mielle) aussi adorable qu’infatigable et d’une chatte (Mystère) crapautophobe.
Laissons ci-dessous libre plume aux voyageuses et voyageurs néo-sologneaux pour vous conter leur parenthèse estivales 😉

« Qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères (et des sœurs !) de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 132)
Et si au lieu d’écrire un article et de l’illustrer par une photo, je commençais par choisir une photo des Jardins de Chaumont et de vous en dire quelques mots ?

Au moment de commencer notre visite des jardins

J’aime cette double ligne où la verticalité des 9 participant-e-s (le 9ème prend la photo!) s’unit à l’horizontalité du groupe que nous formons.
Sur le plan vertical, les grands magnolias odoriférants de part et d’autre viennent accentuer chacune de nos riches individualités ; alors que sur le plan horizontal, les parterres de pétunias (et les guides que nous tenons en mains) soulignent la cohésion de notre sympathique assemblée.
Le chemin qui nous porte (sur la ligne médiane), c’est celui que nous avons pris pendant une semaine pour aller de découvertes en découverte sous la houlette efficace et attentionnée de notre guide, toujours prêt à nous expliquer les soubresauts de notre Histoire – sans oublier de nous prendre en photo.

Suite de la visite des jardins

Cette fois-ci, il n’y a plus personne… hormis la structure minérale du château de Chaumont qui apparaît au détour d’un chemin, et qu’encadre l’exubérance végétale des jardins.
L’architecture médiévale aux aspects de contes de fées se heurte à l’intemporalité d’une végétation faussement naturelle. L’humain est omniprésent… et cette scène sableuse, au premier plan, en apparence déserte (mais où vous reconnaîtrez M-Hélène), va bientôt se remplir d’une foule de touristes ravis – comme nous – par ces nombreux petits jardins où l’art, la culture et la nature se déclinent sous ses aspects les plus divers.

Yves

Notre séjour à Dhuizon

Les personnes qui ont partagé avec moi ce beau moment sont : Bernie, c’est l’apogée de l’hospitalité, il nous a accueillis dans la chère maison de ses parents. Il est attaché à cet endroit parce qu’il a des souvenirs d’enfance qui se sont passés dans cette maison.
Les invités étaient 10 personnes : MH, Hé, Ph, St, Yv, An, Té, Cm et Ma
Mon séjour a commencé par un très bel accueil. On est arrivé Yv et moi après un long trajet, c’était la fin de la journée vers vingt heures. Le repas était un vrai régal ! L’ambiance était géniale et surtout j’étais très content de jouer avec la chienne appelée « Mielle », c’est un animal adorable.
Le lendemain on était prêt dès le matin à visiter un Domaine viticole et de produits laitiers « Le Croc Du Merle » à Muides-sur-Loire à huit kilomètres du château de Chambord et dix kilomètres de la centrale nucléaire de de Saint Laurent des Eaux !!! Oui j’aurais bien aimé la visiter. Dès notre arrivée on sentait l’odeur puante des bêtes, pourtant ce n’était pas répugnant, on arrivait à s’habituer rapidement. Nous étions reçus par Anne-Marie la responsable. Elle nous consacre une bonne heure pour nous montrer l’exploitation laitière. Cent vaches sont dans cette ferme qui produisent annuellement cent mille litres de lait. La ferme est équipée par un robot qui permet aux vaches de se traire toutes seules sans l’intervention humaine et au moment qu’elles-mêmes choisissent. Il suffit que la vache se déplace vers le robot. Son code bar est détecté et le robot vérifie que la vache ne s’est pas déjà fait traire peu de temps avant. Des lasers permettent de détecter la position des mamelles pour placer les trayons. Après la visite de la ferme, on a fait une dégustation de vins délicieux.
L’après-midi on s’est séparé en deux groupes. Un groupe qui voulait visiter le château de Cheverny et un autre qui voulait faire une marche le long de la Loire. J’étais parmi ceux qui voulaient faire une balade le long de la Loire. On est parti du camping Municipal Bellevue à Muides-sur-Loire et on a passé par Saint-Dyé-sur-Loire jusqu’à Montlivault. Il faisait très chaud, plus de 35 degrés. On a pu trouver quelques fruits dans certains arbres. Hé m’a fait goûter une pomme qu’elle a cueillie, c’était délicieux. Au retour on a fait un dîner ensemble et on s’est couché tôt.
Le vendredi 17, nous sommes partis visiter le Jardin des plantes de Chaumont. C’est un endroit magnifique. C’est vrai que l’entrée n’est pas gratuite, mais ça vaut la peine de payer. On trouve plus de 35 coins dans le jardin qui sont créés par des paysagistes et des artistes du monde entier dans le cadre du festival international des jardins. L’un des jardins que j’ai bien aimé c’était le jardin de Proust, c’est un concept basé sur la pensée de Marcel Proust.
L’après-midi on s’est dirigé à Blois, quel magnifique endroit ! c’est majestueux. On a visité le château de Blois. Ce château est riche par son histoire avec les rois Louis XII, Louis XIII, Henri III et la reine Marie de Médicis. Le château du XIIème  siècle a été rénové au XIXème et l’architecture intérieure est modifiée. Les meubles ne sont évidemment pas ceux qui ont existé à l’époque des rois.
Le samedi, nous sommes partis faire une balade l’après-midi vers l’étang de Montperché ou Montpercher les deux apparemment sont correctes. On a fait un aller-retour de 10 kilomètres. Mielle était notre compagnon.
Le dernier jour, tout le monde était content de pouvoir passer un bon moment avec les deux dernières invitées Cm et Ma. On a visité avant midi le jardin du Château de Chambord. L’après-midi on s’est baladé au bord d’un étang où on a regardé la faune animale.
Je voudrais remercier Bernie qui nous a donné la chance de découvrir la beauté Solognaise.

Abdo

Un séjour tout Mielle

   C’est à la Bonne heure que nous sommes arrivés au camp de base solognot de notre escapade déjistiqu’estivale. Vaste jardin, petit bois, verger garni, potager généreux, Mielle la border collie et deux chouettes perchées en haut de l’escalier. Objectif de ce séjour : partager ensemble quelques jours parsemés de visites de châteaux, d’amitié, de balades forestières, de repas conviviaux, de découverte d’étangs, d’observation de la faune et de la flore de la région,… Une recette qui fut variée, épicée d’instants cacaotés ou rock’n roll… Le tout guidé de main de maître par un expert multicarte ès hospitalité, ès chronologie royale,ès vol d’aigrette et caquetoirs : his name is Bonde, Bernie Bonde !
Côté châteaux, Chambord, Cheverny et Blois furent les heureux élus de nos visites casteliennes. C’est ainsi que l’on admira un escalier à double hélice, des jardins ordonnés au millimètre, des portraits royaux par centaines, des meubles et objets précieux, des histoires de familles emberlificotées et autres folies architecturales,…De quoi transformer en désert saharien la glotte de notre guide érudit.
Et pour abreuver un palais assoiffé, rien de mieux qu’une pause au café de la mairie, chapelle éthylique dévolue au culte de St Johnny (Hallyday). Une pincée de dévotes déjistes s’y empressèrent de chanter nombre de refrains de l’idole des jeunes sous le regard interloqué des autochtones du cru qui n’en demandaient pas tant.
Vous reprendrez bien un carré de chocolat avec votre café ? Alors, direction la chocolaterie voisine pour découvrir toutes les étapes de transformation du chocolat de la fève tropicale à la tablette. L’occasion pour nous de déguster des cacaos d’origines diverses avant de repartir cueillir les futures tomates de notre déjeuner en compagnie d’une Mielle endiablée et enchantée d’aller dégourdir à toute allure ses pattes au potager.
Légumes du potager, fruits du verger comme autant d’objets de dessins sur vélin que l’on aura pu retrouver dans les vitrines des châteaux de la Loire. Et qui dit vélin dit veau et, je vous l’assure, il s’en est fallu de peu pour qu’un petit veau (accompagné d’un border collie…) ne vienne agrandir une famille herblinoise dont je tairai le nom. Mystère, leur chatte crapauphobe, pourra vous en attester.
Moment de partage nocturne sous la voie lactée étoilée à la recherche de Mars, Jupiter ou l’Etoile du berger et, le lendemain, nous partirons à la découverte des villages typiques en briques rouges picorant d’églises en chapelles, de caquetoires en chemins forestiers.
Le moment est venu de vous conter l’église St Viâtre où les enfants sages, pendant la messe, ont à disposition des coloriages et même des livres où l’on parle homosexualité et théorie du genre ! Ne vous réjouissez pas trop vite car le contenu de cet ouvrage n’était pas du meilleur goût…
Alors, pour s’en remettre, rien ne vaut une belle promenade en forêt, le tour d’un étang, l’observation à l’affût et en silence d’une biche, d’un raboliot ou d’un héron cendré,…
S’évader, ce fut aussi parcourir les délicieux jardins de la Pensée à Chaumont, merveilles de diversités horticoles, colorés de mille et une nuances, zennement architecturés et même parfois sonorisés de battements de cœur. Savourer le plaisir de vagabonder d’un attrape-rêves à la clé des songes, du chemin de Melété (muse de la méditation), aux voyelles de l’Olipo,… Ainsi nos regards voyageront à la rencontre des nénuphars bleus ou roses, nos mains caresseront le velours d’une majestueuse fougère dentelée, nos nez se pencheront sur cette fleur aux pétales d’un noir si profond,…
Changement d’atmosphère et d’odeur à la ferme du Croc du Merle : le parcours du lait de la vache au Tetra pak ou au fromage, l’assemblage du raisin de la vigne à la bouteille.
Un séjour déjistique, ce n’est pas que visiter mais c’est aussi expérimenter l’assemblage des genres, des caractères, des opinions, des spiritualités, des goûts culinaires,… Côté cuisine, les repas furent des moments privilégiés pour causer autant d’oiseaux migrateurs que d’humains migrants agrémenté ou non d’un zest de spiritualités. Chacun à sa façon  y glissera son grain de sel, sa pincée de piment, sa pointe d’humour torréfiant à volonté son point de vue entre deux lancers de bâtons à l’insatiable Mielle avant de partager un ballet d’arrosoirs, d’aller siester sous le chataîgner ou d’entonner, le crépuscule venu, une so british old song…
Mais que le temps file vite sous ces latitudes solognotes et déjà vient le temps de dire au revoir aux busards des roseaux, à Gaston d’Orléans, aux biches de Chambord, aux anamorphoses, aux caquésiaux, aux oriels, aux salamandres et aux tomates cerises.
Mais, peut-être, l’été prochain venu, notre guide se transformera-t-il en guide de haute montagne troquant ses châteaux pour un Châtel ?
It’s a long way to next summer…

Téo

Weekend à Port-Blanc de DJ Ouest les 25 et 26 août 2018 (Jean-Louis DJ Rennes)

Port-Blanc ou l’histoire d’un week-end de déjistes venus des groupes du Finistère, de Nantes, de Rennes et de Vendée. Un petit moment de bonheur partagé sous un soleil imprévu, placé sous le signe de rencontres heureuses au hasard de nos pérégrinations d’un Tro Gwen un peu loufoque. Du plaisir de la table à celui de la mer parfois chaude parfois fraîche, mais toujours délicieuse comme ces mots et ces ballades accompagnées à la guitare, qui se disent sans se dévoiler et vous environnent d’un halo de douceur, de bienveillance qui recharge les batteries avant la rentrée. Des images plein la tête gravées sur nos écrans de portables et d’ordinateurs.

Un air de madeleine qui ne dit pas son nom, celui d’une fin de vacances où le maître d’école Denis nous a fait vibré au son et aux cordes du psalmiste… Il en reste encore un écho dans l’air, un air de rengaine qui s’est écrit avec toutes et tous et dont voici le fruit :

PSAUME

composé par les participant-e-s, façon “cadavre exquis”

Heureux l’homme et la femme
Qui bénira Dieu en tout temps
Le temps s’efface mais Dieu dans ton amour demeure
Nous restons tous unis autour de Dieu
Pour être en Dieu et Dieu en nous ; tout est un
Ce qui a été séparé a été réuni
Ceux qui se sont querellés ont jeté leurs armes
Ainsi tout est consommé
De l’obscurité que surgisse la lumière. Enfin !
De là, la Parole de Yavhé dans vos cœurs par amour
Généreuse est cette journée
Tant la nuit d’avant fut féconde
Que neuf mois plus tard elle enfanta un fils
Cette enfant qui est-il aujourd’hui
Il est toi, il est moi, il est nous
Il est ce que nous voudrons construire en ce monde
Partagé, aimer, donner, par toi, pour toi, pour nous
Mon âme se repose en paix, en Ta Parole
Sois loué pour chacun, chacune

Jean-Louis et toute la troupe du week-end de Port-Blanc

Rencontre estivale à Nantes avec des déjistes participants au chemin de St Jacques à l’automne 2017 (par B. )

Monique & Gisèle, deux participantes au voyage de l’an dernier « sur les chemins de St Jacques de Compostelle ». Arrivée en pleine canicule, elles ont été hébergées chez Annette qui les a sorties, aux heures moins chaudes de la fin d’après-midi, dans les marais des bords de Loire, du côté de Cordemais, où oiseaux riment avec roseaux.
Troquant la quiétude campagnarde de St Etienne de Montluc pour la mégalopolis nantaise, les voilà chez Bernard, en bord de Sèvre. Fidèle à ses engagements (professionnels), il sortira ces dames, accompagnées de l’ami Yves, dans les friches industrielles du Pré au Duc, où retentissaient encore ce matin-là, les barrissements de l’éléphant des Ateliers de l’Île. Colline Ste Anne, Acadiens en Ligérie, Mémorial du Commerce Triangulaire, Cigale, souvenirs de Cambronne à Waterloo, Pommeraye et son passage, Tombeau de François II et Château natal de la Duchesse Anne, furent des thèmes développés avant l’inévitable crêpe et les retrouvailles à treize – chiffre porte-bonheur – pour une Cène conviviale, à laquelle participaient trois phocéens égarés chez nous et un nouveau déjiste potentiel bien sympathique, Jérôme, en plus des quelques membres de l’association et autres participants au voyage de Santiago-2017 qui n’avaient pas ou pu déserter la capitale de l’ouest en cette période estivale torride.
Belle rencontre appréciée de tous, partages amicaux et prises de paroles des uns et des autres agrémenteront cette soirée épicée un instant d’un coup de sang volcanique de notre ami Jacques répondant à Steve -malheureusement absent ce soir- et qui avait, deux jours auparavant, dans un courriel collectif, dit sa honte d’être Français et critiqué, en plus de « l’attitude intransigeante et raciste du gouvernement, notre propre passivité et indifférence devant la tragédie des migrants qui envahissent Nantes en ce moment. (…) » Mais c’est le « Je suis plutôt très surpris de n’avoir vu personne parmi vous encore présent pour aider à assurer l’accueil de la place Daviais, vous qui vous dites chrétiens et catholiques» qui déclencha l’ire de notre Père Jacques, excédé de cette sempiternelle attitude de culpabilisation des chrétiens, accusation jetée gratuitement et de façon injuste car « qui peut prétendre savoir ce que chacun, individuellement, peut apporter à son prochain dans le besoin, sans que cela ne prenne obligatoirement la forme de soutien aux migrants, une parmi tant d’autres, selon Jacques, des tragédies humaines de notre époque. Les Catholiques sont suffisamment chargés de culpabilité par les non pratiquants sans qu’on en rajoute couche supplémentaire. Chacun a sa propre conscience pour savoir comment, à sa façon, aider autrui si il en a le souhait, et personne le privilège de pouvoir le juger ! *»
Une douce tiédeur, teintée même d’un zest de fraicheur nocturne réparatrice, remplaçait alors les excès climatiques des jours précédents et la soirée se termina dans la joyeuse humeur, les rires et autres « pimenteries » cinglantes de notre amie Annette sans qui, une rencontre déjiste nantaise ne pourrait pas être véritablement réussie !

B

* : texte retranscrit de mémoire

 

 

Premier café littéraire (mais pas que…) par Camille

A l’heure où l’équipe de France chaussait ses crampons pour la demi-finale, nous nous sommes retrouvés pour une première : un « café littéraire » où chacun-e était invité-e à présenter un livre ou un film au groupe. De quoi piocher quelques bonnes idées pour cet été…
Ce fut un moment très convivial, sous forme d’apéro partagé… L’occasion aussi de mieux connaitre trois nouveaux venus (Catherine, Jérémy et Jérôme) ; le petit nombre de participant-e-s favorisant la discussion…
Voici les œuvres qui ont nourri les échanges de ce premier café littéraire (mais pas que…) :

Nos vaches sont belles parce qu’elles mangent des fleurs…
Livre de Paul Bedel Ed Albin Michel
(par Catherine)

L’auteure (Catherine Boivin) a pour projet de mettre en écrit le plus fidèlement possible des récits, paroles et remarques de personnes de tout horizon pour leur donner un moyen d’exprimer leur vision du monde, leurs expériences. C’est pourquoi l’oeuvre est présentée avec le nom de la personne et non celui de l’auteure. Ici, il s’agit de Paul Bedel, un agriculteur solitaire qui nous transmet avec des mots simples et beaucoup de poésie son amour de la nature, de l’essentiel.

Désobéissance
Film de Sébastian Lelio ¹ (2018)
(par Jérémy)

Il s’agit de l’adaptation du roman « La désobéissance »². Au sein de la communauté juive orthodoxe de Londres, le décès du rabbin conduit sa fille partie à cause de son rejet de cette société à revenir. Elle retrouve son cousin avec qui elle a grandi, marié à la femme qu’elle a elle-même aimée en cachette dans sa jeunesse. Pour cette dernière devenue une épouse et une femme rangée, les sentiments remontent alors à la surface. Un choix va s’imposer: partir avec elle ou rester avec lui…

¹ En 2017, Sébastian Lelio avait réalisé « Une femme fantastique« 
Les impressions de Téo sur ce film

² « La désobéissance » de Noami Alderman (Ed Livre de poche)

Les jonquilles
Poème de W. Wordsworth
(par Yves)

Un poème emblématique de la littérature anglaise. Avec son amour pour cette culture, Yves nous a lu ce court poème et nous a expliqué la résonance qu’il a pour lui, le tout joliment agrémenté de photos de la région des lacs en Angleterre où notre DJiste est allé randonner récemment et où le fameux poète a sa sépulture.

Le poème écrit en anglais et sa traduction en français :
http://www.crcrosnier.fr/mur3/peu3/wordsworthw3.htm


Love, Simon

Film de Greg Berlanti (2017) 
(par Jérôme)

Dans un style américain, cette comédie témoigne de la possibilité de faire un film gay et joyeux. Le jeune Simon dont la vie est parfaitement heureuse n’en couve pas moins un secret: à l’heure des premières amours, c’est sur les garçons que se concentre son attirance. Il tombe sous le charme d’un inconnu sur internet et devient victime d’un chantage. Toutefois, ses amis vont le soutenir.

Les garçons de l’été
de Rebecca Lighieri, Ed POL
(par Camille)

Une famille vit dans un véritable état de grâce; deux garçons surfeurs brillants et superbes, une fille précoce et des parents aimants. Tout pour être heureux, mais… A la faveur du récit (assumé par les personnages à tour de rôle), on découvre des failles, jusqu’au drame: l’un des fils perd sa jambe dans une attaque de requin à la Réunion. Le jeune homme devient alors de plus en plus mystérieux. On glisse dans le thriller et on reste en haleine jusqu’à la fin, dans la chaleur troublante de l’été.

Camille

Escapade du 1er juillet à Pouzauges, à trois voix. (Philippe, Yves et Gaëtan)

Du lac au meunier en folie

Avec Steve, nous retrouvons tous les autres membres DJ au parking du vieux château.
Il fait un temps magnifique, il est 11h30, le soleil est radieux.
Nous nous rendons à pied au café de l’hôtel de ville pour l’apéritif, on apprécie cette douceur (ou chaleur ?) de vivre dans cette petite Cité de Caractère. Après une petite visite dans l’église St Jacques magnifique avec ses vitraux représentant des scènes des Guerres de Vendée, nous reprenons le volant pour une pause pique-nique au lac de l’Espérance.
L’endroit est vraiment agréable, ce paysage du bocage vendéen verdoyant est propice à la détente et au délassement, nous nous sentons déjà en vacances. Tant pis pour la baignade, nous penserons à apporter notre maillot de bain la prochaine fois pour profiter de ce plan d’eau improvisé. Certains se prélassent sur l’herbe, d’autres font la promenade autour du lac.
Ensuite nous partons en direction du château St Mesmin où des animations nous seront proposées. Sur le chemin, nous faisons halte aux Moulins jumeaux (encore en activité) sur les hauteurs de Pouzauges. Nous profitons du panorama, remarquable à cet endroit. Nous avons la chance de rencontrer le meunier qui nous fait découvrir la vie des moulins.

Lac de l’Espérance

Nous avons le temps de faire une halte au Bois de la Folie qui surplombe la ville pour prendre quelques photos souvenirs et  déguster la brioche vendéenne gentiment proposée par Bernard.
Merci Steve pour cette journée qui nous a permis de nous ressourcer au grand air tout en nous faisant découvrir un patrimoine naturel et architectural étonnant.

Philippe

Oyez gentes dames et damoiseaux

Oyez ! Oyez ! Gentes dames et damoiseaux, le récit de notre visite au castel de Saint Mesmin.
Après bonne pitance et bière gouleyante, sise au lac de Pouzauges, nous convoyâmes prestement sous les ardeurs du jour vers ce lieu retiré des Deux-Sèvres profondes. Tout d’abord nous nous régalâmes de musiques médiévales. Puis, après avoir écouté un guide à la belle jactance nous conter l’histoire du château et de la rude famille Montfaucon (herses, mâchicoulis, coursives et autres systèmes de défense n’ont plus de secrets pour nous !), nous déambulâmes à travers moult pièces d’un donjon fort bien remis à neuf, avec de jolies couches (J-Marc s’esclaffa de les voir si courtes jusqu’à ce qu’on lui dise qu’en ces temps lacrimables les preux chevaliers dormaient presque assis… et tout habillés !).Enfin, nous nous mimes à danser la giguedouille. On alla me quérir pour faire quelques pas avec dame Annette. Un perfide escuyer osa dire qu’on allait s’épousailler. 

Tudieu ! j’ai bien cru qu’elle allait m’occire.Après avoir essayé casques, cottes et autres affublements, on nous bouta dehors et c’est à regret qu’il nous fallut quitter cette noble bâtisse, digne des meilleurs décors médiévaux !

Yves

Loges et éloges

Après avoir fait la ballade a l’ombre  au bois de la folie, sans folies bien sûr ! Ce qui nous était agréable vu la chaleur, Steve nous a guidés au point de vue remarquable sur le bocage vendéen, bien sûr nous avons été très sollicités par les très nombreux matraquages photographiques d’Yves. Lol !
Ensuite Steve nous dirige vers ce fameux restaurant  » la loge » et nombre d’entre nous font l’éloge des pommes de terre très appréciées d’Annette. Dès notre arrivée, nous étions heureux de nous désaltérer avec des boissons fraîches (eau, bière, etc.) Parmi nous quelques-uns ont pris des entrées (salade ardéchoise ou nordique), plat (plancha, gratin savoyard) et desserts (dont le fameux Irish coffee que Yves attendait impatiemment). Rires et bonne humeur partagés au cours de ce repas.
Merci à Steve  pour cette journée et soirée agréables.

Gaëtan

Petite galerie des paysages

Le poème de Pierre-Hugues (Jar 2018)

Qui sème ?

C’est ainsi que le vent sème
Que l’abeille abandonne sa part du pollen

Le chant de la source
Comme celui de l’oiseau
Peut-il s’arrêter
Lors même que demeure l’été ?

C’est ainsi que l’ombre du chêne
Sur le sol autour de moi domine

Et le soleil lui-même
Emprunte à l’univers
Sa puissance de feu

Il n’est qu’une étincelle pourtant
Au milieu du tout et du temps

C’est ainsi que le vent sème
Mille escarbilles de graines
Que la terre s’enorgueillit
D’être nourricière
Que s’ouvre une fleur
Au bonheur d’un papillon

C’est ainsi que tourne le monde
Pour faire les jours en la ronde
L’un après l’autre toujours

C’est ainsi que les gens s’aiment
Comme le vent fait son métier
Le blé son épi
L’abeille notre miel
Et le printemps prépare l’été

C’est ainsi que le vent sème
Et nous
Nous qui sommes
Des femmes et des hommes
Qu’avons-nous vraiment semé?

Piero de la Luna
Bonneuil-Matours 19 mai 2018

Impressions de Marche des Fiertés nantaise 2018 (Camille et Téo)

Comment naissent les arc-en-ciel

Tout le monde sait comment naissent les arc-en-ciel… Il faut de la vraie lumière, et un prisme pour en révéler toutes les couleurs. Les ingrédients étaient réunis samedi 9 juin.
Contente d’être là, au cœur du village associatif installé place de Bretagne, je regardais le monde arriver. J’échangeais un mot avec mes camarades non sans jeter de sceptiques coups d’œil au ciel : allait-il être avec nous ?
Aux premières gouttes, je me suis dit : ça y est, il fallait s’en douter, il nous lâche ! Une vague de nuages poussés par le vent à couvert le ciel. Nous nous serrions de bon gré sous une petite toile tendue. Je croisais les regards dubitatifs et amusés d’inconnu-e-s alors que le tonnerre grondait. Et dans les sourires joyeux que nous nous adressions, on lisait clairement que la pluie (maintenant battante) n’était pas à la hauteur de notre détermination ! On en essuie d’autres, à Nantes et ailleurs !
C’est ce que nous rappelle la voix dans le micro. Du fond de mon abris, je ne parviens pas à voir qui parle. Je n’en suis que plus attentive : capter tout ce que je peux de ses mots, de son message. Le vent redouble, la voix reste claire. Pas de place pour le renoncement : nous sommes tous là. La voix se réjouit car nous restons debout, nos mille visages, nos couleurs brillantes, le parapluie dans une main et le poing levé dans l’autre ! Quand le déluge interrompt quelques secondes le discours, la foule crie ses encouragements et son approbation de plus belle, de toute sa force !
Pour moi, un vrai moment d’unité et l’apaisement de se sentir multiples, minorités peut-être mais nombreuses et nombreux à marcher dans le même sens.
Et le ciel se laissera gagner par notre enthousiasme, couronnant cette journée d’une superbe éclaircie qui réchauffe la peau, le cœur, et redonne (si besoin était) de belles couleurs pour les longues heures jusqu’à la prochaine saison !

Camille

Nantes en vigilance arc-en-ciel

Samedi après-midi, Nantes avait été placé en vigilance orange sur les cartes météo ; orages et fortes pluies à l’horizon… En effet, à mesure que la foule des fiers marcheuses et marcheurs (et autres genres intermédiaires;) ) se rassemblaient sur la place Bretagne, de sombres cumulo-nimbus s’amassaient au-dessus d’eux dans le ciel nantais. Après une inédite Marche des Fiertés brestoise sur l’eau, allait-on voir la marche nantaise tomber à l’eau ?!…
Les premières gouttes de pluie tombèrent sur les premiers mots des discours officiels jusqu’à former des trombes d’eau obligeant les parures arc-en-ciel à trouver refuge sous les tables et toiles de tentes environnantes. C’est à ce moment précis que nous eûmes une pensée émue pour les majestueux parapluies arc-en-ciel de DJ ! Je dis « nous » car j’avais enfin réussi à retrouver dans la foule la pincée de déjistes bien décidés à marcher… avant que l’averse ne dirige plusieurs d’entres eux vers le café voisin.
Imperturbables, imperméables, les chars commencèrent à faire rugir moteurs et sonos. Bien décidés à braver les intempéries, marcheuses et marcheurs s’élancèrent à leur suite sous les hallebardes persistantes. Il fallut plusieurs minutes pour que les prières aux cieux des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence soient exaucées et que l’astre solaire daigne enfin réapparaître fièrement dans l’azur. Il était écrit que, en ce 9 juin 2018, dans les rues de Nantes, même le colère des cieux n’arriverait pas à arrêter la Marche des Fiertés !
Malgré le cocktail pluie-soleil aucun arc-en-ciel ne sera aperçu. Dommage, ça aurait été tellement classe et symbolique !…. Pour ne rien vous cacher, l’arc s’en était allé se pauser sur les marches de l’escalier au pied de la Tour de Bretagne.
Aux premiers pas de la marche, je fus heureux de constater que, cette année, les drapeaux trans rivalisaient en nombre avec les drapeaux arc-en-ciel. Comme aux dernières Jar, comme à DJ, ici, les choses commenceraient-elles à évoluer positivement sur ce sujet ?… D’ailleurs, trans et intersexes eurent les honneurs d’ouvrir le défilé.
L’après-midi durant, toujours pas assez téméraire pour marcher dans le flot (parsemé d’élèves ici ou là de l’établissement où je travaille…) j’ai parcouru d’aval en amont, d’amont en aval, en large et en travers la foule imposante. Je m’arrêtai ici ou là, sensible aux slogans, banderoles et looks, l’oeil aux aguets à la recherche d’un angle de vue pour une photo symbolique tel ce logo coco LGBTI, faucille et marteau compris aperçu sur une commionette ou encore, ce sextuplet de drag queens revêtues de combinaisons et perruques aux couleurs du rainbow flag. D’asso en asso, pancartes et banderoles revendicatrices s’élevaient fièrement en quête de respect, de droits, de reconnaissance et de liberté dénonçant violence, haine, oppression stigmatisation.
Plus la foule s’étirait sur le macadam et plus le soleil gagnait la bataillle dans l’azur !
Les moteurs des motos rutilantes paradaient pétaradant précédées des cyclistes des Dérailleurs pédalant pour qu’un jour, peut-être, « Pédale ! » soit à jamais banni du vocabulaire des cours d’école, des milieux familiaux, des stades, des trottoirs,…
Arrivés place Graslin, un étendard arc-en-ciel géant tendu au fronton du théâtre nous attendait. L’occasion pour certains de se pauser quelques minutes sur les marches ou de sacrifier au rituel d’un selfie. Devant passa la banderole d’un groupe de lesbiennes avec le slogan  « Un jour sans lesbienne est comme un jour sans soleil. » ; une expression particulièrement adaptée à la météo de cet après-midi.
Encore une ou deux photos et déjà le défilé repart pour boucler la boucle et regagner le pied de la Tour de Bretagne.
Partis en vigilance orange, par notre nombre, nos diversités de genre et d’orientations sexuelles, nous venions de faire passer Nantes en vigilance arc-en-ciel. Et comme le montreront les jours suivants avec les dégradations et les tags haineux venus souiller le bel escalier arc-en-ciel, notre vigilance arc-en-ciel, ne devra malheureusement jamais faiblir. Alors, rendez-vous l’an prochain dans les rues de Nantes ?!

Téo

La Marche des Fiertés rennaise

Le pari de la transparence (Madeleine)

Dans la série : « je mets tout sur la table », voici que se manifeste , là où on ne l’attendait pas (et sur un tout autre plan que le simple déballage) le philosophe Alexandre Jollien lui-même.
C’est à la fois une totale surprise et un vrai bonheur de lecture.
Aux dernières nouvelles, on savait qu’il était parti en Corée parfaire sa formation spirituelle avec un maître bouddhiste. Au retour, un événement l’a totalement bouleversé et a failli lui coûter la vie.
C’est ce qu’il raconte lui-même dans l’interview parue dans Psychologies du mois de juin 2018.
« J’ai vécu un événement qui m’a déboussolé et pour tout dire, qui a failli me perdre : je me suis épris d’un homme. La chose est banale somme toute. Sinon que cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité. Bref, dans la honte. Après 3 ans de méditation intense et quotidienne, voilà que je vivais l’attachement radical. Cela peut sembler dingue ! »
Au passage, on note avec soulagement la « banalisation » de l’amour pour un autre homme. Ce qui fait problème apparemment, ce n’est pas tant l’amour en soi que son excès, la passion avec sa prégnance psychologique et son aliénation.
Amour, passion… qu’est-ce qui au juste se manifeste et se joue derrière ces mots ?
Au cours de l’interview son récit rétrospectif fait apparaître d’emblée toutes les caractéristiques du désir, soit :
l’irrationalité (voire son caractère inapproprié)
« Peut-on jamais savoir où nous porte le désir ? J’ai été attiré par cet homme. Pourquoi ? Comment ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que ce corps dans sa beauté et aussi sa capacité à plaire aux femmes a suscité un grand chambardement…
…Je sentais le gouffre séparant cet homme au physique d’athlète et qui semblait loin des soucis, et moi qui m’étais réfugié dans une orthopédie de l’âme pas très efficace. »
la représentation idéalisée
« Me fascinaient chez lui, cette aisance, cette légèreté devant la vie, ce corps qui semblait tout-puissant. Il était si à l’aise avec les filles, si ancré dans la vie qu’il réveillait en moi une jalousie pleine d’illusions. »
l’intensité (renforcée par l’inaccessibilité) et l’insatiabilité
« Rentré en Suisse, nous nous skypions régulièrement, jusqu’au jour où je ne sais par quel hasard, il a foncé sous la douche. Ce corps apparemment parfait m’a ébloui jusqu’à l’obsession, jusqu’à susciter un désir quasi cannibale, insatiable. Ces skypes sont devenus le terreau d’une addiction du tonnerre de Dieu. »
le trouble et l’aliénation
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va mal…Le premier pas pour s’extraire de cette passion triste, l’étape cruciale, c’est déjà de reconnaître que ça ne tourne pas rond et qu’on est tombé dans l’esclavage. »
Quand liberté, intégrité sont ainsi menacées, quels moyens pour se défaire de l’emprise ?
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va furent pour Jollien les étapes du retour à l’autonomie ? »
« M’entourer d’amis dans le bien et ainsi, faire éclater le monopole de l’attention que je confiais à L. Puis parler, ouvrir, me confier. D’abord pour constater que ce que je vivais n’était pas si dramatique : je l’ai compris en me rendant avec un ami à un réseau des Dépendants affectifs anonymes…
…Parler aussi pour déculpabiliser et lever le voile de la honte.
A la notion de lâcher-prise, je préfère celle de « déprise de soi »… l’une des clés du détachement consiste sans doute à se défaire du souci de l’image de soi, à se délester du poids du qu’en-dira-t-on.
Revenir à soi, non sur un mode égotique, mais pour descendre au fond du fond, au-delà des rôles et des illusions…
Le défi majeur, c’est de se demander : qu’est-ce qui détient la télécommande de ma vie ? A qui, à quoi je confie le pouvoir de me faire vivre l’enfer ou le paradis ? A une personne ? Au jugement d’autrui ? A l’avidité ? A la haine ?… »
Au final, amour ou désir ?
« Je ne sais si j’aimais ce garçon. Je voulais plutôt avoir ce corps d’athlète… Je souhaitais plus être à sa place que je ne le désirais lui. Quoique au coeur de l’intime, les deux peuvent se mélanger. »
Et que retenir de cet épisode ?
« Cette « cure » m’a montré qu’au coeur de l’attachement il n’y a absolument rien à faire. La volonté est impuissante,ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser des actes…
Surtout j’ai appris que l’on peut arriver au point où aucune issue ne semble possible hormis le suicide, et cependant finir par s’en sortir . Cet épisode aujourd’hui derrière moi a été un cadeau, une sorte de baptême du feu, une école du détachement. Oui, la joie peut revenir après les zones de turbulence… Je crois que le véritable lâcher-prise , ce n’est pas tant liquider tous les problèmes, mais expérimenter que l’on peut composer avec le chaos, les passions, les déchirements. Au fond, c’est accepter le tragique de l’existence. »
Et pourquoi cette révélation publique ?
« Pour montrer l’envers du décor et oser la transparence. Peut-être que l’image erronée du « philosophe handicapé qui s’en est sorti » reste un cliché rassurant. Il faut faire œuvre de vérité, au risque de décevoir…
La notoriété tient avant tout du malentendu. Un jour où je venais de voir un escort pour justement durant de brèves minutes comparer nos deux corps, une femme m’a hélé dans la rue :
« Alexandre, comment fait-on pour être heureux et vivre en joie ? »
« Elle demandait cela à un paumé qui venait de payer un homme pour s’assurer qu’il n’était pas répugnant. »
.Plus profondément, j’ai voulu montrer aux personnes qui vivent l’addiction que ce n’est ni une tare ni une fatalité. Enfin pour donner à qui le souhaite des outils pour cheminer vers la « sagesse espiègle », celle qui consiste à accepter le chaos au-dedans comme au-dehors. »

« il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse« . Cette phrase de Nietzsche a été mon viatique . »

Message reçu. Voilà au moins une mise à nu qui grandit son homme et qui nous touche au coeur en faisant écho, d’une manière ou d’une autre, en nos propres vies.
Tous un jour ou l’autre, et pour X raison, nous pouvons tomber et dans le chaos émotionnel, nous retrouver au-delà de nos certitudes et catégories, démasqués, déboussolés et détruits. Savoir que d’autres et non des moindres, en sont passés par là nous rassure et nous rassemble dans la même humanité.
Gageons qu’après ce pari de la transparence, le lectorat de Jollien (un livre paraîtra cet automne) s’en trouvera accru.
Nous n’avons que faire d’icônes figées. Nous avons besoin d’humains qui nous montrent leur chemin. Les meilleurs guides et compagnons de route ne sont-ils pas « ceux qui ont le courage et la lucidité de se savoir eux-mêmes en chantier ? »

Madeleine

N.B. : J’ai fait le choix de reproduire presqu’in extenso la parole d’Alexandre Jollien, tellement elle est belle et signifiante. Toutefois ce texte n’est pas un copié-collé, c’est la reprise synthétique et analytique de l’interview dans le magazine « Psychologies »n°386, pages 16 à 21.
J’espère en avoir restitué l’essentiel.

Critique de « Play boy » Constance Debré Ed. Stock (Madeleine)

La peau sur la table

Le 30 mai dernier, le « prix de la Coupole » 2018 * a été attribué à Constance Debré pour son roman « Play boy » paru en janvier chez Stock.

De quoi s’agit-il ?

En lecture rapide, l’histoire d’un coming-out assorti de scènes d’amour en termes crus. (cf. l’extrait supposé vendeur de la 4ème de couverture)
S’il ne s’agissait que de cela, on en a lu d’autres !
L’intérêt vient ici de ce que le passage de l’hétéro à l’homosexualité suscite un mouvement iconoclaste tel qu’il balaie tout sur son passage en faisant table rase d’une vie classique et programmée.
Révolution personnelle donc qui laisse le champ libre à une vie réinventée, à la quête et reconquête de soi.
Récit d’émancipation qui se présente fragmenté, sorte de Légo, fait de chapitres courts et phrases coups de poing qui fracassent les représentations traditionnelles : mariage, famille, classes sociales, relations amoureuses et genre.
Que tout vole en éclats, rien d’étonnant , la faille est déjà là, dans la dualité originelle de l’identité, fille avec des goûts et des envies de garçon et plus encore : « A 4 ans, j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après , c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.« 
Et de virer alors sa « panoplie de fille » pour retrouver l’androgynie de base, ce qu’elle appelle le style « neutre » celui qui lui correspond et « qui va avec tout« .
Dualité encore des origines familiales avec « un pied dans la bourgeoisie,l’autre dans la dèche« , en ligne directe de parents à la fois « bourges et toxicos » . Père camé, mais grand-père ministre…
Et de torpiller le clan ultraconservateur des Debré : « Chère famille paternelle, un peu cul serré… et lui le grand homme, tsoin, tsoin…« , « le grand-père que personne n’a jamais oser emmerder tellement ils avaient tous besoin de sa grandeur… »
Le mariage ? Son mariage ? D’un ennui fondamental ! « C’est la base de la vie de couple de s’emmerder. La vie de couple et la vie tout court ».
Et avec un enfant, c’est encore pire. Avec la nécessité du frigo rempli, même plus de « place pour le vide », soit vacance et liberté.
Dérision qui va jusqu’au cynisme quand elle évoque sa profession d’avocate : « Secouer les pauvres jusqu’à leur faire cracher des billets. De toute façon leur vie était foutue. Moi j’avais besoin de garder ma Rolex« … « J’aime les coupables, les pédophiles, les voleurs, les violeurs, les braqueurs, les assassins. C’est pas qu’ils soient coupables qui me fascine , c’est de voir à quel point ça peut être minable, un homme »
Nous voilà au fin fond de la désillusion, façon Céline.
Et au terme de ce jeu de massacre, que reste-t-il ? L’amour rédempteur ? Même pas. Certes, il y a la rencontre du féminin, élément fondateur de la transgression générale : « Ma première dérogation, c’est elle« . Mais la femme aimée (?) n’est qu’un moyen : « J’avais décidé que ce qui pouvait arriver entre elle et moi était la chose la plus importante de ma vie. Ce qu’elle était ne comptait pas »
L’amour se confond avec le désir et le désamour avec son épuisement.
C’est à la fois « la fête et le désastre« , l’un et l’autre vécus en toute connaissance de cause, avec pour seule boussole sa propre personne : « Moi je suis innocente, moi je suis la pureté, le Bien incarné. Mon secret, l’égoïsme. Totalement, parfaitement, égoïste. Pour mon bien et celui des autres. »
On peut être agacé, et il y a de quoi, par tant d’auto-complaisance et forfanterie. Révolte de bobo qui lève le poing avec une Rolex au poignet… On a déjà connu ces enfants gâtés crachant dans la soupe, révolutionnaires en peaux de lapin, déterminés à changer la vie, mais prompts à rentrer dans le rang après avoir pris la pose.
Cela dit, derrière la provoc étalée et les constants paradoxes, on peut aussi reconnaître au personnage, la franchise, certain degré de lucidité et le mérite de l’autodérision. Ainsi : « Je suis riche, elle est pauvre. C’est pour ça que je vais gagner. C’est obligatoire. Les riches gagnent toujours et les pauvres crèvent toujours…. Je suis née comme ça , c’est dans mon ADN…On n’a pas besoin d’argent quand on est riche. On n’a pas besoin des autres quand on est riche. On n’a besoin de rien quand on est riche. C’est une question de honte qu’on n’a jamais. »
Ni honte, ni sanction (« Un bourgeois, ça ne fait pas de taule« )
C’est aussi grâce à cette impunité que parfois les enfants gâtés font bouger les lignes, si l’on pense aux Amazones des Années Folles (Barney et consœurs) riches héritières, socialement intouchables, pouvant se permettre de vivre en pionnières, « selon leur nature ».
Au final, qu’on apprécie ou non, on a affaire à quelqu’un qui s’est cherché une écriture pour dire autrement l’enfermement social et le vide existentiel . Autrement encore, l’ardeur amoureuse par un langage cru à la trivialité assumée, et qui implique de s’exposer sans fard. Sans doute s’est-elle appropriée la phrase de Céline (citée dans une récente interview)

« Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien.« 

Madeleine

* précédents lauréats, entre autres :

Frédéric Mitterrand : « Mauvaise vie »
Pierre Bergé : « Lettre à Yves »
Virginie Despentes : « Vernon Subutex »
Fabrice Luchini : « Comédie française »