Jours d’automne à Belle île – octobre 2019 (Pierre et Annette)

Deux textes poétiques pour vous conter notre week-end sur cette belle île bretonne :

Librement inspiré du Cid de Corneille puis du talent d’Annette

Nous partîmes à cinq ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes en tous dix en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
Voiture et bicyclettes, aussitôt qu’arrivés,
Dans un beau super U furent vite trouvés ;
Les autres, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d’impatience, autour de nous demeurent,
Se couchent dans les chambres, et sans faire aucun bruit
Passe une bonne part d’une si belle nuit.
Par la nuit qui arrive sur le gîte espéré les cinq se démènent,
Et se tenant couchés, s’organisent sans problème ;
Et feignent hardiment d’avoir reçu de nous
L’ordre de nos trois guides de bien penser à tout.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Le bateau et la mer montent jusques au port.
On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille ;
Point d’importuns au port, point aux murs de la ville.
Notre profond silence abusant leurs esprits,
(sauf les ronflements dont ils furent surpris) ;
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons matin, et tous en même temps
Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
Les cinq, à ces cris, du deuxième vaisseau répondent ;
Ils paraissent chargés, en bisous se confondent,
L’allégresse les prend à demi descendus ;
Avant que de marcher ils s’estiment arrivés.
Ils couraient au  rivage, pour admirer les plages ;
Nous nous pressons sur l’eau, nous nous pressons sur terre,
Ils admirent au couchant de beaux reflets la mer,
Et nous faisons courir des vivres abondamment,
Avant qu’aucun fléchisse ou ne perde son rang.
Mais bientôt, grâce à nous, leurs cinq nous  rallient,
Leur courage renaît, et leurs terreurs s’oublient :
Et la terre, et la mer, et la flotte, et le port,
Sont des champs de présages où triomphe l’accord.
Ô combien d’actions, combien d’exploits célèbres
Se déroulent sur cette île au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des efforts qu’il faisait,
Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
J’allais de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,
Et se trouver heureux jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
Belle-Ile vaut la peine et nous donne courage :
Et voyant un renfort qui nous vient secourir,
L’ardeur de vaincre les côtes cède et ne nous plus souffrir.
nous regagnons vaisseaux, ils en coupent les câbles,
Poussons jusques aux cieux des cris bien agréables,
Font retraite sans tumulte, et sans considérer
Si leurs chefs avec eux peuvent se retirer.
Pour souffrir ce devoir leur ardeur est si forte ;
Le flux nous apporta, le reflux nous remporte ;
Cependant que les trois, engagés parmi nous,
Et sans, une seule heure comptent très bien nos sous,
retournent vaillamment vers la ville où l’on vit.
À revenir chez nous en vain je les convie :
La hâte d’être à terre enfin ils ne m’écoutent ;
Mais voyant à leurs pieds tomber toutes amarres,
De Quiberon s’empressent de partir quelque part
Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent.
Je renvoyais chez eux tous en même temps ;
Et le combat cessa faute de combattants.

Belle-Ile-en-mer, Marie -Galante, Ceylan, Ceylan…

En ce beau jour d’octobre 5 vaillants déjistes,
Après une halte chez nous gagnent ensemble Belle-Ile
Sous la direction de trois guides avisés,
Philippe, Maryam, Bernard très bien organisés,
L’un aux réservations, l’autre à gestion des comptes,
Le troisième fin guide de sa culture nous montre,
Le premier jour à cinq, les deux autres à dix,
Partirent visiter la Belle qu’on dit île
Après avoir loué voitures et vélos,
Vélos pour 3 courages et pour autres autos,
Se rendirent dans un gîte au charme pittoresque
Assez foutraque en somme ou en tous cas tout presque
Le diner partagé tout dans la bonne humeur,
Le coucher se fit sans trop peines et heurts,
Puis vint le lendemain sous un soleil radieux,
Déjeuner piquenique sur plage en sable blanc
Le pot pris en commun offert par Bernard,
Falaises de Port-Andro, spectacle des craves à becs rouges
Sorte de petits corbeaux
À qui Annette laissa mot
Locmaria visite de l’église,
Déjà existante en le bel an 1000,
Chœur du 17ème, clocher en poivrière,
D’un siècle postérieur.
Arrêt sur la façade sud-est Atlantique,
Connue pour être sauvage et belle
Retour par l’intérieur jusque vers Le Palais
Arrivée des cinq autres attendus sur le quai.
Distribution des chambres pour que chacun habite
Diner pris en commun tous en notre gîte
Le lendemain profitant du beau temps
Abandonnons ce jour le beau Fort Vauban
Pour les côtes sauvages du nord de l’île,
La Pointe des Poulains.
Et encore un pique-nique
Avec les goélands qui guettaient nos sandwichs,
Promenade des falaises de côtes déchiquetées
Puis visite du fort-maison Sarah Bernhardt
Commentaire éclairé toujours par Bernard
Vie de tragédienne qui s’enticha de l’Île.
Temps magnifique mais dejà le grand vent
Aiguilles de Port Cotton
Peintes par Monet jadis dont l’érudit Bernard
Le commentaire fit
Un goéland qui plane
Au-dessus des humains
Rivés sur cette terre
Alors que lui se sert
Des mouvements de l’ air.
On le regarde on l’envie de même les jeux d’ombres
Et de lumière sur l’eau générés par l’alternance
De nuages et soleil.
Dimanche un peu pluvieux et un peu religieux
Pour certains qui entendirent messe en ces lieux,
Prône interminable d’un prêtre africain,
Pour d’autres plutôt visite culturelle,
De Vauban imposante et belle citadelle,
Reconstruite par amicale bellilois, acadiens
Et son musée très riche peintres peu mis en valeur,
Annette s’intéresse au passé acadien
Recherchant ses ancêtres recollant à l’histoire
Des Acadiens de Nantes partis pour la Louisiane
Annette encore confie que les « chee-ox et kiah , kaah , tsahaf, shirack  »
 Cris des craves rouges à bec rouge lui dirent
Regarde, réjouis-toi et au Ciel rend Grace :
Rien que pour toi et nous, la terre, l’océan, le soleil, l’air, le vent.
Bien sûr il y eu bien quelques désagréments,
Carte bleue oubliée
Ou-bien encore chéquier,
Et même un gros billet égaré ou perdu
Mais l’entraide aidant
Malgré sautes d’humeur
Tout finit bien en somme et dans la bonne humeur,
Conclu par deux repas au restaurant pris,
Dans une crêperie,
Puis un restau très simple
Ce beau séjour marquera nos esprits.

Pierre

« Mathias et Maxime » de Xavier Dolan – 2019 (Pierre)

Le jeune acteur, réalisateur, scénariste et producteur canadien : 30 ans et déjà 8 longs métrages à son actif,  nous donne un film dans lequel il célèbre l’amitié et l’ambigüité des sentiments. Après un détour mitigé par un film en anglais ce huitième film comme réalisateur marque son retour vers la francophonie. Tourné au Québec en langue française, le récit évoque une amitié masculine tournant à l’amour. Anne Dorval son actrice fétiche sera de nouveau de la partie pour assurer le rôle de la mère d’un des deux protagonistes. Le film a été présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2019, sans remporter de prix. 
C’est en tant que réalisateur  que Xavier Dolan s’est fait connaître du public lors de la projection de son premier long métrage
J’ai tué ma mère qu’il produit. Et est retenu dans la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes en mai 2010, où il retourne pour la deuxième fois en un an, le film y reçoit un accueil hautement favorable du public (une ovation debout de 8 minutes), et très enthousiaste de la critique  à la 41e Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2009, alors que l’auteur a tout juste 20 ans À l’automne 2009, il écrit le scénario de son deuxième long métrage, Les Amours imaginaires
Puis vient le succès de Mommy en 2014 (prix du jury à Cannes et carton en salles). Depuis, à raison de près d’un film par an, tous présentés dans les festivals de cinéma majeurs, il est régulièrement qualifié de « jeune prodige du cinéma québécois ».
En 2017, il reçoit le César du meilleur réalisateur
et celui du meilleur montage pour Juste la fin du monde, sorti l’année précédente..
Après l’échec à Hollywood de son précédent film Ma vie avec John.F.O’Donovan le cinéaste revient au Québec et se revitalise dans ce film de copains qui fait explicitement référence aux films de son aîné Denis Arcand, autre grand réalisateur québécois, Le déclin de l’empire américain et Les invasions barbares.
On y retrouve dans un premier temps une bande d’amis d’enfance autour d’un lac, qui fêtent le départ de Mathias en Australie dans un déluge de dialogues en franco-américain (difficiles à suivre nonobstant les sous-titres !) et plein de vitalité et de joie de vivre. Au détour d’un film d’amateur de la petite sœur de l’un d’entre eux, Mathias et Maxime vont devoir remplacer au pied levé les acteurs, dont la scène principale est un baiser entre eux qui va tout changer.
A partir de là le film va changer de rythme et se recentrer autour des deux principaux personnages, Mathias, excellemment joué par Xavier Dolan lui-même, trentenaire affligé d’une tâche de vin sur le visage et d’une mère borderline (Marie Dorval toujours excellente) dont il est le tuteur et Maxime jeune avocat et fils d’un homme d’affaires, bien sous tous rapports en couple avec une jeune femme.
Après le baiser tout change sans que rien ne soit explicitement dit avant les deux scènes finales. Xavier Dolan-Maxime aussi bon en acteur qu’en réalisateur (et comme son habitude en scénariste et costumier) et Mathias oscillent entre haine apparente et retour à l’amitié. La tension entre les deux principaux personnages est excellemment rendue par petites touches et l’on sent peu à peu que cette amitié va déboucher vers un autre sentiment : un amour qui a le plus grand mal à
 s’assumer.
Les acteurs sont tous excellents, l’atmosphère québécoise très bien rendue, les décors autour du lac superbes et l’on sort de ce film ébloui par l’incroyable maitrise de ce très jeune réalisateur : un film à voir absolument pour les inconditionnels de Xavier Dolan et ceux qui veulent le découvrir 

Pierre

Café littéraire de rentrée (Camille)

J’attendais ce samedi vingt-un septembre (non pas parce qu’il sonnait mon entrée dans ma trentième année !) mais pour vous retrouver, ami-e-s DJistes de Nantes et de plus loin, autour de mon salon changé en café littéraire !
Fleurs dans un verre, nougats iraniens en provenance directe, cultissime gâteau nantais, accompagneront nos échanges. Juste le temps de découvrir qu’il existe en Alsace un pinot tout autre que le pineau de mes Charentes natales, nous sommes tous installés !
C’est sous le signe du livre et du partage que commence notre après-midi : Bernard m’apporte l’ultime opus de la série de BD relatant l’histoire de Nantes dont je lui avais prêté les deux premiers tomes ! Voilà qui augure de nombreuses découvertes et un nouveau prêt très bientôt !
Nous attaquons avec du lourd, tant en ce qui concerne le poids du bouquin qui passe entre nos mains qu’à la teneur hallucinante des révélations qui y figurent ! Sodoma (de Frédéric Martel) l’enquête désormais célèbre qui lève le voile sur bien des silences au sein de l’Eglise catholique… Tour à tour et avec précision, Annette et Pierre nous expriment leurs ressentis, formulent des observations et nous apprenons que les révélations de cette enquête sont multiples et touchent aussi à la politique. Une lecture studieuse mais néanmoins passionnante.
Transition toute trouvée car révélation encore à l’évocation du Journal de Julien Green par Pierre et Madeleine (qui, absente, aura pris soin de m’adresser ses notes). L’homosexuel soi-disant non-pratiquant, capable de sublimer (ou refouler…) ses désirs apparait tout autre dans cette nouvelle édition de son journal, augmentée des passages jusque-là savamment censurés. On y découvre une vie souterraine, en totale contradiction avec les principes défendus au grand jour, comme une preuve que « plus le désir est publiquement réprimé, plus il explose dans la vie privée. Ainsi, celui qui chante la chasteté est souvent le moins chaste et celui qui dénonce le plus violemment l’homosexualité est souvent le moins hétérosexuel«  (citation de Frédéric Martel)…
Ce climat d’hypocrisie empreinte de morale et planquée derrière la religion nous donnerait bien envie de croire que Dieu puisse être laïc ! Pierre-Hugues, séduit comme d’autres par la vision de Marie-Christine Bernard (« Et si Dieu était laïc« ), évoque son dialogue imaginaire avec un Dieu exaspéré et désabusé par la perte de (bon) sens que traverse son peuple. N’avons-nous pas tous, simplement, le désir de nous rapprocher de l’essentiel, du message d’amour originel ?
C’est semble-t-il vers cela que tend Soif, le roman dans lequel Amélie Nothomb présente un Jésus-homme, incarné, et dont on se sent proche. Marie-Hélène nous ouvre la porte vers un texte profond, un rappel que le divin est là autour de nous, dans les petites choses autant que dans les grandes.
Interlude musical ! Sonorités claires et enthousiastes et chant vivifiant. La voix et la musique de Yann (que je ne connaissais pas), sur les mots de Pierre-Hugues, s’engouffrent dans la pièce. Nous nageons en pensées autour du rocher blanc.
A notre retour, un nouveau départ, pour l’Afrique cette fois… Hélène nous guide dans le récit de Salina, au son des tambours de guerre, des traditions ancestrales et claniques. Un enfant livré à lui-même, au milieu du désert… Que fait-on d’un tel héritage… ?
Méditant sur la question, nous partageons une apple pie au caramel et aux noisettes. L’automne ne semblait pourtant pas encore tout à fait installé mais nous avons dû lui donner envie puisque depuis, c’est chose faite !
D’héritage culturel et d’éducation, il en est encore question dans Les choses humaines de Karine Tuil. Une fiction très réaliste qui interroge les rapports homme/femme version grand angle, n’offrant pas de réponse facile mais plutôt le constat d’une urgence : celle de faire évoluer nos modes de pensée.
Notre nouveau, Damien, ne sera pas non plus venu les mains vides : il apporte Le lambeau dont nous avions déjà eu l’occasion de parler entre nous. Récit fort et plein de résilience du journaliste Philippe Lançon, une des victimes des attentats de Charlie Hebdo, et de sa longue reconstruction.
Florilège d’ouvrages enfin de notre ami Téo qui, outre la lecture des blogs DJistes, se révèle bon client des médiathèques nantaises ! Le chardonneret (Donna Tartt), A la recherche du temps présent (Kankyo Tannier), Le jardin arc-en-ciel (Ito Ogawa), et Appelez-moi Nathan (Camille ?? et  ??)  rien que ça ! Nous nous arrêtons un instant sur cette-dernière œuvre, une bande-dessinée qui évoque le parcours d’un adolescent réalisant une transition identitaire et sexuelle. Optimiste et s’adressant à un public jeune, nous constatons que la présence d’un tel ouvrage dans une bibliothèque publique ne peut être qu’une bonne chose.
Avant de nous séparer, sur une heureuse suggestion de Philippe, rendez-vous est pris pour une séance de cinéma le mardi suivant. C’est à quelques un-e-s que nous irons voir Portrait d’une jeune fille en feu de Céline Sciamma…
Reste de cette belle après-midi, sur mon bureau, un carton que j’avais bricolé pour l’occasion : le tableau des défis ! Quelques courageuses/courageux ont inscrit leurs prénoms face à un défi de lecture proposé ! 365 jours pour le relever…
Top départ et rendez-vous le 21 septembre 2020 pour découvrir si les audacieux ont triomphé !

Camille

Jour de courage (Madeleine)

C‘est l’histoire, apparemment toute simple, d’un lycéen, très bon élève, quoiqu’atypique et assez solitaire, qui décide un jour, de faire en cours d’histoire, et dans le cadre de la seconde guerre mondiale, un exposé sur la censure et les auto-dafés de l’Allemagne nazie.
Or, face à la classe et derrière l’exercice convenu, c’est tout autre chose qui va se jouer. Très vite l’adolescent focalise son étude sur un cas bien particulier, celui de Magnus Hirschfeld médecin juif allemand dont les travaux furent en une nuit totalement détruits et la bibliothèque brûlée sur un bûcher d’infamie.
A vrai dire, le jeune s’attache surtout à ressusciter l’œuvre du médecin en question, c’est-à-dire ses recherches sur la sexualité et son combat avant-gardiste pour les droits des homosexuels. Il dérive dangereusement vers la question du genre et de l’identité, s’attarde maladroitement sur la souffrance du rejet, de l’exil. On sent qu’il veut convaincre et toucher, ému lui-même et comme dépassé par un enjeu mal défini.
Voilà que son exposé l’expose…
En racontant l’histoire d’un autre, on devine qu’il parle de la sienne sans toutefois jamais rapporter à lui le mot qui le désignerait.
S’agirait-il d’un coming-out déguisé ?
Exercice aussi acrobatique que périlleux… Le malaise se communique à l’auditoire. Inquiétude de la professeure qui cherche à recentrer sur le sujet de départ en recadrant plus large. Gêne de la classe apathique (« les quintes de toux se succédaient » ) et sarcasme d’un élève excédé (« … qu’est-ce qu’il vient nous embrouiller avec ce prétexte d’auto-dafé ? Il la crache, sa valda ?‘) :
Honte enfin de la petite amie (platonique) amoureuse du garçon en difficulté, qui se croyait payée de retour et qui se voit reniée devant toute la classe qui les croyait en couple.
Et au terme de l’intervention, c’est le flottement, pour ne pas dire le flop : peu de commentaires, aucun réconfort et même une menace au détour d’un couloir. De tous côtés, c’est l’évitement, involontaire ou délibéré : l’enseignante pressée a un rendez-vous avec l’administration, les rares amis déroutés passent vite à autre chose.
Fuite et non-dits, ne reste plus que la solitude : « Il sombrait dans un grand vide, une sorte de vertige sans fin. Il s’abandonnait à ce genre de tristesse compliquée parce qu’il était le seul responsable de ce qui venait de se produire. Il avait en quelque sorte organisé sa propre chute. Mais il avait toujours su que ce serait le passage obligé. C’était enfin arrivé, il n’était ni soulagé, ni libéré. C’était tout le contraire. Le ciel s’est obscurci d’un coup. Il sentait la honte monter. »
En exil moral jusque près des siens (parents anciens immigrés qui ont eu leur lot de difficultés et qui n’aspirent plus qu’à « vivre tranquilles ») il n’a plus qu’à disparaître pour ne pas déranger.
Se peut-il qu’à un siècle de distance la parole soit encore et ainsi « avortée » ?
Malgré la « visibilité » actuelle et les référents positifs possibles, il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’âge-charnière où chacun(e) cherche son identité et sa place, la « différence » peut être dramatique, voire mortelle.
L’écrivain Didier Eribon avait déjà parlé de la nécessité pour le jeune homo de « se construire à partir de l’insulte ».
Le psychiatre Serge Hefez en analyse récemment les effets : « l’agression verbale frappe mentalement autant qu’un coup de poing. Nous sommes dans le registre du traumatisme, un traumatisme qui dure, avec des symptômes post-traumatiques parfois très enfouis, dissimulés sous des couches de combat pour être soi-même. Les effets sont particulièrement dévastateurs chez les jeunes qui arrivent à l’adolescence. Au moment où ils doivent développer une certaine estime de soi, tout ce qui leur est possible, c’est la honte, la dissimulation, l’impossibilité d’exprimer librement ce qu’ils sont et ressentent. Des clivages intérieurs se créent, une homophobie intériorisée surgit : la partie sociale de l’être insulte à l’intérieur de soi la partie homosexuelle. Cela engendre le mépris de soi, à un âge où il est capital d’établir les bases d’un narcissisme sain et d’une bonne estime de soi.
Les relations amoureuses, la confiance en soi et dans les autres sont atteintes. Ce sont des mécanismes très pernicieux. »
Plus loin il conclut : « Le problème, ce n’est pas l’homosexualité. Le problème, c’est l’homophobie. C’est une maladie sociale qu’il faut traiter sous toutes ses formes, pas seulement de façon punitive mais aussi préventive. Cela passe par une éducation sexuelle digne de ce nom qui, dès le plus jeune âge, informe les enfants sur toutes les questions de sexualité, de genre, de masculin, de féminin, qui leur permette de s’épanouir et non de se construire dans la méfiance ou le rejet. Cela prendra du temps.« 

Synthèse et reprise
Madeleine

Bibliographie :
– « JOUR DE COURAGE  » par Brigitte GIRAUD
(Flammarion septembre 2019)
PSYCHOLOGIE Magazine, octobre 2019 : article de Serge HEFEZ : « Homophobie, pour en finir avec la haine » L’article mérite d’être lu et analysé dans sa totalité. En particulier, il répond très clairement au paradoxe actuel : de plus en plus de tolérance mais aussi de plus en plus d’agressions. Par ailleurs, il développe l’idée d’un inconscient évoluant avec l’histoire et les sociétés, ce qui met à mal les archétypes figés, « l’ordre symbolique » défendu par les tenants de la tradition.

De l’amitié en Abondance (Téo)

Un pilote expert, un copilote attentif, une appli aux aguets du moindre nid de poule ou de poulets, c’est ainsi que nous sommes partis en transhumance vers les sommets alpins ou, plus précisément vers Châtel en Haute Savoie à deux sauts de bouquetins de la frontière Suisse. Dans notre voyage, nous serons suivis comme une ombre par « les Hélènes » et dame Mystère. Pour se dégourdir les gambettes, se restaurer, D&J oblige, nous ferons un arrêt à Paray-le-Monial puis une pause pique-nique à l’ombre de l’abbaye royale de Brou.
De virages en virages arriverons à Châtel dans le chaleureux chalet de tante Françoise. Notre semaine de vacances estivales alpines pouvait commencer.
Notre première visite du village fut pour l’église St Laurent devant laquelle trône une vierge polychrome polonaise chaussée de skis ! Exquis ! Et, ça ne s’invente pas, il est noté que cette église a été bénie par le chanoine Gay ! Nous avons même pu admirer d’élégants vitraux tout aussi prémonitoires : « Annoncer sur la place publique » (allégorie du coming out ?) et «La pierre rejetée devient pierre d’angle. » (valorisation de la différence ?).
Mais la météo à la montagne est souvent facétieuse et notre première escapade devra se faire en carrosse. Ce sera la Suisse pour aller découvrir le curieux château de Chillon perché sur un rocher au bord du lac Léman. Une visite guidée de main de maître Bernard comme il se doit qui nous entraînera dans un dédale de salles et d’escaliers souvent perdus dans un flot de touristes chinois menés à la baguette. Cette balade helvétique nous aura aussi permis de découvrir un vignoble suisse acrobatiquement accroché à flanc de montagnes et bien des enseignements sur les sources du Rhône.
Le lendemain, une pluie orageuse ruisselant en Abondance (nom de la rivière locale…mais aussi du fromage non moins autochtone…) transforma, la journée durant, les rues pentues en cascades. Bernard nous présenta dans l’abri du salon un diaporama américain (Connaissances du monde à la montagne !) et « les Hélènes » nous apprirent à placer 2 lettres pour faire 60 points au scrabble.
Chouette ! Ou… Marmotte ! C’est comme vous préférez…
Le soleil est revenu !
Le moment est enfin venu de partir à l’assaut des sommets pour une première rando apéritive plutôt cool. Pieds parés contre les ampoules, jumelles en bandoulière, œufs durs dans le sac à dos, d’autres œufs métalliques nous attendent pour nous transporter au-dessus des nuages. Là-haut, nous serons accueillis par un concert de clarines joué par un troupeau de vaches vagabondes sur un tapis d’épilobes roses et peut être même quelques carlines cachées au creux d’un rocher… Un petit chamois apeuré détale un peu plus haut à portée de jumelles.
Qu’elle est belle la montagne !
A fil des chemins, Philippe s’émerveille de la moindre parcelle de paysage, Bernard nous guide d’un pas bienveillant assuré et « les Hélènes » nous apprennent la pharmacopée des plantes des alpages. Ainsi, cette première balade nous permettra de découvrir le joli petit lac de Mouille, ses pêcheurs à la mouche fouette et des muscles jusque là insoupçonnés… Saviez-vous que pour préserver l’articulation de vos genoux en descente il suffit de serrer vos abdos…Oups, désolé, je me suis trompé,…il suffit, bien entendu, de serrer vos Alexandres !!
Une autre découverte majeure du séjour : la téléphonomobilophilie addictive de Marie-Hélène cherchant par monts et par vaux, le bras tendu vers les cieux les ondes d’un réseau qui lui permettraient de faire voyager au-delà des Alpes ses photos de la vache Marguerite, d’un massif de linaigrettes ou d’un buisson de lys martagon !
Si nous avons croisé nombre de chalets sur nos chemins, nous n’avons aperçu aucun membre de la famille Ingalls, ni Heidi, ni Belle ou Sébastien,… Néanmoins, chaque balade sera l’occasion pour échanger avec d’autres randonneurs bourguignons, bataves, dijonnais, écossais,…
Les hasards du calendrier nous donneront l’occasion de fêter la Ste Hélène, la St Bernard et l’anniversaire de la chatte Mystère autour d’une tarte à la myrtille. Au grand dam de dame Mystère, Hector le gros chien patou croisé le matin déclinera l’invitation…
Pour notre seconde expédition, direction le lac Vert en Helvétie à quelques sauts de chamois d’Avoriaz et de Morzine. Ici, sur les sentiers, les vaches et leurs clochettes ne regardent pas passer les trains mais les randonneurs et les VTTistes volent. Entre les rares nuages, choucas et autres rapaces planent au-dessus de nos casquettes tandis que sur les vestiges de moraines de l’ère glacière viennent se poser sizerins flammes ou pipits spioncelles. L’appareil photo de notre guide n’a guère le temps de se reposer ; il y a tant de belles choses à portée de nos yeux. Avez-vous déjà baigné votre regard dans une mer de nuages ?
Faute d’E.P.O et par conscience écologique, nous puisons notre énergie motrice dans la dégustation de myrtilles et framboises sauvages qui tapissent les abords de notre chemin.
Même si les temps de parcours semblent souvent avoir été calculés pour des cabris nous arrivons enfin à atteindre le lac Vert accueillis cette fois par une chorale de moutons bêlant et tintinnabulant.
Nous pique-niquâmes sur un gros rocher avec vue imprenable sur le lac et la pause café, accompagné du carré de chocolat réglementaire, se fera au pied du refuge. Sur le chemin du retour certains en profiteront pour parfaire la langue de Shakespeare auprès du Pr Bernard, nous achèterons du fromage, notre guide sauvera un couple de néerlandais égaré et, en descendant, nous hésiterons à prendre en cow-voiturage 2 vaches en vagabondage dans un virage en épingle à cheveux.
Loin des marmottes en peluche made in China pullulant dans les magasins de souvenirs du village nous rejoignons Mystère chatte-marmotte (à moins que ce ne soit l’inverse…) qui nous attend lovée dans un duvet. Un vrai lave-vaisselle sur pattes se délectant pendant les repas des reliefs de melon, des fonds de boîtes de sardines ou d’opercules de yaourts.
Philippe optera pour une pause jacuzzi en plein air avec option glissade dans la gueule d’un requin gonflable. Quoi de mieux pour une bonne récupération post-rando ? Puis, revenu bredouille de sa chasse à la fondue (pour une personne), il trouvera le soir au dîner le réconfort dans un plat local appelé berthoue à base de charcuterie, pommes de terre et fromage local fondu.
Le lendemain, l’heure est venue pour « les Hélènes » et leur féline de nous quitter pour des lieux musicaux de moindre altitude.
Nous serons donc trois pour cette troisième et ultime escapade sur un autre versant. Le début est un peu brutal, pentu et glissant mais, bientôt, le paysage qui va s’offrir à nous nous fera oublier nos courbatures. Malgré le réchauffement climatique en cours nous apercevrons même, tout là-haut là-bas, un glacier ! Après avoir partagé notre pause pique-nique avec une famille de papillons, nous redescendrons vers la civilisation.
Un dernier ciel étoilé alpin et déjà il faut penser à préparer nos bagages pour la route du retour du lendemain. Un dernier regard vers la montagne châtelienne et nous disons au revoir au chaleureux chalet de tante Françoise.
Sur le retour, notre route crochètera une nouvelle fois par la Suisse. Genève sera l’occasion d’admirer de riches demeures, de mesurer la hauteur d’un jet d’eau de carte postale et de se remémorer le souvenir de Sissi impératrice devant l’hôtel Beau Rivage. Désireux de parfaire nos connaissances culturelles et littéraires notre guide nous entraînera dans la visite de la maison de Voltaire à Ferney (devenu depuis Ferney-Voltaire). Mais il est grand temps de quitter les Alpes pour regagner notre Farwest dans notre diligence des temps modernes GPS programmé et appli prête pour une nouvelle chasse aux nids.
Nos cerveaux fourmillent des images alpestres et des bons moments partagés ; toutes choses que l’on souhaite garder pour longtemps…et peut-être même renouveler un jour…
Et si Voltaire avait raison : « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. »

Téo

Les USA, un eldorado gay ? (Yves)

Réflexion sur la question gay après un voyage au pays des trumpistes. La pause estivale est propice à de belles rencontres et à une mise en perspective sur ce que nous vivons. Et – comme vous, certainement – je voudrais partager quelques réflexions sur ce blog.
Voir deux jeunes gays se tenir la main en plein musée new-yorkais, tout en commentant les hiéroglyphes égyptiens, ça fait rêver.
Voir des drapeaux arc-en-ciel flotter sur les maisons et même à l’entrée d’un presbytère, ça ne se voit qu’aux Etats-Unis. (cf mon précédent article « Etre gay aux Etats-Unis » du 1er déc. 2018 dans la catégorie « témoignages »).
Bien sûr, mon enthousiasme pour l’Amérique et les ami-e-s que je m’y suis fait (gay or straight) ne peuvent me faire oublier :
les raids de la police new-yorkaise qui déclenchèrent les émeutes de Stonewall (1969)
l’assassinat d’Harvey Milk (1978, 1er conseiller municipal ouvertement gay à SF. Voir le film éponyme avec Sean Penn)
le meurtre de Matthew Shepard (1998. raconté dans le film « Au nom de la haine » que nous avions visionné ensemble en mai 2018. Un film aux 1ères images insoutenables)
la tuerie d’Orlando (2016 – 50 victimes LGBT)
et les mesures homophobes (et surtout transphobes) de Donald Trump.
Mais à coté de ces actes homophobes on se souvient que nos propres mouvements de libération LGBT (le « Front Homosexuel Révolutionnaire » naît en 1971 et D&J l’année suivante) sont issue de la révolution gay américaine déclenchée par l’insurrection de Stonewall il y a 50 ans.
Personnellement j’ai été nourri par la lecture de livres LGBT américains : que ce soit l’étude magistrale de John Boswell (universitaire gay) sur l’homosexualité en Europe du 1er au 14ème siècle (1980) ou « Living in Sin ? » de l’évêque épiscopalien gay-friendly, John S. Spong (1988), « Taking a chance on God »  du jésuite gay John McNeill (1988), « Gender trouble », l’ouvrage difficile de Judith Butler sur le genre (1990) ou enfin plus près de nous (2013) : « The missing myth » de Gilles Herrada (un gay français vivant et publiant aux USA et que nous avions rencontré aux JAR à Merville).
Sans oublier les films comme « Philadelphia » (1993) ou « Brokeback mountain » (2005) ou les nombreux ouvrages de fiction dont la série mythique des « Chroniques de San Francisco » d’Armstead Maupin (1978 et portée à la télévision de 1993 à 2001).
Sûr que je ne serais pas le même si la culture gay américaine n’avait pas nourri ma réflexion et affermi ma détermination à vivre ce que je suis (en famille, au travail et en paroisse) au grand jour et sans crainte d’intimidation. Fier de l’être !

Yves

Week-end des femmes de l’Ouest millésime 2019 (Isabelle)

Après une semaine caniculaire, quelle joie d’aller à Saint Hilaire de Riez en Vendée en ce samedi 29 juin.
Nous nous retrouvons à 3 du groupe de Nantes pour ce rendez-vous annuel. Forte chaleur et soleil au départ de Nantes, présage d’une belle journée en bord de mer !
Au fil du trajet le soleil s’éclipse, la chaleur diminue… Et c’est avec un petit 22 degrés que nous allons nous baigner Hélène et moi-même à notre arrivée sur la plage de Saint Hilaire. On se réchauffe à la sortie du bain en créant un mandala à 4 mains.
Puis nous retrouvons quelques amies vendéennes, nantaises et même grenobloises pour un pique nique au coeur de la forêt. Au menu : punch, pastèque, salades et cakes sont partagés. Puis des groupes sont constitués : balade pour les unes, pétanque pour les autres… Et même une sieste pour certaines.
C’est décidé, nous sommes à la mer, alors à quelques unes on se donne du courage pour retourner dans la grande bleue malgré quelques méduses qui se sont permises de s’inviter.
La journée se termine et on se dit à l’an prochain sous le soleil…exactement !…

Isabelle

Houmous et brise marine (Téo)

Drôle de météo pour un mois de juin…
De quoi mettre un moral de déjiste à marée basse…
L’appli d’Abdo indiquait pourtant un possible soleil dans l’azur. Mais Maryam, pendant son séjour en Egypte, avait sans doute dû oublier d’adresser des prières à Râ le dieu Soleil ! Ce fut donc des gouttes de crachin presque breton et un vent frais automnal qui nous accueillit en fin de matinée sur le front de mer nazairien.
Une brise marine qui nous obligera à partir à la recherche d’un lieu de pique-nique plus abrité pour faire honneur au menu concocté par le chef Abdo. Un menu avec en point d’orgue un houmous généreux digne des meilleurs tables libanaises ! Met apprécié et même salué par un feu d’artifice pétillant de jus de pomme ! Entre deux bouchées, nombre d’infos et d’anecdotes sont échangées et même, une fois n’est pas coutûme à D&J, une longue discussion sur le thème de la sexualité s’engagea…
De temps en temps nous scrutons le ciel à la recherche d’une éclairicie. Le dessert dégusté, las d’attendre l’arlésienne météorologique, nous décidons de partir pour la randonnée prévue le long du sentier douanier entre St Nazaire et la plage de Mr Hulot à St Marc sur mer.
Ce fut une promenade certes ventilée, parfois parsemée de goutelettes de pluie mais heureusement agréable car abritée par les multiples pins parasol et tamaris longeant le long chemin sinueux. Ainsi, nous avons vogué de crique en crique, de rocher en rocher. Chaque recoins de ce morceau de côte d’Amour nous révèlant ses pêcheries multicolores (ils auraient pu tout de même faire un effort et les repeindre aux couleurs de l’arc-en-ciel en l’honneur de notre passage:)) ), des plages de sable blond, chocolat ou même rouge et des villas aux façades et terrasses richement décorées.
 Nous nous pauserons dans l’après-midi pour un interlude spirituel maritime face à la mer assis sur les restes d’une tourelle de blockaus vestige du mur de l’Atlantique. Abdo, en chef d’orchestre de ce temps spi dans la brise marine va nous inviter à prendre un moment pour réfléchir, méditer sur les valeurs, les croyances qui font nos vies, qui nous font avancer au quotidien et qui nous rassemblent à D&J. A chacun d’en trouver 3.
Comment les vivons nous dans notre quotidien ?
Ces valeurs ou croyances sont elles faciles à faire vivre ?
Tel fut le challenge spirituel proposé face à l’océan.
Dans une atmosphère doucement musicale apportée par Abdo accompagnée par le rythme du ressac sur les rochers en contre- bas, chacun se recentre sur lui-même une poignée de minutes. De ce moment de recueillement ressortiront au moment du partage les mots amour, amitié, entraide, bienveillance, partage, solidarité, harmonie, justice, souffle de vie, Dieu,…
Mais déjà l’heure de reprendre le chemin du retour est venu. Toujours aucun signe du soleil à l’horizon.
Qu’importe le soleil et la chaleur estivale, une journée de rencontre déjiste et c’est l’assurance de repartir chez soit le moral à marée haute.

Téo

Un écho de Corrèze (Jars 2019) (Hélène et Marie-Hélène)

Par chance, il faisait grand beau temps quand nous sommes arrivées jeudi matin pour pique niquer à Corrèze, petite ville au patrimoine médiéval. Au «  bois de Calais » ce grand domaine peuplé de mobil homes et de chalets situés au bord de la Corrèze, nous avons été accueillies chaleureusement par Catherine, la propriétaire des lieus. En fin de journée avec nos amis strasbourgeois Pascal et Gilles, repas et découverte de Tulle, jolie ville qui elle aussi a préservé bâtisses et rues pittoresques.
Dès le lendemain joyeuse ambiance à la cuisine (sous la houlette de notre cuisinier préféré) pluches, divers préparatifs et installation sportive des tables, couverts et autre matériel pour 110 personnes !
Grande et joyeuse surprise de retrouver après 10 ans d’absence Dany et Jackie qui ont comme chacun ne le sait peut être pas, deux souriants points communs avec notre association : leur couple est né en 1972 comme DJ, et leurs initiales, « D »comme Dany et « J » comme Jackie ! Autre joyeuse surprise la présence de Chantal et Isabelle, ex déjistes résidant en limousin, totalement et quotidiennement engagées dans la préservation de l’environnement.
Il n’y avait personne de triste quand la commission JAR nous a entraînés dans une chanson à la mélodie familière mais aux paroles détournées pour le besoin du thème…(« ce soir je vide la poubelle , celle que j’ai triée é é é , trié é… » ) Ça y est, vous y êtes ?
Nous étions invités à participer aux multiples propositions d’ateliers pour réfléchir, s’informer, partager et mettre en acte nos prises de conscience et nos décisions face à l’urgence écologique. Ce furent des temps riches et féconds.
Savez vous que beaucoup cherchent à proscrire de plus en plus le plastique au quotidien ?
Savez-vous que seuls 3 produits suffisent pour l’entretien d’une maison ? Vinaigre blanc, bicarbonate et savon noir.
Savez-vous que réduire sa consommation de viande c’est diminuer la pollution de la planète ?
Savez-vous qu’il est possible de diviser par 2 ou 3 nos déchets ?
Tant d’autres gestes sont à notre portée…
Comme chaque année la célébration œcuménique fut un temps de rassemblement et de ressourcement. Ensemble, nous nous sommes tournés vers les 4 points cardinaux, nous reliant ainsi à la terre et au cosmos. Puis la célébration nous a permis d’entendre Abdo se confesser publiquement ( Hi ! Hi ! Hi ! ) Si, si, vous avez bien lu, mais pour en savoir plus , demandez lui !!! Ce fut aussi l’occasion de dire merci et au revoir à Emeline notre pasteure des JAR depuis plusieurs années. Dès septembre, elle se voit confier une paroisse de Nîmes, bonne route à elle.
Comment ne pas évoquer au concours de déguisement du samedi soir nos deux magnifiques quimpérois Etienne et Gabriel, l’un en troublante femme fatale, l’autre en jeune Zora rouquine délurée ! Comment ne pas vous dire notre riante stupeur de voir se présenter nos trois nantais : Annette, Brigitte et Jacques ; elles méconnaissables sous leurs burkas noires et lui torse nu, dansant tout fier de nous présenter « l’amour du Sultan  ». Belle rigolade !
Quelle chaude et vigoureuse ambiance ce dimanche soir durant laquelle 3 musiciens du cru nous ont interprétés et appris des danses folkloriques avec une bienveillante patience ! … Mazurkas, scottishs, rondes et cercles en tout genre ont déclenché tout autant de rire que de plaisir … Presque tous ensemble nous avons découvert ou retrouver l’énergie joyeuse de la danse même si le mélange des pas à gauche ou à droite a provoqué des rencontres impromptues et des crises d’hilarité !
Pour conclure cet écho des JAR 2019, un grand souhait : puisse désormais notre vie associative locale, régionale, nationale, intégrer des pratiques vraiment respectueuses de l’environnement et ainsi contribuer à la survie de l’humanité sur cette terre.
C’est possible les ami-e-s, aller, on s’y met chacun-e- et ensemble… !

Hélène et Marie-Hélène

Un Quaker chez David & Jonathan (Michael)

J’ai assisté aux JAR de l’Association David et Jonathan à Corrèze pendant le Week-end de Pentecôte, non pas en tant qu’adhérent, mais en simple sympathisant de l’association. Angevin, j’ai déjà participé à un weekend protestant D&J à Strasbourg donc je connaissais un peu l’association.  Quand Harisson m’a invité à découvrir les JAR, j’ai accepté avec plaisir. Comme beaucoup de nouveaux, je savais seulement que D&J s’est donné l’objectif d’aider les personnes mieux vivre leur spiritualité et leur orientation sexuelle.
Je suis allé un peu trépidant car un peu minoritaire : anglophone, Quaker ¹ et nouvelle tête parmi les vieilles connaissances. J’ai découvert une assemblée aux identités multiples : on peut se définir comme gay, lesbienne, bisexuels ou trans ; catholique, protestant, athée ou agnostiques ; en couple, célibataire ou quelque part entre les deux ; militant de l’association ou simple sympathisant. J’ai rencontré des personnes avec enfants, des anciennes religieuses, musiciens amateurs de séjours à Taizé, jeunes urbains et campagnards aguerris. La célébration œcuménique animée par un prêtre catholique et une pasteure protestante m’a plu car il résume l’esprit de l’association : ton parcours n’est pas le même que le mien, mais nous pouvons nous retrouver autour de notre foi. La spiritualité ne demande ni similitude, ni conformité de croyance pour que la pratique marche. Les Quakers (autrement connu sous le nom des Amis) pratiquent le recueillement en silence ; ce qui fait que je n’ai ni chanté ni récité les prières pendant cette célébration, mais l’écoute des autres m’a suffit pour me sentir en présence de la Lumière. Le mot qui revenait souvent était la bienveillance, cette attitude essentielle pour une vie heureuse, à mon avis.
Le thème du weekend (l’écologie) faisait également écho à notre propre témoignage de simplicité et de respect pour la nature. Dans un des ateliers, nous avons pu échanger sur la méditation de pleine conscience (mindfulness) et la méditation chrétienne. J’ai pu expliquer la conception Quakers du silence attentif : nos réunions de recueillement sont basées sur le silence en une communion invisible les uns avec les autres et avec une réalité spirituelle au-delà des mots, que nous pouvons appeler Lumière intérieure ou Dieu. Souvent, les gens pensent que les Quakers font silence tout le temps. Ceux avec qui j’ai pu partager le repas ont vite compris qu’on a parfois du mal à faire taire un Quaker franco-américain !
En tout cas, un weekend inspirant et réussi. 

Michael

¹ Pour en savoir + sur les Quakers