Premier café littéraire (mais pas que…) par Camille

A l’heure où l’équipe de France chaussait ses crampons pour la demi-finale, nous nous sommes retrouvés pour une première : un « café littéraire » où chacun-e était invité-e à présenter un livre ou un film au groupe. De quoi piocher quelques bonnes idées pour cet été…
Ce fut un moment très convivial, sous forme d’apéro partagé… L’occasion aussi de mieux connaitre trois nouveaux venus (Catherine, Jérémy et Jérôme) ; le petit nombre de participant-e-s favorisant la discussion…
Voici les œuvres qui ont nourri les échanges de ce premier café littéraire (mais pas que…) :

Nos vaches sont belles parce qu’elles mangent des fleurs…
Livre de Paul Bedel Ed Albin Michel
(par Catherine)

L’auteure (Catherine Boivin) a pour projet de mettre en écrit le plus fidèlement possible des récits, paroles et remarques de personnes de tout horizon pour leur donner un moyen d’exprimer leur vision du monde, leurs expériences. C’est pourquoi l’oeuvre est présentée avec le nom de la personne et non celui de l’auteure. Ici, il s’agit de Paul Bedel, un agriculteur solitaire qui nous transmet avec des mots simples et beaucoup de poésie son amour de la nature, de l’essentiel.

Désobéissance
Film de Sébastian Lelio ¹ (2018)
(par Jérémy)

Il s’agit de l’adaptation du roman « La désobéissance »². Au sein de la communauté juive orthodoxe de Londres, le décès du rabbin conduit sa fille partie à cause de son rejet de cette société à revenir. Elle retrouve son cousin avec qui elle a grandi, marié à la femme qu’elle a elle-même aimée en cachette dans sa jeunesse. Pour cette dernière devenue une épouse et une femme rangée, les sentiments remontent alors à la surface. Un choix va s’imposer: partir avec elle ou rester avec lui…

¹ En 2017, Sébastian Lelio avait réalisé « Une femme fantastique« 
Les impressions de Téo sur ce film

² « La désobéissance » de Noami Alderman (Ed Livre de poche)

Les jonquilles
Poème de W. Wordsworth
(par Yves)

Un poème emblématique de la littérature anglaise. Avec son amour pour cette culture, Yves nous a lu ce court poème et nous a expliqué la résonance qu’il a pour lui, le tout joliment agrémenté de photos de la région des lacs en Angleterre où notre DJiste est allé randonner récemment et où le fameux poète a sa sépulture.

Le poème écrit en anglais et sa traduction en français :
http://www.crcrosnier.fr/mur3/peu3/wordsworthw3.htm


Love, Simon

Film de Greg Berlanti (2017) 
(par Jérôme)

Dans un style américain, cette comédie témoigne de la possibilité de faire un film gay et joyeux. Le jeune Simon dont la vie est parfaitement heureuse n’en couve pas moins un secret: à l’heure des premières amours, c’est sur les garçons que se concentre son attirance. Il tombe sous le charme d’un inconnu sur internet et devient victime d’un chantage. Toutefois, ses amis vont le soutenir.

Les garçons de l’été
de Rebecca Lighieri, Ed POL
(par Camille)

Une famille vit dans un véritable état de grâce; deux garçons surfeurs brillants et superbes, une fille précoce et des parents aimants. Tout pour être heureux, mais… A la faveur du récit (assumé par les personnages à tour de rôle), on découvre des failles, jusqu’au drame: l’un des fils perd sa jambe dans une attaque de requin à la Réunion. Le jeune homme devient alors de plus en plus mystérieux. On glisse dans le thriller et on reste en haleine jusqu’à la fin, dans la chaleur troublante de l’été.

Camille

Escapade du 1er juillet à Pouzauges, à trois voix. (Philippe, Yves et Gaëtan)

Du lac au meunier en folie

Avec Steve, nous retrouvons tous les autres membres DJ au parking du vieux château.
Il fait un temps magnifique, il est 11h30, le soleil est radieux.
Nous nous rendons à pied au café de l’hôtel de ville pour l’apéritif, on apprécie cette douceur (ou chaleur ?) de vivre dans cette petite Cité de Caractère. Après une petite visite dans l’église St Jacques magnifique avec ses vitraux représentant des scènes des Guerres de Vendée, nous reprenons le volant pour une pause pique-nique au lac de l’Espérance.
L’endroit est vraiment agréable, ce paysage du bocage vendéen verdoyant est propice à la détente et au délassement, nous nous sentons déjà en vacances. Tant pis pour la baignade, nous penserons à apporter notre maillot de bain la prochaine fois pour profiter de ce plan d’eau improvisé. Certains se prélassent sur l’herbe, d’autres font la promenade autour du lac.
Ensuite nous partons en direction du château St Mesmin où des animations nous seront proposées. Sur le chemin, nous faisons halte aux Moulins jumeaux (encore en activité) sur les hauteurs de Pouzauges. Nous profitons du panorama, remarquable à cet endroit. Nous avons la chance de rencontrer le meunier qui nous fait découvrir la vie des moulins.

Lac de l’Espérance

Nous avons le temps de faire une halte au Bois de la Folie qui surplombe la ville pour prendre quelques photos souvenirs et  déguster la brioche vendéenne gentiment proposée par Bernard.
Merci Steve pour cette journée qui nous a permis de nous ressourcer au grand air tout en nous faisant découvrir un patrimoine naturel et architectural étonnant.

Philippe

Oyez gentes dames et damoiseaux

Oyez ! Oyez ! Gentes dames et damoiseaux, le récit de notre visite au castel de Saint Mesmin.
Après bonne pitance et bière gouleyante, sise au lac de Pouzauges, nous convoyâmes prestement sous les ardeurs du jour vers ce lieu retiré des Deux-Sèvres profondes. Tout d’abord nous nous régalâmes de musiques médiévales. Puis, après avoir écouté un guide à la belle jactance nous conter l’histoire du château et de la rude famille Montfaucon (herses, mâchicoulis, coursives et autres systèmes de défense n’ont plus de secrets pour nous !), nous déambulâmes à travers moult pièces d’un donjon fort bien remis à neuf, avec de jolies couches (J-Marc s’esclaffa de les voir si courtes jusqu’à ce qu’on lui dise qu’en ces temps lacrimables les preux chevaliers dormaient presque assis… et tout habillés !).Enfin, nous nous mimes à danser la giguedouille. On alla me quérir pour faire quelques pas avec dame Annette. Un perfide escuyer osa dire qu’on allait s’épousailler. 

Tudieu ! j’ai bien cru qu’elle allait m’occire.Après avoir essayé casques, cottes et autres affublements, on nous bouta dehors et c’est à regret qu’il nous fallut quitter cette noble bâtisse, digne des meilleurs décors médiévaux !

Yves

Loges et éloges

Après avoir fait la ballade a l’ombre  au bois de la folie, sans folies bien sûr ! Ce qui nous était agréable vu la chaleur, Steve nous a guidés au point de vue remarquable sur le bocage vendéen, bien sûr nous avons été très sollicités par les très nombreux matraquages photographiques d’Yves. Lol !
Ensuite Steve nous dirige vers ce fameux restaurant  » la loge » et nombre d’entre nous font l’éloge des pommes de terre très appréciées d’Annette. Dès notre arrivée, nous étions heureux de nous désaltérer avec des boissons fraîches (eau, bière, etc.) Parmi nous quelques-uns ont pris des entrées (salade ardéchoise ou nordique), plat (plancha, gratin savoyard) et desserts (dont le fameux Irish coffee que Yves attendait impatiemment). Rires et bonne humeur partagés au cours de ce repas.
Merci à Steve  pour cette journée et soirée agréables.

Gaëtan

Petite galerie des paysages

Le poème de Pierre-Hugues (Jar 2018)

Qui sème ?

C’est ainsi que le vent sème
Que l’abeille abandonne sa part du pollen

Le chant de la source
Comme celui de l’oiseau
Peut-il s’arrêter
Lors même que demeure l’été ?

C’est ainsi que l’ombre du chêne
Sur le sol autour de moi domine

Et le soleil lui-même
Emprunte à l’univers
Sa puissance de feu

Il n’est qu’une étincelle pourtant
Au milieu du tout et du temps

C’est ainsi que le vent sème
Mille escarbilles de graines
Que la terre s’enorgueillit
D’être nourricière
Que s’ouvre une fleur
Au bonheur d’un papillon

C’est ainsi que tourne le monde
Pour faire les jours en la ronde
L’un après l’autre toujours

C’est ainsi que les gens s’aiment
Comme le vent fait son métier
Le blé son épi
L’abeille notre miel
Et le printemps prépare l’été

C’est ainsi que le vent sème
Et nous
Nous qui sommes
Des femmes et des hommes
Qu’avons-nous vraiment semé?

Piero de la Luna
Bonneuil-Matours 19 mai 2018

Impressions de Marche des Fiertés nantaise 2018 (Camille et Téo)

Comment naissent les arc-en-ciel

Tout le monde sait comment naissent les arc-en-ciel… Il faut de la vraie lumière, et un prisme pour en révéler toutes les couleurs. Les ingrédients étaient réunis samedi 9 juin.
Contente d’être là, au cœur du village associatif installé place de Bretagne, je regardais le monde arriver. J’échangeais un mot avec mes camarades non sans jeter de sceptiques coups d’œil au ciel : allait-il être avec nous ?
Aux premières gouttes, je me suis dit : ça y est, il fallait s’en douter, il nous lâche ! Une vague de nuages poussés par le vent à couvert le ciel. Nous nous serrions de bon gré sous une petite toile tendue. Je croisais les regards dubitatifs et amusés d’inconnu-e-s alors que le tonnerre grondait. Et dans les sourires joyeux que nous nous adressions, on lisait clairement que la pluie (maintenant battante) n’était pas à la hauteur de notre détermination ! On en essuie d’autres, à Nantes et ailleurs !
C’est ce que nous rappelle la voix dans le micro. Du fond de mon abris, je ne parviens pas à voir qui parle. Je n’en suis que plus attentive : capter tout ce que je peux de ses mots, de son message. Le vent redouble, la voix reste claire. Pas de place pour le renoncement : nous sommes tous là. La voix se réjouit car nous restons debout, nos mille visages, nos couleurs brillantes, le parapluie dans une main et le poing levé dans l’autre ! Quand le déluge interrompt quelques secondes le discours, la foule crie ses encouragements et son approbation de plus belle, de toute sa force !
Pour moi, un vrai moment d’unité et l’apaisement de se sentir multiples, minorités peut-être mais nombreuses et nombreux à marcher dans le même sens.
Et le ciel se laissera gagner par notre enthousiasme, couronnant cette journée d’une superbe éclaircie qui réchauffe la peau, le cœur, et redonne (si besoin était) de belles couleurs pour les longues heures jusqu’à la prochaine saison !

Camille

Nantes en vigilance arc-en-ciel

Samedi après-midi, Nantes avait été placé en vigilance orange sur les cartes météo ; orages et fortes pluies à l’horizon… En effet, à mesure que la foule des fiers marcheuses et marcheurs (et autres genres intermédiaires;) ) se rassemblaient sur la place Bretagne, de sombres cumulo-nimbus s’amassaient au-dessus d’eux dans le ciel nantais. Après une inédite Marche des Fiertés brestoise sur l’eau, allait-on voir la marche nantaise tomber à l’eau ?!…
Les premières gouttes de pluie tombèrent sur les premiers mots des discours officiels jusqu’à former des trombes d’eau obligeant les parures arc-en-ciel à trouver refuge sous les tables et toiles de tentes environnantes. C’est à ce moment précis que nous eûmes une pensée émue pour les majestueux parapluies arc-en-ciel de DJ ! Je dis « nous » car j’avais enfin réussi à retrouver dans la foule la pincée de déjistes bien décidés à marcher… avant que l’averse ne dirige plusieurs d’entres eux vers le café voisin.
Imperturbables, imperméables, les chars commencèrent à faire rugir moteurs et sonos. Bien décidés à braver les intempéries, marcheuses et marcheurs s’élancèrent à leur suite sous les hallebardes persistantes. Il fallut plusieurs minutes pour que les prières aux cieux des Soeurs de la Perpétuelle Indulgence soient exaucées et que l’astre solaire daigne enfin réapparaître fièrement dans l’azur. Il était écrit que, en ce 9 juin 2018, dans les rues de Nantes, même le colère des cieux n’arriverait pas à arrêter la Marche des Fiertés !
Malgré le cocktail pluie-soleil aucun arc-en-ciel ne sera aperçu. Dommage, ça aurait été tellement classe et symbolique !…. Pour ne rien vous cacher, l’arc s’en était allé se pauser sur les marches de l’escalier au pied de la Tour de Bretagne.
Aux premiers pas de la marche, je fus heureux de constater que, cette année, les drapeaux trans rivalisaient en nombre avec les drapeaux arc-en-ciel. Comme aux dernières Jar, comme à DJ, ici, les choses commenceraient-elles à évoluer positivement sur ce sujet ?… D’ailleurs, trans et intersexes eurent les honneurs d’ouvrir le défilé.
L’après-midi durant, toujours pas assez téméraire pour marcher dans le flot (parsemé d’élèves ici ou là de l’établissement où je travaille…) j’ai parcouru d’aval en amont, d’amont en aval, en large et en travers la foule imposante. Je m’arrêtai ici ou là, sensible aux slogans, banderoles et looks, l’oeil aux aguets à la recherche d’un angle de vue pour une photo symbolique tel ce logo coco LGBTI, faucille et marteau compris aperçu sur une commionette ou encore, ce sextuplet de drag queens revêtues de combinaisons et perruques aux couleurs du rainbow flag. D’asso en asso, pancartes et banderoles revendicatrices s’élevaient fièrement en quête de respect, de droits, de reconnaissance et de liberté dénonçant violence, haine, oppression stigmatisation.
Plus la foule s’étirait sur le macadam et plus le soleil gagnait la bataillle dans l’azur !
Les moteurs des motos rutilantes paradaient pétaradant précédées des cyclistes des Dérailleurs pédalant pour qu’un jour, peut-être, « Pédale ! » soit à jamais banni du vocabulaire des cours d’école, des milieux familiaux, des stades, des trottoirs,…
Arrivés place Graslin, un étendard arc-en-ciel géant tendu au fronton du théâtre nous attendait. L’occasion pour certains de se pauser quelques minutes sur les marches ou de sacrifier au rituel d’un selfie. Devant passa la banderole d’un groupe de lesbiennes avec le slogan  « Un jour sans lesbienne est comme un jour sans soleil. » ; une expression particulièrement adaptée à la météo de cet après-midi.
Encore une ou deux photos et déjà le défilé repart pour boucler la boucle et regagner le pied de la Tour de Bretagne.
Partis en vigilance orange, par notre nombre, nos diversités de genre et d’orientations sexuelles, nous venions de faire passer Nantes en vigilance arc-en-ciel. Et comme le montreront les jours suivants avec les dégradations et les tags haineux venus souiller le bel escalier arc-en-ciel, notre vigilance arc-en-ciel, ne devra malheureusement jamais faiblir. Alors, rendez-vous l’an prochain dans les rues de Nantes ?!

Téo

La Marche des Fiertés rennaise

Le pari de la transparence (Madeleine)

Dans la série : « je mets tout sur la table », voici que se manifeste , là où on ne l’attendait pas (et sur un tout autre plan que le simple déballage) le philosophe Alexandre Jollien lui-même.
C’est à la fois une totale surprise et un vrai bonheur de lecture.
Aux dernières nouvelles, on savait qu’il était parti en Corée parfaire sa formation spirituelle avec un maître bouddhiste. Au retour, un événement l’a totalement bouleversé et a failli lui coûter la vie.
C’est ce qu’il raconte lui-même dans l’interview parue dans Psychologies du mois de juin 2018.
« J’ai vécu un événement qui m’a déboussolé et pour tout dire, qui a failli me perdre : je me suis épris d’un homme. La chose est banale somme toute. Sinon que cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité. Bref, dans la honte. Après 3 ans de méditation intense et quotidienne, voilà que je vivais l’attachement radical. Cela peut sembler dingue ! »
Au passage, on note avec soulagement la « banalisation » de l’amour pour un autre homme. Ce qui fait problème apparemment, ce n’est pas tant l’amour en soi que son excès, la passion avec sa prégnance psychologique et son aliénation.
Amour, passion… qu’est-ce qui au juste se manifeste et se joue derrière ces mots ?
Au cours de l’interview son récit rétrospectif fait apparaître d’emblée toutes les caractéristiques du désir, soit :
l’irrationalité (voire son caractère inapproprié)
« Peut-on jamais savoir où nous porte le désir ? J’ai été attiré par cet homme. Pourquoi ? Comment ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que ce corps dans sa beauté et aussi sa capacité à plaire aux femmes a suscité un grand chambardement…
…Je sentais le gouffre séparant cet homme au physique d’athlète et qui semblait loin des soucis, et moi qui m’étais réfugié dans une orthopédie de l’âme pas très efficace. »
la représentation idéalisée
« Me fascinaient chez lui, cette aisance, cette légèreté devant la vie, ce corps qui semblait tout-puissant. Il était si à l’aise avec les filles, si ancré dans la vie qu’il réveillait en moi une jalousie pleine d’illusions. »
l’intensité (renforcée par l’inaccessibilité) et l’insatiabilité
« Rentré en Suisse, nous nous skypions régulièrement, jusqu’au jour où je ne sais par quel hasard, il a foncé sous la douche. Ce corps apparemment parfait m’a ébloui jusqu’à l’obsession, jusqu’à susciter un désir quasi cannibale, insatiable. Ces skypes sont devenus le terreau d’une addiction du tonnerre de Dieu. »
le trouble et l’aliénation
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va mal…Le premier pas pour s’extraire de cette passion triste, l’étape cruciale, c’est déjà de reconnaître que ça ne tourne pas rond et qu’on est tombé dans l’esclavage. »
Quand liberté, intégrité sont ainsi menacées, quels moyens pour se défaire de l’emprise ?
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va furent pour Jollien les étapes du retour à l’autonomie ? »
« M’entourer d’amis dans le bien et ainsi, faire éclater le monopole de l’attention que je confiais à L. Puis parler, ouvrir, me confier. D’abord pour constater que ce que je vivais n’était pas si dramatique : je l’ai compris en me rendant avec un ami à un réseau des Dépendants affectifs anonymes…
…Parler aussi pour déculpabiliser et lever le voile de la honte.
A la notion de lâcher-prise, je préfère celle de « déprise de soi »… l’une des clés du détachement consiste sans doute à se défaire du souci de l’image de soi, à se délester du poids du qu’en-dira-t-on.
Revenir à soi, non sur un mode égotique, mais pour descendre au fond du fond, au-delà des rôles et des illusions…
Le défi majeur, c’est de se demander : qu’est-ce qui détient la télécommande de ma vie ? A qui, à quoi je confie le pouvoir de me faire vivre l’enfer ou le paradis ? A une personne ? Au jugement d’autrui ? A l’avidité ? A la haine ?… »
Au final, amour ou désir ?
« Je ne sais si j’aimais ce garçon. Je voulais plutôt avoir ce corps d’athlète… Je souhaitais plus être à sa place que je ne le désirais lui. Quoique au coeur de l’intime, les deux peuvent se mélanger. »
Et que retenir de cet épisode ?
« Cette « cure » m’a montré qu’au coeur de l’attachement il n’y a absolument rien à faire. La volonté est impuissante,ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser des actes…
Surtout j’ai appris que l’on peut arriver au point où aucune issue ne semble possible hormis le suicide, et cependant finir par s’en sortir . Cet épisode aujourd’hui derrière moi a été un cadeau, une sorte de baptême du feu, une école du détachement. Oui, la joie peut revenir après les zones de turbulence… Je crois que le véritable lâcher-prise , ce n’est pas tant liquider tous les problèmes, mais expérimenter que l’on peut composer avec le chaos, les passions, les déchirements. Au fond, c’est accepter le tragique de l’existence. »
Et pourquoi cette révélation publique ?
« Pour montrer l’envers du décor et oser la transparence. Peut-être que l’image erronée du « philosophe handicapé qui s’en est sorti » reste un cliché rassurant. Il faut faire œuvre de vérité, au risque de décevoir…
La notoriété tient avant tout du malentendu. Un jour où je venais de voir un escort pour justement durant de brèves minutes comparer nos deux corps, une femme m’a hélé dans la rue :
« Alexandre, comment fait-on pour être heureux et vivre en joie ? »
« Elle demandait cela à un paumé qui venait de payer un homme pour s’assurer qu’il n’était pas répugnant. »
.Plus profondément, j’ai voulu montrer aux personnes qui vivent l’addiction que ce n’est ni une tare ni une fatalité. Enfin pour donner à qui le souhaite des outils pour cheminer vers la « sagesse espiègle », celle qui consiste à accepter le chaos au-dedans comme au-dehors. »

« il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse« . Cette phrase de Nietzsche a été mon viatique . »

Message reçu. Voilà au moins une mise à nu qui grandit son homme et qui nous touche au coeur en faisant écho, d’une manière ou d’une autre, en nos propres vies.
Tous un jour ou l’autre, et pour X raison, nous pouvons tomber et dans le chaos émotionnel, nous retrouver au-delà de nos certitudes et catégories, démasqués, déboussolés et détruits. Savoir que d’autres et non des moindres, en sont passés par là nous rassure et nous rassemble dans la même humanité.
Gageons qu’après ce pari de la transparence, le lectorat de Jollien (un livre paraîtra cet automne) s’en trouvera accru.
Nous n’avons que faire d’icônes figées. Nous avons besoin d’humains qui nous montrent leur chemin. Les meilleurs guides et compagnons de route ne sont-ils pas « ceux qui ont le courage et la lucidité de se savoir eux-mêmes en chantier ? »

Madeleine

N.B. : J’ai fait le choix de reproduire presqu’in extenso la parole d’Alexandre Jollien, tellement elle est belle et signifiante. Toutefois ce texte n’est pas un copié-collé, c’est la reprise synthétique et analytique de l’interview dans le magazine « Psychologies »n°386, pages 16 à 21.
J’espère en avoir restitué l’essentiel.

Critique de « Play boy » Constance Debré Ed. Stock (Madeleine)

La peau sur la table

Le 30 mai dernier, le « prix de la Coupole » 2018 * a été attribué à Constance Debré pour son roman « Play boy » paru en janvier chez Stock.

De quoi s’agit-il ?

En lecture rapide, l’histoire d’un coming-out assorti de scènes d’amour en termes crus. (cf. l’extrait supposé vendeur de la 4ème de couverture)
S’il ne s’agissait que de cela, on en a lu d’autres !
L’intérêt vient ici de ce que le passage de l’hétéro à l’homosexualité suscite un mouvement iconoclaste tel qu’il balaie tout sur son passage en faisant table rase d’une vie classique et programmée.
Révolution personnelle donc qui laisse le champ libre à une vie réinventée, à la quête et reconquête de soi.
Récit d’émancipation qui se présente fragmenté, sorte de Légo, fait de chapitres courts et phrases coups de poing qui fracassent les représentations traditionnelles : mariage, famille, classes sociales, relations amoureuses et genre.
Que tout vole en éclats, rien d’étonnant , la faille est déjà là, dans la dualité originelle de l’identité, fille avec des goûts et des envies de garçon et plus encore : « A 4 ans, j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après , c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.« 
Et de virer alors sa « panoplie de fille » pour retrouver l’androgynie de base, ce qu’elle appelle le style « neutre » celui qui lui correspond et « qui va avec tout« .
Dualité encore des origines familiales avec « un pied dans la bourgeoisie,l’autre dans la dèche« , en ligne directe de parents à la fois « bourges et toxicos » . Père camé, mais grand-père ministre…
Et de torpiller le clan ultraconservateur des Debré : « Chère famille paternelle, un peu cul serré… et lui le grand homme, tsoin, tsoin…« , « le grand-père que personne n’a jamais oser emmerder tellement ils avaient tous besoin de sa grandeur… »
Le mariage ? Son mariage ? D’un ennui fondamental ! « C’est la base de la vie de couple de s’emmerder. La vie de couple et la vie tout court ».
Et avec un enfant, c’est encore pire. Avec la nécessité du frigo rempli, même plus de « place pour le vide », soit vacance et liberté.
Dérision qui va jusqu’au cynisme quand elle évoque sa profession d’avocate : « Secouer les pauvres jusqu’à leur faire cracher des billets. De toute façon leur vie était foutue. Moi j’avais besoin de garder ma Rolex« … « J’aime les coupables, les pédophiles, les voleurs, les violeurs, les braqueurs, les assassins. C’est pas qu’ils soient coupables qui me fascine , c’est de voir à quel point ça peut être minable, un homme »
Nous voilà au fin fond de la désillusion, façon Céline.
Et au terme de ce jeu de massacre, que reste-t-il ? L’amour rédempteur ? Même pas. Certes, il y a la rencontre du féminin, élément fondateur de la transgression générale : « Ma première dérogation, c’est elle« . Mais la femme aimée (?) n’est qu’un moyen : « J’avais décidé que ce qui pouvait arriver entre elle et moi était la chose la plus importante de ma vie. Ce qu’elle était ne comptait pas »
L’amour se confond avec le désir et le désamour avec son épuisement.
C’est à la fois « la fête et le désastre« , l’un et l’autre vécus en toute connaissance de cause, avec pour seule boussole sa propre personne : « Moi je suis innocente, moi je suis la pureté, le Bien incarné. Mon secret, l’égoïsme. Totalement, parfaitement, égoïste. Pour mon bien et celui des autres. »
On peut être agacé, et il y a de quoi, par tant d’auto-complaisance et forfanterie. Révolte de bobo qui lève le poing avec une Rolex au poignet… On a déjà connu ces enfants gâtés crachant dans la soupe, révolutionnaires en peaux de lapin, déterminés à changer la vie, mais prompts à rentrer dans le rang après avoir pris la pose.
Cela dit, derrière la provoc étalée et les constants paradoxes, on peut aussi reconnaître au personnage, la franchise, certain degré de lucidité et le mérite de l’autodérision. Ainsi : « Je suis riche, elle est pauvre. C’est pour ça que je vais gagner. C’est obligatoire. Les riches gagnent toujours et les pauvres crèvent toujours…. Je suis née comme ça , c’est dans mon ADN…On n’a pas besoin d’argent quand on est riche. On n’a pas besoin des autres quand on est riche. On n’a besoin de rien quand on est riche. C’est une question de honte qu’on n’a jamais. »
Ni honte, ni sanction (« Un bourgeois, ça ne fait pas de taule« )
C’est aussi grâce à cette impunité que parfois les enfants gâtés font bouger les lignes, si l’on pense aux Amazones des Années Folles (Barney et consœurs) riches héritières, socialement intouchables, pouvant se permettre de vivre en pionnières, « selon leur nature ».
Au final, qu’on apprécie ou non, on a affaire à quelqu’un qui s’est cherché une écriture pour dire autrement l’enfermement social et le vide existentiel . Autrement encore, l’ardeur amoureuse par un langage cru à la trivialité assumée, et qui implique de s’exposer sans fard. Sans doute s’est-elle appropriée la phrase de Céline (citée dans une récente interview)

« Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien.« 

Madeleine

* précédents lauréats, entre autres :

Frédéric Mitterrand : « Mauvaise vie »
Pierre Bergé : « Lettre à Yves »
Virginie Despentes : « Vernon Subutex »
Fabrice Luchini : « Comédie française »

Le poème de Jean-Marc (Jar 2018)

Je suis parti en vacance à Lannion..
Avec ma copine Marion.
Séjour choisi dans le catalogue Evasion.
Qui organise des voyages
C’est une association.
On paye chaque année une cotisation.
Nous avons choisi une résidence en location.
Tous près de beaux pavillons.
Pour le voyage nous avons pris l’avion.
Nous avons terminé le voyage en camion.
Durant les vacances nous avons fait des excursions.
A la plage nous avons vu quelques scorpions.
Au bar nous avons pris une collation.
D’autre on bu des grandes tasses d’infusions.
Nous avons visité d’admirables expositions.
On pouvait voir de jolis champignons.
Trouvés dans la région d’Avignon
.Et aussi des fleurs de la passion.
Qui provenaient de la région du Roussillon.
J’ai regardé un reportage sur les arbres en floraison.
Puis des images de volcans en fusion.
A la tombée de la nuit de belle et jolies illuminations
Qui m’on procuré beaucoup d’émotion.

Jean-Marc

 

Impressions des Jar 2018 (Téo)

En ce week-end ensoleillé de mai 68 + 50 années, la concurrence s’annonçait rude : mariage princier en Angleterre, palme d’or à Cannes, Jar dans le Poitou ! Ne sachant trop que choisir, notre pilote-poète pianota au hasard sur son GPS et c’est ainsi que nous avons atterri dans ce lieu verdoyant entouré de forêts jadis couvent de religieuses augustines. Bref, un lieu destiné à rencontrer un jour David et Jonathan !
Mais, nous n’avons rien perdu au change car la reine Elizabeth en personne s’éclipsera de Windsor pour venir nous saluer pendant le défilé du samedi accompagnée d’un certain Tudor et d’une libellule bretonne. Et, en guise de palmes, les grenouilles de la mare voisine chanteront pour nous tout au long de notre séjour !
Le décor posé, il me sera impossible en cet article de vous narrer toutes les Jar tellement ces journées sont riches et variées. Mon cerveau va vous conter quelques bribes de ses impressions non exhaustives et totalement subjectives.
Sans doute attirées par l’histoire du lieu, sœur Kékette et ses copines du couvent de la Perpétuelle Indulgence¹ sont passées nous partager leurs vies monastiques sans pour autant être monacales si l’on se réfère à leur devise : « Aimez-vous les uns sur les autres ! » Tout un programme…
Puis, escale outre Rhin avec Mickaël sur la piste d’une « pastorale arc-en-ciel » avec une interrogation de circonstance sur un éventuel « complexe catholique de D&J »…
Tiens, des feutres et une grande fresque blanche à disposition dans un couloir ?! Impossible d’y résister ! Je m’y suis d’ailleurs arrêté trois fois pendant le séjour pour y dessiner à ma façon le côté T de DJ : les interrogations qu’il suscite et les envies de bien-être qu’il espère. D’ailleurs, cette année, il y a eu une bonne dose de T. (Ce qui, aux dernières nouvelles, n’a rendu aucune personne cis malade 🙂 ) Merci à Cyrille fraîchement élu au bureau national. J’essaierai d’y apporter ma participation au mieux de mes capacités de communication… Les deux ateliers des Jar sur la transidentité ont surtout permis de clarifier le vocabulaire, de mettre à plat les interrogations, les craintes, les clichés ; prélable nécessaire pour faire mieux vivre le T d’LGBTI à D&J.

Un bouquet de fleurs et 6 silex du Loiret peints par Clara.

Les heures filent que déjà  voici la première soirée avec un défilé éclectique et en musique qui verra défiler sous l’oeil expert d’un jury incorruptible une reine, un dalmatien, des personnages des Mille et une nuits et bien d’autres olibrius … Puis, place aux sunlights et à la danse sous la baguette de DJ Zab. Ainsi valses, madissons, rocks, disco et slows nous emporteront jusqu’au bout de la nuit. Dehors, il y a longtemps que le choeur des grenouilles s’est tu ; il est grand temps d’aller retrouver Morphée.
Juste une pincée de sommeil, un p’tit dej’ et voici que klaxonne le pouet-pouet de Babeth pour que nous allions cogiter sur le projet associatif de D&J sous la forme d’un speed- dating chorégraphié et minuté au cordeau. Dommage que ce timing millimétré n’ait pas permis à tous de pouvoir s’exprimer sur tous les thèmes présents. Mais, re pouet-pouet car, résonnent déjà les trois coups signalant l’ouverture du rideau sur le théâtre-forum avec ses scénettes inédites et improvisées sur des moments de vie LGBTI à D&J ou ailleurs.
Pour la célébration, je laisserai aux autres déjistes nantais qui l’ont vécu le plaisir de vous écrire leurs impressions. Un caillou arc-en-cielisé accompagné de quelques mots et d’un micro bouquet de fleurs des champs auront été ma petite contribution. Il est important de signaler que, cette année, et pour la première fois aux Jar, l’autel a été paré de deux drapeaux : le rainbow flag et le drapeau trans ! On m’a raconté que le St Esprit se serait manifesté à mi-célébration sous la forme de l’alarme incendie ! (Une sorte de pouet- pouet mais encore plus strident). Rassurez-vous, les pompiers, au grand désespoir de certains, n’ont pas eu à intervenir…
Le soleil qui se couche sur le deuxième jour annonce la soirée cabaret animée par un trio de choc auvergnat-mayennais. Un zest de carnaval de Dunkerque aux parapluies très haut perchés, quelques notes de l’Internationale, une nichée de lumas vendéens, des poètes, quelques accords de guitare et bien d’autres numéros encore… A l’acmé de cette soirée, nous avons assisté à une mémorable vente aux enchères des reliques de Saint Sébastien (saint très prisé dans le milieu LGBT mais, pour en savoir plus, il faudra vous rapprocher des nombreux érudits en théologie de D&J). Qui n’a jamais rêvé d’afficher dans son salon les flèches, les os ou la tunique de ce saint ?! Surtout quand cette dernière est si élégamment portée par un célèbre mannequin lillois. C’est d’ailleurs à son apparition que flambèrent les enchères au profit de l’association Le Refuge qui récoltera 400 €.
Derniers pas de danses et déjà le lundi de Pentecôte s’éveille annonçant bientôt la fin de cet agréable week-end JARdinier.
Bien sûr, je ne vous ai pas tout raconté car il faut bien garder car chacun a son  JARdin secret mais, si les bribes de mon récit vous ont donné envie de venir JARdiner l’an prochain sachez que votre GPS n’aura aucunes excuses en cas de fausse route car, en 2019, nous irons à Corrèze en Corrèze sur les bords de la Corrèze !
Alors, à l’année prochaine ?!

Téo

¹ Les sœurs de la perpétuelles indulgence

Les sœurs sont nées en 1979 à San Francisco , quatre activistes Gays ont decide de créer un ordre pauvre agnostique de folles derisoires qui luttent contre l’ exclusion, le sida , le sexisme , et toutes les discriminations liees au genre ou à l’ orientation sexuelle.
1200 sœurs sont réparties à travers le monde. Glamours, Provoquantes, Démentes, Religieuses, elles ont 5 vœux : Amour, Joie et Fête, Droit à la différence, Paix et solidarité entre les communautés, Lutte et prévention IST.

⇒ https://www.lessoeurs.org

Les JARS sur le blog de Rennes

17 mai : journée internationale contre l’homophobie et la transphobie

Pour marquer la  journée internationale contre l’homophobie et la transphobie qui a lieu chaque année le 17 mai,  le bureau national de DJ a publié le communiqué de presse suivant prenant pour exemple la situation de discrimination homophobe de la part de l’Eglise vécue par un couple de déjistes :

En ce 17 mai, Journée Internationale de Lutte contre l’Homophobie et la Transphobie (IDAHOT), David & Jonathan, mouvement LGBT chrétien, souhaite partager le récit de Brigitte et Colette, témoins de l’homophobie ordinaire dont a été victime leur amie Annick lors des obsèques de celle qui fût sa compagne puis sa femme pendant 48 ans.
Parce que Claude & Annick étaient homosexuelles, un prêtre catholique a refusé de célébrer la messe d’enterrement dans son église.
Avec cette histoire, nous voulons dire que l’homophobie, ce ne sont pas seulement des insultes ou des coups :
Quand on se demande si on peut accompagner une personne homosexuelle vers son dernier voyage de la même façon que n’importe quelle autre personne,
Quand on dédaigne la compagne de 48 ans de vie commune,
Quand on mésestime sa peine et qu’on lui fait violence, même sans mauvaise intention, alors qu’elle vient de perdre l’être cher,
Quand on se sent mal à l’aise pour célébrer des obsèques, du simple fait que la défunte est une femme qui vivait avec une autre femme,
Alors, oui, c’est de l’homophobie : une homophobie ordinaire, qui ne dit pas son nom.
Celle qui blesse.
Celle qui meurtrit le cœur et l’âme.
Nous appelons de toutes nos forces les Eglises de France, qui se donnent pour mission d’accompagner les personnes et de « protéger les plus faibles », à se saisir de ce témoignage et à commencer une vraie réflexion sur l’accompagnement des personnes homosexuelles en deuil.
Parce que les Eglises, qu’elles le veuillent ou non, seront de plus en plus confrontées à ces veufs et ces veuves LGBT, qui attendent d’elles humanité et amour dans les moments les plus difficiles.

Le Bureau national de David & Jonathan

« S’aimer » (texte de Stéphane Laporte) choisi par Gaëtan

Voici le texte du chroniquer et humoriste québécois  Stéphane Laporte partagé par Gaëtan lors de la rencontre spiritualités plurielles du 10 mai 2018 :

S’aimer

Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.
Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.
Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.
S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.
S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.
S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »
S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.
Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre coeur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.
On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.
Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.
Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.
Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.
On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.
Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

Stéphane Laporte

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201606/18/01-4993283-saimer.php