David, Jonathan, des Ils et des Elles (Pierre seigneur de Monterno)

C‘est par un beau matin d’hiver du 11 janvier de l’an de grâce 2020  en la seigneurerie de Monterno que David et Jonathan ont rencontré  Des Ils et des Elles.
Par ce beau matin d’hiver s’en vinrent en notre seigneurie de Monterno, maints marauds de Bretagne et bourgeois de Nantes pour festoyer autour de galettes et de crêpes par nos soins préparés et cidre qu’un voisin nôtre avait tiré de belles barriques pour esbaudir et réjouir les gosiers de nos hôtes.
La seigneurie de Monterno rattachée par lien héraldique à très ancienne et noble famille d’Aboville qui donna naguère à la France hardi navigateur Gérard, fut rattachée jadis à son manoir de Berric par mystérieux souterrain lui permettant en fin du siècle XVIIIème d’échapper à la piétaille révolutionnaire. L’histoire veut qu’un trésor y fut enfoui qu’hélas malgré maints efforts nous ne parvînmes jamais à exhumer.
C’est donc dans la grande salle de notre manoir que deux tablées face à ample et haute cheminée furent dressées pour réunir bretons de Des Ils et des Elles et nantais de David et Jonathan, deux associations ayant pour caractéristique un attachement honteux à la luxure antiphysique, sodomite et gomorrhéenne. Ce fut première rencontre au sommet entre ces deux associations auxquelles avons faiblesse d’appartenir tous deux, l’une plus portée vers plaisirs de la table et de la randonnée, l’autre vers les choses de l’esprit et de l’idolâtrie chrétienne. Cette rencontre au sommet avait été amorcée par visite du musée des beaux-arts de Nantes savamment organisée par l’illustre sieur Bernard dont la notoriété de guide dépasse nos deux provinces et qui avait déjà réuni naguère nobles membres des deux entités.
Notre valetaille étant ce jour absente nos hôtes voulurent bien s’activer aux cuisines et à la table allégeant ainsi un fardeau si doux déjà du plaisir de recevoir si gentes dames et gentils seigneurs. Tout s’organisa donc au mieux autour de ces agapes et du plaisir de la conversation. Certaines retrouvèrent connaissances perdues de vue, d’autres se découvrir affinités entre gens de monde différends mais gens du monde tout de même. Dans joyeux climat de belle et franche humeur les deux associations se firent maints serments de se revoir et de de se découvrir encore.
Le repas terminé fut organisé promenade digestive le long de la côte que borde le grand océan que l’on dit Atlante au lieudit Kervoyal, paroisse de Damgan, les unes musardant, ramassant coquillages et galets, engageant plaisirs de la conversation avec jouvenceau de passage au grand ébaudissement des seigneurs présents, les autres capturant les paysages en de mystérieux appareils, d’autres risquant un orteil chaussé dans la mer ou encore d’enquérant du passé de la province sur panneaux descriptifs.
Puis chacun s’en vint vaquer à ses occupations en sa province respective non sans s’être juré de se revoir et de s’aimer pour la vie.
Certaines et certain cependant non las de notre gente compagnie nous demandèrent hospitalité pour la nuit en notre seigneurerie qui n’avait jamais reçue hôtes plus illustres !

Pierre seigneur de Monterno

Week-end de Noël vendéen (Annette, Steve)

Superbe Noël en Vendée !

Malgré les grèves, nous nous sommes organisés car bien décidés à nous reunir pour fêter Noël.
Je suis donc partie ce samedi avec Jean Marc et Damien, toute contente, comme en vacances et réjouie à l’idée que de tout l’Ouest, de Poitiers et de Tours chacun en faisait autant.
Arrivée sans encombre dans un très beau site, toute l’équipe de Vendée nous attendait. Superbe organisation, logés comme des princes, nous nous sommes retrouvés plus nombreux que jamais. Quel plaisir de revoir copains et copines venus de loin !
La bonne humeur était de mise même si j’étais entourée d’éclopés, le bras d’Isabelle, le pied de Maryam, le dos de Pierre mais cela ne nous aura pas empêché de chanter de bon coeur les vieux refrains de nos campagnes. Avec les textes distribués généreusement à tous, plus moyen de nous arrêter , nous avons même chanté de concert le « minuit chretien » malgré Bertrand qui aurait voulu, seul, enchanter nos oreilles de sa belle voix. Laurence nous a pris par surprise ; nous n’avions pas les textes mais sa voix était magnifique !
Le lendemain, certains d’entre nous sont allés à la messe. J’ai appris que le prêtre a parlé de cette mère qui, apprenant que son fils de 20 ans était gay l’a mis à la porte. L’église était pleine, tous écoutaient en silence très attentifs, je me suis dis alors que la Vendée n’était pas aussi intégriste que certains ne le disent avant d’apprendre que le prêtre faisait parti des nôtres. J’aurais du m’en douter… Merci à lui.
Dans le même temps, sur le lieu de notre soirée de Noël, se tenait aussi un temps spirituel conduit par Jacqueline, très beau et fort moment au cours duquel certains d’entre nous ont parlé simplement de qu’ils font pour l’Autre, ce que Noël représente pour eux. Par exemple, le simple fait de regarder et de dire bonjour semble si simple et apporte tellement alors, pourquoi ne pas le faire tout simplement. Un magnifique moment de partage et de communion.
Mais déjà il faut partir.
Un grand merci à l’équipe de Vendée

Annette

Mon arrivée sur les lieu de notre Week-end de Noël 2019 ne s’est pas faite sans encombre. Dans le centre ville de La Roche-sur-Yon, en descendant du car en provenance des Herbiers, je suis accueilli oar véritable déluge digne de Noé…sans l’Arche… Un trajet à pied pour rejoindre la gare (lieu de rdv de mon co-voiturage) et me voilà complètement trempé jusqu’aux os ! Mais chacun sait que les anglais adorent « singing in the rain ! ».
Arrivé sur les lieux, tout est illuminé ! Quelle beauté !
Dès l’arrivée à l’accueil, je suis très frappé par le bonheur général de nous retrouver, de nos régions si dispersées ; nous qui ne nous voyons qu’à cette occasion chaque année…
Le discours d’accueil du groupe et du centre LGBT de La Roche-sur-Yon, sur le projet de la première Marche des Fiertés dans la ville de La Roche. Les raisons de cette première marche : répondre à l’agression sur le stand LGBT lors de la journée de l’Idaho par des jeunes (se prétendant) catholiques m’a mis du baume au coeur. Mais l’organisation et le déroulement ne seront pas si simples que ça à mettre sur pied… donc La Roche aura bien besoin de soutien moral…
A table, très gros coup de fatigue mais, dés les premières notes de musique du bal me voilà réveillé ! Belle musique très variée et quel plaisir de danser, de danser ensemble, tous membres de cette belle association ! Pendant les pauses musicales, plusieurs groupes inter-régionaux se forment pour papoter tranquillement…
Le lendemain matin, pendant le temps spirituel, j’ai été très réconforté d’entendre les nombreux temoignages des divers groupes comme ses membres (dont je fait partie) qui font leur possible pour accueillir les étrangers.
Lors du dernier repas, avec l’accord de Laurent, animateur yonnais, j’ai pu faire une bonne « pub » pour tous les inviter ici dans les fins fonds du bocage vendéen en avril 2020. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de glisser quelques mots sur les (désastreuses) élections britanniques. Sorry…

Steve

Notre week-end de Noël vu par les autres groupes de l’Ouest :
–  Rennes

Un après-midi paillettes et froufrous (Téo)

Que faire un dimanche gris et pluvieux de novembre ?
Pourquoi pas aller s’amuser gay-ment à un spectacle pour la bonne cause ?
Après avoir participé à l’entrainement au manger épicé indien d’Isabelle, nous sommes partis en compagnie de Pierre-Hugues, direction le show transformiste – mais pas que – monté chaque année par les Gays Randonneurs : les Plus Belles Girls. Une découverte pour moi.
Dés l’accueil, nous sommes mis dans le bain. Les GRN distribuent ça et là leur programme mais aussi préservatifs et autres fluides tandis que créatures pailletées, emplumées, perchées sur des talons improbables circulent dans la foule nombreuse. Des escarpins qui doivent leur changer des chaussures de rando ! En fond sonore une ambiance disco nous invite déjà à la bonne humeur et à se dégourdir corps et gambettes.
Dans un public que l’on devine acquis, voire même partie prenante à la cause LGBT, on peut croiser avec une agréable surprise une poignée de familles avec enfants. Une initiative éducative à la différence, à la diversité et à l’ouverture d’esprit pour ses bambins qui ne peut qu’être saluée et encouragée. Allez, ajoutez y une rencontre avec les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence et ses enfants seront armés pour un avenir assurément arc-en-ciel…
Mais chut ! La sono se tait. Le noir se fait. Le rideau rouge s’ouvre sur un monde de plumes, strass et paillettes. Sur le thème de l’opéra, les tableaux se succèdent avec des sketches mêlant humour et chorégraphies. Parfois le public est sollicité pour applaudir, se lever et effectuer quelques pas de danse. Une Dorothée téléportée des plateaux de TV millésime années 80 débarque sur le plateau pour une chorégraphie style cours d’aérobic de la belle époque eightise. On, s’amuse à deviner sous le maquillage et les perruques le genre de l’artiste en piste. Une fois on gagne, l’autre fois on perd… Malgré le contenu inégal des tableaux, on se prend au jeu et on entre avec plaisir dans cette folle cavalcade burlesque endiablée d’arc-en-ciel costumés.
Un entracte pour se gégourdir les jambes, déguster crêpes et boissons au profit d’associations. Certains en profitent pour entamer la discussion avec ces dames artistes ou pour faire avec elles un selfie d’un autre genre. Nous en profitons pour allez saluer dame Annette échangeant assise à son comptoir des euros contre des paillettes. De son côté Jean-Marc participe à la nombreuse troupe de bénévoles contribuant à la réussite du spectacle.
Mais déjà la cloche de la fin de l’entracte sonne.
D’autres scènes musicales, d’autres chorégraphies vont ainsi se succéder sous la surveillance bienveillante de Madame Hermeline descendue d’un improbable cabaret parisien pour ce fol après-midi provinciale. Ainsi ira le show jusqu’à un final parsemé de frou-frou et fanfreluches lointain cousin du carnaval de Rio.
Mais déjà la nuit tombe sur dimanche. Il est temps de dire au revoir à dame Hermeline et sa compagnie, de ranger plumes, boas et paillettes dans la malle à souvenir. Peut être l’an prochain reviendrons nous gayment.

Téo

Rencontre sur le thème de l’homophobie (Alexandre)

 L’homophobie au travail et dans notre environnement immédiat. Qu’en disons-nous ?
Rencontre avec l’Autre Cercle.

L’homophobie et la transphobie sont deux attitudes négatives et blessantes auxquelles beaucoup de LGBT+ ont été confrontés durant leur vie. L’homophobie a été tellement débattue et travaillée que l’on on se posait la question suivante « pourquoi parle-t-on du sujet de l’homophobie au sein de notre association alors que beaucoup d’associations existent et travaillent sur ce sujet et qu’en parallèle on trouve que l’homophobie persiste, est-ce que cela vaut vraiment la peine ? ».
Je trouve que ce sujet reste important à travailler quelles que soient les avancées sociétales acquises et les lois mises en place. L’homophobie et la transphobie restent malheureusement assez présentes et c’est une souffrance presque quotidienne supportée par beaucoup d’entre nous. J’ai décidé en tant qu’organisateur de cette rencontre d’éviter le sujet uniquement du côté victimaire (notre parole entre nous) mais au contraire de pouvoir inviter des personnes qui travaillent dans des associations et qui mènent un travail de fond sur le terrain pour faire avancer les choses. J’ai invité deux personnes de l’association « l’Autre Cercle » qui travaille avec les entreprises pour sensibiliser et faire évoluer l’acceptation des LGBT dans le monde professionnel.
Notre rencontre s’est déroulée en deux temps. A 14 h 9 membres de DJ Nantes se sont retrouvés chez Yves pour partager entre eux des expériences d’homophobie. Ensuite à 16 h, Jean-Luc, le président de l’Autre Cercle – Pays de la Loire et Stéphanie (membre de l’Autre Cercle) nous ont rejoints.
Dans mon pays d’origine, dit l’un de nous, mes collègues n’hésitaient pas à balancer des réflexions homophobes (non adressées à moi, personnellement) dès que le sujet de l’homosexualité se présentait. Une adhérente a été confrontée récemment à des paroles homophobes et lesbophobes de la part des ouvriers qui travaillaient autour de son domicile. Un adhérent trans parle de sa difficulté de rester dans le contrôle et de ne pas pouvoir évoquer sa vie privée après des vacances et des weekends comme les hétéros le font au travail. Notre retraité de l’enseignement n’a jamais été confronté au travail à des comportements homophobes. Pourtant, il était hanté par l’idée qu’un jour il trouve des insultes homophobes écrites sur le tableau de la part d’un élève. Un autre ne parle pas de sa vie privée au travail pour éviter une potentielle homophobie. Notre trésorière pense que ne pas en parler au travail se justifie et que certains LGBT trouvent qu’ils pourraient mieux contrôler leur image au travail en restant discret aux yeux de leurs collègues alors que le dévoilement pourrait changer cette image et la rendre hors contrôle. Notre ami d’origine britannique n’a jamais été confronté à l’homophobie au travail par contre, il connaît des enseignants qui ont été confrontés à l’homophobie de la part de leurs élèves et c’était très difficile pour eux.
Un membre de la collégiale pense qu’on lâche le contrôle au boulot dès que l’on se dévoile à des collègues et que cela se passe bien. Une amie raconte l’histoire d’un couple de femmes qui ont été « outées » par leur collègue ou chef (apparemment homophobe) et c’était très choquant, car cela affectait leur enfant qui avait été conçu à une époque où la loi n’était pas favorable à la PMA pour couple de femmes.
Après une courte présentation de notre association, le président de l’autre cercle Pays de la Loire a pris la parole pendant la majeure partie du temps restant. Stéphanie est intervenue pour ajouter ponctuellement quelques clarifications. Ainsi, ils nous ont parlé des interventions de leurs associations dans les entreprises et structures qui visent à améliorer les conditions et l’accueil de personnes LGBT au sein de l’entreprise. Plusieurs groupes ont signé leur charte d’engagement (exemple : BNP, Paribas, Total, Axa, etc.) qui les engage à mettre en place des interventions de formations de l’Autre Cercle. Les personnes LGBT de ces entreprises auront plus facilement recours à de l’aide en cas de discrimination, de remarques LGBTphobes ou de situations problématiques parce qu’ils sont LGBT
Jean-Luc a donné l’exemple d’une entreprise qui voulait envoyer en mission son employé dans un pays où l’homosexualité est passible de peine de mort, la personne a rappelé à la direction que l’entreprise s’était engagée dans une charte de protection des LGBT. Il n’y a jamais eu de sanctions envers lui pour le refus de cette mission.
Un autre point très important qui a été clarifié est le bien-être des employés au travail. Les raisons qui poussent certaines entreprises à évoluer sur ces sujets, c’est de pouvoir améliorer l’attitude des employés et ainsi augmenter la productivité (plus de travail, moins d’arrêts-maladies, plus de visages souriants et apaisés, etc.).
J’ai demandé si J-Luc avait été confronté, en tant que responsable de l’Autre Cercle, à des réactions hostiles de la part des employeurs ou des employés ? La réponse fut négative. La majorité des interventions se passe avec des groupes qui ont envie de travailler avec l’Autre Cercle et les employés qui sont potentiellement homophobes ne vont pas se manifester parce que la loi les condamne clairement et il faut le rappeler, l’homophobie en France est un délit et non une opinion.
Une autre question posée par une adhérente est : quel conseil donnez-vous aux personnes, qui voudrait dévoiler ou non leur homosexualité ou transidentité ? Jean-Luc conseille d’avoir des alliées dans son milieu du travail, des personnes qui peuvent le soutenir avant de dévoiler à tout le monde sa réalité. Dans le cas où certains auraient des réactions négatives il y aura les alliées pour le ou la soutenir et amortir les réactions négatives.
À la fin de la rencontre, Jean-Luc nous a parlé d’une vidéo sous le nom : « La Diversité enrichit » faite par l’Autre Cercle et que l’on peut trouver sur le site de l’association. Je vous conseille fortement de la regarder en cliquant sur le lien suivant ou le copiant dans votre navigateur : https://vimeo.com/119328334
J’espère que cet article vous as fait découvrir ce qu’il est possible de faire pour combattre ce fléau.

Alexandre

Site internet de l’Autre cercle : https://www.autrecercle.org

Rencontre sur le thème de la solitude (Sophie, Isabelle, Bernard)

Après une grippe passée au fond de mon lit en début d’année où je m’étais trouvée bien seule, le sujet avait été évoqué. Cela a fait écho à plusieurs d’entre vous, et c’est ainsi que cette rencontre a eu lieu.
Seize, nous étions 16 en ce dimanche après-midi de novembre pour évoquer le sujet de la solitude… Solitude vécue par le passé, solitude vécue et actuelle, chacun(e) à pu s’exprimer sur le sujet en toute confiance et bienveillance.
Dans chaque témoignage d’expression de la solitude, il y a toujours son « oui mais » positif et ses réponses. Voici un florilège de phrases anonymes prouvant la profondeur, les transformations possibles et la force de trouver des ressources durables.

« Je me sens seule depuis toujours, oui mais je me retrouve vite. Je lis énormément et j’admire la vie, je me surprends moi-même à être heureuse. »
« J’ai construit mes barrières, sauf avec les enfants avec qui c’est plus facile de communiquer »
« La solitude fait partie de moi. C’est seul(e) que je dois choisir. Il faut l’embrasser et ne pas la fuir, l’apprivoiser. Sinon, elle ne passera pas et je ne vais pas avancer »
« C’est une vieille amie. Aujourd’hui, je suis apaisé, même si des années durant j’ai été excessif en fréquentation d’associations »
« La solitude je l’apprivoise, je la rencontre et plus je la rencontre, plus je suis en phase avec l’univers. »
« On n’a plus de manque quand on se retrouve soi-même »
« La solitude permet de comprendre des choses. Avant je croyais que tant qu’on n’est pas deux, on n’est pas accompli. Mais la solitude permet la prière, la méditation. Le bénéfice de la solitude est qu’on n’est pas obligé de partager. Aujourd’hui, je suis avec moi. »
« La solitude est une condition incontournable et normale, celle de chacun face à sa propre voix et sa propre route »
« La solitude, c’est à l’intérieur. Si je suis connectée à moi-même, à mon être profond, le manque disparaît. »
« La solitude, toute ma vie, je l’ai compensée. Je l’ai fuit, transcendée, sublimée, je l’ai dispersée dans l’abondance des rencontres. Ce n’est qu’en me rencontrant moi-même que je fus comblée et que le manque existentiel a disparu. Aujourd’hui, je la recherche pour continuer cette quête vers moi-même et je suis plus proche des autres qu’avant. »
« La foi m’a aidée, la méditation m’a aidée, DJ m’a aidé »
« Je sais me connecter à moi. Je suis avec moi, ainsi je ne suis jamais seule. Il y a des gens qui ne sont pas avec eux-mêmes, qui ne savent pas se connecter à eux et qui ne savent même pas qu’ils ne sont pas avec eux. »
« Pour créer des liens et les garder, il faut être partant, il faut y mettre le prix et au bon moment »
« On a besoin d’être seul pour exister »
« L’expérience spirituelle m’a fait rencontrer un «tu » et un « je » que ne met pas de voile sur ma vie »
« L’amour des autres est bonheur. Mais si je ne m’aime pas moi-même, j’utilise l’autre comme cache malheur. »

La solitude, toutes et tous, l’éprouve ou l’ont éprouvée. Est-ce à cause de notre spécificité LGBT qui pour tous et souvent très jeune nous pousse à nous interroger sur nous-même.
En chacun et chacune, on sentait une réflexion profonde et des solutions trouvées grâce à l’acharnement à comprendre et transformer les choses. C’est cela DJ, une grande capacité de réflexion et d’optimisme pour rebondir.

Sophie et Isabelle

Une grippe, c’est banal, somme toute. Mais elle peut vous plonger de la façon la plus pénible qui soit au cœur d’un mot, un mot malheureusement commun à nos sensibilités si particulières. Merci à Isabelle pour nous avoir poussé du haut du plongeoir.
La solitude, entre le dire ou l’occulter, nous avions bien conscience qu’elle nous faisait à tous escorte et nous suivait pas à pas, lorsque nous nous nous sommes retrouvés à une petite vingtaine, dans une salle de la Manu prêtée par la Mairie. Après quelques hésitations, les plus courageux lui ouvrirent la porte et son visage surgit, mine aux désespoirs multiples suivant les témoignages de chacun. Si certains eurent le coeur aux larmes, tous decrirent à leur manière les petits matins blèmes et l’hiver en plein coeur de l’été.


Alors, comment la dompter, comment la dérouler de nos hanches et ne plus jamais vivre ses nuits blanches alors qu’elle était déjà nôtre aux premiers âges et qu’elle accompagnera nos derniers souffles ? Qu’elle peut aussi nous tenir compagnie, l’impudente, au sein même d’un couple épanoui ! Certains témoignages furent, comme souvent chez nous, d’une rare profondeur. Entre ceux qui la comblaient en se tournant vers l’enfance – le monde adulte étant trop pesant – ou vers un chanceux amour croisé, malheureusement parfois fugace, ou d’autres encore dans un investissement associatif, dans un combat mené contre la maladie, en la piègeant à son propre piège par le temps donné à ceux-là mêmes qui en souffrent, tous eurent l’idée d’une arme pour la combattre : tout simplement ne pas la voir, cette gueuse, comme une menace agressive mais trouver l’intelligence et la force de la dominer, de l’apprivoiser, de l’ignorer. Ces échanges furent pour certains comme une prise de conscience salvatrice et encourageante.
Après un début un zest hésitant et avec les minutes qui s’égrainaient, je ressentis comme une respiration salvatrice, une tendresse naissante entre nous tous, et qui libérait la parole, d’abord baillonnée pour certains. Comme un espoir aussi : celui d’une compréhension fraternelle que nos propres souffrances peuvent être amoindries suivant le regard que nous leur portons. La certitude que David & Jonathan peut combler les plus grands manques, étouffer les désespoirs et réparer les gueules cassées. Il suffit de se parler, d’aller vers l’autre, de se connaitre dans nos differences et de contribuer à combler nos vides, ne jamais se laisser gagner par le goût du malheur ou la gueule du désespoir. Avec la simplicité de dire qu’on se sent mal ou seul et que l’on quête une main tendue. Alors, faisons-le sans plus attendre, tout simplement !
Pas de doutes, cet après midi-là était tout sauf….un après midi de solitude !

B.
avec l’amicale complicité de Barbara (« La Solitude » 1965)

PS 1 : mes compagnes ne m’en voudront pas, j’en suis sûr, d’avoir mis ces phrases au masculin. Mon admiration et ma tendresse pour la gente féminine ne peuvent être mises en doute, quand bien même userais-je du masculin pour englober nos genres. Moi, jadis piètre écolier et si mauvais en ortographe, avais appris à l’école que le masculin (orthographique) l’emportait sur le féminin. Le bien mal défini « sexe faible » a-t-il besoin d’autres subterfuges pour prouver qu’il est largement notre égal ? Largement, et plus encore !!! je l’affirme !

PS 2 : …. et merci aux attentions sucrées de Nadine, Camille, les zélènes et les autres qui, à la mi-temps d’un match presque gagné, nous ont fait comprendre que ce type de récomfort est une excellente introduction à toute thérapie ! 🙂

Week-end Femmes national 2019 (Hélène)

Le week end du 11 novembre nous nous sommes retrouvées à Chailles à côté de Blois. Nous avons retrouvé avec plaisir des visages connus et nous avons eu la joie d’accueillir une dizaine de nouvelles adhérentes. Nous étions finalement une quarantaine, entourées de notre meilleur chef en cuisine, je veux parler de Pascal.
Pour débuter cette rencontre nous avons eu la possibilité de participer à divers ateliers : chants, ponçage de noix de coco, calligraphie chinoise, atelier cuisine- santé.
Je viens tout simplement vous partager mon ressenti et ma découverte lors de l’atelier de calligraphie animé par Prune, un très grand merci à elle.
Le calligraphe a besoin tout d’abord de se mettre dans un état serein et de détente avant de commencer quelque tracé. Une fois cela posé prenez un pinceau spécial entre vos doigts, placez le avec précision selon certains critères. Pour écrire vous ne poserez pas votre poignet afin que le geste reste souple et sûr. Vous ne repasserez pas sur un trait. Imbibez votre pinceau d’encre de chine selon un rituel précis. Tous les gestes sont emprunts de douceur et de précision.. De préférence vous vous mettrez debout afin que tout le corps participe à cette concentration souple et zen. Lancez-vous et recommencez sans relâche ! A vos pinceaux !
Avec cette première approche j’ai compris combien la calligraphie demande de patience, de persévérance, de douceur mais aussi de fermeté ; le tout dans une atmosphère calme et détendue mais essentiellement dans une attitude intériorisée voir méditative. Quel apaisement malgré la difficulté du tracé…
J’ai eu beaucoup de plaisir dans cette découverte, chaque mot a un beau graphisme qui semble enfermer tout un mystère de la lettre.

Hélène

Jours d’automne à Belle île – octobre 2019 (Pierre et Annette)

Deux textes poétiques pour vous conter notre week-end sur cette belle île bretonne :

Librement inspiré du Cid de Corneille puis du talent d’Annette

Nous partîmes à cinq ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes en tous dix en arrivant au port,
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage !
Voiture et bicyclettes, aussitôt qu’arrivés,
Dans un beau super U furent vite trouvés ;
Les autres, dont le nombre augmentait à toute heure,
Brûlant d’impatience, autour de nous demeurent,
Se couchent dans les chambres, et sans faire aucun bruit
Passe une bonne part d’une si belle nuit.
Par la nuit qui arrive sur le gîte espéré les cinq se démènent,
Et se tenant couchés, s’organisent sans problème ;
Et feignent hardiment d’avoir reçu de nous
L’ordre de nos trois guides de bien penser à tout.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Le bateau et la mer montent jusques au port.
On les laisse passer ; tout leur paraît tranquille ;
Point d’importuns au port, point aux murs de la ville.
Notre profond silence abusant leurs esprits,
(sauf les ronflements dont ils furent surpris) ;
Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent,
Et courent se livrer aux mains qui les attendent.
Nous nous levons matin, et tous en même temps
Poussons jusques au ciel mille cris éclatants.
Les cinq, à ces cris, du deuxième vaisseau répondent ;
Ils paraissent chargés, en bisous se confondent,
L’allégresse les prend à demi descendus ;
Avant que de marcher ils s’estiment arrivés.
Ils couraient au  rivage, pour admirer les plages ;
Nous nous pressons sur l’eau, nous nous pressons sur terre,
Ils admirent au couchant de beaux reflets la mer,
Et nous faisons courir des vivres abondamment,
Avant qu’aucun fléchisse ou ne perde son rang.
Mais bientôt, grâce à nous, leurs cinq nous  rallient,
Leur courage renaît, et leurs terreurs s’oublient :
Et la terre, et la mer, et la flotte, et le port,
Sont des champs de présages où triomphe l’accord.
Ô combien d’actions, combien d’exploits célèbres
Se déroulent sur cette île au milieu des ténèbres,
Où chacun, seul témoin des efforts qu’il faisait,
Ne pouvait discerner où le sort inclinait !
J’allais de tous côtés encourager les nôtres,
Faire avancer les uns et soutenir les autres,
Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,
Et se trouver heureux jusques au point du jour.
Mais enfin sa clarté montre notre avantage ;
Belle-Ile vaut la peine et nous donne courage :
Et voyant un renfort qui nous vient secourir,
L’ardeur de vaincre les côtes cède et ne nous plus souffrir.
nous regagnons vaisseaux, ils en coupent les câbles,
Poussons jusques aux cieux des cris bien agréables,
Font retraite sans tumulte, et sans considérer
Si leurs chefs avec eux peuvent se retirer.
Pour souffrir ce devoir leur ardeur est si forte ;
Le flux nous apporta, le reflux nous remporte ;
Cependant que les trois, engagés parmi nous,
Et sans, une seule heure comptent très bien nos sous,
retournent vaillamment vers la ville où l’on vit.
À revenir chez nous en vain je les convie :
La hâte d’être à terre enfin ils ne m’écoutent ;
Mais voyant à leurs pieds tomber toutes amarres,
De Quiberon s’empressent de partir quelque part
Et que seuls désormais en vain ils se défendent,
Ils demandent le chef ; je me nomme, ils se rendent.
Je renvoyais chez eux tous en même temps ;
Et le combat cessa faute de combattants.

Belle-Ile-en-mer, Marie -Galante, Ceylan, Ceylan…

En ce beau jour d’octobre 5 vaillants déjistes,
Après une halte chez nous gagnent ensemble Belle-Ile
Sous la direction de trois guides avisés,
Philippe, Maryam, Bernard très bien organisés,
L’un aux réservations, l’autre à gestion des comptes,
Le troisième fin guide de sa culture nous montre,
Le premier jour à cinq, les deux autres à dix,
Partirent visiter la Belle qu’on dit île
Après avoir loué voitures et vélos,
Vélos pour 3 courages et pour autres autos,
Se rendirent dans un gîte au charme pittoresque
Assez foutraque en somme ou en tous cas tout presque
Le diner partagé tout dans la bonne humeur,
Le coucher se fit sans trop peines et heurts,
Puis vint le lendemain sous un soleil radieux,
Déjeuner piquenique sur plage en sable blanc
Le pot pris en commun offert par Bernard,
Falaises de Port-Andro, spectacle des craves à becs rouges
Sorte de petits corbeaux
À qui Annette laissa mot
Locmaria visite de l’église,
Déjà existante en le bel an 1000,
Chœur du 17ème, clocher en poivrière,
D’un siècle postérieur.
Arrêt sur la façade sud-est Atlantique,
Connue pour être sauvage et belle
Retour par l’intérieur jusque vers Le Palais
Arrivée des cinq autres attendus sur le quai.
Distribution des chambres pour que chacun habite
Diner pris en commun tous en notre gîte
Le lendemain profitant du beau temps
Abandonnons ce jour le beau Fort Vauban
Pour les côtes sauvages du nord de l’île,
La Pointe des Poulains.
Et encore un pique-nique
Avec les goélands qui guettaient nos sandwichs,
Promenade des falaises de côtes déchiquetées
Puis visite du fort-maison Sarah Bernhardt
Commentaire éclairé toujours par Bernard
Vie de tragédienne qui s’enticha de l’Île.
Temps magnifique mais dejà le grand vent
Aiguilles de Port Cotton
Peintes par Monet jadis dont l’érudit Bernard
Le commentaire fit
Un goéland qui plane
Au-dessus des humains
Rivés sur cette terre
Alors que lui se sert
Des mouvements de l’ air.
On le regarde on l’envie de même les jeux d’ombres
Et de lumière sur l’eau générés par l’alternance
De nuages et soleil.
Dimanche un peu pluvieux et un peu religieux
Pour certains qui entendirent messe en ces lieux,
Prône interminable d’un prêtre africain,
Pour d’autres plutôt visite culturelle,
De Vauban imposante et belle citadelle,
Reconstruite par amicale bellilois, acadiens
Et son musée très riche peintres peu mis en valeur,
Annette s’intéresse au passé acadien
Recherchant ses ancêtres recollant à l’histoire
Des Acadiens de Nantes partis pour la Louisiane
Annette encore confie que les « chee-ox et kiah , kaah , tsahaf, shirack  »
 Cris des craves rouges à bec rouge lui dirent
Regarde, réjouis-toi et au Ciel rend Grace :
Rien que pour toi et nous, la terre, l’océan, le soleil, l’air, le vent.
Bien sûr il y eu bien quelques désagréments,
Carte bleue oubliée
Ou-bien encore chéquier,
Et même un gros billet égaré ou perdu
Mais l’entraide aidant
Malgré sautes d’humeur
Tout finit bien en somme et dans la bonne humeur,
Conclu par deux repas au restaurant pris,
Dans une crêperie,
Puis un restau très simple
Ce beau séjour marquera nos esprits.

Pierre

« Mathias et Maxime » de Xavier Dolan – 2019 (Pierre)

Le jeune acteur, réalisateur, scénariste et producteur canadien : 30 ans et déjà 8 longs métrages à son actif,  nous donne un film dans lequel il célèbre l’amitié et l’ambigüité des sentiments. Après un détour mitigé par un film en anglais ce huitième film comme réalisateur marque son retour vers la francophonie. Tourné au Québec en langue française, le récit évoque une amitié masculine tournant à l’amour. Anne Dorval son actrice fétiche sera de nouveau de la partie pour assurer le rôle de la mère d’un des deux protagonistes. Le film a été présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2019, sans remporter de prix. 
C’est en tant que réalisateur  que Xavier Dolan s’est fait connaître du public lors de la projection de son premier long métrage
J’ai tué ma mère qu’il produit. Et est retenu dans la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes en mai 2010, où il retourne pour la deuxième fois en un an, le film y reçoit un accueil hautement favorable du public (une ovation debout de 8 minutes), et très enthousiaste de la critique  à la 41e Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2009, alors que l’auteur a tout juste 20 ans À l’automne 2009, il écrit le scénario de son deuxième long métrage, Les Amours imaginaires
Puis vient le succès de Mommy en 2014 (prix du jury à Cannes et carton en salles). Depuis, à raison de près d’un film par an, tous présentés dans les festivals de cinéma majeurs, il est régulièrement qualifié de « jeune prodige du cinéma québécois ».
En 2017, il reçoit le César du meilleur réalisateur
et celui du meilleur montage pour Juste la fin du monde, sorti l’année précédente..
Après l’échec à Hollywood de son précédent film Ma vie avec John.F.O’Donovan le cinéaste revient au Québec et se revitalise dans ce film de copains qui fait explicitement référence aux films de son aîné Denis Arcand, autre grand réalisateur québécois, Le déclin de l’empire américain et Les invasions barbares.
On y retrouve dans un premier temps une bande d’amis d’enfance autour d’un lac, qui fêtent le départ de Mathias en Australie dans un déluge de dialogues en franco-américain (difficiles à suivre nonobstant les sous-titres !) et plein de vitalité et de joie de vivre. Au détour d’un film d’amateur de la petite sœur de l’un d’entre eux, Mathias et Maxime vont devoir remplacer au pied levé les acteurs, dont la scène principale est un baiser entre eux qui va tout changer.
A partir de là le film va changer de rythme et se recentrer autour des deux principaux personnages, Mathias, excellemment joué par Xavier Dolan lui-même, trentenaire affligé d’une tâche de vin sur le visage et d’une mère borderline (Marie Dorval toujours excellente) dont il est le tuteur et Maxime jeune avocat et fils d’un homme d’affaires, bien sous tous rapports en couple avec une jeune femme.
Après le baiser tout change sans que rien ne soit explicitement dit avant les deux scènes finales. Xavier Dolan-Maxime aussi bon en acteur qu’en réalisateur (et comme son habitude en scénariste et costumier) et Mathias oscillent entre haine apparente et retour à l’amitié. La tension entre les deux principaux personnages est excellemment rendue par petites touches et l’on sent peu à peu que cette amitié va déboucher vers un autre sentiment : un amour qui a le plus grand mal à
 s’assumer.
Les acteurs sont tous excellents, l’atmosphère québécoise très bien rendue, les décors autour du lac superbes et l’on sort de ce film ébloui par l’incroyable maitrise de ce très jeune réalisateur : un film à voir absolument pour les inconditionnels de Xavier Dolan et ceux qui veulent le découvrir 

Pierre

Café littéraire de rentrée (Camille)

J’attendais ce samedi vingt-un septembre (non pas parce qu’il sonnait mon entrée dans ma trentième année !) mais pour vous retrouver, ami-e-s DJistes de Nantes et de plus loin, autour de mon salon changé en café littéraire !
Fleurs dans un verre, nougats iraniens en provenance directe, cultissime gâteau nantais, accompagneront nos échanges. Juste le temps de découvrir qu’il existe en Alsace un pinot tout autre que le pineau de mes Charentes natales, nous sommes tous installés !
C’est sous le signe du livre et du partage que commence notre après-midi : Bernard m’apporte l’ultime opus de la série de BD relatant l’histoire de Nantes dont je lui avais prêté les deux premiers tomes ! Voilà qui augure de nombreuses découvertes et un nouveau prêt très bientôt !
Nous attaquons avec du lourd, tant en ce qui concerne le poids du bouquin qui passe entre nos mains qu’à la teneur hallucinante des révélations qui y figurent ! Sodoma (de Frédéric Martel) l’enquête désormais célèbre qui lève le voile sur bien des silences au sein de l’Eglise catholique… Tour à tour et avec précision, Annette et Pierre nous expriment leurs ressentis, formulent des observations et nous apprenons que les révélations de cette enquête sont multiples et touchent aussi à la politique. Une lecture studieuse mais néanmoins passionnante.
Transition toute trouvée car révélation encore à l’évocation du Journal de Julien Green par Pierre et Madeleine (qui, absente, aura pris soin de m’adresser ses notes). L’homosexuel soi-disant non-pratiquant, capable de sublimer (ou refouler…) ses désirs apparait tout autre dans cette nouvelle édition de son journal, augmentée des passages jusque-là savamment censurés. On y découvre une vie souterraine, en totale contradiction avec les principes défendus au grand jour, comme une preuve que « plus le désir est publiquement réprimé, plus il explose dans la vie privée. Ainsi, celui qui chante la chasteté est souvent le moins chaste et celui qui dénonce le plus violemment l’homosexualité est souvent le moins hétérosexuel«  (citation de Frédéric Martel)…
Ce climat d’hypocrisie empreinte de morale et planquée derrière la religion nous donnerait bien envie de croire que Dieu puisse être laïc ! Pierre-Hugues, séduit comme d’autres par la vision de Marie-Christine Bernard (« Et si Dieu était laïc« ), évoque son dialogue imaginaire avec un Dieu exaspéré et désabusé par la perte de (bon) sens que traverse son peuple. N’avons-nous pas tous, simplement, le désir de nous rapprocher de l’essentiel, du message d’amour originel ?
C’est semble-t-il vers cela que tend Soif, le roman dans lequel Amélie Nothomb présente un Jésus-homme, incarné, et dont on se sent proche. Marie-Hélène nous ouvre la porte vers un texte profond, un rappel que le divin est là autour de nous, dans les petites choses autant que dans les grandes.
Interlude musical ! Sonorités claires et enthousiastes et chant vivifiant. La voix et la musique de Yann (que je ne connaissais pas), sur les mots de Pierre-Hugues, s’engouffrent dans la pièce. Nous nageons en pensées autour du rocher blanc.
A notre retour, un nouveau départ, pour l’Afrique cette fois… Hélène nous guide dans le récit de Salina, au son des tambours de guerre, des traditions ancestrales et claniques. Un enfant livré à lui-même, au milieu du désert… Que fait-on d’un tel héritage… ?
Méditant sur la question, nous partageons une apple pie au caramel et aux noisettes. L’automne ne semblait pourtant pas encore tout à fait installé mais nous avons dû lui donner envie puisque depuis, c’est chose faite !
D’héritage culturel et d’éducation, il en est encore question dans Les choses humaines de Karine Tuil. Une fiction très réaliste qui interroge les rapports homme/femme version grand angle, n’offrant pas de réponse facile mais plutôt le constat d’une urgence : celle de faire évoluer nos modes de pensée.
Notre nouveau, Damien, ne sera pas non plus venu les mains vides : il apporte Le lambeau dont nous avions déjà eu l’occasion de parler entre nous. Récit fort et plein de résilience du journaliste Philippe Lançon, une des victimes des attentats de Charlie Hebdo, et de sa longue reconstruction.
Florilège d’ouvrages enfin de notre ami Téo qui, outre la lecture des blogs DJistes, se révèle bon client des médiathèques nantaises ! Le chardonneret (Donna Tartt), A la recherche du temps présent (Kankyo Tannier), Le jardin arc-en-ciel (Ito Ogawa), et Appelez-moi Nathan (Camille ?? et  ??)  rien que ça ! Nous nous arrêtons un instant sur cette-dernière œuvre, une bande-dessinée qui évoque le parcours d’un adolescent réalisant une transition identitaire et sexuelle. Optimiste et s’adressant à un public jeune, nous constatons que la présence d’un tel ouvrage dans une bibliothèque publique ne peut être qu’une bonne chose.
Avant de nous séparer, sur une heureuse suggestion de Philippe, rendez-vous est pris pour une séance de cinéma le mardi suivant. C’est à quelques un-e-s que nous irons voir Portrait d’une jeune fille en feu de Céline Sciamma…
Reste de cette belle après-midi, sur mon bureau, un carton que j’avais bricolé pour l’occasion : le tableau des défis ! Quelques courageuses/courageux ont inscrit leurs prénoms face à un défi de lecture proposé ! 365 jours pour le relever…
Top départ et rendez-vous le 21 septembre 2020 pour découvrir si les audacieux ont triomphé !

Camille

Jour de courage (Madeleine)

C‘est l’histoire, apparemment toute simple, d’un lycéen, très bon élève, quoiqu’atypique et assez solitaire, qui décide un jour, de faire en cours d’histoire, et dans le cadre de la seconde guerre mondiale, un exposé sur la censure et les auto-dafés de l’Allemagne nazie.
Or, face à la classe et derrière l’exercice convenu, c’est tout autre chose qui va se jouer. Très vite l’adolescent focalise son étude sur un cas bien particulier, celui de Magnus Hirschfeld médecin juif allemand dont les travaux furent en une nuit totalement détruits et la bibliothèque brûlée sur un bûcher d’infamie.
A vrai dire, le jeune s’attache surtout à ressusciter l’œuvre du médecin en question, c’est-à-dire ses recherches sur la sexualité et son combat avant-gardiste pour les droits des homosexuels. Il dérive dangereusement vers la question du genre et de l’identité, s’attarde maladroitement sur la souffrance du rejet, de l’exil. On sent qu’il veut convaincre et toucher, ému lui-même et comme dépassé par un enjeu mal défini.
Voilà que son exposé l’expose…
En racontant l’histoire d’un autre, on devine qu’il parle de la sienne sans toutefois jamais rapporter à lui le mot qui le désignerait.
S’agirait-il d’un coming-out déguisé ?
Exercice aussi acrobatique que périlleux… Le malaise se communique à l’auditoire. Inquiétude de la professeure qui cherche à recentrer sur le sujet de départ en recadrant plus large. Gêne de la classe apathique (« les quintes de toux se succédaient » ) et sarcasme d’un élève excédé (« … qu’est-ce qu’il vient nous embrouiller avec ce prétexte d’auto-dafé ? Il la crache, sa valda ?‘) :
Honte enfin de la petite amie (platonique) amoureuse du garçon en difficulté, qui se croyait payée de retour et qui se voit reniée devant toute la classe qui les croyait en couple.
Et au terme de l’intervention, c’est le flottement, pour ne pas dire le flop : peu de commentaires, aucun réconfort et même une menace au détour d’un couloir. De tous côtés, c’est l’évitement, involontaire ou délibéré : l’enseignante pressée a un rendez-vous avec l’administration, les rares amis déroutés passent vite à autre chose.
Fuite et non-dits, ne reste plus que la solitude : « Il sombrait dans un grand vide, une sorte de vertige sans fin. Il s’abandonnait à ce genre de tristesse compliquée parce qu’il était le seul responsable de ce qui venait de se produire. Il avait en quelque sorte organisé sa propre chute. Mais il avait toujours su que ce serait le passage obligé. C’était enfin arrivé, il n’était ni soulagé, ni libéré. C’était tout le contraire. Le ciel s’est obscurci d’un coup. Il sentait la honte monter. »
En exil moral jusque près des siens (parents anciens immigrés qui ont eu leur lot de difficultés et qui n’aspirent plus qu’à « vivre tranquilles ») il n’a plus qu’à disparaître pour ne pas déranger.
Se peut-il qu’à un siècle de distance la parole soit encore et ainsi « avortée » ?
Malgré la « visibilité » actuelle et les référents positifs possibles, il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’âge-charnière où chacun(e) cherche son identité et sa place, la « différence » peut être dramatique, voire mortelle.
L’écrivain Didier Eribon avait déjà parlé de la nécessité pour le jeune homo de « se construire à partir de l’insulte ».
Le psychiatre Serge Hefez en analyse récemment les effets : « l’agression verbale frappe mentalement autant qu’un coup de poing. Nous sommes dans le registre du traumatisme, un traumatisme qui dure, avec des symptômes post-traumatiques parfois très enfouis, dissimulés sous des couches de combat pour être soi-même. Les effets sont particulièrement dévastateurs chez les jeunes qui arrivent à l’adolescence. Au moment où ils doivent développer une certaine estime de soi, tout ce qui leur est possible, c’est la honte, la dissimulation, l’impossibilité d’exprimer librement ce qu’ils sont et ressentent. Des clivages intérieurs se créent, une homophobie intériorisée surgit : la partie sociale de l’être insulte à l’intérieur de soi la partie homosexuelle. Cela engendre le mépris de soi, à un âge où il est capital d’établir les bases d’un narcissisme sain et d’une bonne estime de soi.
Les relations amoureuses, la confiance en soi et dans les autres sont atteintes. Ce sont des mécanismes très pernicieux. »
Plus loin il conclut : « Le problème, ce n’est pas l’homosexualité. Le problème, c’est l’homophobie. C’est une maladie sociale qu’il faut traiter sous toutes ses formes, pas seulement de façon punitive mais aussi préventive. Cela passe par une éducation sexuelle digne de ce nom qui, dès le plus jeune âge, informe les enfants sur toutes les questions de sexualité, de genre, de masculin, de féminin, qui leur permette de s’épanouir et non de se construire dans la méfiance ou le rejet. Cela prendra du temps.« 

Synthèse et reprise
Madeleine

Bibliographie :
– « JOUR DE COURAGE  » par Brigitte GIRAUD
(Flammarion septembre 2019)
PSYCHOLOGIE Magazine, octobre 2019 : article de Serge HEFEZ : « Homophobie, pour en finir avec la haine » L’article mérite d’être lu et analysé dans sa totalité. En particulier, il répond très clairement au paradoxe actuel : de plus en plus de tolérance mais aussi de plus en plus d’agressions. Par ailleurs, il développe l’idée d’un inconscient évoluant avec l’histoire et les sociétés, ce qui met à mal les archétypes figés, « l’ordre symbolique » défendu par les tenants de la tradition.

Un groupe local de David & Jonathan