La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ? (Yves)

Le 20 mai 2019 a eu lieu une conférence-débat en partenariat avec le Groupe nantais de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France et le Centre Culturel André Neher de la Communauté juive de Nantes.

Différents sujets de bioéthique ont été abordés :
Science – Bioéthique – Religion
La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ?

Les Invités :
Professeur Paul Atlan, gynécologue-obstétricien, spécialiste en bioéthique de la PMA, statut de l’embryon, médecine fœtale.
Rabbin Michaël Journo, rabbin de la Communauté Chasseloup-Laubat, à Paris dans le 15ème arrondissement, aumônier général des hôpitaux de France, membre de la commission d’éthique biomédicale du Consistoire, Père Bruno Saintôt, jésuite, responsable du Département Ethique biomédicale au Centre Sèvres (faculté jésuite de Paris). Travail de recherche sur le lien entre anthropologie (philosophique et théologique) et éthique.
Séverine Mathieu, sociologue, directrice d’études à l’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) en sociologie des religions, de l’éthique, de la parenté et de la famille. Elle est l’auteure de « L’enfant des possibles. Assistance médicale à la procréation, éthique, religion et filiation » paru aux Editions de l’Atelier

Les intervenants de cette Table Ronde ont abordé les questionnements les plus actuels qui ont été débattus au cours des Etats Généraux de la bioéthique et qui seront examinés et discutés prochainement au Parlement pour élaborer la mise à jour des futures lois de bioéthique.
La discussion a pris en compte les trois grands moments de la vie que sont :
Naissance, évolution et développement des tests génétiques liés aux nouvelles techniques d’ingénierie souche, clonage thérapeutique, PMA, GPA
Défis contemporains de la filiation face aux avancées technologiques
Fin de vie et assistance au suicide
Après un état des lieux, scientifique puis sociologique, la discussion s’est faite autour des limites éthiques et pratiques émises par les différents intervenants dans un «face à face » science et religion.

Voici ci-dessous les impressions d’Yves sur cette table ronde :

La dignité humaine implique-t-elle des limites
à la recherche scientifique ?

De la part d’un panel de religieux (un jésuite et un rabbin), d’un obstétricien (contre l’IVG) et d’une sociologue (plutôt ouverte aux questions sociétales) on pouvait s’attendre à une réponse en OUI, poussant à limiter les avancées scientifiques en matière de bioéthique.
L’actualité proche (l’arrêt des soins sur la personne de Vincent Lambert, relançant le débat sur l’euthanasie) et le projet de loi sur la PMA pour les couples de femmes sont autant de questions qui ne peuvent nous laisser indifférents.
Notre association avait été personnellement (par téléphone) invitée à participer à cette conférence-débat. J’étais le seul déjiste (avec un couple d’ex-adhérents). D’où la nécessité de ce petit compte-rendu.
Au delà du discours convenu sur « la dignité imprescriptible de l’humain » * et le refus de la GPA (que l’obstétricien qualifiait de « prostitution », du fait de la location de l’utérus) j’ai été agréablement étonné par trois avancées dans la réflexion.
D’abord la reconnaissance du fait LGBT (non diabolisé) et le respect envers les couples de femmes et les couples d’hommes.
Ensuite la légitimité des couples de femmes à avoir et à élever des enfants. A une question de la salle sur l’avenir de l’enfant dans un couple de même sexe, la réponse fut sans ambiguïté : les rapports montrent qu’il n’y a pas a priori de traumatisme chez un enfant élevé par deux femmes ou deux hommes, alors que le nombre d’enfants maltraités au sein de couples hétéros ne cessent d’augmenter.
Enfin, l’importance de la filiation. Il semble en effet nécessaire – pour le bien de l’enfant – de mettre fin à la culture du secret. « Il faut savoir qu’on a été l’avenir d’un passé pour pouvoir devenir le passé d’un avenir » dit Rémi Bragues. En d’autres termes, un enfant qui ne connaîtrait pas ses origines aurait beaucoup de mal, à l’âge adulte, à se positionner comme père ou mère.
Lors du débat, le journaliste-médiateur a parlé d’une Eglise « en surplomb », ne faisant pas cas des personnes et des évolutions sociétales, faisant passer des principes universalistes (la « sacralisation de la vie ») avant la réalité des personnes. Il fut vivement pris à partie par l’intervenant jésuite qui, sans surprise, a défendu l’attention de l’Église envers les plus faibles.
On sourit devant autant de mauvaise foi. S’il est vrai que les chrétiens ont beaucoup œuvré dans le caritatif (le curé d’Ars, l’Abbé Pierre, le Père Wresinski, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Jean Vanier et tant d’autres anonymes), il n’en reste pas moins que l’Église reste encore très frileuse devant les changements sociétaux et les multiples façon de faire famille. Ceci dit, elle reste dans son droit quand elle émet des principes de précaution entourant la vie, de la naissance à la mort.

Yves

* (extrait de mes notes) :
Si l’homme est un être de relation, il est important de conserver ce lien aussi longtemps que possible et de continuer à parler au malade, de lui dire ce que l’équipe médicale fait pour lui.
Quelle place faisons-nous à l’autre quand il est diminué ? Le cas de Vincent Lambert n’est pas unique. Il y a 1700 personnes cérébro-lésée en France. Il est important d’examiner chaque situation séparément et de reconnaître quand l’obstination devient déraisonnable.
Sur les utérus artificiels, les intervenants ont rappelé, avec raison, l’importance – pour le développement de l’embryon – de ce qui se passe dans une matrice humaine.

Nice sunny sunday (Téo)

Que faire pour se remettre d’une 14ème place de la France à l’Eurovision la veille au soir ? Une seule solution : s’en aller loin, loin, vers les monts vendéens, se balader et célébrer la mémoire de Clémenceau ! Et c’est ainsi qu’une poignée de nantodéjistes sommes partis à l’appel de Steve pour une journée à Mouilleron-en- Pareds. Les prévisions météo annonçaient qu’il allait pleuvoir des chats et des chiens (« raining cats and dogs » as the english people use to say). Il n’en fut heureusement rien ; sacrés farceurs ces prévisionnistes ! Le soleil s’est même pour une partie de cache-cache avec les nuages.
D&J oblige, nous sommes arrivés au lieu de rendez-vous au moment même où les cloches sonnaient la messe dominicale ! Mais il nous a tout de même fallut attendre a piece of time pour voir apparaître notre guide du jour. Une courte nuit festive et endiablée fut l’excuse avancée. Salutations faites, inspirés par un certain Don Quichotte, nous voilà partis par monts et par vaux vendéens à la chasse aux moulins à vents. Jusqu’à présent nous pensions, aux dires d’un déjiste local, qu’ici ils ne chassaient que les lumas… En cette matinée, point de lumas dans nos besaces mais au détour d’un chemin creux, nous croisons trois géants. Plantés là-haut ils attendaient le vent qui jadis faisait tourner leurs ailes. L’occasion d’un p’tit hommage musical à Michel Legrand et ces « moulins de mon cœur ». Dans le lointain, en haut de ce belvédère, nous cherchons du regard le Mont des Alouettes, l’archange doré de St Michel Mont Mercure,… Pour accompagner ces moulins et peut-être, qui sait, les protéger eux et leurs meuniers d’une possible foudre divine, nous découvrons non loin de ce trio une chapelle en forme… de moulin !
Cette escapade bucolique parsemée de fleurs roses, jaunes, blanches ou bleues s’achève : it’s time for lunch. La météo nous ayant à tort dissuadés d’apporter nos victuailles pour un pique-nique champêtre, Steve nous guide vers un english pub dans lequel il a ses entrées. « Le Clémenceau » : drôle de nom pour un pub anglais ! Mais l’humour anglais est parfois indécodable ; isn’t it ? Nos hôtes nous accueillent avec un petit accent exquis. Aux tables voisines comme au comptoir se mêlent joyeusement les langues anglaises et françaises. Il ne manquait plus que le breton mais Dominique du groupe de Rennes avait oublié de le mettre dans sa valise. Au mur, une cible pour jeux de fléchettes nous suggère une partie de darts. Dans la sono, des chansons pop bercent les conversations. Un vrai voyage immobile en perfide Albion. Notre sunday lunch sera very british avec son rôti accompagné de vegetables nappés ou pas d’une sauce brune. En dessert il était possible de se délecter d’un cheese cake au citron ou d’un ice cream sundae aux parfums de vanille, banane, caramel et chantilly. Au menu de nos conversations : les coutumes de la vie outre-manche, nos vies LGBT, la vie du groupe et bien d’autres sujets encore… Nous nous pausons parfois un instant pour une explication linguistique afin de ne pas perdre Ramin dans le flot de nos échanges.
Les cafés bus, il est déjà temps pour un groupe de partir non loin de là au musée se cultiver sur la vie d’un des héros local et national : Georges Clémenceau. (L’autre héros étant le maréchal de Lattre). Un Georges qui plut tant à Annette, qu’elle rentra du musée avec une biographie dépassant les 1000 pages ! Good luck lady Annette !
L’autre groupe, dissident, désireux d’aller se dégourdir les gambettes, s’en est allé au fil des chemins avoisinants saluant vaches, moutons et cruciata laevipes. Cette dernière étant, comme chacun sait (et surtout comme l’application mobile de Pierre-Hugues nous l’a expliqué) une jolie fleur jaune au parfum de miel et hermaphrodite. Appelée aussi croisette velue ; c’était la fleur à rencontrer en pleine période de festival cannois !
Five o’clock sonnant au clocher de l’église, nous voilà de retour au pub pour partager, tradition dominicale anglaise oblige, un cream cake (scone aux raisins nappé de confiture aux fraises et de crème fouettée) accompagné d’une cup of tea or coffee. Après avoir encore conversé a piece of minutes, nos estomacs anglicisés à souhait, chacun rentra at home avec, aux lèvres, le goût d’une jolie journée printanière vendéenne made in england. La pluie ne nous rattrapera que sur le chemin du retour sans qu’aucun chat ou chien ne tombent du ciel.
What a nice sunny Sunday !

Téo

Notre rencontre avec Ramin (Maryam et Nadine)

Pendant la dernière rencontre spiritualités plurielles nous avions fait connaissance avec Ramin un migrant iranien que nous avait présenté Maryam. Depuis, Maryam et Nadine sont allées le voir à La Roche sur Yon où il vit. Voici l’article de Maryam et Nadine suite à cette rencontre :

Les paniers chargés de victuailles, Nadine, Shaya et moi même sommes parties rencontrer Ramin, le migrant iranien et ses 3 colocataires afghans. Ils sont logés dans une maison près de la gare de La Roche sur Yon. La maison est mise à leur disposition par les services sociaux, l’aide aux migrants. Il est vrai qu’ils ne manquent de rien, ont un minimum de vaisselle, de draps et autres ustensiles de cuisine. Comme ils sont logés, ils reçoivent 210€ pour faire leur courses du mois. Pas de charges à payer. On ne peut pas dire qu’ils vivent dans la misère. Ils sont dans cette maison, vivant selon leur coutume, sans ouverture réelle à la vraie vie en France, sans vrai contact avec les français à part un ou deux cours par semaine de français et les démarches à la préfecture pour prolonger leur titre de séjour en France. Ils disent tous avoir un titre de séjour provisoire et renouvelable et ont eu un entretien avec la préfecture afin d’expliquer leur raison d’avoir quitté leur pays natal. Ils sont dans l’attente.
L’attente de quoi ? Ils ne savent pas répondre à cette question.
Que vont-ils devenir ?
Vont-ils obtenir un permis de travail ? Pas sûr, vu qu’au bout d’un an et demi, ils n’arrivent toujours pas communiquer ni en français ni en anglais !!!
Avec Nadine, nous avons constaté qu’ils sont placés dans cette maison où ils ont à manger, à boire, un toit, etc…
Mais pour le reste, quel avenir?
Combien de temps vont-ils rester dans cette situation ?
Bien évidemment ils sont heureux en France, mais ils ne sont pas stupides et songent à leur avenir et réalisent lentement que rien ne progresse vraiment. Difficile de les motiver d’aller à la rencontre des français pour apprendre la langue et s’intégrer. Déjà dans leurs pays, ils n’appartenaient pas aux élites…
Je suis à 100% favorable de laisser les gens choisir là où ils veulent vivre. La terre appartient à tout humain. Mais je me pose la question : à part leur donner un toit, de la nourriture, quels projets, quels programmes envisagent ces pays qui accueillent les migrants ?
La nuit ne nous a pas apporté de réponse à Nadine et moi, mais une belle insomnie et un esprit préoccupé par leur situation.

Maryam et Nadine

L’incendie de Notre Dame de Paris (B.)

Incendie de Notre Dame, une malédiction du Ciel ?

Quand j’ai entendu à la radio le journaliste parler de nuage de fumée et de hautes flammes enveloppant la flèche qui risquait de s’effondrer, j’ai eu très peur. J’ai pensé à Chartres, j’ai supplié le ciel pour que ce ne soit pas la Sainte Chapelle qui partait en fumée. La perte aurait été infiniment plus dévastatrice que l’incendie de Notre Dame pour l’histoire de l’art et de l’architecture : bien sûr, ce qui est perdu à jamais c’est cette forêt de chênes du  XIIIème siècle, déjà vieux et secs lorsque coupés puisque certains avaient connu l’époque de Charlemagne, parait-il. Le mal est fait ! C’est terrible, mais n’oublions pas que l’atteinte à Notre Dame datait déjà de deux siècles et que la cathédrale que nous connaissions la semaine dernière n’était déjà plus qu’un cadavre habillé par Viollet-le-Duc au XIXème : sa flèche est une réinterprétation néogothique d’une toute petite qui existait auparavant au même endroit. Son statuaire a été recomposé. Pire ! Sa galerie des rois, pris pour des rois de France en 93, a été précipitée sur le parvis alors qu’il s’agissait des rois de la Bible ! Perte irréparable quand on sait que ces statues polychromes avaient été intouchées un demi millénaire durant ! J’ai pensé aux vitraux, à la grande rose nord offerte par Blanche de Castille, mère de Saint Louis, aux grandes orgues, à la statue de la vierge, du transept sud qui vit se convertir Claudel, à celle du Voeux de Louis XIII par Coysevox, toutes, parait-il, heureusement préservées par le sort.
Un miracle ? Presque !
Le miracle tient aussi de la qualité de nos compagnons maçons
du gothique débutant qui, d’instinct, ont élevé des voutes incroyablement résistantes pour supporter l’effondrement des combles en flamme. L’incendie de Chartres au XIXème avait épargné l’intérieur de l’édifice parce que les voutes avaient résisté, sauvant 1700 m² de vitraux uniques au monde. A Paris, si certaines ont pu céder lors de la chute de la flèche, la plupart ont tenu sauvant l’édifice d’une catastrophe irrémédiable.
Mais, devant cette tragédie, nous sommes nous posé les vraies questions ?
Au Moyen Âge,
les incendies des villes ou des monuments religieux étaient considérés comme des malédictions du ciel. «Pourquoi le Seigneur nous envoie-t-il une telle punition, qu’avons-nous fait de mal ?» disait le peuple. D’autant qu’on retrouvait souvent, dans les ruines fumantes, des objets miraculeusement préservés des flammes, comme le voile de la Vierge, à Chartres après l’incendie de 1836. Voilà deux jours, à Paris, la couronne d’épines du Christ, miraculée de l’époque révolutionnaire, a pu être préservée une fois encore ! Y-a-t-il quelque chose à comprendre ? Faut-il considérer l’incendie de Notre Dame de Paris comme l’événement choc nous poussant à nous poser la question de notre rapport avec le Ciel et de notre place dans un monde errant, chahuté et un peu fou ayant perdu boussole ?
Que faisons nous
pour le rendre plus juste et meilleur, ce monde ?
C’est peut-être l’occasion de se poser la
question !

B.

Rencontre spiritualités plurielles du 7 avril 2019 (Camille)

L’écoute était l’invitée d’honneur, ce dimanche, dans le cercle que nous formions autour du salon de Maryam…
Les affaires, les affaires ! Nous passerons quelques minutes efficaces à traiter des sujets d’actualités de notre groupe avant qu’avec bienveillance, notre hôte nous invite à mener nos esprits bondissants vers la sérénité de notre rencontre…
Aux accords d’un Kingdom of God qui nous chante dans la langue de Shakespeare que le royaume de Dieu est un royaume de justice et de paix, un goûter nous est servi. La musique se déploie.
Singulier silence que celui qui s’installe. Personne n’est forcé de le rompre, on peut aussi le goûter. Et il faut parfois un peu de temps pour se lancer…
La première question est posée : Et si Dieu était laïc ? Le monologue théâtral de Marie-Christine Bernard éveille notre curiosité. Son livre passe de main en main. Il trouvera sans doute un emprunteur pour une nouvelle lecture. On n’a sûrement pas fini d’en parler !
Sous la même forme (celle d’un livre) mais dans un autre registre, comment ne pas aborder Sodama, cette enquête qui fait polémique et a le mérite de pousser des portes, de donner à lire des témoignages jamais entendus du grand public. A cette occasion, nous nous autorisons collectivement à contourner les habitudes des réunions spi : un petit échange de points de vue se développe. De mon côté, je ne peux que me réjouir de nous voir concerné-e-s, intéressé-e-s, impliqué-e-s. Et de partager à la fois l’espoir que les choses évoluent, l’admiration pour le travail mené par l’auteur de Sodoma, ainsi qu’une pensée collective pour les hommes et femmes consacré-e-s qui œuvrent avec sincérité et bienveillance et sont aussi victimes des fautes ou dérives de l’Eglise…
L’un de nous partagera son expérience d’ancien séminariste, confidence aussi d’un sentiment de solitude, d’un élan constant vers différentes communautés chrétiennes pour la dépasser.
Une histoire de lecture autour d’un texte biblique sur l’amour Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13) , nous rappelle que les paroles les plus belles, les plus inspirantes, peuvent tomber dans l’oreille de sourds pourtant venus les écouter ! Aujourd’hui pourtant, ces deux voix qui lisent successivement le même passage sonnent juste et résonnent encore après s’être tues, fortes du message porté.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13)

 » J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »

Au fil de l’après-midi, viennent en écho de nos prises de paroles, les sons et accents singuliers de la langue persane dans laquelle notre hôte s’applique à traduire les échanges à un jeune iranien venu nous rencontrer. Nous nous risquons ensemble à articuler quelques mots que nous apprend et nous explique Maryam : les fondamentaux bonjour, merci…
Couleurs et légende africaines, soudain, au détour d’un conte africain. Les paupières baissées, chacun se représente l’histoire du prince pleutre devenu homme amoureux, et, bien inspiré par la grande reine son épouse, roi courageux. Courageux ? Lequel l’est le plus ? Voilà une question lancée à nos consciences tandis que la légende de Sambo retourne à ses contrées, loin, loin, loin…
De loin dans le temps nous parviennent de sages pensées. Sous la forme d’exigences pour soi-même, Marc Aurèle, un empereur romain, met à l’épreuve son rapport aux autres. Acceptation toute stoïcienne de ce qui fait notre nature d’homme. Un remède contre la contrariété qu’autrui peut faire naître en nous : quand je sais ce qui est bon, rien de ce qui est mauvais ne peut me salir. Nous sommes du même Tout, des éléments du divin. Nous sommes faits pour coopérer.

Dès l’aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. »
(« Pensées pour moi-même » Livre II,1  de Marc Aurèle – Ed. GF Flammarion)

Et nous avons parfois la joie profonde de vivre un moment de grâce. Comme un poème partagé, un soleil levant dont la lumière nous réveille d’une douce caresse… Alors il est facile de se mettre en marche, et même en course ! Sentir ses pas légers et dans le dos une main chaleureuse qui nous porte plus loin.

Un ange m’a levé…

Un ange sur ma peau
Le soleil brille
Diamant dort
Brûlot d’amour
Verte rumeur des corps
Sentir l’âme qui grappille
Dans les ors du matin

Être habillée des pierres du chemin
Les vivres si légères
Brumes blanches disparues

Un ange du sommeil m’a tiré
Une course de la Terre
Soleil révélé
De plus en plus haut
Mes pieds si lancés
Dans l’air
En avant tout mon corps

La rutilance de l’aube
Imprègne mon être
L’immense univers tout autour

Lors que je retourne
Sur ma peau
Sur mon dos
Une douce chaleur
Comme une main qui me pousse

En mon cœur une force
Une source rajeunie du jour
Un rêve épanoui
Une joie qui soulève

Un ange m’a levé
Son aile m’a frôlé
Volets ouverts
Sur ma journée !

Piero dela Luna
Montalieu Vercieu, le 13 juin 2011

Comme il nous sera rappelé en cette fin d’après-midi printanière : Dieu ne se cache que pour être trouvé…

Camille

Retraite à Ste Anne d’Auray (Philippe)

Me voici tellement ravi de revoir ma bonne Mère Ste Anne , la patronne des Bretons (eh oui, étant natif de Rennes, je n’oublie pas mes racines) , et heureux de redécouvrir son sanctuaire à Sainte Anne d’Auray dans le Morbihan.
Pour y participer avec Yves et Pierre à un weekend spirituel organisé par le centre jésuite Penboc’h pour les personnes homos et leurs proches sur le thème “Comment s’accueillir dans son orientation sexuelle.”
Après un passage accueillant chez Pierre et Philippe dans leur petite (bientôt grande) maison “Au Jardin Fleuri” en pleine campagne non loin du Golfe du Morbihan, nous filons sur la route en direction de Ste Anne d’Auray pour arriver enfin à la Maison Ste Marie, le lieu de notre séjour spi, situé à environ 10 minutes du sanctuaire. Nous sommes accueillis par nos accompagnateurs M-Christine et Claude-Henri qui seront avec nous pendant tout le weekend.
Nous présentant succintement le programme, ils nous invitent à nous
« laisser s’accueillir comme don de Dieu et à se laisser aimer par Lui » selon la spiritualité de St Ignace.
Nous sommes 4 participants : Yves, Pierre, moi et Martine, une maman d’un garçon homo. Nous formons donc cette petite communauté fraternelle au sein de cette grande bâtisse, un peu vétuste (ancien EHPAD) à plusieurs étages aux longs couloirs au plancher grinçant. Nous cotoyons d’autres groupes qui y séjournent également pour des sessions (jeunes fiancés, personnes divorcées, remariées..) mais pour les repas, nous préférons les prendre en silence dans une salle attenante pour garder le recueillement. A noter les menus étaient plutôt bons, préparés par le cuisinier de la maison.
Il était possible de profiter du temps libre pour se rendre et visiter le sanctuaire ou se balader dans le parc de notre résidence malgré le temps maussade (eh oui toujours ce climat « breton »).
Au fil des temps de prière personnel et collectif et d’écoute de la Parole de Dieu ; grâce à la l’attention bienveillante de nos accompagnateurs, chacun de nous a pu faire son chemin pour entendre qu’il est aimé de Dieu.
Nous avons aussi assisté à
des temps de d’échange et de partage, parfois animés qui nous ont permis d’évoquer la crise actuelle de l’Eglise catholique (les scandales) et d’aborder son positionnement vis à vis des personnes LGBT. On a pu ainsi mentionner les différentes avancées et directives initiées à ce sujet car « chacun d’entre nous fait partie de la maison de Dieu ».
Ce fut une belle expérience spirituelle riche et dense pour tous. Chacun de nous est reparti plus joyeux et apaisé et dans une espérance raffermie.

Philippe

Un regard LGBT sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique (Bureau national de David & Jonathan)

Un très grand nombre d’affaires de pédophilie, d’abus sexuels envers des religieuses ou d’autres personnes éclatent dans l’Église catholique dans le monde entier (États-Unis, France, Allemagne, Pays-Bas, Irlande, Chili, etc.). Ces affaires apparaissent aujourd’hui publiquement, par la condamnation du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, par les dépôts de plainte pour agression sexuelle contre le nonce apostolique en France Luigi Ventura, par des investigations médiatiques sur les abus envers les religieuses, ou par un film tel que « Grâce à Dieu » de François Ozon, qui témoigne du combat de l’association « La parole libérée ».
En regard, le sommet mondial pour la protection des mineurs organisé par le Vatican a suscité bien des déceptions, et le refus du pape François d’accepter la démission du cardinal Barbarin envoie un message très négatif.
Notre mouvement David & Jonathan affirme ici son soutien aux victimes, dont nous saluons les courageux témoignages. Trop souvent dans l’Église catholique, le silence est imposé sur les questions de sexualité. Cette loi du silence est d’autant plus dangereuse qu’elle est entre les mains de prêtres qui détiennent tout pouvoir au sein de l’institution ecclésiale, ce qui ne peut qu’encourager abus et violences.
Les actes délictueux ou criminels commis par certains prêtres mettent en cause tout un système qui s’est montré dans l’incapacité, durant plusieurs dizaines d’années, d’entendre la souffrance des victimes. Une culture du secret et du déni a été volontairement entretenue, dans un souci profondément déplacé de protection de l’institution ecclésiastique. L’entre-soi, l’isolement, l’absence de diversité dans l’exercice du pouvoir et de regard critique extérieur n’ont fait que renforcer cette attitude, que l’on appelle le cléricalisme.
Pourtant, chacun.e de nous connaît des ecclésiastiques dévoués au bien commun, qui œuvrent chaque jour à des actes qui grandissent l’humanité (accueil des plus pauvres et des plus fragiles, des migrant.e.s, etc.).
Les abus au sein de l’Église catholique nous interpellent d’autant plus que les discours ambigus ou directement LGBTphobes qu’elle énonce conduisent trop souvent à un terrible et inexcusable amalgame entre homosexualité et pédophilie, ou avec d’autres crimes et délits sexuels.
Les abus sexuels détruisent les victimes, bien souvent durant une grande partie de la vie, et sont condamnés à ce titre par la loi. Ils sont le fait de rapports de pouvoir et de domination, qui concernent autant les hommes que les femmes, indépendamment de leur orientation sexuelle. Ils doivent être dénoncés et combattus partout.
Ils ne peuvent être confondus avec une orientation sexuelle vécue de manière épanouie et consentante, comme elle peut et devrait l’être, bien que le catéchisme de l’Église catholique continue de soutenir le contraire, au risque d’enfermer encore et toujours ses prêtres et ses fidèles dans une culpabilité et un mal-être délétères.
Notre expérience est que, loin des dogmes ou de prétendus arguments anthropologiques, qui imposent un modèle unique, hétérosexuel, genré et procréatif au mépris de la diversité des personnes, seuls l’écoute attentive des parcours de vies et le respect de leur diversité amènent à un réel accueil de l’autre. C’est pour cela que nous appelons aussi l’Église à se réformer, à sortir du cléricalisme, à ouvrir les responsabilités aux femmes, à mener une vraie réflexion sur la continence sexuelle imposée aux personnes consacrées, à partager la mission que portent ses prêtres avec les laïcs, afin de retrouver un équilibre nécessaire qui permette à ses responsables et à tous les fidèles de continuer de progresser en humanité.
Nous appelons toute personne de bonne volonté, quelles que soient ses croyances, à combattre les comportements et discours dogmatiques sur la sexualité et le genre tenus par de trop nombreux responsables de différentes religions partout dans le monde. Du fait même de l’autorité spirituelle exercée, ces derniers peuvent détruire les personnes et conduire à des dérives très graves. A l’opposé, nous appelons à écouter les parcours de vie dans leur diversité, les souffrances et les richesses humaines, et à combattre les rejets de l’autre partout dans la société. Nous appelons les croyant.e.s de toutes religions, et en particulier les femmes et les personnes LGBT, à prendre pleinement leur place dans leur communauté, à contribuer activement à la libération de la parole, à lutter contre toute forme de domination et de violence, et à bâtir un accueil inclusif de toutes et tous dans chaque communauté.

Le Bureau National de David & Jonathan

Dans la peau d’un évêque (Yves)

« Dans la peau d’un évêque« ¹ est le « récit » que Christine Pedotti² avait rédigé, en 2009, sous le pseudo masculin Pietro de Paoli.
Plutôt que d’en faire une recension, il me semble intéressant de vous faire lire quelques extraits en lien avec l’actualité, pour montrer que les sujets qui nous préoccupent étaient déjà bien connus des chrétiens et de la hiérarchie catholique il y dix ans. 10 ans plus tard la « bombe à retardement » explose. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas !

p. 101–106

Mangin… directeur d’un collège de frères des Ecoles chrétiennes… avait été contacté par quelques hommes de plus de quarante ans, des anciens du collège qui disaient avoir été victimes d’attouchements sexuels de la part de l’un des frères enseignants. l’affaire était compliquée dans la mesure où les faits, s’ils devaient être confirmés, étaient légalement prescrits. Mais le préjudice, le traumatisme, eux, ne l’étaient pas…
En acceptant de devenir évêque, je savais que je devrais sans doute un jour faire face à cela… Je penserais d’abord aux victimes, avant de penser à moi-même, au diocèse, à l’Église, au scandale. Quant au coupable… il est d’abord redevable de la justice humaine. Et l’Église, qui a fait confiance à un homme qui n’en était pas digne, a aussi le devoir de reconnaître sa responsabilité, et ses torts, si elle en a. Hélas, dans bien des cas, il y a eu un défaut de vigilance, une inconscience, parfois une connivence, qui ont permis à la situation de perdurer. Et la plupart du temps, l’évêque en exercice « hérite » d’une situation qui a été ignorée ou occultée par un ou plusieurs de ses prédécesseurs…
Mais quelques jours plus tard, il (l’enseignant pédophile) a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il a laissé une lettre ambiguë dans laquelle il admet en partie les faits sans reconnaître d’autre faute que d’avoir aimé les jeunes gens et leur avoir manifesté de la tendresse. Dans un long développement, il accuse l’Église de refuser les réalités du sexe et du corps et se présente comme la victime d’un obscurantisme clérical étroitement moraliste…
C’est une chose si terrible, une perversion si effrayante ! [Il] parle de tendresse mais les plus jeunes de ses victimes avaient dix ans. Dix ans ! On voudrait tellement que de telles choses, ne soient pas possibles, ou alors que les monstres aient des têtes de monstres. Mais non, ce sont justes des hommes…
Pour lutter contre la pédophilie, Rome demande que les tendances homosexuelles « ancrées » soient détectées chez les futurs prêtres afin de prévenir les risques (référence à l’instruction de 2005, approuvée par Benoit XVI, sur l’impossibilité d’ordonner des séminaristes homosexuels) ; comme si l’homosexualité et la pédophilie étaient liées !
Un de mes vieux copains psychanalyste a une tout autre analyse. Selon lui, la pédophilie est une perversion dont le ressort est la prédation. Elles est d’abord le viol d’une jeune conscience avant d’être celle d’un corps. Le danger ne serait pas l’homosexualité qui est une sexualité entre adultes consentants mais un goût pervers pour la domination et l’appropriation d’autrui…
Pour en revenir à l’affaire Carbon, le suicide du coupable ne résout qu’à moitié le problème. J’en ai longuement parlé avec Mangin qui est en relation régulière avec les victimes. La sollicitude dont il fait preuve à l’égard de ces hommes, alors qu’il n’est responsable de rien, force l’admiration. Pour ces adultes dont l’enfance et l’adolescence ont été si intimement blessées, trouver un interlocuteur d’une telle qualité humaine, se sentir écoutés, respectés, est déjà un grand réconfort. Mais ça ne suffit pas. Les actes du frère Carbon ont été vécus par ces hommes comme soutenus ou permis par l’Église. Et puisque Carbon n’est plus là, il faut qu’au nom de l’Église quelqu’un assume la responsabilité, et porte une parole ou un signe de réparation et de réconciliation.

p. 167–168

(Le narrateur se retrouve pendant quelques jours de repos avec 6 autres amis, prêtres ou laïcs).
Je n’ai pourtant aucun goût pour la séparation des sexes. Je crois que les sociétés équilibrées font vivre côte à côte les hommes et les femmes. Et pourtant, cette parenthèse d’amitié entre hommes a une saveur particulière. Je savoure la tendresse et l’attention de ces instants partagés. Peut-être est-ce simplement parce que la confiance et l’amitié qui nous unissent permettent à chacun de baisser la garde et de laisser parler l’affection sans que s’expriment les rivalités et les jeux de pouvoir qui trop souvent colorent les relations des hommes entre eux.
Je n’aime pas dire « les hommes », « les femmes », comme si la diversité des personnes pouvait être réduite à des essences. Mais j’observe que les relations entre les hommes sont souvent plus hiérarchisées que celles des femmes. Il me semble que les femmes entre elles recherchent d’abord leurs ressemblances, leurs solidarités, tandis que les hommes recherchent les différences et provoquent des rapports de force. Habitus culturel ou héritage lointain de notre passé primordial de tribu de primates, dans laquelle les rapport s’établissaient par rapport au mâle dominant ? En tout cas, s’il est un « péché » qui est plus majoritairement masculin, c’est bien celui de la domination. Voilà pourquoi il est si réjouissant de vivre ces instants de vraie fraternité.

p. 204–205

Les populations qui traditionnellement « donnaient » des prêtres, c’est-à-dire les familles rurales nombreuses, ont disparu. Elles donnaient d’excellents curés de campagne. Aujourd’hui, la plupart des jeunes prêtres sont issus de familles bourgeoises traditionnelles. Et ce n’est pas sans poser de problèmes…
Ils sont très pieux, très obéissants, du moins en apparence. Quand on y regarde de près, ils obéissent davantage aux codes culturels de leur milieu qu’à l’esprit de l’Évangile.
Et puis, beaucoup sont de pauvres petits jeunes gens recroquevillés sur leur honteux malheur. Plus ou moins consciemment, il se savent « différents » ; différents de leurs frères, de leurs cousins. Certains savent, d’autres se le cachent. Ils accidentent d’autant plus aisément la discipline du célibat que les femmes ne les attirent pas. Il y a ceux qui se prennent pour des anges et ceux qui revêtent l’habit ecclésiastique comme une cuirasse qui les protégerait d’eux-mêmes et de la « tentation ».
Je ne peux croire que Rome ignore ce que tous les directeurs de séminaire savent. Le nombre de garçons ayant une dilection homosexuelle est en constante augmentation. La plupart des formateurs disent qu’on atteint la moitie, certains prétendent qu’on approche les deux tiers…
Ils sont honteux et terrifiés. La plupart sont convaincus d’être damnés ou au risque de l’être. C’est une énorme quantité de malheur qui se prépare, une bombe à retardement. Comment des hommes qui se haïssent intimement pourront-ils faire du bien au peuple qui leur est confié ?…
Au fond, peu m’importe qu’un prêtre soit homosexuel, pourvu que ce soit un homme adulte et libre. L’essentiel c’est qu’il aime les gens à qui il est envoyé.

Extraits proposés par Yves

¹ « Dans la peau d’un évêque » Pietro de Paoli – Ed Plon (2009)

² https://fr.wikipedia.org/wiki/Christine_Pedotti

Timadeuc ! Un lieu où s’écoute le Silence ! (B.)

Retour de Timadeuc. Chacun écrira… !
Moi je me contenterais de rajouter que ces deux jours à Timedeuc m’ont plongé dans un profond questionnement sur ces hommes silencieux, qui consacrent leur vie et leur existence entière à Dieu. Ils émanent une fascinante beauté qui n’a rien à voir avec ce que l’on entend par ce mot dans notre monde à nous. Sortis du silence de la nuit, lentement, ils s’immobilisent devant leurs stalles.
Est-ce cela le chant des anges ?
Débute alors un hymne à la Gloire du Seigneur. Leurs voies s’harmonisent, s’élèvent, se mêlent et se démêlent, psalmodient, reprennent avant de mourir dans le même souffle. Puis synchronisés, ils s’inclinent vers le sol, infiniment, et rendent grâce. Alors, le silence gagne à nouveau, un silence si porteur qu’on voudrait qu’il dure et dure encore tant est intense ce « Plus près de toi, Mon Dieu… ». Il y a l’ancêtre, immobilisé contre la colonne de pierre par l’arthrose, et qu’on voudrait soutenir ; cet autre vieux, tout courbé par un dos en parfait angle droit, et qui marche avec hésitation ; ce troisième, plus jeune et en fauteuil roulant, puis celui qui claudique, pied-bot, les mains déformées ; il y a ce noir au regard baissé contrastant singulièrement avec sa bure si claire, et dont on se questionne inévitablement sur ce choix , et celui d’avoir quitté les rivages qui l’ont vu naître ; ou bien le plus jeune de tous, à barbe rousse qui, dans sa lecture du Livre, au coeur de la nef, dénoue lentement chaque syllabe pour que nous en comprenions bien le message. Il y a cette face souriante a très longue barbe blanche, tellement longue qu’on la croirait sortie d’un portrait à la plume de Dürer, qui célébrera l’office, et que transporte une évidente inspiration ; fermant fratrie, il y a enfin l’Abbé, que rien ne distinguerait des autres, sinon sa croix pectorale et son gros anneau d’or.
Il y a surtout ce lieu, un lieu d’évidence habité, avec ses longues colonnes de granit qui pointent vers le ciel, un lieu grandiose, strict et sévère comme le message de Bernard, un lieu qui prend tout son sens dans la nuit débutante où nous sommes plongés lorsque le Salve Regina monte de l’obscurité des voutes vers Marie à l’enfant, statufiée, polychromée et en aura, comme une assomption.
Timadeuc ! Un lieu où s’écoute le Silence !

B.

Retrouver la retraite à Timadeuc sur les autres blogs de l’Ouest :

L’article du blog de Rennes

L’article du blog du Finistère

God save the Pope ! (Yves)

Téo et Abdo nous ont donné à lire des articles fort intéressants sur Sodoma, le « pavé » du sociologue et journaliste gay Frédéric Martel. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette recherche, comme certain-e-s d’entre vous ont eu l’occasion de le faire également par mail ou au cours de nos conversations.
Je veux juste émettre une réserve…. non sur la thèse de l’homophilie généralisée (80% des membres de la Curie seraient concernés), ni sur celle de l’hypocrisie (on jette l’opprobre sur l’homosexualité mais on ferme les yeux sur ce qui se passe intra muros), mon doute concerne plus la pratique de l’homosexualité : les orgies et le recours aux rapports tarifés qui, selon l’auteur, auraient lieu en sein du Vatican ou dans des boites spécialisées. Outre que chacun s’épie et que la délation va bon train (ce que K. Charamsa décrivait très bien de l’intérieur), il est bien connu que la libido décroît fortement après 60, et encore plus après 70 ans et que ce que F. Martel avance relève du fantasme de journaliste et des propos calomnieux de certains clercs entre eux, plus que de la réalité.
Ceci dit, ce livre (aussitôt traduit en plusieurs langues) doit faire l’effet d’un coup de Trafalgar dans le ciel bleu de Rome. Le pape François reçoit là un argument de plus pour faire évoluer l’institution catholique, et en particulier l’atmosphère particulièrement malsaine de la Curie.
En ce qui nous concerne, il faudra que les textes du magistère cessent de parler de « conduite intrinsèquement désordonnée » et reconnaissent l’homosexualité comme une variante légitime de la sexualité humaine. Cela entraînera un recentrage sur la loi d’amour (envers Dieu et envers ceux/celles qui nous entourent) en cessant de se focaliser sur la morale familiale et sexuelle. La bonne nouvelle de Dieu n’est pas une affaire de zizi.
Le pape a bien analysé que le problème majeur venait d’une institution trop hiérarchisée, trop autoritaire et refermée sur elle-même. Il faut faire fonctionner la décentralisation et redonner le pouvoir à l’ensemble des baptisé-e-s, qu’ils soient clercs ou laïques (femmes et hommes).
Je termine par cette photo d’un groupe de Catholiques LGBT anglais reçus à Rome par le Pape le 6 mars dernier, jour du mercredi des Cendres. Belle image de l’ouverture et de la bienveillance de François. Une attitude qui ne demande qu’à être inscrite dans les textes. Certes pas facile, tant le poids des Eglises d’Afrique, d’Amérique latine et de nombreux cardinaux conservateurs est important. « God save the Pope ! » (que Dieu protège le Pape).

Yves