Un beau chant d’espérance (par Yves)

Depuis la fin du 18ème siècle, dans une église de Baltimore (Maryland, USA), on peut lire le texte suivant. Le nom de Dieu n’apparaît pas dans ces lignes anonymes, dépourvues de signature. Elles donnent, pourtant une belle image de ce que peut-être, aujourd’hui comme hier, une vie d’homme ou de femme dans ce monde plein de tumultes.

Extrait du livre Comme un chant d’espérance (2014) de Jean d’Ormesson (chapitre XLI)

« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes.
Dites doucement et clairement votre vérité.
Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants : ils ont eux aussi leur histoire.
Eviter les individus bruyants et agressifs : ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.
Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié.
Non plus ne soyez cynique en amour car il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez-vous une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Et, qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devait.
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez, dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Oui, voilà un beau chant d’espérance que je vous offre en ce début de Carême 2018. Vivre ainsi donne à espérer en des jours et en un monde meilleurs.

Yves

Lettre de soutien du groupe de David et Jonathan Nantes au centre Nosig LGBTI de Nantes

Le groupe nantais de l’association David et Jonathan s’associe et soutient le Conseil d’Administration du centre Nosig LGBTI, dans son opposition à l’annulation de la subvention municipale de 2016 par le Tribunal Administratif de Nantes, et son remboursement, pour la somme de 22 000 euros.
Le centre Nosig est un lieu d’information et de dialogue qui soutient de nombreuses personnes isolées socialement, en recherche, et d’une grande diversité. Il a permis à beaucoup de vivre librement, d’obtenir l’égalité des droits et de se rassembler fraternellement. Il est ouvert à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent obtenir des informations, débattre ou être accueilli(e)s sans jugement, quelle que soient leurs orientations ou leur identité sexuelles, qu’ils/elles recherchent un soutien pour être accepté(e)s et reconnu(e)s (c’est le cas des personnes homosexuelles, bisexuelles ou trans) ou bien qu’il s’agisse de proches (amis, familles, enfants, parents) éprouvant le besoin de comprendre, dialoguer ou être accompagnés. En ce sens, ce lieu contribue activement à l’unité et au « mieux vivre ensemble » si important et souvent mis à mal dans notre société. L’utilité républicaine n’est plus à prouver, Nosig existe depuis 20 années maintenant et fédère 16 associations d’intérêt divers comme la spiritualité, le sport ou des questions sociétales qui ne sont pas abordées ailleurs.
La plaignante a saisi le tribunal parce que selon elle :
l’attribution de cette subvention ne répond pas à un intérêt public local suffisant ;
l’attribution de cette subvention à une association intervenant au profit d’une catégorie de population seulement méconnaît le principe d’égalité ;
l’attribution de cette subvention méconnaît le principe de neutralité en ce qu’elle est versée à une association menant des actions à caractère politique et apportant son soutien à la gestation pour autrui, pratique illicite pénalement sanctionnée ;
l’attribution de la subvention contrevient aux dispositions des articles 227-12 et 121-7 du code pénal.
Il s’agit de fermer un lieu d’expression et de mobilisation qui oeuvre à plus de diversité dans l’agglomération nantaise, la défense de nos droits a besoin de ce lieu, et la liberté d’expression dans cette ville également
L’association D&J refuse que Nantes soit la ville où l’expression de la diversité soit bâillonnée.
L’association refuse de rembourser une subvention légitime qui permet le partage et la rencontre entre TOUS les citoyens nantais autour de problématiques sociétales qui n’ont aucune représentation ailleurs.
L’association D&J se ralliera toujours du coté de l’ouverture d’esprit et de la bienveillance
L’intolérance tue encore et Nosig est un des remparts. Nous devons le défendre.

 » Quand les nazis sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit,
je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher,
il ne restait plus personne
pour protester. »

Martin Niemöller

« Laissons la haine à ceux qui sont trop faible pour aimer. »
Martin Luther King

La collégiale du groupe de David & Jonathan Nantes

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » – L’atelier de Céline Béraud « L’accès aux femmes à l’autorité religieuse » -(par Sophie)

L’atelier de Céline BERAUD
« L’accès aux femmes à l’autorité religieuse »

   Après un bref retour en arrière sur les deux vagues de féminisme du siècle dernier, Céline Béraud a repris l’histoires des premières femmes en responsabilité et en autorité dans les différentes Eglises.
L’Eglise protestante : les femmes pasteures, les pionnières, souvent au début les épouses et filles de pasteurs. Le « savoir sacré », « celui qui détient le savoir », est peu à peu donné mais avec une sélectivité au début (célibat imposé) et, actuellement, dans les temples où co-célèbrent pasteurs femme et homme, c’est le pasteur qui prêche !
Il y a quelques femmes rabbins chez les plus libéraux (judaïsme pluriel et protestantisme pluriel, surtout aux Etats-Unis) mais pas en France.
L’Eglise anglicane : après une rupture en 1990, elle accorde la prêtrise aux femmes, même si tous ne furent pas d’accord. Trente femmes furent ordonnées. Ces ordinations furent précédées par le diaconat féminin.
Le Catholicisme ne connait pas ces évolutions, pourtant, beaucoup de femmes ont exprimé leur désir d’ordination. Dans l’Eglise catholique, rien n’est linéaire. Ce sont des allers-retours sans cesse. On sépare toujours les sexes à l’Eglise. Les filles sont servantes d’assemblée et les garçons servants d’autel. Là où certaines paroisses acceptaient les filles comme « enfant de chœur à l’autel », une fois formées, à la puberté, on leur demande de partir.

Petits rappels historiques de ces avancées et reculades de l’Église catholique :
1970 : Une demande d’avant-garde fut celle du groupe « Hommes et femmes en l’Eglise » qui a porté la cause de l’ordination des femmes jusqu’à Rome via une commission.
1977 : Rome s’oppose contre tout changement en la matière.
Jean-Paul II met une opposition nette et non négociable à cause de la tradition (le Christ a choisi des apôtres hommes).
François, moins misogyne que Benoit XVI, réagit à l’identique.

Aujourd’hui, les revendications sont peu portées en France car « c’est perdu d’avance ». Les chrétiens s’orientent alors plutôt vers le diaconat féminin et les ordinations d’hommes mariés.
Qu’en est-il ailleurs ?
Au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas, il y a, à ce sujet, plus de mobilisations et de querelles.

Céline Béraud parle ensuite de la place des femmes d’aujourd’hui. Les femmes sont nombreuses dans l’Eglise catholique  : 1 homme pour 9 femmes. Elles y travaillent : aumoniers dans les prisons, les hôpitaux, l’armée, la liturgie des funérailles, etc.). Souvent elles sont proches collaboratrices des Evêques dont elles reçoivent une mission (relai des religieuses). Les aumoniers de prison de femmes, grâce à l’entre-soi entre femmes, arrivent à beaucoup de belles choses. Comme par le passé dans les « Terres de mission sans prêtres », en prison, loin du regard des prêtres, elles peuvent investir des formes de rituel riche de plein de possibilités. Aussi près des patients en fin de vie, parfois à la frontière de la délivrance du pardon.
Les deux mondes, catholiques et musulmans, où la tradition est le plus bloquée et figée, n’empêchent pas les femmes convaincues qui ne s’encombrent ni des Tradis, ni des progressistes, qui ne se « nomment pas » mais agissent.
Pour l’Eglise catholique, la tradition est de « coller aux origines », blocage extrême (Hervé Legrand et Joseph Moingt ont ouvertement critiqué Jean Paul II. Ils ont reçu des insultes).
Le Diaconat serait « lot de consolation » selon certaines féministes ou « le cheval de Troie » qui amorcerait la prêtrise selon certains prêtres.
Céline Béraud insiste sur le fait que reconnaître les femmes, ce serait faire avancer le GENRE : quand on réaffirme la différence des sexes, on est dans la réidentification du genre. Ce ne sera pas si simple car c’est lié. La prêtrise aux femmes, qu’on le veuille ou non, est liée au genre ! Les plus fondamentalistes trouveront toujours des textes où les femmes n’ont pas accès ! N’oublions pas que les inventions religieuses l’ont été après les textes ! Le patriarcat est difficile à secouer et pas que dans le domaine religieux ! (Tout est sexiste, dans les entreprises, l’université, etc.).
Les raisons de ce blocage ?
La peur, la peur de l’égalité. Certaines femmes contribuent au sexisme par peur.
Le pouvoir religieux sert à redire la différence et la hiérarchie. Subsiste aussi une pensée MASCULINISTE : « les droits des femmes se font au détriment du droit des hommes ». Et bien sûr, toujours la peur de la femme, la « tentatrice » ! Le clergé a vraiment une misogynie cléricale ! L’Eglise catholique n’est d’ailleurs pas à l’aise avec ce thème choisi pour le colloque, aucun prêtre catholique n’intervient ! L’eucharistie, unique forme de pouvoir et d’autorité, la « dimension sacrale » fera toujours passer les femmes au second plan !
Restons patients, les choses se font mais en vase clos (exemple : aux Pays-Bas, certaines femmes aumoniers baptisent). (Note : ce sont elles qui n’aiment pas la féminisation « aumonières »)
Véronique Margron fut la première doyenne de France à la Catho d’Angers (elle joue un peu une « neutralisation du genre » car n’est pas très féminine).
Il existe un « Optimisme vers le bas » ; quand il n’y aura plus de prêtres, en l’avenir, les femmes seront toujours là et feront valoir leur légitimité !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Sophie)

   Thérèse et moi, bien qu’adhérentes à DJ Nantes depuis 18 ans et le restant fidèlement, nous ne participons désormais qu’à certaines rencontres particulières.
Merci beaucoup à Annette de nous avoir proposé ce colloque ! J’y suis partie seule tout en étant accompagnée de Madeleine, ses livres et sa sagesse.
(Nous regrettons amèrement le « DJ actu » et le « Petit lu » papier ! C’est ainsi. Des articles nous sont transmis par les uns et les unes. Merci. La vie de groupe est souvent sabotée depuis l’apparition de l’informatique (que nous refusons). Nous choisissons les rencontres à 2 ou 3, avec ces relations personnalisées qui vont à l’essentiel.)

Vous parlez du colloque ?  Bien sûr.
Pour être authentique, je dois dire que je fus plus attirée par le thème « Dieu est-il sexiste ? » (Sous-entendu « nos Eglises sont-elles sexistes ? ») que par l’inter-religieux en lui-même. J’ai déjà bien du mal avec mon Eglise catholique elle seule (surtout depuis les Manifs pour tous) pour ne pas me risquer à entrer dans les complications d’autres confessions. Fermeture ? Prudence surtout.
L’existence d’autres chrétiens que les catholiques, je l’ai découverte étant ado. Ma tante grecque orthodoxe s’apitoyant sans cesse, et les parents de mon amie de cœur, pentecôtistes intégristes, traitant leur fille de « diabolique » parce qu’elle fumait ! Mauvais départ pour l’œcuménisme ! Quant à l’inter-religieux, c’était flou, n’ayant aucune connaissance juive ou musulmane. Seule certitude : les fanatiques de tous bords sont anti-évangéliques !
Ma foi passionnée m’a ouverte et permise de découvrir des auteurs d’autres réflexions chrétiennes dont ces deux chrétiens hors du commun : Jean-Yves Leloup (orthodoxe) et Lytta Basset (protestante).
Je me sens de plus en plus étrangère en terre catholique, allais-je me sentir chez moi en inter-religieux ? J’avoue que oui. Je suis rentrée rassurée et apaisée. Si 250 personnes sont capables d’un « Dieu ouvert », d’autres le sont.
Je fus subjuguée de rencontrer des jeunes épatants, aux idées dilatées et accueillantes. Tous membres de l’association COEXISTER, Multi-« convictionnelle » plutôt que multi-confessionnelle. Par eux, je me suis laissée déplacer.

Petite présentation de l’association Coexister

« Notre mouvement Coexister, le mouvement inter-convictionnel des jeunes, est une association loi 1901 et une entreprise sociale, qui, par le biais du dialogue, de la solidarité, de la sensibilisation, de la formation et de la vie commune promeut la coexistence active au service du vivre-ensemble. Notre intuition, que nous appelons la Coexistence Active, refuse d’un même mouvement à la fois le prosélytisme et le syncrétisme : le choc des civilisations et le relativisme sont deux maux qui ne permettent pas un véritable vivre-ensemble dans un climat serein. Notre devise « Diversité de convictions, Unité dans l’action » nous invite à construire l’unité autour de ce que nous faisons en préservant la riche diversité de ce en quoi nous croyons. »

Le thème du sexisme est proche de l’homophobie. « Un être féminin est d’abord un être avant d’être une femme » … sauf pour Rome. Je reprends cette phrase à notre compte : « Un être homosexuel est d’abord un être avant d’être un(e) homosexuel(le) ». Cela semble logique, sauf pour Rome.
Multiples ateliers étaient proposés. Pourquoi ai-je choisi celui de Céline Beraud ? (Sociologue spécialiste des questions du genre dans le catholicisme) sur le thème : « L’accès des femmes à l’autorité religieuse ». Pour plusieurs raisons :
J’ai lu son livre « Métamorphose catholique » – (acteurs, enjeux et mobilisation depuis le mariage pour tous) qui m’a beaucoup éclairé.
J’ai eu l’occasion un jour, dans notre association « Réflexion et Partage », avec Denis, (DJiste rennais et protestant) de préparer et d’animer la célébration de prière avec laquelle nous terminions notre journée nationale. En fin de célébration, nous avons béni, ensemble, l’assemblée. Un homme et une femme, tous deux du Christ, imposaient les mains et prononçaient les paroles de bénédiction. C’était très fort ! A quand les femmes diacres ?
Une de mes amies qui est religieuse catholique à Bruxelles, fait des homélies extraordinaires mais dans une communauté protestante ! Cherchez l’erreur !
Quant à moi, lors de mes dernières messes, j’emportais le « prions en Eglise » pour y lire, je l’avoue, à la place de l’homélie lourde et sans espérance, toutes les homélies écrites par des femmes, ermites, théologiennes, biblistes, religieuses, d’une profondeur, remplies de bon sens et libératrices ! Il m’est insupportable qu’elles ne soient pas face à l’assemblée !

Sophie

Une nouvelle collégiale pour un nouveau départ !

La nouvelle collégiale élue le 13 janvier 2018 est ainsi composée :
Céline et Yves co-responsables
Camille trésorière
A l’issue de l’assemblée générale, il est apparu que les membres de notre groupe ressentent un besoin de davantage de coopération (voix portées par Annette, merci à elle). Cela implique donc une restitution de votre pouvoir décisionnel dans cette association et la création de nouveaux espaces d’expression de votre lumière. Nous espérons ainsi non seulement enrichir le groupe mais aussi éviter les prises de pouvoir.
Ainsi, la nouvelle collégiale s’est réunit à la fin du mois pour mettre en place de nouvelles formes de décision, de consultation et de communication, pour animer le groupe de manière plus légère.
Merci à Maryam, Téo et Yves pour leur engagement passé
Merci à Yves d’avoir reconduis sa candidature
Merci à Téo d’accepter de continuer d’animer le blog

« Pour moi, m’occuper de la trésorerie de notre groupe c’est d’abord m’investir davantage dans l’association en mettant mon temps libre et mon envie de bien faire à la disposition des adhérents. J’espère faire perdurer les avancées apportées par chacun(e) avant moi en respectant l’esprit de David & Jonathan tel que les membres l’ont décrit lors de l’AG. » Camille

« Je vais mettre mon temps, mes connaissances et mon énergie au service de l’animation du groupe DJ de Nantes, afin que ChacunE puisse s’exprimer et vivre fraternellement son implication dans le groupe. La coopération a besoin de touTEs, et mon envie d’être au service de plus grand que moi peut s’épanouir au sein de DJ qui est aussi diversifié que bienveillant. Je vous remercie pour votre confiance et je suis sûre que nous serons capables d’alléger le fonctionnement du groupe. » Céline

« Ecoute, bienveillance et implication de chacun-e : voilà les mots clefs qui sont ressortis de notre AG. La collégiale a déjà pu concrètement vivre ces valeurs. A nous tous maintenant de les mettre en œuvre au sein de notre groupe. » Yves

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Madeleine)

   Un colloque au titre provocateur qui renvoie indirectement, on l’aura compris, à la misogynie des institutions…
Comme on sait et comme le rappelle Laurent Grzybowski (journaliste à La Vie et animateur du colloque) « féminisme et religion n’ont jamais fait bon ménage et l’idée d’une responsabilité particulière des religions dans le « malheur des femmes » est très répandue dans l’opinion publique. Hiérarchie entre les sexes, méfiance envers les femmes, interdits multiples, pratiques discriminatoires, absence de lieux de pouvoir au sein des institutions sont autant d’éléments qui semblent confirmer cette vision critique »
D’où les questions qui s’imposent :
Les religions représentent-elles un obstacle à l’égalité homme/femme ?
Comment promouvoir une réelle égalité sans tomber dans une interminable guerre des sexes ?
Nos liturgies sont-elles des lieux d’exclusion ou d’inclusion ?
Comment les Ecritures peuvent-elles éclairer le débat actuel?
Les mouvements féministes sont-ils les mieux placés pour faire avancer la cause des femmes ?
La notion de « complémentarité des sexes » est-elle incompatible avec celle de l’égalité ? »
Tels ont été les thèmes abordés, d’abord au cours d’une conférence (Dialogue des pensées et des Ecritures à partir de textes du judaïsme, du christianisme et de l’Islam) puis, en ateliers thématiques :
Femmes et hommes : quelle place dans les Eglises protestantes, catholiques, islamiques (cf. expérience à la mosquée de Nantes : le café au féminin)
L’accès des femmes à l’autorité religieuse
Quels féminismes aujourd’hui ?
Eduquer au respect femmes-hommes
Aller vers l’égalité dans les Eglises et la société. »

   Voilà pour l’essentiel. On l’aura compris, une recension exhaustive des contenus est mission impossible, d’autant que pour les ateliers, il a fallu choisir (deux dans l’après-midi du samedi) C’est pourquoi j’ai choisi de restituer le temps fort du dimanche matin : la table ronde du dernier jour (qui s’est en fait présentée comme une suite d’exposés sans commentaires croisés) et qui posait la question :

« Faut-il faire un travail de réforme dans les Eglises et comment ? »

Question commune aux trois religions représentées par :
Attika Trabelsi pour l’Islam
Yann Boissière pour le judaïsme
Eugénie Bastié et Anne Soupa pour le christianisme.

1Attika Trabelsi (co-présidente de l’association féministe LALLAB)

   On ne peut que faire le constat de l’infériorité féminine dans toutes les religions et ce, pour deux raisons :
le religieux s’est développé dans la tradition misogyne du terreau patriarcal
les textes ont été utilisés (versets sortis de leur contexte) pour justifier la norme sociale de l’inégalité.
En bref, le sexisme n’a ni âge, ni religion, ni frontière.
La misogynie est contraire à un Dieu juste.
Un féminisme existe cependant : des femmes inconnues, méconnues bousculent les stéréotypes.
Le combat est double :
sur le plan inter-communautaire avec une interprétation autonome des textes
sur le plan extra-communautaire pour déconstruire les préjugés, et s’affirmer malgré les identités multiples (arabe, musulmane, française…voilée ou non voilée).
C’est ainsi que s’est créé le groupe LALLAB (contraction de LALLA : femme et LAB. de laboratoire) et qui s’est inspiré du combat des femmes noires américaines (noire et femme, la double peine). Il s’agit donc d’un féminisme dit « intersectionnel », regroupant les identités plurielles et croisées, en lien aussi avec les associations « queer », sans juger ni imposer.

2Yann Boissière (rabbin)

   A l’origine, les textes fondateurs étaient libérateurs. Au jardin d’Eden, il n’y a pas « homme » mais « humanité » non sexuée, que le Créateur va diviser (il s’agit de « côté » et non de « côte ») simultanément en femme sexuée et homme sexué (pas de hiérarchie entraînant un rôle secondaire). Mais par un retour d’élastique, la misogynie sociologique a repris ses droits. On a surdéterminé là encore les textes fondateurs. La femme est perçue comme un danger. Sa puissance vitale qui échappe à l’homme fait peur d’où l’obsession patriarcale du contrôle des corps.
Dans la tradition littérale, la dualité homme/femme pose un énorme problème aux religieux alors qu’il faut tout replacer dans la matrice culturelle (la Torah n’est pas tout, il faut accepter l’apport de la culture profane). Le masculin et le féminin sont deux modalités de l’humanité double. Nous sommes tous bisexués. Nous sommes des êtres de dualité et d’altérité (ce qui nous permet d’échapper à l’enfermement) Ne pas l’accepter reviendrait à marcher sur une seule jambe ! C’est pourquoi la parité s’impose. Il faut aller vers l’égalité des fonctions (femmes rabbins par ex.) et c’est le cas dans le judaïsme libéral (majoritaire dans le monde).

3Eugénie Bastié (journaliste au Figaro, rédactrice en chef de la revue Limite)

   Elle est dans la mouvance conservatrice (cf. Libération  » la jeune garde ultraconservatrice catholique ») mais refuse cependant l’étiquette de « réac ».
Elle rappelle qu’on a fait porter au fait religieux tout le sexisme alors qu’au Moyen-âge, les femmes furent libérées par le christianisme. La parité existait déjà : voir les nombreuses figures de saintes (modèles féminins) et le rôle de certaines religieuses (cf Hildegarde de Bingen).
Selon elle, la révolution doit se faire par un retour aux racines : christianisme et égalité hommes/femmes ont été là dès les origines. La différence des sexes est une asymétrie bonne. L’interchangeabilité ne permet pas les rôles de chacun.
Evidemment il faut reconnaître la crispation de l’Eglise face à la modernité, les femmes étant peu associées aux prises de position et décision, reconnaître aussi le défaut d’une Eglise encline à s’enfermer dans l’ultra-essentialisme (cf. Jean-Paul II parlant du rôle éducatif des mères « sentinelles de l’invisible »).

4Anne Soupa (co-fondatrice du Comité de la jupe)

   Il est inconcevable que la définition de ce qu’est une femme vienne du magistère romain !
Pour l’Église, un être féminin est une femme avant d’être un « être humain », s’opposant en cela à la définition de l’ONU (qui a remplacé le terme générique « homme » par « être humain » pouvant inclure les deux sexes). Jésus n’a d’ailleurs jamais fait mention de « sexe », pas plus qu’il n’a établi de rapport à la « famille ». Famille mise en avant dans le dernier synode qui regroupait 253 hommes et 4 femmes. On est loin de la parité. La moitié de l’humanité na pas voté ! Faiblesse d’une Eglise qui ne peut se réformer, alors qu’elle devrait tourner la page.
A quand la parole des femmes et le relais des laïcs ?
Sexisme, conservatisme, machisme ecclésial, régression encore renforcée par Jean-Paul II avec sa conception d’un homme offert gratuitement au monde tandis que la femme est « au service », au service du masculin par le mariage et la maternité.
On en est au niveau café du commerce !
Monstruosité de la discrimination alors que la Genèse n’a fait que dire : « l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre » exprimant par là une idée de réciprocité. La différence existe, mais si elle a été autant mise en avant, c’est pour justifier l’inégalité, alors que toute différence doit être ordonnée à l’égalité de principe : mes droits, mêmes dignité, mêmes responsabilités. Notre dignité, c’est d’être tous enfants de Dieu. La différence est surtout culturelle, nous avons à nous construire tous dans le « même » et le « différent ». C’est dans cet exercice que nous pouvons sortir de nous et nous ouvrir au monde.
Il est essentiel que les religions mènent à la paix et ce, en commençant par établir l’égalité entre les hommes et les femmes.

En conclusion, comment en sortir ?

Prise de conscience et relecture des textes, reformulation des concepts (cf. Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde »)
Travail de conversion (après tout Paul était à la fois machiste et touché par la grâce), éducation, transmission, en travaillant aussi dans l’inter-religieux.
Partenariat et action commune en société et dans l’Église (L’Église, c’est nous tous) dans des valeurs à prendre ensemble : l’égalité a aussi besoin de liberté et fraternité.

La libération nous concerne tous, celle des unes ne va pas sans celle des autres.

Madeleine
(synthèse des notes réunies de Sophie et Madeleine)

Compte-rendu de l’assemblée générale du 13 janvier 2018 (Madeleine)

C’est parti pour un an !

En ce samedi 13 janvier, le groupe DJ Nantes s’est retrouvé dans le bel appartement-bateau (première classe !) de Bernard. L’équipage étant pratiquement au complet, nous avons donc examiné, point par point, notre sillage de l’an dernier pour mieux redéfinir le cap en cette nouvelle année.
Chacun, chacune, sans être interrompu(e), a eu son mot à dire dans un tour de table symbolique.
Concernant le fonctionnement de l’année passée, nous devions aborder les points suivants : l’accueil, les activités, la gestion des mails, le blog, la soirée de Noël, enfin les attentes personnelles et les améliorations éventuelles.
Ceci dans une perspective constructive : il s’agit moins de défaire que d‘avancer, en orientant le débat vers les envies des personnes , comme l’a justement rappelé François, responsable du groupe de Toulouse, venu en observateur et référent.
Avant toute synthèse il importe de faire ressortir la parole des nouveaux arrivants, passagers de cette aventure. Gaëtan, Camille, Céline et sa compagne ont tous-tes apprécié l’accueil. Fréquentation encore faible mais impression positive !
Les activités proposées dans le rythme d’une à deux par mois sont bienvenues avec un souhait général de variété, d’élargissement (François a rappelé à juste titre le grand succès du voyage de Compostelle cet été, organisé par Bernard. Belle initiative dans un groupe local)
Au-delà du convivial, il apparaît que ce qui attire à DJ et motive l’inscription, c’est une forme de spiritualité, dans l’ouverture et le pluralisme. Cette dimension oecuménique, voire plus (spiritualités plurielles) est à préserver car c’est ce qui rassemble le plus grand nombre (cf. la célébration des JAR, cf. la charte de DJ « mouvement chrétien ouvert à tous ») mais pour ceux que gêne un certain flou, il est possible de se situer autrement (catholique, protestant, orthodoxe…).
Ceci nous a amené(e)s à redéfinir les réunions SPI dans leur finalité et leur organisation. Quelques- un(e)s peuvent ne pas s’y retrouver. Ainsi Maryam qui, parallèlement à son implication dans DJ, a évoqué le DUEC (Devenir un en Christ) qui répond mieux à ses besoins spécifiques. D’autres apprécient au contraire l’aspect informel de ces rencontres conçues pour « reprendre souffle en référence avec une foi (chrétienne ou non), » ce temps pour être ensemble, sans jugement en partageant un événement personnel ou non, un texte, une musique, qui soudain fait sens et amène aussi à rendre grâce à la vie que nous menons (« Il y a en moi, plus grand que moi »).
Certains (Christophe et Pierre) aimeraient des rencontres avec une réflexion plus ciblée, en particulier sur la conjugalité (qui curieusement, semble bannie des échanges). 27 ans de vie commune, ce n’est quand même pas rien !
D’autres (Annette en particulier) déplorent une thématique limitée. Au-delà des problèmes internes, on pourrait élargir la réflexion aux questions sociétales du moment : GPA, PMA. Mais aussi prendre en considération l’homophobie qui sévit ailleurs et trouver une contre-argumentation à ces religions figées qui condamnent et poussent au massacre. Et pourrait-on sortir de cette habituelle dualité homosexualité/ religion pour aborder des questions existentielles plus générales, bio-éthique et fin de vie, par exemple ?
En effet, pourquoi pas ? Rappelons les valeurs d’entraide et d’amitié à la base de l’association, l’écoute et la bienveillance face à la parole de l’autre.
Ce qui fait l’attrait et la longévité de DJ – et sur ce point les avis convergent- c’est le respect de chacun dans sa singularité, avec ses ressources et ses limites, chacun venant avec ce qu’il veut et peut apporter. C’est d’ailleurs pourquoi le mouvement, si on a suivi son évolution depuis sa création (fin années 70) a pu perdurer et s’enrichir d’une telle humanité.
Mais pour en revenir à la clôture et concrétisation de notre réunion, il a été procédé à l’élection des membres de la collégiale (3 personnes en coresponsabilité), soit :
– Camille qui a accepté d’être initiée à la trésorerie
– Céline qui s’est proposée pour être co-présidente avec Yves qui se représente.
Voilà donc 2 jeunes pousses aux côtés du pilier… A l’occasion de ce renouvellement, il a été jugé utile de rappeler le rôle de cette collégiale : accueil et prise de décision, mais sans exclusivité et en concertation avec les adhérents.
Démocratie oblige (et on peut compter sur notre précieuse Annette « ténor de la contestation », levain dans la pâte, pour y veiller!)
Enfin, il a été suggéré que le rapporteur du CA parisien fasse un retour non plus écrit (pas toujours lu) mais oral (accessible à tous en même temps).
Et pour terminer, il serait bon que parallèlement à la réduction des mails, on fasse grossir le blog : lieu d’expression, de réflexion, trace et jalon de notre parcours.
Alors en avant toutes et bon vent pour la traversée 2018 !

Madeleine.

Ma découverte d’Ibn Arabi (Céline)

« Je crois en la religion de l’amour, Où que se dirigent ses caravanes. Car l’amour est ma religion et ma foi. » Ibn Arabi1 (1165-1240).
(Ibn Arabi est également appelé
« le plus grand maître » ou encore « le fils de Platon ».)

Pour ma petite histoire, j’ai découvert Ibn Arabi, à mon arrivée au Maroc, chez des amis soufis, ensuite lorsque j’ai rencontré un calligraphe à Asilah, je lui ai acheté la calligraphie de la première phrase, ci-dessus. Pour en savoir plus sur Ibn Arabi je suis partie à la découverte de sa pensée via le réseau Internet.
Voici ce que j’ai découvert, ce qui a retenu mon attention et ce que j’ai aimé :

L’œuvre d’Ibn Arabi est d’un abord difficile car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis appelant le commentaire. Pour Henry Corbin2, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique3 prophétique, se fonde sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu ou sa manifestation dans le monde des phénomènes.

Voici quelques grands thèmes de sa recherche :

L’imagination créatrice :

L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant. Le monde imaginal, ou ‘âlam al-Mîthâl, est distinct du monde des réalités concrètes comme de celui de l’intellect, mais il se superpose au premier, comme une dimension supplémentaire.
L’imagination joue un rôle décisif, pour percevoir cette face divine dans les choses et les êtres. L’imagination est « créatrice » dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde.
Ibn Arabi place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : « Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe ».
De ce point de vue, Ibn Arabi place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

– L’Homme parfait :

L’homme chez Ibn Arabi est l’image parfaite de la création accomplie :
« Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques.
« L’homme est à Dieu (al-haqq) ce qu’est la pupille à l’œil ». La pupille s’appelle en arabe « l’homme dans l’œil ». La pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui (c’est-à-dire par l’homme universel) Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant par sa connaissance distinctive et unissant par son essence divine. Par son existence, le monde fut achevé. Ainsi l’homme se voit confier la sauvegarde divine du monde, et le monde ne cessera pas d’être sauvegardé aussi longtemps que cet Homme Universel (al-insân al-kâmil) demeurera en lui. » (extrait de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi)

– Ibn Arabi le poète :

Ibn Arabi perçoit l’amour profane comme le support de l’amour divin, l’aiméE étant le lieu de la théophanie. Cela ne signifie pas que Dieu est incarné dans l’aiméE, mais qu’il se révèle dans ce dernier.
Dans l’abondante œuvre d’Ibn Arabi figurent beaucoup de poèmes qui occupent une place originale. D’une part,du fait même de sa composition sous forme poétique; d’autre part en raison de la circonstance qui l’a fait naître : une expérience fulgurante d’un amour spirituel suscitée, lors d’un pèlerinage à la Mecque, par la rencontre avec une jeune Iranienne prénommée Nizham (harmonie). Cette héroïne, d’une beauté sans pareille, illustre sous la plume du Maître, l’essence divine et ses manifestations sans fin. Les effets de l’Amour qu’elle engendre sont décrits par de nombreuses expressions dont la plus fréquente est tajalli, qui peut se traduire de différentes façons : théophanie, irradiation….
Dans chacun de ses poèmes Ibn Arabi dépeint les signes de cette femme emblématique, expression parfaite de l’Amour présent dans toutes les formes qu’il revêt. L’attraction d’amour qui relie l’amant à l’être aimé, quoique indéfinissable, est au cœur de la spiritualité d’Ibn Arabi. Dieu se penche sur ses créatures pour qu’elles le reconnaissent. Et c’est, dans ce désir irrésistible que l’adorateur, le  » servant » de Dieu reprend conscience de sa réalité originelle, fondu dans l’unicité de son Seigneur et solidairement relié aux autres créatures par l’attachement d’amour.

 » Je m’étonne de l’amoureux dont les beautés
Miroitent dans fleurs et jardins !  »
Et moi à elle:  » Ne t’étonne pas de qui tu vois,
Ce que tu as vu est toi-même dans le miroir d’un homme !  »
(Extrait de « L’interprète des désirs »)

Deux extraits que j’ai bien aimé de la « La parure des Abdal » :

« Tandis que l’ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l’enthousiasme annihilant, et que l’adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d’esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l’Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l’invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L’ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l’enthousiasme pour abolir le chagrin, l’adorateur fait du zèle dans l’espoir d’accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d’esprit l' »arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »

« L’homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son Seigneur. »

Pour conclure je vous propose ces deux vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=zEroIpr2Yes
https://www.youtube.com/watch?v=15S4A7D57Lo&t=1456s

et ce verset du Coran (Sourate II, 136) :

Nous croyons en dieu
A ce qui nous a été révélé,
A ce qui a été révélé à Abraham,
A Ismael, à Isaac, à Jacob et aux tribus,
A ce qui a été donné à Moïse et à Jésus,
A ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur.
Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux.

Céline

1 Théologien, juriste, poète, métaphysicien, maître andalou pour l’initiation au soufisme islamique
Pour en savoir + la page wikipedia d’Ibn Arabi

2 Philosophe, historien, traducteur orientaliste franças (1903-1978)

3 Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique

Repas de Noël de l’Ouest 2017

Pour fêter Noël, le samedi 16 décembre 2017, des déjistes des groupes de l’ouest (Nantes, Rennes, Finistère, Vendée et Poitiers-Tours) et leurs amis se sont réunis pour partager un repas agrémenté d’interludes animés (chansons, danses, poèmes, scénettes,…). Le partage s’est poursuivi le dimanche pour ceux qui étaient restés sur Nantes.
Voici quelques articles et poèmes pour vous conter ce week-end :

De beaux moments de rencontres ce week-end DJ Ouest…

D‘abord quelques coups de fil et messages pour se mettre d’accord sur l’organisation et l’accueil. Avec les deux inconnues deux-sévriennes, dès 17h30 : déposer les sacs, faire connaissance, échanger nos souvenirs « dj esques » autour d’un verre.
Au restaurant il y avait de quoi se restaurer, se rencontrer, retrouver d’anciens amis, et même de nouveaux visages de nantais pas encore bien connus.
TouTEs au lit, la nuit fut courte. Dimanche matin gâche vendéenne, thé et café pimenté de nouveaux échanges plus personnels : nos engagements, nos professions, nos convictions, nos choix de vie, sans oublier les recettes de confitures et les conseils horticoles. Toute la recette de l’amitié est là.
Notre temps ce dimanche matin était limité : nous allions au culte. Mais c’était sans compter sur la demande de temps spirituel de nos deux deux-sévriennes qui souhaitaient participer à ce culte protestant de la Frat. Mission Populaire de Nantes. Nous y avons retrouver un djiste nantais. Nous avons écouté et partagé : les mages paiens, étrangers lointains, venant reconnaître le nouveau roi d’Israël, mais aujourd’hui qui sont ces migrants qui frappent à nos portes ?
Ce beau week-end s’est arrêté là pour nous avec échange d’adresses et promesses de retrouvailles.

Pierre et Christophe (groupe de Nantes) 

Les poèmes de Piero (groupe de Nantes)
Autant d’oiseaux libres

Il venait de loin chercher du vent
Ses mains ourlées de rêves
Sur le coeur posées souvent
Ses yeux mangeaient des horizons
Il marchait inlassablement
Vers les bleus délavés du ciel
Et les sables si émouvants
Pour gommer des hivers
En faire l’ivraie des printemps
À courir le miel
Que les dunes font sous la lune
Il laissait des traces
Légères comme des ailes
Semelles d’oiseau à l’âme élevée
Dans nos yeux tu noyais le monde
En une friction de secondes
Que le temps faisait tournoyer
A force d’aimer
Sans jamais dire un « je t’aime »
Il ouvrait les bras
Sur tout ce qui respire
Tout ce qui inspire
Une fois dans le vent
Comme en un souffle nouveau
Il libérait enfin les mots
Dans l’air un livre vivant
Autant d’oiseaux libres
D’encres vives sur le blanc de l’aube
Il venait de loin chercher du vent…

Piero de la Luna Quimper le 31 07 2015

Doux petit chat

Doux petit chat
Noir sous tâches blanches
Lové au creux du mâle
Genoux remontés
De bleu si vêtu
Caresses délicates
Doigts nus des sonates
Sur le velours court
Du tendre velu
Il passe aussi sa main
Dans ses châtains cheveux
Et joue de sa langue
Sur l’intime des lèvres
Sitôt la cigarette
Chatoiement des fumées
Il lui parle
Comme à un enfant
Doucement
Et sa tête menue
Si noire
Aux petites billes franches
Frissonne
De contentement
À petits pas menus
De plumes
Instants de vie volés
Où mon âme
D’aise ronronne

Piero de la Luna

On partirait de rien

On partirait de rien
Pour aller n’importe où
N’importe comment
Un peu partout
Sans se soucier de rien
On aurait l’air de fou
Avec nos allures de chien
Sur le bord du chemin
Rien que du vent
Autour de nous
On partirait c’est tout
Avec presque rien
Très loin de tout
Tout en parlant de rien
A force de parler
Pour ne dire rien
On finit par s’en aller
Juste partir pour rien
Et puis après tout
Tout le monde s’en fou
De nous et tout
Juste à mettre les bouts
Allez mon ami viens
On partirait de rien
Pour aller n’importe où

Piero de la Luna Mai 2011

Noël de l’ouest, du bonheur partagé

Venir après une semaine de travail avec ses soucis ses emmerdes et tout ce qui fait son histoire. Un pas difficile car c’est le premier. On aimerait tant rester chez soi où l’on s’embête comme des fous à garder ce temps précieux qui donne des états d’âme. Alors au début on force un peu la porte en maltraitant l’agenda, en se disant qu’on fond on oubliera. Les rappels s’allument, le rendez vous pris indispose, on voudrait tant raturer ce qu’on avait engagé. On fait la moue, on s’ébroue et on secoue cette carcasse mal disposée, puis vient l’heure qui ne recule devant rien, même pas devant l’éternité. Nous sommes bien moins que ça alors on y va.
Un, puis deux, puis trois, puis on cesse de compter. Ils sont venus ils sont tous là. Venus des quatre horizons de l’ouest ou de ce qui n’en est pas, on s’en fout, la soirée prend ses aises. Un brin timide, un rien à l’écart, on connaît celui-là ou non mais on trinque et puis on verra. Pas facile de s’asseoir sans disparaître, de rompre avec l’inconnu son assiette. Un verre à la main, la chanson sous le bras, l’amour du texte… Les talents défilent sans prétention et s’égrènent au piano sans appréhension. Les mots en appellent d’autres, les idées s’entrechoquent comme les verres, je reçois, tu donnes, il prend, nous recevons, vous persuadez, ils se comprennent. Un verbe sans conjugaison qui passe les temps et les prénoms. On se raconte des morceaux de vie que la vie a brisée, on se reprend une coupe pour accompagner les éclats. Discours sans jugement mais plaisir de s’apprécier. Fêter avec un peu d’avance ce noël qui approche en mettant ses idées reçues dans sa poche.
La musique prend des airs de fête où la danse vous enivre aussi sûrement que l’alcool, qui crée des liens au-delà des pas saccadés parfois mal ajustés, mais tellement bons à partager. Au tempo d’un madison que je ne sais toujours pas accorder, ma vieille peau de renard bien trop rusé a offert à son petit prince son cadeau de Noël, le surprendre en sortant de sa tanière pour demander sa rose en tremblant d’être refusé.
Il y aurait tant à dire tant à partager dans ce Noël d’avant-garde qui laisse dans les yeux des cadeaux du bonheur d’être là, thème de cette soirée. Il faut peu de chose pour qu’un partage puisse se réunir et s’assembler et un rien pour le faire disparaître, le faire partir en fumée.
La fumée n’était pas là ou alors c’était celle du calumet de la paix et du bonheur. Du bonheur il y en avait dans les yeux et dans les cœurs. Un grand merci chaleureux d’avoir été là pour entendre parler de bien-être par un homme heureux de son art d’apaiser les corps blessés, les cœurs usés et tout le reste. Le bonheur est un souffle que l’amitié insuffle et fait vivre. Continuons de faire vivre et de répandre ce souffle et que vive D&J dans sa diversité merveilleuse d’un Christ qui hier soir était né.

Jean-Louis (groupe de Rennes)

Un moment de bonheur au Zénith

Preuve qu’à DJ on peut être rock n’roll, c’est devant les obsèques de Johnny à la télé que nous avons mis la dernière patte aux préparatifs du repas de Noël de l’Ouest. Vous ne serez donc pas surpris d’apprendre qu’une de ses chansons ouvre la play list de notre soirée histoire d’allumer le feu… Rassurez vous, cette compilation musicale contiendra aussi la valse viennoise réglementaire, les non moins réglementaires pas de madison (dans lesquels mon cerveau s’est toujours emmêlé les pinceaux), une poignée de gymnopédies de Satie de notre pianiste Frédéric, des chansons remplies de bonheur et même un chant de Noël (bien) chrétien de Bertrand notre ténor vendéen.
Cette année, nous sommes nombreux et même encore plus nombreux que l’an dernier, dixit Bernard notre monsieur Loyal, à partager cette soirée de Noël. Si chacun a pu trouver son bonheur dans son assiette, comme l’indique le nom du resto, le bonheur, il était assurément dans cette salle parsemée de tables rondes autour desquelles le sort nous avait attablé. Que l’on se connaisse un peu, beaucoup ou pas du tout, paroles, rires et anecdotes s’échangèrent rapidement entre convives.
Entre 2 plats on valse, on madissonne,…
Entre deux anecdotes les rimes accompagnées au piano s’envolent.
Il venait de loin chercher du vent
Ses mains ourlées de rêves
Sur le cœur posées souvent
Ses yeux mangeaient des horizons
Pas de crèche ni de sapin à l’horizon mais l’annonce de la naissance le jour même d’un petit Hugo fera office de divin enfant.
Entre 2 verres, nous changeons même un moment de planète pour s’en aller apprivoiser un petit prince, un renard et une rose venus d’une lointaine étoile rennaise avec leurs vœux d’union prochaine chargés de promesses de bonheurs à venir.
Mais chut ! « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »
Le temps d’annoncer un futur week-end bien-être breton prometteur et une prochaine expo multiartistique vendéenne que déjà les desserts guidés par les gommettes ad hoc s’avancent à notre place.
Encore quelques pas de danses digestives, quelques rires d’ici de là et déjà l’heure de la distribution des cadeaux arrive sans mère ni père Noël mais avec chocolats et photophores ornés de bébés galets glanés un dimanche d’automne sur une plage de l’ouest.
Minuit va bientôt sonner. Avant que notre carrosse ne se transforme en citrouille il nous faut nous quitter non sans se promettre le bonheur de se revoir le lendemain même, bientôt ou au prochain Noël.

Téo (groupe de Nantes)

Jacques Fraissignes, de la protection des abeilles à la défense des LGBT incarcérés.

Jacques faisait partie des membres fondateurs de DJ (1972). Malgré son âge et sa maladie il était toujours très actif, en particulier envers les détenus homosexuels qu’il suivait depuis plusieurs années. Régulièrement, je vous parlais de lui (la dernière fois pour évoquer sa lecture de Sodome et Gomorrhe) et des textes de sa plume circulaient dans DJ Info.
L’association perd une grande figure, généreuse, toujours sur le qui-vive sur les questions de justice à DJ. Jacques était un fidèle des JAR (il était encore présent au dernier près de Valence) et à tous les CA, sauf le dernier où Christian, son compagnon de toujours, avait distribué un texte de sa main sur l’importance de l’engagement militant. (voir ci-dessous)

Lettre de Jacques Fraissignes
au Conseil d’administration du 21-22 octobre 2017 : 

 » Je voulais vous dire merci pour tout ce que j’ai pu partager avec vous et tout ce que vous m’avez appris. Je me limiterai à ce vous m’avez permis de découvrir dans ma foi.
Le Jésus qu’on m’a proposé durant mon séminaire se disait en concepts abstraits, dogmes et dévotions. Avec vous, j’ai rencontré un homme avec toutes ses contradictions, ses hésitations, ses progrès dans la compréhension du monde où il vivait et sa fidélité à la vie.
Né d’une femme, il a dû apprendre les règles de la vie en société. Il a connu les troubles de l’adolescence, il a dû apprendre un métier, choisir de ne pas se marier. Comme d’autres, il devait avoir des érections au réveil et chercher au jour le jour ce à quoi il était appelé. Un homme de chair et d’os, quoi !
Il a connu le désert, le maquis de l’époque, vrai chaudron de révoltes et de violences. On y trouvait des gens pieux, des illuminés, des zélotes de la loi, des sicaires partisans du coup de force, des gens faillis, des bandits de grand chemin. Parmi eux, il choisira ses apôtres. Tous avaient dû fuir les prédateurs romains. Il a vu un troupeau qui n’avait pas de berger et très vite, il est reconnu comme leader potentiel. On parle de lui comme « fils de Dieu, messie » qui sont les termes qui désignaient Saül, premier roi des Juifs.
Mais il ne veut pas être roi ni prendre la tête de la révolte contre les Romains. Pourtant, il parle constamment de Royaume mais ce Royaume ne ressemble en rien à celui qu’on lui propose. Ce Royaume sera non violent, fruit d’une conversion du regard, basé sur la fraternité. On retrouve ce difficile cheminement dans la tentation au désert.
La qualité de son regard me frappe. Au-delà delà des apparences, il voit ce que chacun porte en lui comme possibilités de reconstruction et de prise en main de son destin. Sauf chez Jean (mais est-ce Jésus ou Jean qui parle ?) Jésus ne fait pas de
discours théologique dans les évangiles. Il part toujours d’un fait concret ou de la rencontre d’une personne et de ses aspirations. Il révèle à celle-ci le regard de tendresse que celui qu’il appelle son Père porte sur elle. C’est dans sa prière que son Père lui a donné de partager la tendresse que lui-même porte à ses créatures.
Il a vu la misère des petites gens de Palestine, opprimés par le prédateur romain et victimes du mépris des riches et des prêtres. Il est ému jusqu’aux tripes de voir leur écrasement. Au-delà des pauvres apparences, il voit des personnes riches de potentialités enfouies au plus profond d’elles-mêmes. Il leur révèle ces possibilités et leur donne la force de sortir par elles-mêmes de leur écrasement. Il résume cela d’un mot : « Ta foi t’a sauvé. » Foi dans la vie comme don de Dieu. Le regard de Jésus mérite d’être sans cesse approfondi.
Plus étonnante encore est sa relation avec les femmes. Celles qui le suivent ont un nom. Elles ne sont pas « femme de…, fille de…, épouse de… » comme c’était la coutume. Elles sont autonomes et disposent de leurs biens. Elles peuvent prendre la parole et certaines vont nu-tête à la mode des hétaïres grecques. Nous sommes loin de la femme soumise, muette et voilée du modèle sémite de l’époque. Elles sont considérées comme pécheresses, non pour leur vie privée mais parce qu’elles ne respectent pas le modèle imposé. Certes, plusieurs ont eu un passé agité et Jésus les en a délivrées. Encore plus étonnante l’hétaïre qui vient au repas chez Simon. Sans qu’elle n’ait dit un mot, Jésus se laisse tripoter par cette courtisane au grand dam du pieux maître de maison qui regarde goguenard. Et Jésus donne sa foi comme modèle et réprimande son hôte. Nous sommes loin du regard puritain et pudibond que les clercs nous proposent depuis des siècles.
Avec Paul, je peux dire qu’il n’a pas retenu sa filiation divine et qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et une mort infamante sur une croix. Il a obéi aux exigences de sa conscience et aux appels que les événements lui adressaient. C’est ainsi que Dieu parle à chacun de nous. Jésus a payé de sa vie cette liberté et cette fidélité. C’est pourquoi, en le ressuscitant, Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom. Je peux célébrer les merveilles que je vois chaque fois qu’un frère ou une sœur vient à la vie car c’est l’œuvre de son Esprit.
Jésus est amoureux de cette beauté de la Création que la folie des hommes met chaque jour en péril. Jésus n’est pas obsédé par le péché. Il le voit chaque jour et constate les ravages qu’il entraine. Il apporte son soutien à ceux qui en sont victimes et les rend à la vie. Il les crée à nouveau.
Voilà le Jésus à qui j’ai donné ma foi. C’est lui qui donne sens à mes rencontres quotidiennes. Il m’a fallu toute une vie pour le formuler de façon à peu près claire. Cet éclairage m’a été donné, entre autres, par l’accueil que j’ai pu faire avec vous de ceux qui n’arrivent pas à faire l’unité entre leur désir affectif et leur foi
mais aussi par les tensions que j’ai pu vivre avec vous en 45 ans d’amitié. DJ doit approfondir ce regard que Jésus nous propose et garder son engagement au service de ceux qui sont écrasés par les multiples dénis d’humanité.
Cette recherche en vaut la peine et je veux encore vous remercier de m’avoir aidé dans ce parcours. Vous m’avez permis de retrouver mon humanité et de lui donner du sens.
Que DJ continue à porter cette lumière ! »

Yves