Tous les articles par webmaster.nantes

La fin d’un monde (Madeleine)

La fin d’un monde

Les institutions naissent, vivent et meurent faute de pouvoir être suffisamment représentées, évoluer, renaître. Depuis 2 siècles, l’Église vacille et s’étiole dans une perte croissante de ses pouvoirs. C’est la thèse que soutient la sociologue Danièle HERVIEU-LÉGER dans son livre : « Catholicisme, la fin d’un monde »
Elle fait remonter ce déclin au bouleversement induit par la Révolution française de 1789, qui proclame le droit des citoyens à l’autonomie, hors pouvoir clérical et qui reste encore aujourd’hui le coeur de notre modernité. « Cette revendication n’a pas cessé de s’élargir et elle embrasse aujourd’hui la sphère de l’intime aussi bien que la vie morale et spirituelle des hommes et des femmes qui, sans cesser d’ailleurs nécessairement d’être croyants, récusent la légitimité de l’Église à dire la norme dans des registres qui ne relèvent que de leur conscience personnelle ».
Fermement déboutée de ses prétentions à dire la loi au nom de Dieu sur le terrain politique (Cf. la loi de 1905 séparation des Eglises et de l’État) l’Église du XIXs va reporter et renforcer son dispositif en direction de la sphère privée. La famille devient par excellence le lieu de son emprise normative. Famille conçue comme cellule de base de l’Église , dans un même rapport de hiérarchie et d’autorité, fonctionnant selon la « loi naturelle » dite « divine » et destinée à transmettre la foi.
Le pouvoir passe alors par le contrôle des femmes et des couples, par l’intermédiaire de la confession. Les prêtres de l’époque ont l’obligation d’interroger les femmes sur leur intimité et la sexualité de leur couple. Obligation leur est faite d’accepter, assumer une nombreuse progéniture (assurer la relève des fidèles). A l’extérieur,l’enrôlement des enfants se fait encore par l’école mais aussi par le « patronage » et le scoutisme à ses débuts destiné à empêcher les « mauvaises fréquentations » surtout en milieu ouvrier ( classes laborieuses = classes dangereuses).
Au XXs à partir des années 60, en dépit de VATICAN II qui n’a été qu’un faux ralliement à la modernité (la parole du Magistère sur la sexualité restant la même), l’Église a été peu à peu lâchée par la famille qui de patriarcale et verticale devient horizontale et relationnelle (on favorise les échanges entre individus). Et il faut surtout compter avec l’émancipation des femmes en grande partie basée sur la contraception qui les rend enfin autonomes et non plus nécessairement asservies.
MAI 68 a consacré la rupture morale et sociale (« ébranlement de l’édifice de la cave au grenier ») et plus rien n’a été comme avant. Qui plus est avec le départ en masse des prêtres et la fermeture des petits séminaires.
Il restait les homos à cibler et tenir en dépendance (sacrements refusés sauf la confession devant être « sincère et fréquente ». (Cf. pastorale à l’égard des homosexuels , année 86). Or voilà que ceux-ci retrouvent dignité, légitimité avec le mariage légal.
Et voilà qu’éclate enfin le scandale des abus sexuels, cette pédophilie si souvent camouflée, encouragée par le système (sacralisation du prêtre = son impunité).et que la hiérarchie ne peut plus feindre d’ignorer.
Confiance trahie… quel crédit maintenant aux yeux du grand public ? Quelle reconquête possible ?
Selon D. Hervieu-Léger , le système clérical tel qu’il est n’est pas réformable. Il faut déconstruire si on veut inventer une autre manière de faire Eglise. A commencer par la reconnaissance de la place des femmes dans l’Église et au regard d’un clergé en déshérence, leur égalité sacramentaire (soit changer le logiciel mental des instances pour qui la femme diabolisée reste la part d’ombre de l’humanité et ne saurait accéder au « sacré »).
« Bref, la question qui est sur la table est celle du sacerdoce de tous les laïcs, hommes et femmes, mariés ou célibataires, selon leur choix. Une seule chose est sûre : la révolution sera globale ou elle ne sera pas, elle passe par une refondation complète du régime du pouvoir dans l’institution. »

 Madeleine (synthèse et reprise)

Sources :
Magazine TÉLÉRAMA n°3592 p.3 à 8
Emission  TV : « Catholiques de France » (France 5)

Quand la petite histoire rejoint la grande…..

Samedi dernier, Sophie a retracé pour nous son parcours de libération : se défaire de cette « névrose chrétienne » transmise de « victime en victime », faite de sacrifice et de culpabilité, avec cette hantise du « péché », perturbant gravement sa vie affective, sa santé.
Et puis, de rencontre en rencontre, c’est le déblocage, fin de la peur et de l’indignité. Accueil enfin de sa propre humanité, fût-elle différente…
Sophie donc travaille au récit de sa vie, pour témoigner, partager et peut-être aider aussi à sortir de l’enfermement.
Affaire à suivre !

Madeleine

Être gay aux USA (une expérience personnelle) (Yves)

Après avoir vu « The Matthew Shepard Story » (Au nom de la haine) je m’attendais à tout en arrivant à Glencoe, ensemble de belles résidences perdues dans les bois, de la banlieue de Chicago. Mais le film raconte l’histoire d’un passage à tabac mortel en 1998 et dans le Wyoming (un des états du Midwest les plus arriérés). Vingt ans plus tard et dans le nord-est des USA je pouvais m’attendre à mieux, beaucoup mieux !
Nous sommes 12 nantais-es, dont le curé de ma paroisse, arrivés deux jours plus tôt dans la communauté épiscopale de Ste Elisabeth et nous assistons à un topo sur l’importance de la religion aux USA. D’entrée de jeu, Mark l’américain se présente :
« I’m gay and my husband is Jewish » (Je suis gay et mon mari est juif)
« Je suis gay et voici mon fiancé » (‘fiancé’ en français dans le texte)
« Et qui s’occupe des moutons ? Mon mari ! »
Mark est prof de science politique à l’université et chante à l’Église épiscopale (la version américaine de l’Eglise anglicane qui ne diffère que très peu du catholicisme à part la rupture avec Rome).
Dillan est séminariste et joue du piano et de l’orgue dans cette même communauté. Il achève ses études et devrait bénéficier du titre de pasteur épiscopalien l’an prochain.
Scott est pasteur dans une autre Eglise épiscopale que nous avons visité.
Et Daphne, qui a un délicieux mari, est pasteure de cette communauté très gay friendly.
J’avais d’ailleurs remarqué (sur Internet) qu’il y avait un drapeau arc-en-ciel flottant près du porche de l’église (remplacé par le drapeau tricolore pour notre arrivée). Mais en voyant le panneau « love wins » (l’amour gagne) le doute n’était plus possible : j’étais dans une paroisse inclusive.
D’ailleurs, Bernard me montre rapidement un autre panneau aussi explicite avec même un encart sur le « gender » avec ce sous-titre merveilleux : « The best thing about being a girl is now I don’t have to pretend to be a boy » (Ce que je préfère dans le fait d’être une fille c’est que maintenant je n’ai plus besoin de faire semblant d’être un garçon). On croit rêver !
Du coup, lors d’une rencontre à 12 (les 12 participants de ce voyage paroissial outre-Atlantique) et en présence de notre curé, de Daphne et de son mari, alors que nous parlions de nos impressions de la journée, j’ai lâché le morceau : « Vous savez tous que je suis homo et que je suis heureux d’être dans une paroisse où je suis apprécié pour ce que je fais et ce que je suis. Mais vous savez aussi que j’en parle très peu. Pudeur ou timidité – ou simplement parce qu’en France, on ne parle pas de ces choses-là, surtout au sein d’une paroisse. Alors il faut que je vous dise combien le coming-out spontané et devant nous tous, de trois de nos amis américains m’a ému et réchauffé le cœur. Je remercie Dapĥne d’être aussi accueillante à la diversité et bien sûr je vous remercie tous de me soutenir et de me garder votre amitié ».
Bon, je n’ai pas eu de grandes démonstrations d’affection, ni de confidence ce soir-là, ni plus tard d’ailleurs (ça ne se fait pas chez nous !). Seule Daphne est venue me serrer dans ses bras pour me dire combien elle était heureuse pour moi.
« I have a dream » je fais un rêve qu’un jour il sera aussi simple et banal de dire « Je suis gay », « Je suis lesbienne », « Je suis trans » que cette semaine où j’ai vu Mark, Dillon et Scott, bien dans leurs baskets, nous parler de leur identité sexuelle sans détour et sans gêne.

Yves

Rencontre avec l’imam Ludovic-Mohamed Zahed (Camille et Abdo)

C’est par un sentiment d’enthousiasme que commence ce weekend… Pendant quelques mois, nous avons pu prendre connaissance du travail et de la philosophie de l’imam et docteur en psychologie et anthropologie, Ludovic-Mohamed Zahed.
Enthousiasme donc, à l’idée de rencontrer un homme engagé qui défend un Islam progressiste et inclusif. Ludovic-Mohamed ZAHED voit en effet dans la présence des personnes LGBT+ au sein des mosquées un véritable enjeu, une chance, une possibilité d’ouverture et de progression. Car il n’y a pas d’Islam dans l’absolu, figé et immuable, témoigne-t-il. Il y a l’Islam tel qu’on le vit, tel qu’on le pratique et avec ce que chacun-e y apporte.
En ce samedi où la France se pare de jaune, nous sommes pluriel-le-s dans la salle de la Manu de Nantes. Adhérents de David & Jonathan (de Nantes et d’ailleurs dans l’Ouest), membres d’autres associations fédérées par Nosig (CLGBT de Nantes), ou invités à titre plus personnel. Notre rapport et notre intérêt pour la religion en général et l’Islam en particulier sont très variés. C’est notre désir d’apprendre, de comprendre, de nous ouvrir et d’évoluer dans nos conceptions qui nous rassemblent.
Avec beaucoup de simplicité et de naturel, de sérénité aussi, Ludivic-Mohamed dispense une parole précieuse. Témoignage d’une trajectoire toute singulière, récit d’une existence intense où les luttes se succèdent sans que le découragement ne triomphe jamais. C’est parce qu’il est aussi exigent dans sa quête de spiritualité que dans l’étude des sciences humaines que la parole de Ludovic-Mohamed ZAHED est si riche, éclairée, et nous invite à nous questionner.
Son engagement au sein de la société (fondation du collectif citoyen HM2F, Direction de CALEM…) témoigne de cette force d’agir et de répondre aux problématiques d’une époque et d’une multiplicité d’identités avec lesquelles il faut vivre. Car c’est possible ! Et c’est bien le message que nous entendons tou-te-s.
A l’issue de la présentation, les questions sont nombreuses et portent aussi bien sur les réalités géopolitiques qui agitent le monde que sur les combats et les déchirements intérieurs qui font le quotidien de certain-e-s…
Dans l’écoute et avec bienveillance, Ludovic-Mohamed Zahed suggère l’ouverture à l’autre mais aussi à soi-même, et nous rappelle avec justesse que, plus que des réponses clés en main, ce qu’on peut apporter à nos questions comme à celles d’un proche, ce sont des pistes de travail et de réflexion pour que chacun-e puisse avancer et vivre pleinement et réconcilié-e.

Camille

Pour écouter la présentation de Ludovic voir le lien suivant :
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/ludovic-zahed-conference/s-YlJ5E

Pour écouter le débat après la présentation voir le lien suivant:
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/debat-avec-ludovic-zahed/s-5wVtw

Le site de l’institut Calem créé par Ludovic-Mohamed :
http://www.calem.eu/francais2/

Impressions croisées des films « Girl », « Dilili » et « Le grand bain » (Madeleine)

Dans l’air du temps

Il se trouve que récemment j’ai vu successivement les 3 films à l’affiche en ce moment : « Girl« , « Dilili à Paris » et « Le grand bain« .
Je n’en ferai pas une critique approfondie mais comme ils ont résonné en moi dans la même chambre d’écho, je vais les envisager sous le même angle : celui de l’émancipation (individuelle et sociale).
Si les deux premiers peuvent s’inscrire directement (« Girl ») ou indirectement (« Dilili ») dans la mouvance LGBT, ce n’est pas le cas pour « Le grand bain ». Tous trois reflètent pourtant cette même aspiration à se libérer d’un carcan.
La nouveauté de « Girl » vient du fait que la transsexualité n’est pas ici remise en question, et du coup nous évite les traditionnels conflits familiaux, sociaux. Au contraire, c’est apparemment « acquis » pour le père, pour les encadrants de l’école, pour les jeunes élèves du corps de ballet. Tout le monde semble de bonne volonté à commencer par le père touchant de bienveillance, souhaitant, comme tout bon père, le bonheur de ses enfants. Ce qui malgré tout n’empêche ni l’agression (l’invitation guet-apens où la jeune Lara est contrainte à l’exhibition) ni la solitude fondamentale de l’ado en devenir.
C’est de cette bienveillance apparente ou sincère qu’elle doit donc s’affranchir, dans l’urgence de s’affirmer, dans son identité et dans son rapport à l’autre. Face à la lenteur médicale, c’est elle qui finalement décide de « trancher dans le vif » (et l’expression prend ici tout son sens) initiatrice et actrice de sa propre métamorphose.
« Dilili« , quant à elle, doit d’abord sortir du cadre indigène où la confine l’esprit colonialiste de l’époque. L’enquête policière où elle s’implique et qui constitue l’intrigue, suit en fait le fil rouge de l’émancipation : libération des fillettes précocement asservies, et pour elle-même, la quête devient parcours d’apprentissage.
Le Tout-Paris qu’on lui donne à voir et rencontrer n’a rien d’anodin. C’est même très orienté ! Eminentes figures féminines, personnages à la marge, couples d’artistes homosexuel(le)s. Un monde qu’elle n’est pas en âge de décoder (pas plus que les jeunes spectateurs, les références culturelles seront pour plus tard) mais dont elle peut capter le charme et la diversité.
On espère que la ritournelle ponctuant le film, celle qui unit « soleil et pluie » , « jour et nuit »  » et au passage « elle et elle » « lui et lui » tout aussi bien qu' »elle et lui », fera école dans les jeunes têtes pour une vie future sans a priori ni préjugés.
Tout autre est l’univers du « Grand bain« , comédie large public, et pourtant l’histoire à sa façon déconstruit aussi les stéréotypes, ceux d’une masculinité qui ne saurait se compromettre dans un « sport de tafioles » (la natation synchronisée).
Ils n’ont rien de glorieux ceux qui vont concourir, losers décadents, dépressifs et mal fichus, qui plus est entraînés par des femmes, elles- mêmes tout aussi cabossées par la vie (une alcoolo humiliée, une handicapée sadique) face à leurs adversaires, tous athlètes formatés en série. Ce qui rend la victoire tout aussi improbable que renversante , car tout s’inverse : l’imperfection, la fragilité assumées l’ont emporté sur l’académisme et la virilité de façade. D’un coup la dignité est revenue au coeur des actants et la vie peut se poursuivre autrement.
Ce final très attendu au terme d’une fiction « feel good » vient pourtant cueillir le spectateur (ni canon, ni champion!) au creux de ses failles. Il le réconforte dans son besoin de justice : pour une fois, le mérite est récompensé, dans ce monde de brutes où, dit-on, ne survivent que les plus forts.

Et que retenir au terme de cette mise en commun ?

Chaque film à sa manière retrace une émancipation, une libération vis-à-vis des vérités imposées de l’extérieur, celles qui maintiennent en tutelle les individus et les sociétés. Cinéma reflet social donc mais pas seulement. De façon plus générale, toute culture non inféodée est elle-même vecteur d’émancipation, dans la mesure où elle renouvelle ses paradigmes. Dépassant les lois du genre et s’affranchissant des représentations traditionnelles, elle révèle et préfigure parfois ce qui va devenir une autre réalité.

Madeleine.

« Girl » de Lukas Dhont (Téo)

Allez voir un film abordant le thème de la transidentité est toujours particulier pour moi. Je le sais, et même si l’héroïne est MTF*, cela va créer un écho à mon propre vécu. Et, si le personnage est FTM*, cela risque souvent d’être encore plus déstabilisant. Qui dit faire écho, c’est l’assurance que mon cerveau zappera plusieurs trucs à la première vision du film…juste pour se protéger, pour se donner une sorte de droit de retrait. Ainsi il m’aura fallu voir au moins 3 fois le film Tomboy  pour le voir vraiment et en entier !… Je ne pensais donc pas en allant voir « Girl » que ce film fasse exception à cette logique.
Ceci étant posé, voici donc ci-dessous les impressions que mon cerveau n’aura pas trop filtrées pour les laisser atteindre la pointe de ma plume.
Dés l’affiche, dés la lecture du  synopsis, j’ai senti une odeur de cliché : une personne trans MTF qui rêve (au hasard) de devenir une (jolie) ballerine…
Mais pourquoi pas… La faire rêver d’un avenir de pilier de rugby aurait sans doute été d’une autre manière plus déstabilisant… surtout pour les non initiés à la transidentité et les adeptes de la vision binaire des genres…
Pour commencer, faisons une revue en plan large de la situation de Lara adolescente transgenre en début de parcours de transition.
Côté médical, tout semble en apparence pris en charge avec respect, rigueur, attention et bienveillance.
Côté familial, tout semble accepté, acquis. Même si on aurait voulu en savoir plus sur sa mère invisible dont Lara prend régulièrement la place auprès de son petit frère.
Côté études, elle semble avoir sa place et être respectée dans cette école de danse même si on lui demande de faire doublement ses preuves avec des entraînements particuliers éprouvants pour mettre son corps au pas. On se demande même si la professeure n’y prend pas parfois un certain plaisir malfaisant…
Bref, tout est dans le « semble »…
Certes les fêlures familiales apparaissent lors de moments de tension entre Lara et son père quand les mots ne peuvent, ne veulent se dire, ni se confier. Peut être les relations avec sa mère auraient elles été plus aisées ? Mais n’est ce pas un peu comme dans toute famille où parents et ados naviguent ? Les petites fissures transpireront aussi dans les sanglots de Milo (le petit frère de Lara) qui un matin, énervé, l’appellera Viktor. Sans doute une envie irrépressible de se soulager d’un si lourd fardeau qu’on l’oblige de porter mais dont il n’a pas tous les codes, toutes les explications à hauteur d’enfant pour comprendre, pour digérer.
Mais revenons à la carrière de danseuse que Lara désire embrasser. On peut se demander pourquoi avoir posé son dévolu sur une telle carrière compte tenu de toutes les difficultés qui seront décuplées par sa transidentité… Challenge personnel ? Envie de se mettre en danger, d’éprouver sa féminité ? Quitte à devenir « pleinement » femme autant l’être jusqu’à la pointe du cliché ? L’amour de la danse doit s’imposer immensément à Lara, à son être tout entier pour engager son corps dans une telle galère. La danse apparaît alors à certains moments comme une activité d’automutilation (les pieds ensanglantés, les douleurs musculaires,…) pour faire « payer » son corps. Et cette discipline d’acier expose aussi dangereusement ce corps au regard et aux jugements de Lara, des autres et des miroirs. Alors un vestiaire, une douche deviennent des lieux hostiles que seul le refuge de sa chambre semble pouvoir apaiser pour un temps le soir venu. Chambre de décompression, bulle de protection après une journée confrontée à un monde où il faut toujours faire attention, se cacher où un seul regard peut paraître inquisiteur même dans les transports en commun.
A l’école, professeurs et élèves semblent pourtant avoir accepté sa différence même si on sent des regards interrogateurs qui disent parfois plus que les mots. Et, quand la violence des mots de certains élèves, des regards, des gestes, longtemps intériorisés, maîtrisés, « explose », les scènes n’en sont que plus violentes et insupportables. Prenons par exemple la soirée entre filles  lorsque l’une d’elles avec l’accord tacite de la meute oblige Lara à se dévoiler anatomiquement. On ne comprend pas pourquoi cette fille en arrive à une telle violence soudaine ou préméditée, ni pourquoi aucune autre ne s’oppose à ce « viol collectif », ni pourquoi Lara ne lui oppose pas un NON violent par les mots et voire même par les gestes ! …
Lara navigue ainsi entre envie de se cacher et envie d’exposer à elle-même et aux autres sa « féminité particulière » et ce même contre ses envies intérieures les plus profondes. Montrer sa féminité dont son corps prend pas à pas les formes et apprend jour après jour les codes avec la peur omniprésente de se sentir intruse, de ne pas être à la hauteur et que sa différence reste à jamais graver dans sa peau comme un graff indélébile lisible par tout autre.
Dans cet apprentissage, ses désirs et ses expériences sexuelles sont comme autant d’essais et pulsions plus ou moins incontrôlées, maladroites, perturbées et malheureuses dont on ne comprend pas toujours le pourquoi du comment. Peut-être le doit elle à son tumulte hormonal intérieur.
Mais quand la musique de ballet s’élève, quand les pas de danse reprennent alors, c’est comme si chaque pas, chaque pirouette, chaque pointe endurée entre sourire de façade et larmes de douleurs, avait pour Lara le pouvoir d’accélérer le processus de transformation de son corps, d’accélérer le temps qui s’écoule avant la promesse du scalpel à venir pour atteindre son inaccessible étoile de future danseuse étoile.

Téo

* MTF : transition Homme vers Femme
*
FTM : transition Femme vers Homme

Des soutanes et des hommes (Madeleine)

Abdo nous a partagé l’adresse internet vers une émission de radio sur le clergé catholique évoquant le lien entre le genre et l’église catholique.
https://player.pippa.io/les-couilles-sur-la-table/episodes/clerge-catholique-le-bien-et-le-male

Madeleine nous en résume son contenu en donnant ses impressions dans son article ci-dessous.

DES SOUTANES ET DES HOMMES
Le bien et le mâle

Dans une émission qui s’intitule carrément « Les c… sur la table », on ne saurait faire de détours !
Et c’est bien dans un esprit de clarté que le sociologue Josselyn TRICOU¹, en étudiant la « masculinité dans le clergé catholique » (objet de sa thèse : « Des soutanes et des hommes ») démonte en même temps une construction en porte-à-faux et les rouages d’un système, et ce faisant, met à jour ce qui a longtemps fait la force d’une institution (et à présent sa faiblesse). Il rappelle d’abord que si l’Église a perdu de son emprise (seulement 4 à 5 % de pratiquants), son empreinte dans la société reste forte, avec un droit et une culture pétris de conception catholique. On peut même parler de « catholaïcité » dans une convergence de vue et d’intérêts.
On s’en est aperçu au moment des « manifs pour tous » quand une large population, pas forcément des cathos, est venue défendre une vision naturaliste de la famille. Dans cette optique, il va de soi que pour l’Église, c’est l’homme qui représente le neutre universel, le dominant naturel, la femme restant l’objet de son discours (les dominants n’ont pas de discours sur eux-mêmes, dans l’évidence de leur être et de leur dominance).
Il est symptomatique de voir combien l’Église a multiplié les discours sur les femmes jusqu’à leur consacrer une encyclique ( cf. « Le génie féminin » de Jean-Paul II) pour mieux les définir dans leur rôle (pour faire court : convertir leurs hommes).
Et quelles que soient les réclamations des femmes depuis les années 70, il va de soi aussi que l’ordination des prêtres reste toujours inconcevable : on ne touche pas à la tradition de l’Église qui se doit d’incarner une image de stabilité puisqu’elle est dépositaire d’un message éternel et venu d’ailleurs. Prêtre, homme de pouvoir donc, en tant qu’homme, mais à la masculinité problématique et ambiguë
D’une façon générale, il est compliqué, chez les cathos, d’être un homme : un catho se doit d’incarner la non-violence et la charité, valeurs dites « féminines ». Pas simple de se positionner dans le monde et face aux laïcs (cf les caricatures des prêtres efféminés au XIXème siècle). D’où par réaction, une construction par rapport au modèle républicain : création, entre autres, d’un scoutisme sur le modèle de la chevalerie, puissance guerrière, et plus récemment, stages de « virilisation » pour les jeunes adultes. Ambiguïté renforcée par la désexualisation systématique du clergé. Celle-ci s’est faite progressivement. Jusqu’au XIème siècle. l’Église carolingienne insistait sur la nécessaire pureté de l’officiant (pas de rapport sexuel avant le service divin) et cette exigence s’est étendue à la vie entière, d’où l’obligation du célibat.
Célibat imposé qui a eu pour effet de remplir les séminaires , avec tous ceux, en particulier, que ne concernait pas le mariage (hétéro). « Eglise, super-placard pour les homos »…(et c’est paraît-il, le « secret de Polichinelle »)
Car que demande-t-on à un prêtre ? L’abstinence.
Que demande-t-on à un homo ? La même chose.
Alors, tant qu’à faire, dans une société où pèse le mariage obligatoire, autant se faire prêtre, avec tous les bénéfices de la fonction: reconnaissance , statut social, prestige… La situation actuelle présente même une « concentration d’homos » qui s’explique d’abord par une baisse générale des effectifs avec la fin de ce long ratissage indifférencié dans les campagnes et les milieux populaires (argument : la possibilité pour les enfants d’accéder aux études, ce qui devenu obsolète avec la démocratisation de l’enseignement). D’autre part, à la fin des années 70, il y a eu le départ de nombreux prêtres hétéros qui ont quitté pour se marier. Reste le recrutement dans une bourgeoisie conservatrice, là où ne saurait se vivre la « déviance ».
Il semblerait par ailleurs que la proportion d’homos soit plus importante dans le clergé régulier (moins soumis au regard des fidèles).
Immergé lui-même dans le milieu monastique (et même une fois, « dragué sous la table ») J. TRICOU a pu recueillir en tête à tête, bien des confidences (une centaine d’entretiens). C’est ainsi qu’il a pu cerner 3 façons d’être homo en milieu clérical :
« la grande folle de la sacristie » (telle qu’elle est définie dans la sub-culture gay du clergé) figure archétypale, toute en extravagance.
« le bear » (= le gros nounours) d’un certain âge, d’une « masculinité sympathique », souvent et discrètement engagé dans une « LGBT catho », et qui aimerait changer le système de l’intérieur mais sans pouvoir grand-chose.
« la taupe » (cf. vocabulaire de l’espionnage) l’intello dans une « stratégie de leurre » (surtout ne pas être perçu comme homo). Ayant dû surjouer le bon élève, c’est le type le plus fréquent en haut de la hiérarchie, et aussi le plus virulent.
Enfin, le placard déborde et s’ouvre même de l’intérieur, car certains ont malgré tout fréquenté le milieu gay dont ils reproduisent les codes et l’allure.
« Ça »se voit maintenant et c’est gênant !
Et devant ce qui commence à se voir et se savoir, l’Église se sent tenue de tenir un discours de fermeté. Depuis 2005, on n’ordonne plus de prêtres homos, du moins ceux « à tendance profonde » (sic)
Paradoxe de cette tardive lucidité qui interdit brusquement ce qui, tacitement, ne dérangeait pas et même arrangeait : un homo même « pratiquant » ne fera jamais d’enfant (pas de scandale) et il ne sera pas, du moins jusqu’à présent, tenté par le mariage. D’où cette opposition féroce au mariage homosexuel qui confère à l’homo, une place légitime en société (alors, baisse des « vocations »?)²

Que retenir au final d’une telle étude ?

Examiner la masculinité des prêtres peut paraître anecdotique, mais c’est une manière d’interroger le système par sa périphérie.
Une étude de genre est un mini-laboratoire qui permet de voir ce qui est à l’oeuvre dans une société car l’organisation du genre dit toujours quelque chose du pouvoir, en valorisant ou dévalorisant l’adversaire.
Nécessaire prise de conscience qui aide à ne pas s’enfermer dans une posture et une manière de penser (confort de l’homme blanc, héritier d’une situation privilégiée)
Au-delà des questions de genre, il faut rester à l’écoute des dominés, car ce sont ceux-là qui « savent » (c’est depuis que les femmes ont parlé qu’on s’interroge sur la masculinité).
La domination ne va pas de soi. Les dominants sont aussi des êtres construits (=fabriqués)

Madeleine

¹ Josselyn TRICOU sociologue, doctorant en sciences politiques

² Péril en la demeure ? Françoise DOLTO en son temps, avait émis l’idée que « toute l’Église catholique reposait sur l’homosexualité masculine ». Parole inaudible dans les années 80 (délire de psychanlyste…)

Note :
J’espère avoir fidèlement restitué paroles et raisonnement.
Volontairement , j’ai omis ce qui a trait à la pédophilie, élément venu par raccroc à la fin de l’émission. Egalement, l’évocation du prêtre dans le cinéma qui nécessiterait aussi un autre développement.

Synode international des évêques catholique sur les jeunes (Réaction du bureau national de DJ)

Synode international des évêques catholiques sur les jeunes :
Il est temps d’agir pour accueillir les jeunes LGBT !

Du 3 au 28 octobre 2018 a lieu le synode international des évêques catholiques sur les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel.
Lors de sa préparation, des jeunes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans) se sont exprimé.e.s pour rappeler leur place et leur engagement au sein de l’Eglise catholique et pour appeler à une meilleure prise en compte de leurs spécificités.
Dans ce cadre, l’association David & Jonathan a fait parvenir en décembre 2017 une première contribution au Service national des Jeunes et des Vocations, qui a été reprise pour la synthèse française de la préparation au synode. Ce document évoque les discriminations subies par les jeunes homosexuel.le.s sur la question des vocations : « la posture adoptée aujourd’hui par l’Eglise (catholique) peut être vécue d’autant plus douloureusement qu’elle ferme aux jeunes homosexuels hommes et femmes les principaux chemins de vie proposés que sont le mariage, le ministère ordonné et la vie consacrée». Celles-ci sont révélatrices du malaise de l’Eglise catholique, qui, quand elle tient compte de leur situation, préfère mettre les jeunes concernés à part, se privant ainsi de leur volonté d’engagement.
Le document du Vatican Instrumentum laboris de préparation au synode montre que la parole de jeunes LGBT est parvenue jusqu’à Rome : « Des jeunes LGBT […], désirent ‘bénéficier d’une plus grande proximité’ et expérimenter une plus grande attention de la part de l’Église, tandis que certaines Conférence épiscopales s’interrogent sur ce qui peut être proposé ‘aux jeunes qui au lieu de former des couples hétérosexuels décident de constituer des couples homosexuels et, surtout, désirent être proches de l’Église’».
La réunion pré-synodale des jeunes demande aux responsables ecclésiaux qu’ils « abordent aussi de manière concrète les sujets sensibles tels que l’homosexualité et les questions de ‘genre’, sujets dont nous parlons déjà entre nous, librement et sans tabou ».
Nous nous joignons à eux dans l’espoir que cette question soit abordée, non pas emprisonnée dans des conflits dogmatiques, mais à partir du vécu et des expériences concrètes des jeunes LGBT, engagé.e.s ou non dans l’Eglise catholique. C’est le sens de la campagne de sensibilisation Equal future, qui propose actuellement aux jeunes de faire parvenir leur histoire personnelle aux délégués synodaux.
L’Eglise catholique, en France et dans le monde entier, est encore bien trop ambigüe ou silencieuse vis à vis des jeunes LGBT croyant.e.s, et des violences auxquelles il.elle.s sont exposé.e.s, que celles-ci soient physiques ou psychologiques : refoulement, culpabilisation, dépréciation de soi. Quels que soient leurs parcours de vie, les jeunes LGBT ont besoin de s’ancrer dans une image positive de leur sexualité ou de leur identité de genre. Pour les chrétien.ne.s, comme tout enfant de Dieu, il.elle.s sont appelé.e.s à pouvoir trouver leur place dans les Eglises, sans avoir à craindre de stigmatisation.
Nous espérons que ce synode sera une réelle occasion de reconnaitre la diversité et l’égalité des jeunes, dans l’Eglise et dans la société, et de manifester le souci qu’il.elle.s y soient respecté.e.s et valorisé.e.s pour ce qu’il.elle.s. sont.

Le bureau national de David & Jonathan
Paris, le 6 octobre 2018

Pour compléter le communiqué de David&Jonathan voici quelques paroles du Pape François prononcées lors de son homélie pendant la messe d’ouverture du synode et récoltées par Yves.

« Nous commençons une nouvelle rencontre ecclésiale capable d’élargir les horizons, de dilater le cœur et de transformer ces structures qui aujourd’hui nous paralysent, nous séparent et nous éloignent des jeunes, les laissant exposés aux intempéries et orphelins d’une communauté de foi qui les soutienne, d’un horizon de sens et de vie….
Les jeunes nous demandent et exigent un dévouement créatif, une dynamique intelligente, enthousiaste et pleine d’espérance, et que nous ne les laissions pas seuls aux mains de tant de marchands de mort qui oppriment leur vie et obscurcissent leur vision…. »
« Je remercie les jeunes pour avoir voulu parier que cela vaut la peine de se sentir membres de l’Église ou d’entrer en dialogue avec elle, que cela vaut la peine d’avoir l’Église comme mère, comme éducatrice, comme maison, comme famille, capable, malgré les faiblesses humaines et les difficultés, de faire briller et de transmettre le message indémodable du Christ ; …. que cela vaut la peine de nager à contrecourant et de s’attacher à des valeurs supérieures : la famille, la fidélité, l’amour, la foi, le sacrifice, le service, la vie éternelle…
Une Église qui n’écoute pas se montre fermée à la nouveauté, … et ne pourra pas s’avérer crédible, en particulier pour les jeunes, ….
Ne nous laissons pas tenter par les “prophéties de malheur”, ne dépensons pas nos énergies à « compter les échecs et ressasser les amertumes », ayons le regard fixé sur le bien qui « souvent ne fait pas de bruit, n’est pas le thème des blogs et ne fait pas la une des journaux», et ne soyons pas effrayés «devant les blessures de la chair du Christ, toujours infligées par le péché et souvent par les enfants de l’Eglise ….
Engageons-nous à chercher à “fréquenter l’avenir”, et à faire sortir de ce synode des propositions pastorales concrètes en mesure de réaliser la tâche du Synode lui-même, c’est-à-dire celle de faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui illumine les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces aux mains, et inspire aux jeunes – à tous les jeunes, personne n’est exclu – la vision d’un avenir rempli de la joie de l’Evangile. »

Richesses plurielles (Madeleine)

Toute réunion Spiritualits plurielle est comme une auberge espagnole. On y trouve ce qu’on y apporte. La loi du genre étant de partager le meilleur, soit un élément, un événement positif (lecture, parole, musique, rencontre…) découvert ou vécu récemment.
L’exercice est parfois acrobatique. Pas évident de sonder en nos vies parfois monotones ou exagérément bousculées, et d’y trouver la petite perle… et pourtant, pour peu qu’on cherche… il y a forcément quelque chose ou quelqu’un qui, même brièvement, a interpellé, ému, réconforté.
Alors, dans le pot commun, la récolte de cet après-midi, il y a eu d’abord cette formidable bonne nouvelle : le prix Nobel de la paix – ô combien mérité – attribué à ces deux personnes incarnant, en contrepoids de la barbarie, toute la dignité humaine : cette femme de nouveau debout malgré les tortures, et ce médecin qui aura passé toute sa vie à réparer sur les corps féminins, la violence des hommes.
Il y a eu aussi cette évocation d’un philosophe connu, ayant fait le pari de la transparence, au risque d’abîmer sa belle image, en révélant sa peu glorieuse addiction, et en même temps, son chemin vers la dédramatisation et l’acquisition d’une autre forme de sagesse (savoir rire de soi…)
Il y a eu la silhouette de ce petit homme en tweed vert toujours là au bon moment sur la route dun immigré égaré.
Et dans la foulée, ce partage de poésies et de jardins fleuris.
Et sur une plage de CD, cette chanson pour apaiser les tourments d’une insomnie.
Et en live s’il vous plaît, cette belle improvisation vocale, a capella.
Et encore, pardonnez si j’en oublie, cette petite coquille symbolisant le chemin de St Jacques, cette représentation d’un corps souffrant, rappelant l’époque où tombaient par milliers les malades, mais aussi la solidarité qui s’en était suivie.
Et pour finir, tout simplement le souvenir d’un moment de bien-être au soleil de l’été, l’apaisement avec le gazouillis des oiseaux…. La magie de l’eau, son importance dans nos vies et la nécessaire conscience écologique.
Chaque prise de parole, entre deux résonances de gong, s’est faite à chaque fois dans l’écoute et le non-jugement (nous ne sommes pas dans le débat), que l’on choisisse d’ailleurs de partager ou non, de communiquer ou rester en silence.
Et c’est bien là, entre autres, ce qui fait l’une des valeurs de DJ (et doit le rester) cet accueil et ce respect de toutes les individualités, quand singularité et diversité fondent la richesse et la vie du groupe.

Madeleine

Week-end Spiritualités Plurielles 2018 dans le Forez (Hélène et Marie-Hélène)

Long fut ce voyage mais vraie fut notre joie de vivre cette rencontre en  « haut et beau lieu » !
A peine le temps de découvrir St Etienne ville du Desing et nous voilà en route pour le Forez cet imposant massif (posé entre l’Auvergne et la Loire) sous la conduite d’Emmanuel déjiste du tout jeune groupe de Montbrison. Trois-quart d’heure et plein de virages plus tard, arrivée dans ce curieux gîte décoré à une fenêtre d’un drap aux couleurs arc en ciel (mais si mais si) histoire qu’on ne se perde pas et composé à l’intérieur de multiples espaces, petits, grands et tous chaleureux .
Plaisir de revoir nos ami-e-s déjistes de Paris, de Lyon, de Vendée, de Rennes, de Strasbourg, d’ailleurs… et même de Belgique ! Émerveillement de goûter à ce paysage de douces montagnes, de prairies, de forets le tout baigné dans la lumière et l’agréable chaleur .
Plaisir de se retrouver (à 28) pour le repas en dégustant l’excellente soupe de légumes préparée avec amour par Pascal notre chef-artiste-cuisinier si talentueux et soucieux de nos papilles et de nos santés !
Durant ces deux jours des ateliers très divers proposés par les participants nous ont permis d’échanger en profondeur et de nous ressourcer corps et esprits dans un climat de confiance, d’écoute, d’ouverture, de respect, de bonne humeur !
Petit florilège des ateliers : relaxation, massages des mains, balade en montagne, spiritualité et écologie, soustraire plutôt que ajouter dans notre démarche spirituelle, chanter un très ancien « Kyrie » puis l‘hymne Européen , écouter en silence et conscience des sons de différentes traditions, vivre un temps de « Pleine Présence », préparer le repas du soir…
La veillée nous a offert d’entendre les voix harmonieuses de Martine et d’Oscar interprétant Mozart, celle de Geneviève dans une chanson pleine d’humour, comme un clin d’œil aux marcheurs de l’après midi…quelques beaux textes lus par François, Xavier… Puis une musique très paisible suivie d’un moment de silence nous ont reliés intérieurement les uns aux autres.
N’hésitez pas, venez l’an prochain découvrir une heureuse aventure, je vous assure c’est bon pour tout !!!

Hélène et Marie-Hélène

Pas de noir sur la gamme de l’arc-en-ciel ! (Téo)

Au matin de la Marche des Fiertés 2018 un escalier s’était éveillé à Nantes paré des atours de l’arc-en-ciel. Qu’il était beau ainsi irisé ; près à accueillir les pas des passants montant vers la tour de Bretagne. Aucunement sectaire, il acceptait tous le monde petits ou grands, LGBT ou pas… Un bel espace de fraternité au coeur de la cité. Malheureusemnt, et cela était prévisible, l’éclat de ses couleurs, tel le vol d’un papillon, ne dura qu’une journée… Juste le temps que des cerveaux dégénérés ne viennent le souiller de leurs coups de pinceaux LGBTophobes et des leurs tags débiles malabiles au vocabulaire haineux et limité…
Mais, on se l’était promis et la mairie nous l’avait assuré, l’escalier arc-en-ciel renaitrait un jour prochain encore plus beau avec ou sans pluie ni soleil dans les cieux.
C’est ainsi qu’un joli samedi après-midi de septembre, petits, grands, familles, amis, LGBT mais pas que, reprirent leurs pinceaux comme armes de bataille pour raviver les marches de l’escalier. Il y avait tellement de mains s’agitant dans cette armée de peintres que l’on ne distinguait même plus les marches se refaisant une beauté automnale. Puis, il y avait ces passants qui ne passaient plus mais s’arrêtaient un instant, pour glisser un mot d’encouragement, pour une photo ou un selfie. Qu’il était beau, qu’il était fier notre escalier ! Mais dans un coin de nos cerveaux je ne pouvais songer à l’éphémère… Combien de temps resterait il ainsi, intact ?…
LGBTophobes de tous pays, rassurez vous, cela ne dura guère plus de temps qu’au mois de juin….
A l’aube du lundi, j’avais décidé de détourner mon parcours pour aller le saluer, le photographier au soleil levant. Mais que t’est-il arrivé bel escalier ?! De longues trainées de peinture noire descendaient le long de ton flanc telle une marée noire, tel un rimmel grossier emporté par des larmes de tristesse… Témoins et acteurs malgré eux de cette lâche attaque nocturne LGBTophobe, deux pots de peinture abandonnés dégoulinant de noir visqueux trônaient tels des tankers échoués sur une côte de granit rose. Si pauvres sont les cerveaux qui ont manipulé les pinceaux gorgés de noir, qu’ils ne savent même pas qu’il n’y a pas d’anthracite sur la gamme de l’arc-en-ciel… Seul Soulages sait faire du noir une couleur lumineuse. Vous, vous êtes soulagés petitement de votre haine immonde en la déversant sous un flot informe d’acrylique au couleur de l’ébène… Si au moins vous aviez eu une once de sens artistique dans cette dégradation mais même pas… Vous en êtes bien incapables…
Depuis votre lâche expédition, le noir a disparu, nettoyé,… Des textes, des mots et des poèmes ont germé les jours suivants au pied de l’escalier dictés par des plumes indignées par votre acte de sagouins. Tel une scène d’accident ou de crime (la LGBTophobie est un crime) l’accès à l’escalier a été momentanément interdit, condamné par des barrières et des rubans blancs zébrés de rouge. Ne vous réjouissez pas trop vite car tel Sisyphe, nous nous remettrons bientôt en marche, nous repartirons en guerre et nous reformerons fièrement une armée de pinceaux pour remettre des couleurs à notre escalier après chacun de vos funestes passages car jamais (n’en déplaise à Mr Soulages) il n’y aura de noir sur la gamme de notre « escaliarc-en-ciel » !

Téo