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Et cela arriva… (Sophie)

En ce 2 février 2019, la commission diocésaine « S’accueillir » a permis ce bel aboutissement tant espéré en provocant une rencontre avec les associations homosexuelles à aspiration chrétienne et spirituelle. Et je dois dire Merci au nom de tous les anciens et les anciennes qui ont tant travaillés pour ce qui arrive aujourd’hui arrive.
« David et Jonathan » depuis 1972. « Réflexion et Partage » depuis 2000. Au nom de tous et toutes, dont certains sont partis ou sont décédés, Merci.
« S’accueillir » a tout compris et fait la part entre deux mondes qui se croient différents en ajoutant le « S » devant « accueillir ». Le petit « S » qui fait la différence est le : « mieux comprendre le vécu des personnes et de leur famille et aider les membres de la communauté chrétienne à mieux estimer les personnes, les intégrer dans leur propre Eglise et avancer ensemble sur le chemin de foi. »
Avec « Réflexion et Partage », nous n’avions que cet objectif en tête et au cœur. Quelle avancée que cette réalisation effective ! Mais qu’en sera-t-il pour les autres diocèses qui ne mettront pas le petit « S » si essentiel ?
A la réunion, je me suis permise d’exprimer mon inquiétude à ce sujet, en deux phrases ce fut difficile, en voici la totalité :
« Au synode des Evêques sur les jeunes en octobre dernier, c’est la question de l’accueil des personnes homosexuelles dans l’Eglise qui a causé le plus de résistance (65 voix contre), quand il ne s’agissait que de rejeter toute discrimination ou violence sur base sexuelle et de favoriser la mise en place de parcours d’accompagnement dans la foi des personnes homosexuelles. » – La Croix 29 octobre 2018
Ma question et ma crainte se trouvent dans cette recommandation, elle-même validée par tous les autres évêques.
« Le parcours d’accompagnement dans la foi… »
Magnifique avancée bien évidemment, après les « parcours de la guérison, de pardon ou d’exorcisme » qui ont déclenchés tant de décompensations psychologiques et de suicides, mais je reste méfiante par rapport à cette mise en place car je m’interroge : pourquoi une personne homosexuelle chrétienne aurait-elle besoin, plus qu’une autre personne chrétienne, d’un accompagnement dans la foi ? Et si je me fais accompagner dans ma propre foi, ce sera en tant que fille de Dieu et pas en tant que personne homosexuelle. Ne puis-je pas, moi aussi, accompagner mes frères et sœurs dans la foi ?
« S’accueillir » a compris cela et « s’accompagner » serait donc le mot juste.
Pourquoi ?
Le mot « Accompagnement » peut dissimuler d’autres objectifs secrets bien-pensants, et être orienté par des projets inconscients collectifs ou personnels. Avec humour, je vous copie des phrases de ma poétesse préférée, Marie Noël, écrites en 1936 certes, mais applicables dans certains milieux encore :
« Il y a dans le catholique un être satisfait, supérieur – celui qui possède la vérité – plein de sécurité et de certitude. S’il s’incline vers l’autre pensée – il s’incline – c’est pour la sauver, c’est-à-dire la circonvenir, la séduire, la gagner à Dieu. Elle n’est pour lui qu’un objet de compassion ou de conquête. Il l’aime par miséricorde. Il la méprise par foi. Aucun échange possible. Un catholique donne. Il ne reçoit pas. »
(Marie Noël – Notes intimes)
Sous le mot « Accompagnement » peut se dissimuler :
Une pastorale : mener et ramener le troupeau perdu
Une tutelle
Une compassion : se pencher vers
Une guidance : guider les pas de l’autre, le mener dans le droit chemin, en tout cas le sien
Un patronage : prendre par la main
« Accompagner la souffrance » sans partager le bonheur, les découvertes et les talents.
Il peut y avoir pour tout humain, catholique inclus, cette manière égocentrée d’aider l’autre et de compatir à sa souffrance qui revient à le réduire à l’image que l’on s’en fait. C’est le piège de la compassion (je l’ai vécu quand j’étais jeune infirmière). On peut prétendre savoir ce qui est bon pour l’autre et on peut essayer de le réaliser malgré lui, l’autre, dans ce cas-là, est aliéné. Il devient le miroir de nous-mêmes.
Être accompagné ? Oui, dans notre réalité propre de façon inconditionnelle et partager la foi ensemble. Accompagner, non pour « soulager » cette vocation à l’amour qui est notre homosexualité, mais aider à la dévoiler pour « faire naître » en l’autre. Encore une fois, la commission diocésaine a tout compris et avec elle, le mot ACCOMPAGNEMENT a tout son sens.
Un accompagnement spirituel, c’est l’accompagnement du spirituel où il y a deux personnes semblables s’unissant dans le spirituel.
La joie spirituelle est mutuelle. La souffrance spirituelle est mutuelle.
Le pardon est mutuel. La fécondité est mutuelle. La compassion et l’accompagnement sont mutuels.
J’ai la crainte que l’accompagnement de l’Eglise catholique, dans certains diocèses, soit « se pencher vers » plutôt que « l’art d’être avec ».
Je vous offre en cadeau cette magnifique phrase d’Henri Nouwen :
« Être le bien-aimé, être la bien-aimée est la vérité centrale de notre existence, vérité la plus intime de tous les êtres humains qu’ils appartiennent ou non à une tradition. N’est-ce-pas cela s’aimer ? Nous donner l’un à l’autre le cadeau de notre condition de bien-aimé ? »
Encore Merci.

Sophie

Rencontre inter associative du 2 février 2019 (Yves)

L’ignorance est toujours mère des préjugés.

« L’ignorance est mère des préjugés ». Nous l’avons une nouvelle fois vérifié au cours de cette rencontre (samedi 2 février) où quatre associations de personnes LGBT et hétérosexuelles de confession catholique se sont retrouvées pour mieux se connaître et voir ce qui pouvait être construit ensemble au-delà de nos diversités légitimes.

M-Hélène a pris la parole au nom de D&J et des 12 déjistes présents pour rappeler les fondements historiques et les buts de notre association :
Créée en 1972 ; à Paris d’abord, puis en province ; des hommes, des femmes et maintenant des trans ; des catholiques à l’origine mais s’ouvrant à d’autres confessions chrétiennes puis accueillant des personnes en recherche de sens ; des actions de solidarité (années Sida, participation aux Marches des Fiertés, interventions en milieu scolaire) ; ouverture à la région (rencontres de l’ouest) et à l’internationale (Forum Européen et Ilga).
Accueil, écoute, soutien, partage, réflexion et ressourcement spirituel sont proposés à tous ceux et toutes celles qui viennent avec un vécu souvent lourd à porter, cherchant à concilier sexualité et foi chrétienne.
M-Hélène a terminé par une citation de Jacques Perotti (déjiste de la 1ère heure et secrétaire de l’abbé Pierre) : « la sexualité est un don de Dieu ». D&J est un chemin de liberté (avec le Christ – pour ceux qui se réfèrent à Lui).

Devenir Un En Christ (DUEC) fut présenté par Myriam et sa compagne Cécile.
Fondé en 1982 à Paris par un couple ayant souffert de de la mort de leur fils, DUEC n’est pas un mouvement d’Eglise, même s’il bénéficie à Nantes de la présence d’un accompagnateur religieux. Cette association se présente comme un groupe de partage catholique axé sur la prière, la lecture de l’Evangile et le partage de vie dans le respect du parcours de chacun-e.
Pour les 14 participant-e-s il s’agit de relire notre sexualité, notre rapport au monde, sous le regard du Christ, pour cheminer avec Lui. 5 déjistes sont aussi adhérents à DUEC.
Quatre rencontres nationales (retraites, temps de réflexion) sont proposées chaque année.
Devenir Un En Christ

Réflexion et Partage est la 3ème association à se présenter.
Claude Besson – qu’on ne présente plus ! – rappelle combien les manifestations contre le PACS (en 1999, à Nantes comme ailleurs en France) avaient heurté plusieurs chrétiens qui ne se reconnaissaient pas dans ce déferlement de haine.
En l’an 2000 quelques nantais-es (lgbt et parents) décident de répondre à l’appel de l’évêque et d’écrire, à partir de témoignages personnels, les « Actes des chrétiens homosexuels », qui a reçu un accueil très positif.
Par la suite R&P essaiera d’interpeller les responsables paroissiaux, publiera un document de réflexion de 50 pages, et organisera des conférences pour favoriser l’accueil des personnes homosexuelles en paroisse.
Depuis 2009, chaque année, R&P organise, avec la présence d’un intervenant de qualité, une rencontre à Paris rassemblant une cinquantaine de personnes, dont beaucoup de parents, venant de toute la France. Le tour de table permet de vérifier qu’une dizaine de diocèses « bougent » et que des chrétiens (pas tous homosexuels) interpellent leur évêque et leur curé.
Réflexion et Partage

S’accueillir (à l’initiative de cette rencontre) est une Commission Diocésaine, avec un prêtre nommé par l’évêque, qui a constitué une petite équipe de 7 personnes dont des personnes homosexuelles, un couple de parents, une hétérosexuelle militante et un psychiatre (celui qu’on retrouvera le 08/02 au Passage Ste Croix).
Le père Bernard OLLIVIER rappelle les actions passées :
1/ Une marche/discussion avec une messe présidée par l’évêque.
2/ La série des 4 jeudis de la différence, suivie par près de 140 personnes, là aussi avec la présence de l’évêque à la dernière rencontre.
3/ Un dépliant « s’accueillir » à destination des paroisses (mais les réticences à la distribution sont fortes et aucun curé n’a pour l’instant sollicité l’intervention de la Commission).
4/ Une lettre rédigée à l’initiative des commissions diocésaines, signées par nos associations lgbt et diverses personnalités catholiques, a été envoyée en octobre à tous les évêques de France (1). 10 ont déjà répondu. C’est déjà une avancée !
Lettre envoyée aux évêques

Un débat a eu lieu ensuite sur le travail qui reste encore à mener auprès des prêtres.
Leur gêne sur ce sujet (relevant pour beaucoup d’un comportement immoral) explique au mieux leur silence, au pire des prises de position négatives.
Pourtant, note l’une d’entre nous, que de dégâts auprès des (jeunes) homos qui risquent de se refermer sur eux-mêmes, de quitter l’Église, d’être blessés, ou pire d’attenter à leurs jours. Le cas est particulièrement critique chez des aumôniers d’étudiants aux propos homophobes avérés et qui ne sont pas déplacés par l’évêque.
Même si le climat au sein des catholiques (les autorités ecclésiastiques et le peuple chrétien) n’est plus le même et les avancées notoires (notamment envers les parents d’enfants lgbt), on est encore loin d’une prise en compte de questions plus spécifiques : les bénédictions de couples, la question de l’homoparentalité, les personnes trans.

Projets :

1/ La commission S’accueillir aimerait intégrer un membre de D&J (suite au départ de Jacqueline en début d’année). Qui ? c’est à la collégiale de décider.
2/ Cette rencontre nous ayant beaucoup apporté, on est d’accord pour se retrouver une fois par an, à l’initiative de S’accueillir. Ce pourrait être sous la forme d’une marche avec des temps de parole.
3/ Pourquoi ne pas préparer ensemble une intervention publique dans la région nazairienne ?

La soirée s’est terminée par la messe où Bernard Ollivier nous a présentés à tous comme « le groupe de chrétiens homosexuels, réunis pour réfléchir entre eux cet après-midi, et qui sont restés prier avec nous », avec une intention de prière universelle spécifique lue par Jacqueline (2) et un « verre de l’amitié » pour une dizaine de paroissiens qui connaissaient l’un un voisin, l’autre un membre de sa famille… On se sent moins seul entourés de tous ces gens bienveillants.

Yves

1. Yves peut vous envoyer ce document de 12 pages intitulé « Homosexualité et vie chrétienne. De nombreuses initiatives diocésaine au service des personnes et de leurs familles » présentant un grand nombres d’initiatives diocésaines et des témoignages. La lettre d’introduction de Claude Besson, plus concise (1 page), en traduit l’essentiel.

2, « Merci Seigneur pour le chemin parcouru par notre Eglise qui a le souci de tous.
Prions pour que chaque personne, concernée ou non par l’homosexualité, soit témoin de l’amour inconditionnel du Christ pour chacune et chacun. »

Libérés, délivrés ! (Téo)

Assis entre un fossile de troglodyte, une bibliothèque généreusement fournie et une sculpture féline avec vue imprenable sur les nuages rezéens, nous voici réunis chez Madeleine pour causer « Libération ». Libération : fil conducteur du futur livre-témoignage de Sophie.
Aujourd’hui, chacun sera invité à partager un événement de sa vie où il ou elle est passé(e) de l’enfermement à la libération.
Même en amicale compagnie empathique ce challenge peut ne pas être aisé à relever et requiert une bonne dose de confiance et de lâcher-prise…
Pour Sophie, rassembler corps, esprit et cœur en une même unité pour renaître à elle-même et, enfin se libérer, aura été un long chemin semé de zigzags, de ralentisseurs et d’ennéagramme salvateur.
Oser un jour se libérer peut faire peur même si on quitte une vie pour une autre que l’on espère meilleure et dans laquelle on sera en accord avec soi-même, avec son orientation sexuelle, avec son identité de genre, avec ses convictions spirituelles ou autres valeurs personnelles.
L’appréhension de l’inconnu…
Mais, une fois ces peurs dépassées, une fois avoir osé, ça peut marcher nous le confiera Hélène. Certes avec une petite auto-prescription de mandalas mais ça peut marcher !
A propos de marche, Yves nous contera les vertus de ses escapades pédestres dans la perfide Albion ou sur les chemins de St Jacques pour atteindre la libération de son esprit, pour se décharger du poids du superflu et revenir à l’essentiel.
C’est à Taizé que Steve va régulièrement se ressourcer, se libérer, pour faire de sa vie, à son retour, un nouveau début. Quant à Philippe, il pose régulièrement son sac à l’abbaye de Timadeuc, au Mont St Michel ou rejoint Maryam pour une retraite ignacienne dans une communauté religieuse à Joigny. A chacun sa façon de se libérer spirituellement…
Parfois, comme nous le confiera Pierre-Hugues, des événements très douloureux mais si intenses et riches en émotions peuvent libérer et parvenir même à apaiser des tristesses enfouies dans le passé. Les petits miracles de la libération…
Dans une famille, un mode de fonctionnement que l’on souhaite instaurer voire imposer à tous ses membres pour leur bien peut s’avérer ne pas convenir aux aspirations de chacun. Chacun suit le mouvement mais tous ne s’y retrouvent pas ; on a l’impression à un moment donné de brimer ses pensées. Alors, las de subir, las d’essayer de fonctionner comme les autres, un jour sonne l’heure de la révolte, de la libération et d’affirmer ce que l’on pense, ce que l’on est. On ne quitte pas sa famille mais, comme Camille, on lui impose sa différence.
Quand un pays, une société, une famille, en raison de ses lois, de ses interdits, de ses croyances religieuses ou pas, interdisent d’être soi-même, condamnent votre orientation sexuelle (ou votre identité de genre) alors, pour vivre, seul l’exil apparaît comme Libération. C’est ainsi que Maryam, Abdo et Jacques ont quitté leurs pays pour rejoindre la France afin d’être libres, d’être eux-mêmes, libres de vivre pleinement leur orientation sexuelle et de pouvoir l’exprimer, libres de pouvoir choisir leur spiritualité ou religion (voire d’en changer) et de pouvoir l’exprimer.
Au fil de cet après-midi défileront ainsi des parcours de vie jalonnés de moments de libérations confiés aux autres dans une atmosphère bienveillante. Moments précieux, heureux ou malheureux, différents, essentiels qui ont construits, qui construisent ou construiront.
Mais déjà les lumières de la ville en bas de la tour s’allument une à une ; il est temps de rentrer dans nos chaumières avec dans un petit recoin de notre cerveau les bribes d’un récit ou d’un autre qui nous aura touchés, émus ou éclairés.

Téo

Première rencontre de l’année 2019 (Téo)

Qui dit nouvelle année, dit bonnes résolutions…
C’est ainsi que nous avons monté quatre à quatre les trois étages vers le nid du capitaine Bernie pour atteindre le lieu de notre première rencontre de l’année nouvelle. Certains, plus musclés et désireux d’améliorer leur taux de galanterie sanguine s’empressèrent de donner un coups de biceps à Camille pour hisser son carosse au sommet.
La cabine de navire de notre hôte chaleureuse et cosy n’ayant pas assez se séants, chacun apporta son lot de chaises au designs disparates dont un savoureux modèle camping années 70 aux motifs floraux ravissants !
Il faut dire qu’en ce début d’année, il y avait foule ! Le nombre des convives dépassait la vingtaine avec une ribambelle de nouvelles et de nouveaux venu-e-s prêt à partir à la découverte de D&J Nantes.
Après s’être souhaité une belle année 2019, le moment de passer aux choses sérieuses sonna : l’assemblée générale réglementaire mais fort heureusement minimaliste. Yves ayant pris la décision de passer la main, après un nombre d’années de service très honorable et salué par l’assemblée présente, l’élection d’une nouvelle collégiale fut un de nos premiers exercices dominical. Comme sans doute au Vatican et dans d’autre palais feutrés la précédente collégiale avait sollicité en coulisse des candidats potentiels susceptibles de s’investir dans cette nouvelle aventure collégiale sachant qu’une nouvelle règle venait d’être votée : avoir une ancienneté recquise de 9 mois à D&J Nantes pour y participer. Une par une les personnes furent présentées puis, nous votâmes à mains levées. Et c’est ainsi [roulements de tambours] que la nouvelle collégiale du groupe de Nantes crû 2019 sera composée des membres suivants : Annette, Camille, Abdo et Pierre-Hugues. Camille conserve ses fonctions de trésorière garante de la comptabilité de notre trésor dont elle nous lista dépenses et recettes pour l’année 2018.
Après les travaux intellectuels place au goûter et aux réjouissances gustatives mais non moins spirituelles puisque nous fêtâmes l’Epiphanie. Compte tenu de mes lacunes en la matière, je ne vous ferai pas dans ces lignes un exposé détaillé sur les origines bibliques de cette fête. Pour cela veuillez vous tourner vers les « docteurs es évangile » du groupe. Et pour ce qui est de la chanson « Les rois mages » merci de contacter directement madame Sheila !
Sachez seulement que les galettes frangipanes ou briochées arrosées de bulles plus ou moins alcoolisées ou de jus de fruits furent dégustées et appréciées. Puis, de-ci de-là quelques têtes parées de couronnes dorées apparurent dans l’assistance. Les agapes de l’Epiphanie furent aussi l’occasion entre deux bouchées de discuter entre nous, de connaître et de répondre aux interrogations des nouvelles et nouveaux venu-e-s.
La lumière du jour déclinant, l’heure de nous séparer arriva. Nous descendîmes les trois étages et partîmes heureux d’avoir partagé cette première réunion de l’année. Une première rencontre promesse d’autres moments de partage riches en échanges variés qu’ils soient gustatifs, thématiques, spirituels ou tout simplement amicaux.

Téo

Impressions de week-end régional de Noël 2018

Samedi et dimanche dernier avait lieu le Noël déjistes de l’ouest. Un événementdésormais acté et qui nous permet de « bouger » géographiquement et de transmettre aux uns et aux autres le flambeau de l’organisation de la rencontre. Un bravo aux rennais pour ce travail qui a sûrement du prendre de longs mois à organiser. Et qu’ils ont su mener de main de maître.
Pour ce qui me concerne, je n’ai pas le sens de la fête comme chacun sait, et n’ai guère participé aux réjouissances collectives, je m’en excuse. On ne corrige pas sur le tard les défaillances d’un formatage d’origine ! J’ai toutefois trouvé que les jeux, les danses, les chants étaient tous de bonne tenue et même plaisants. Merci à Gaëtan pour son apport vocal, comme chaque année attendu. La météo de l’ouest a apporté des éclats de rires auxquels nous ne sommes plus habitués en ces périodes sombres. Une soirée réussie, donc, à l’exception évidente de notre intervention nantaise qui, « Vie en Rose » exceptée, manquait de préparation et a fini en capotage un peu grotesque, avouons-le. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! La table, aussi, a été appréciée autant que j’ai pu l’entendre dire autour de moi.
Cela dit, contrepartie « sérieuse » aux réjouissances qui nous avaient rapprochées la veille, ce sont les deux heures spirituelles du lendemain que j’ai particulièrement goûtées. Deux heures allant profondément dans le sens de l’engagement de spiritualité de David & Jonathan. J’ai aimé la possibilité à ceux qui le souhaitaient de s’exprimer sur un petit bout de papier autocollant pour dire en mots leur ressenti intime -ceux qui ne souhaitaient pas le faire n’y étaient pas obligés, Liberté chérie !- et certains témoignages ont été riches de vibrations et d’émotions. Ces deux derniers mots concernaient aussi le temps consacré aux disparus de Strasbourg… ou bien Téo allumant sa petit lampe du souvenir … ou encore ce partage de bretzels, pain germanique immédiatement compris comme en rapport avec ces morts, avant la prise de parole de notre frère strasbourgeois, dont les phrases hésitantes et presque bégayées disaient l’évident bouleversement intérieur. Pareil pour ce témoignage de longue amitié de Jean-Louis à Michel.
Et comme en tout moment fort, brusquement, surgit questionnement : alors que nous concluons cette matinée spi par une ronde, debout, en coeur, main dans la main, je réalise que deux d’entre nous s’éloignent. Cette constatation m’attriste car je ne saisis pas ce qui peut rebuter nos amis. Il me semble que cette « ronde » est une façon de marquer notre fraternité à l’égard de tous, ici présents. Au-delà de l’expression chrétienne du Notre Père,c’est la reconnaissance d’une transcendance, de quelque chose qu’on ne maitrise pas, mais dont on pressent qu’elle existe, une force, une énergie, qu’on peut nommer Amour Universel. Je m’en ouvre à mes voisines qui m’apaisent de quelques mots, constatant dans David & Jonathan et l’éventail de croyances et d’aspirations qui nous composent, que chacun à sa liberté de s’exprimer, ou pas, selon ses propres aspirations. C’est vrai, c’est juste et c’est beau ainsi.
C’est alors qu’à cette même seconde me revient en tête, du fond des âges, cette toute première récitation apprise en maternelle, alors que je ne devais pas avoir plus de cinq ans, et que je n’ai jamais oubliée – moi qui perd désormais mes mots à tout instant !- :
« Si tous les gars du monde voulaient s’donner la main, ils pourraient faire une ronde autour du monde, Si tous les gars du monde décidaient d’être copains et marchaient main dans la main le bonheur, serait pour demain, si tous les gars du monde… etc… etc… »
Je vous souhaite à toutes et tous un Noël baigné de Lumière, une heureuse année 2019 réalisant pleinement vos désirs et vos aspirations, et aussi…. « Une ronde autour du Monde…..

B.

Wend déjinoëlique…ça vaut bien une ligne pour dire le bonheur de vous rejoindre et de partager cette ambiance fraternelle et festive. DJ c’est magique ! De nos amitiés nouvelles ou retrouvées, de chants essayés ou de danses endiablées, de nuit écourtée pour mieux partager avant de nous quitter cette intensité de moments au temps spiritualité.
DJ c’est magnifique !
Joyeux Noël.

Nadine.

Voici le poème de notre poète Piero de la Luna dédié à D&J Noël.

« Un peu de Noël »

Un rien du jour gris qu’il fait
Du temps qui lasse au plus court
Un peu de nos ciels
Que la nuit grignote à petit
Un peu de toi, d’elle ou de lui
Qui avance dans la neige
Marche sous la pluie

Un peu de nos cœurs pour « nos ailes »
Un rien des rêves de nos îles
Un bout de toi pour ton abri
Un peu d’elle, un peu de lui

Un jour pour naître
Un jour te connaître
Qu’enfin la lumière nous relie
Ce serait Noël chaque jour

Un peu de Noël ensemble
Quelque chose de toi qui me ressemble
Le jour se lève
Il faut recommencer

Quelque soit ton pays
Lire dans tes rêves
Et t’ouvrir un lit

Un peu de nos ailes
Un peu de ton île
Un peu de Noël
Un peu de nos ciels
Un peu de toi

Un peu de nos toits
D’elle ou de lui
Qui avance dans la neige
Marche sous la pluie

Piero de la Luna, samedi 15 décembre 2018.

Sur le blog du groupe de D&J Rennes on parle aussi du week-end :
article de Noêl rennais

La fin d’un monde (Madeleine)

La fin d’un monde

Les institutions naissent, vivent et meurent faute de pouvoir être suffisamment représentées, évoluer, renaître. Depuis 2 siècles, l’Église vacille et s’étiole dans une perte croissante de ses pouvoirs. C’est la thèse que soutient la sociologue Danièle HERVIEU-LÉGER dans son livre : « Catholicisme, la fin d’un monde »
Elle fait remonter ce déclin au bouleversement induit par la Révolution française de 1789, qui proclame le droit des citoyens à l’autonomie, hors pouvoir clérical et qui reste encore aujourd’hui le coeur de notre modernité. « Cette revendication n’a pas cessé de s’élargir et elle embrasse aujourd’hui la sphère de l’intime aussi bien que la vie morale et spirituelle des hommes et des femmes qui, sans cesser d’ailleurs nécessairement d’être croyants, récusent la légitimité de l’Église à dire la norme dans des registres qui ne relèvent que de leur conscience personnelle ».
Fermement déboutée de ses prétentions à dire la loi au nom de Dieu sur le terrain politique (Cf. la loi de 1905 séparation des Eglises et de l’État) l’Église du XIXs va reporter et renforcer son dispositif en direction de la sphère privée. La famille devient par excellence le lieu de son emprise normative. Famille conçue comme cellule de base de l’Église , dans un même rapport de hiérarchie et d’autorité, fonctionnant selon la « loi naturelle » dite « divine » et destinée à transmettre la foi.
Le pouvoir passe alors par le contrôle des femmes et des couples, par l’intermédiaire de la confession. Les prêtres de l’époque ont l’obligation d’interroger les femmes sur leur intimité et la sexualité de leur couple. Obligation leur est faite d’accepter, assumer une nombreuse progéniture (assurer la relève des fidèles). A l’extérieur,l’enrôlement des enfants se fait encore par l’école mais aussi par le « patronage » et le scoutisme à ses débuts destiné à empêcher les « mauvaises fréquentations » surtout en milieu ouvrier ( classes laborieuses = classes dangereuses).
Au XXs à partir des années 60, en dépit de VATICAN II qui n’a été qu’un faux ralliement à la modernité (la parole du Magistère sur la sexualité restant la même), l’Église a été peu à peu lâchée par la famille qui de patriarcale et verticale devient horizontale et relationnelle (on favorise les échanges entre individus). Et il faut surtout compter avec l’émancipation des femmes en grande partie basée sur la contraception qui les rend enfin autonomes et non plus nécessairement asservies.
MAI 68 a consacré la rupture morale et sociale (« ébranlement de l’édifice de la cave au grenier ») et plus rien n’a été comme avant. Qui plus est avec le départ en masse des prêtres et la fermeture des petits séminaires.
Il restait les homos à cibler et tenir en dépendance (sacrements refusés sauf la confession devant être « sincère et fréquente ». (Cf. pastorale à l’égard des homosexuels , année 86). Or voilà que ceux-ci retrouvent dignité, légitimité avec le mariage légal.
Et voilà qu’éclate enfin le scandale des abus sexuels, cette pédophilie si souvent camouflée, encouragée par le système (sacralisation du prêtre = son impunité).et que la hiérarchie ne peut plus feindre d’ignorer.
Confiance trahie… quel crédit maintenant aux yeux du grand public ? Quelle reconquête possible ?
Selon D. Hervieu-Léger , le système clérical tel qu’il est n’est pas réformable. Il faut déconstruire si on veut inventer une autre manière de faire Eglise. A commencer par la reconnaissance de la place des femmes dans l’Église et au regard d’un clergé en déshérence, leur égalité sacramentaire (soit changer le logiciel mental des instances pour qui la femme diabolisée reste la part d’ombre de l’humanité et ne saurait accéder au « sacré »).
« Bref, la question qui est sur la table est celle du sacerdoce de tous les laïcs, hommes et femmes, mariés ou célibataires, selon leur choix. Une seule chose est sûre : la révolution sera globale ou elle ne sera pas, elle passe par une refondation complète du régime du pouvoir dans l’institution. »

 Madeleine (synthèse et reprise)

Sources :
Magazine TÉLÉRAMA n°3592 p.3 à 8
Emission  TV : « Catholiques de France » (France 5)

Quand la petite histoire rejoint la grande…..

Samedi dernier, Sophie a retracé pour nous son parcours de libération : se défaire de cette « névrose chrétienne » transmise de « victime en victime », faite de sacrifice et de culpabilité, avec cette hantise du « péché », perturbant gravement sa vie affective, sa santé.
Et puis, de rencontre en rencontre, c’est le déblocage, fin de la peur et de l’indignité. Accueil enfin de sa propre humanité, fût-elle différente…
Sophie donc travaille au récit de sa vie, pour témoigner, partager et peut-être aider aussi à sortir de l’enfermement.
Affaire à suivre !

Madeleine

Être gay aux USA (une expérience personnelle) (Yves)

Après avoir vu « The Matthew Shepard Story » (Au nom de la haine) je m’attendais à tout en arrivant à Glencoe, ensemble de belles résidences perdues dans les bois, de la banlieue de Chicago. Mais le film raconte l’histoire d’un passage à tabac mortel en 1998 et dans le Wyoming (un des états du Midwest les plus arriérés). Vingt ans plus tard et dans le nord-est des USA je pouvais m’attendre à mieux, beaucoup mieux !
Nous sommes 12 nantais-es, dont le curé de ma paroisse, arrivés deux jours plus tôt dans la communauté épiscopale de Ste Elisabeth et nous assistons à un topo sur l’importance de la religion aux USA. D’entrée de jeu, Mark l’américain se présente :
« I’m gay and my husband is Jewish » (Je suis gay et mon mari est juif)
« Je suis gay et voici mon fiancé » (‘fiancé’ en français dans le texte)
« Et qui s’occupe des moutons ? Mon mari ! »
Mark est prof de science politique à l’université et chante à l’Église épiscopale (la version américaine de l’Eglise anglicane qui ne diffère que très peu du catholicisme à part la rupture avec Rome).
Dillan est séminariste et joue du piano et de l’orgue dans cette même communauté. Il achève ses études et devrait bénéficier du titre de pasteur épiscopalien l’an prochain.
Scott est pasteur dans une autre Eglise épiscopale que nous avons visité.
Et Daphne, qui a un délicieux mari, est pasteure de cette communauté très gay friendly.
J’avais d’ailleurs remarqué (sur Internet) qu’il y avait un drapeau arc-en-ciel flottant près du porche de l’église (remplacé par le drapeau tricolore pour notre arrivée). Mais en voyant le panneau « love wins » (l’amour gagne) le doute n’était plus possible : j’étais dans une paroisse inclusive.
D’ailleurs, Bernard me montre rapidement un autre panneau aussi explicite avec même un encart sur le « gender » avec ce sous-titre merveilleux : « The best thing about being a girl is now I don’t have to pretend to be a boy » (Ce que je préfère dans le fait d’être une fille c’est que maintenant je n’ai plus besoin de faire semblant d’être un garçon). On croit rêver !
Du coup, lors d’une rencontre à 12 (les 12 participants de ce voyage paroissial outre-Atlantique) et en présence de notre curé, de Daphne et de son mari, alors que nous parlions de nos impressions de la journée, j’ai lâché le morceau : « Vous savez tous que je suis homo et que je suis heureux d’être dans une paroisse où je suis apprécié pour ce que je fais et ce que je suis. Mais vous savez aussi que j’en parle très peu. Pudeur ou timidité – ou simplement parce qu’en France, on ne parle pas de ces choses-là, surtout au sein d’une paroisse. Alors il faut que je vous dise combien le coming-out spontané et devant nous tous, de trois de nos amis américains m’a ému et réchauffé le cœur. Je remercie Dapĥne d’être aussi accueillante à la diversité et bien sûr je vous remercie tous de me soutenir et de me garder votre amitié ».
Bon, je n’ai pas eu de grandes démonstrations d’affection, ni de confidence ce soir-là, ni plus tard d’ailleurs (ça ne se fait pas chez nous !). Seule Daphne est venue me serrer dans ses bras pour me dire combien elle était heureuse pour moi.
« I have a dream » je fais un rêve qu’un jour il sera aussi simple et banal de dire « Je suis gay », « Je suis lesbienne », « Je suis trans » que cette semaine où j’ai vu Mark, Dillon et Scott, bien dans leurs baskets, nous parler de leur identité sexuelle sans détour et sans gêne.

Yves

Rencontre avec l’imam Ludovic-Mohamed Zahed (Camille et Abdo)

C’est par un sentiment d’enthousiasme que commence ce weekend… Pendant quelques mois, nous avons pu prendre connaissance du travail et de la philosophie de l’imam et docteur en psychologie et anthropologie, Ludovic-Mohamed Zahed.
Enthousiasme donc, à l’idée de rencontrer un homme engagé qui défend un Islam progressiste et inclusif. Ludovic-Mohamed ZAHED voit en effet dans la présence des personnes LGBT+ au sein des mosquées un véritable enjeu, une chance, une possibilité d’ouverture et de progression. Car il n’y a pas d’Islam dans l’absolu, figé et immuable, témoigne-t-il. Il y a l’Islam tel qu’on le vit, tel qu’on le pratique et avec ce que chacun-e y apporte.
En ce samedi où la France se pare de jaune, nous sommes pluriel-le-s dans la salle de la Manu de Nantes. Adhérents de David & Jonathan (de Nantes et d’ailleurs dans l’Ouest), membres d’autres associations fédérées par Nosig (CLGBT de Nantes), ou invités à titre plus personnel. Notre rapport et notre intérêt pour la religion en général et l’Islam en particulier sont très variés. C’est notre désir d’apprendre, de comprendre, de nous ouvrir et d’évoluer dans nos conceptions qui nous rassemblent.
Avec beaucoup de simplicité et de naturel, de sérénité aussi, Ludivic-Mohamed dispense une parole précieuse. Témoignage d’une trajectoire toute singulière, récit d’une existence intense où les luttes se succèdent sans que le découragement ne triomphe jamais. C’est parce qu’il est aussi exigent dans sa quête de spiritualité que dans l’étude des sciences humaines que la parole de Ludovic-Mohamed ZAHED est si riche, éclairée, et nous invite à nous questionner.
Son engagement au sein de la société (fondation du collectif citoyen HM2F, Direction de CALEM…) témoigne de cette force d’agir et de répondre aux problématiques d’une époque et d’une multiplicité d’identités avec lesquelles il faut vivre. Car c’est possible ! Et c’est bien le message que nous entendons tou-te-s.
A l’issue de la présentation, les questions sont nombreuses et portent aussi bien sur les réalités géopolitiques qui agitent le monde que sur les combats et les déchirements intérieurs qui font le quotidien de certain-e-s…
Dans l’écoute et avec bienveillance, Ludovic-Mohamed Zahed suggère l’ouverture à l’autre mais aussi à soi-même, et nous rappelle avec justesse que, plus que des réponses clés en main, ce qu’on peut apporter à nos questions comme à celles d’un proche, ce sont des pistes de travail et de réflexion pour que chacun-e puisse avancer et vivre pleinement et réconcilié-e.

Camille

Pour écouter la présentation de Ludovic voir le lien suivant :
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/ludovic-zahed-conference/s-YlJ5E

Pour écouter le débat après la présentation voir le lien suivant:
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/debat-avec-ludovic-zahed/s-5wVtw

Le site de l’institut Calem créé par Ludovic-Mohamed :
http://www.calem.eu/francais2/

Impressions croisées des films « Girl », « Dilili » et « Le grand bain » (Madeleine)

Dans l’air du temps

Il se trouve que récemment j’ai vu successivement les 3 films à l’affiche en ce moment : « Girl« , « Dilili à Paris » et « Le grand bain« .
Je n’en ferai pas une critique approfondie mais comme ils ont résonné en moi dans la même chambre d’écho, je vais les envisager sous le même angle : celui de l’émancipation (individuelle et sociale).
Si les deux premiers peuvent s’inscrire directement (« Girl ») ou indirectement (« Dilili ») dans la mouvance LGBT, ce n’est pas le cas pour « Le grand bain ». Tous trois reflètent pourtant cette même aspiration à se libérer d’un carcan.
La nouveauté de « Girl » vient du fait que la transsexualité n’est pas ici remise en question, et du coup nous évite les traditionnels conflits familiaux, sociaux. Au contraire, c’est apparemment « acquis » pour le père, pour les encadrants de l’école, pour les jeunes élèves du corps de ballet. Tout le monde semble de bonne volonté à commencer par le père touchant de bienveillance, souhaitant, comme tout bon père, le bonheur de ses enfants. Ce qui malgré tout n’empêche ni l’agression (l’invitation guet-apens où la jeune Lara est contrainte à l’exhibition) ni la solitude fondamentale de l’ado en devenir.
C’est de cette bienveillance apparente ou sincère qu’elle doit donc s’affranchir, dans l’urgence de s’affirmer, dans son identité et dans son rapport à l’autre. Face à la lenteur médicale, c’est elle qui finalement décide de « trancher dans le vif » (et l’expression prend ici tout son sens) initiatrice et actrice de sa propre métamorphose.
« Dilili« , quant à elle, doit d’abord sortir du cadre indigène où la confine l’esprit colonialiste de l’époque. L’enquête policière où elle s’implique et qui constitue l’intrigue, suit en fait le fil rouge de l’émancipation : libération des fillettes précocement asservies, et pour elle-même, la quête devient parcours d’apprentissage.
Le Tout-Paris qu’on lui donne à voir et rencontrer n’a rien d’anodin. C’est même très orienté ! Eminentes figures féminines, personnages à la marge, couples d’artistes homosexuel(le)s. Un monde qu’elle n’est pas en âge de décoder (pas plus que les jeunes spectateurs, les références culturelles seront pour plus tard) mais dont elle peut capter le charme et la diversité.
On espère que la ritournelle ponctuant le film, celle qui unit « soleil et pluie » , « jour et nuit »  » et au passage « elle et elle » « lui et lui » tout aussi bien qu' »elle et lui », fera école dans les jeunes têtes pour une vie future sans a priori ni préjugés.
Tout autre est l’univers du « Grand bain« , comédie large public, et pourtant l’histoire à sa façon déconstruit aussi les stéréotypes, ceux d’une masculinité qui ne saurait se compromettre dans un « sport de tafioles » (la natation synchronisée).
Ils n’ont rien de glorieux ceux qui vont concourir, losers décadents, dépressifs et mal fichus, qui plus est entraînés par des femmes, elles- mêmes tout aussi cabossées par la vie (une alcoolo humiliée, une handicapée sadique) face à leurs adversaires, tous athlètes formatés en série. Ce qui rend la victoire tout aussi improbable que renversante , car tout s’inverse : l’imperfection, la fragilité assumées l’ont emporté sur l’académisme et la virilité de façade. D’un coup la dignité est revenue au coeur des actants et la vie peut se poursuivre autrement.
Ce final très attendu au terme d’une fiction « feel good » vient pourtant cueillir le spectateur (ni canon, ni champion!) au creux de ses failles. Il le réconforte dans son besoin de justice : pour une fois, le mérite est récompensé, dans ce monde de brutes où, dit-on, ne survivent que les plus forts.

Et que retenir au terme de cette mise en commun ?

Chaque film à sa manière retrace une émancipation, une libération vis-à-vis des vérités imposées de l’extérieur, celles qui maintiennent en tutelle les individus et les sociétés. Cinéma reflet social donc mais pas seulement. De façon plus générale, toute culture non inféodée est elle-même vecteur d’émancipation, dans la mesure où elle renouvelle ses paradigmes. Dépassant les lois du genre et s’affranchissant des représentations traditionnelles, elle révèle et préfigure parfois ce qui va devenir une autre réalité.

Madeleine.

« Girl » de Lukas Dhont (Téo)

Allez voir un film abordant le thème de la transidentité est toujours particulier pour moi. Je le sais, et même si l’héroïne est MTF*, cela va créer un écho à mon propre vécu. Et, si le personnage est FTM*, cela risque souvent d’être encore plus déstabilisant. Qui dit faire écho, c’est l’assurance que mon cerveau zappera plusieurs trucs à la première vision du film…juste pour se protéger, pour se donner une sorte de droit de retrait. Ainsi il m’aura fallu voir au moins 3 fois le film Tomboy  pour le voir vraiment et en entier !… Je ne pensais donc pas en allant voir « Girl » que ce film fasse exception à cette logique.
Ceci étant posé, voici donc ci-dessous les impressions que mon cerveau n’aura pas trop filtrées pour les laisser atteindre la pointe de ma plume.
Dés l’affiche, dés la lecture du  synopsis, j’ai senti une odeur de cliché : une personne trans MTF qui rêve (au hasard) de devenir une (jolie) ballerine…
Mais pourquoi pas… La faire rêver d’un avenir de pilier de rugby aurait sans doute été d’une autre manière plus déstabilisant… surtout pour les non initiés à la transidentité et les adeptes de la vision binaire des genres…
Pour commencer, faisons une revue en plan large de la situation de Lara adolescente transgenre en début de parcours de transition.
Côté médical, tout semble en apparence pris en charge avec respect, rigueur, attention et bienveillance.
Côté familial, tout semble accepté, acquis. Même si on aurait voulu en savoir plus sur sa mère invisible dont Lara prend régulièrement la place auprès de son petit frère.
Côté études, elle semble avoir sa place et être respectée dans cette école de danse même si on lui demande de faire doublement ses preuves avec des entraînements particuliers éprouvants pour mettre son corps au pas. On se demande même si la professeure n’y prend pas parfois un certain plaisir malfaisant…
Bref, tout est dans le « semble »…
Certes les fêlures familiales apparaissent lors de moments de tension entre Lara et son père quand les mots ne peuvent, ne veulent se dire, ni se confier. Peut être les relations avec sa mère auraient elles été plus aisées ? Mais n’est ce pas un peu comme dans toute famille où parents et ados naviguent ? Les petites fissures transpireront aussi dans les sanglots de Milo (le petit frère de Lara) qui un matin, énervé, l’appellera Viktor. Sans doute une envie irrépressible de se soulager d’un si lourd fardeau qu’on l’oblige de porter mais dont il n’a pas tous les codes, toutes les explications à hauteur d’enfant pour comprendre, pour digérer.
Mais revenons à la carrière de danseuse que Lara désire embrasser. On peut se demander pourquoi avoir posé son dévolu sur une telle carrière compte tenu de toutes les difficultés qui seront décuplées par sa transidentité… Challenge personnel ? Envie de se mettre en danger, d’éprouver sa féminité ? Quitte à devenir « pleinement » femme autant l’être jusqu’à la pointe du cliché ? L’amour de la danse doit s’imposer immensément à Lara, à son être tout entier pour engager son corps dans une telle galère. La danse apparaît alors à certains moments comme une activité d’automutilation (les pieds ensanglantés, les douleurs musculaires,…) pour faire « payer » son corps. Et cette discipline d’acier expose aussi dangereusement ce corps au regard et aux jugements de Lara, des autres et des miroirs. Alors un vestiaire, une douche deviennent des lieux hostiles que seul le refuge de sa chambre semble pouvoir apaiser pour un temps le soir venu. Chambre de décompression, bulle de protection après une journée confrontée à un monde où il faut toujours faire attention, se cacher où un seul regard peut paraître inquisiteur même dans les transports en commun.
A l’école, professeurs et élèves semblent pourtant avoir accepté sa différence même si on sent des regards interrogateurs qui disent parfois plus que les mots. Et, quand la violence des mots de certains élèves, des regards, des gestes, longtemps intériorisés, maîtrisés, « explose », les scènes n’en sont que plus violentes et insupportables. Prenons par exemple la soirée entre filles  lorsque l’une d’elles avec l’accord tacite de la meute oblige Lara à se dévoiler anatomiquement. On ne comprend pas pourquoi cette fille en arrive à une telle violence soudaine ou préméditée, ni pourquoi aucune autre ne s’oppose à ce « viol collectif », ni pourquoi Lara ne lui oppose pas un NON violent par les mots et voire même par les gestes ! …
Lara navigue ainsi entre envie de se cacher et envie d’exposer à elle-même et aux autres sa « féminité particulière » et ce même contre ses envies intérieures les plus profondes. Montrer sa féminité dont son corps prend pas à pas les formes et apprend jour après jour les codes avec la peur omniprésente de se sentir intruse, de ne pas être à la hauteur et que sa différence reste à jamais graver dans sa peau comme un graff indélébile lisible par tout autre.
Dans cet apprentissage, ses désirs et ses expériences sexuelles sont comme autant d’essais et pulsions plus ou moins incontrôlées, maladroites, perturbées et malheureuses dont on ne comprend pas toujours le pourquoi du comment. Peut-être le doit elle à son tumulte hormonal intérieur.
Mais quand la musique de ballet s’élève, quand les pas de danse reprennent alors, c’est comme si chaque pas, chaque pirouette, chaque pointe endurée entre sourire de façade et larmes de douleurs, avait pour Lara le pouvoir d’accélérer le processus de transformation de son corps, d’accélérer le temps qui s’écoule avant la promesse du scalpel à venir pour atteindre son inaccessible étoile de future danseuse étoile.

Téo

* MTF : transition Homme vers Femme
*
FTM : transition Femme vers Homme