Archives de catégorie : ARTS ET CULTURE

Premier café littéraire (mais pas que…) par Camille

A l’heure où l’équipe de France chaussait ses crampons pour la demi-finale, nous nous sommes retrouvés pour une première : un « café littéraire » où chacun-e était invité-e à présenter un livre ou un film au groupe. De quoi piocher quelques bonnes idées pour cet été…
Ce fut un moment très convivial, sous forme d’apéro partagé… L’occasion aussi de mieux connaitre trois nouveaux venus (Catherine, Jérémy et Jérôme) ; le petit nombre de participant-e-s favorisant la discussion…
Voici les œuvres qui ont nourri les échanges de ce premier café littéraire (mais pas que…) :

Nos vaches sont belles parce qu’elles mangent des fleurs…
Livre de Paul Bedel Ed Albin Michel
(par Catherine)

L’auteure (Catherine Boivin) a pour projet de mettre en écrit le plus fidèlement possible des récits, paroles et remarques de personnes de tout horizon pour leur donner un moyen d’exprimer leur vision du monde, leurs expériences. C’est pourquoi l’oeuvre est présentée avec le nom de la personne et non celui de l’auteure. Ici, il s’agit de Paul Bedel, un agriculteur solitaire qui nous transmet avec des mots simples et beaucoup de poésie son amour de la nature, de l’essentiel.

Désobéissance
Film de Sébastian Lelio ¹ (2018)
(par Jérémy)

Il s’agit de l’adaptation du roman « La désobéissance »². Au sein de la communauté juive orthodoxe de Londres, le décès du rabbin conduit sa fille partie à cause de son rejet de cette société à revenir. Elle retrouve son cousin avec qui elle a grandi, marié à la femme qu’elle a elle-même aimée en cachette dans sa jeunesse. Pour cette dernière devenue une épouse et une femme rangée, les sentiments remontent alors à la surface. Un choix va s’imposer: partir avec elle ou rester avec lui…

¹ En 2017, Sébastian Lelio avait réalisé « Une femme fantastique« 
Les impressions de Téo sur ce film

² « La désobéissance » de Noami Alderman (Ed Livre de poche)

Les jonquilles
Poème de W. Wordsworth
(par Yves)

Un poème emblématique de la littérature anglaise. Avec son amour pour cette culture, Yves nous a lu ce court poème et nous a expliqué la résonance qu’il a pour lui, le tout joliment agrémenté de photos de la région des lacs en Angleterre où notre DJiste est allé randonner récemment et où le fameux poète a sa sépulture.

Le poème écrit en anglais et sa traduction en français :
http://www.crcrosnier.fr/mur3/peu3/wordsworthw3.htm


Love, Simon

Film de Greg Berlanti (2017) 
(par Jérôme)

Dans un style américain, cette comédie témoigne de la possibilité de faire un film gay et joyeux. Le jeune Simon dont la vie est parfaitement heureuse n’en couve pas moins un secret: à l’heure des premières amours, c’est sur les garçons que se concentre son attirance. Il tombe sous le charme d’un inconnu sur internet et devient victime d’un chantage. Toutefois, ses amis vont le soutenir.

Les garçons de l’été
de Rebecca Lighieri, Ed POL
(par Camille)

Une famille vit dans un véritable état de grâce; deux garçons surfeurs brillants et superbes, une fille précoce et des parents aimants. Tout pour être heureux, mais… A la faveur du récit (assumé par les personnages à tour de rôle), on découvre des failles, jusqu’au drame: l’un des fils perd sa jambe dans une attaque de requin à la Réunion. Le jeune homme devient alors de plus en plus mystérieux. On glisse dans le thriller et on reste en haleine jusqu’à la fin, dans la chaleur troublante de l’été.

Camille

Le poème de Pierre-Hugues (Jar 2018)

Qui sème ?

C’est ainsi que le vent sème
Que l’abeille abandonne sa part du pollen

Le chant de la source
Comme celui de l’oiseau
Peut-il s’arrêter
Lors même que demeure l’été ?

C’est ainsi que l’ombre du chêne
Sur le sol autour de moi domine

Et le soleil lui-même
Emprunte à l’univers
Sa puissance de feu

Il n’est qu’une étincelle pourtant
Au milieu du tout et du temps

C’est ainsi que le vent sème
Mille escarbilles de graines
Que la terre s’enorgueillit
D’être nourricière
Que s’ouvre une fleur
Au bonheur d’un papillon

C’est ainsi que tourne le monde
Pour faire les jours en la ronde
L’un après l’autre toujours

C’est ainsi que les gens s’aiment
Comme le vent fait son métier
Le blé son épi
L’abeille notre miel
Et le printemps prépare l’été

C’est ainsi que le vent sème
Et nous
Nous qui sommes
Des femmes et des hommes
Qu’avons-nous vraiment semé?

Piero de la Luna
Bonneuil-Matours 19 mai 2018

Le pari de la transparence (Madeleine)

Dans la série : « je mets tout sur la table », voici que se manifeste , là où on ne l’attendait pas (et sur un tout autre plan que le simple déballage) le philosophe Alexandre Jollien lui-même.
C’est à la fois une totale surprise et un vrai bonheur de lecture.
Aux dernières nouvelles, on savait qu’il était parti en Corée parfaire sa formation spirituelle avec un maître bouddhiste. Au retour, un événement l’a totalement bouleversé et a failli lui coûter la vie.
C’est ce qu’il raconte lui-même dans l’interview parue dans Psychologies du mois de juin 2018.
« J’ai vécu un événement qui m’a déboussolé et pour tout dire, qui a failli me perdre : je me suis épris d’un homme. La chose est banale somme toute. Sinon que cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité. Bref, dans la honte. Après 3 ans de méditation intense et quotidienne, voilà que je vivais l’attachement radical. Cela peut sembler dingue ! »
Au passage, on note avec soulagement la « banalisation » de l’amour pour un autre homme. Ce qui fait problème apparemment, ce n’est pas tant l’amour en soi que son excès, la passion avec sa prégnance psychologique et son aliénation.
Amour, passion… qu’est-ce qui au juste se manifeste et se joue derrière ces mots ?
Au cours de l’interview son récit rétrospectif fait apparaître d’emblée toutes les caractéristiques du désir, soit :
l’irrationalité (voire son caractère inapproprié)
« Peut-on jamais savoir où nous porte le désir ? J’ai été attiré par cet homme. Pourquoi ? Comment ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que ce corps dans sa beauté et aussi sa capacité à plaire aux femmes a suscité un grand chambardement…
…Je sentais le gouffre séparant cet homme au physique d’athlète et qui semblait loin des soucis, et moi qui m’étais réfugié dans une orthopédie de l’âme pas très efficace. »
la représentation idéalisée
« Me fascinaient chez lui, cette aisance, cette légèreté devant la vie, ce corps qui semblait tout-puissant. Il était si à l’aise avec les filles, si ancré dans la vie qu’il réveillait en moi une jalousie pleine d’illusions. »
l’intensité (renforcée par l’inaccessibilité) et l’insatiabilité
« Rentré en Suisse, nous nous skypions régulièrement, jusqu’au jour où je ne sais par quel hasard, il a foncé sous la douche. Ce corps apparemment parfait m’a ébloui jusqu’à l’obsession, jusqu’à susciter un désir quasi cannibale, insatiable. Ces skypes sont devenus le terreau d’une addiction du tonnerre de Dieu. »
le trouble et l’aliénation
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va mal…Le premier pas pour s’extraire de cette passion triste, l’étape cruciale, c’est déjà de reconnaître que ça ne tourne pas rond et qu’on est tombé dans l’esclavage. »
Quand liberté, intégrité sont ainsi menacées, quels moyens pour se défaire de l’emprise ?
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va furent pour Jollien les étapes du retour à l’autonomie ? »
« M’entourer d’amis dans le bien et ainsi, faire éclater le monopole de l’attention que je confiais à L. Puis parler, ouvrir, me confier. D’abord pour constater que ce que je vivais n’était pas si dramatique : je l’ai compris en me rendant avec un ami à un réseau des Dépendants affectifs anonymes…
…Parler aussi pour déculpabiliser et lever le voile de la honte.
A la notion de lâcher-prise, je préfère celle de « déprise de soi »… l’une des clés du détachement consiste sans doute à se défaire du souci de l’image de soi, à se délester du poids du qu’en-dira-t-on.
Revenir à soi, non sur un mode égotique, mais pour descendre au fond du fond, au-delà des rôles et des illusions…
Le défi majeur, c’est de se demander : qu’est-ce qui détient la télécommande de ma vie ? A qui, à quoi je confie le pouvoir de me faire vivre l’enfer ou le paradis ? A une personne ? Au jugement d’autrui ? A l’avidité ? A la haine ?… »
Au final, amour ou désir ?
« Je ne sais si j’aimais ce garçon. Je voulais plutôt avoir ce corps d’athlète… Je souhaitais plus être à sa place que je ne le désirais lui. Quoique au coeur de l’intime, les deux peuvent se mélanger. »
Et que retenir de cet épisode ?
« Cette « cure » m’a montré qu’au coeur de l’attachement il n’y a absolument rien à faire. La volonté est impuissante,ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser des actes…
Surtout j’ai appris que l’on peut arriver au point où aucune issue ne semble possible hormis le suicide, et cependant finir par s’en sortir . Cet épisode aujourd’hui derrière moi a été un cadeau, une sorte de baptême du feu, une école du détachement. Oui, la joie peut revenir après les zones de turbulence… Je crois que le véritable lâcher-prise , ce n’est pas tant liquider tous les problèmes, mais expérimenter que l’on peut composer avec le chaos, les passions, les déchirements. Au fond, c’est accepter le tragique de l’existence. »
Et pourquoi cette révélation publique ?
« Pour montrer l’envers du décor et oser la transparence. Peut-être que l’image erronée du « philosophe handicapé qui s’en est sorti » reste un cliché rassurant. Il faut faire œuvre de vérité, au risque de décevoir…
La notoriété tient avant tout du malentendu. Un jour où je venais de voir un escort pour justement durant de brèves minutes comparer nos deux corps, une femme m’a hélé dans la rue :
« Alexandre, comment fait-on pour être heureux et vivre en joie ? »
« Elle demandait cela à un paumé qui venait de payer un homme pour s’assurer qu’il n’était pas répugnant. »
.Plus profondément, j’ai voulu montrer aux personnes qui vivent l’addiction que ce n’est ni une tare ni une fatalité. Enfin pour donner à qui le souhaite des outils pour cheminer vers la « sagesse espiègle », celle qui consiste à accepter le chaos au-dedans comme au-dehors. »

« il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse« . Cette phrase de Nietzsche a été mon viatique . »

Message reçu. Voilà au moins une mise à nu qui grandit son homme et qui nous touche au coeur en faisant écho, d’une manière ou d’une autre, en nos propres vies.
Tous un jour ou l’autre, et pour X raison, nous pouvons tomber et dans le chaos émotionnel, nous retrouver au-delà de nos certitudes et catégories, démasqués, déboussolés et détruits. Savoir que d’autres et non des moindres, en sont passés par là nous rassure et nous rassemble dans la même humanité.
Gageons qu’après ce pari de la transparence, le lectorat de Jollien (un livre paraîtra cet automne) s’en trouvera accru.
Nous n’avons que faire d’icônes figées. Nous avons besoin d’humains qui nous montrent leur chemin. Les meilleurs guides et compagnons de route ne sont-ils pas « ceux qui ont le courage et la lucidité de se savoir eux-mêmes en chantier ? »

Madeleine

N.B. : J’ai fait le choix de reproduire presqu’in extenso la parole d’Alexandre Jollien, tellement elle est belle et signifiante. Toutefois ce texte n’est pas un copié-collé, c’est la reprise synthétique et analytique de l’interview dans le magazine « Psychologies »n°386, pages 16 à 21.
J’espère en avoir restitué l’essentiel.

Critique de « Play boy » Constance Debré Ed. Stock (Madeleine)

La peau sur la table

Le 30 mai dernier, le « prix de la Coupole » 2018 * a été attribué à Constance Debré pour son roman « Play boy » paru en janvier chez Stock.

De quoi s’agit-il ?

En lecture rapide, l’histoire d’un coming-out assorti de scènes d’amour en termes crus. (cf. l’extrait supposé vendeur de la 4ème de couverture)
S’il ne s’agissait que de cela, on en a lu d’autres !
L’intérêt vient ici de ce que le passage de l’hétéro à l’homosexualité suscite un mouvement iconoclaste tel qu’il balaie tout sur son passage en faisant table rase d’une vie classique et programmée.
Révolution personnelle donc qui laisse le champ libre à une vie réinventée, à la quête et reconquête de soi.
Récit d’émancipation qui se présente fragmenté, sorte de Légo, fait de chapitres courts et phrases coups de poing qui fracassent les représentations traditionnelles : mariage, famille, classes sociales, relations amoureuses et genre.
Que tout vole en éclats, rien d’étonnant , la faille est déjà là, dans la dualité originelle de l’identité, fille avec des goûts et des envies de garçon et plus encore : « A 4 ans, j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après , c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.« 
Et de virer alors sa « panoplie de fille » pour retrouver l’androgynie de base, ce qu’elle appelle le style « neutre » celui qui lui correspond et « qui va avec tout« .
Dualité encore des origines familiales avec « un pied dans la bourgeoisie,l’autre dans la dèche« , en ligne directe de parents à la fois « bourges et toxicos » . Père camé, mais grand-père ministre…
Et de torpiller le clan ultraconservateur des Debré : « Chère famille paternelle, un peu cul serré… et lui le grand homme, tsoin, tsoin…« , « le grand-père que personne n’a jamais oser emmerder tellement ils avaient tous besoin de sa grandeur… »
Le mariage ? Son mariage ? D’un ennui fondamental ! « C’est la base de la vie de couple de s’emmerder. La vie de couple et la vie tout court ».
Et avec un enfant, c’est encore pire. Avec la nécessité du frigo rempli, même plus de « place pour le vide », soit vacance et liberté.
Dérision qui va jusqu’au cynisme quand elle évoque sa profession d’avocate : « Secouer les pauvres jusqu’à leur faire cracher des billets. De toute façon leur vie était foutue. Moi j’avais besoin de garder ma Rolex« … « J’aime les coupables, les pédophiles, les voleurs, les violeurs, les braqueurs, les assassins. C’est pas qu’ils soient coupables qui me fascine , c’est de voir à quel point ça peut être minable, un homme »
Nous voilà au fin fond de la désillusion, façon Céline.
Et au terme de ce jeu de massacre, que reste-t-il ? L’amour rédempteur ? Même pas. Certes, il y a la rencontre du féminin, élément fondateur de la transgression générale : « Ma première dérogation, c’est elle« . Mais la femme aimée (?) n’est qu’un moyen : « J’avais décidé que ce qui pouvait arriver entre elle et moi était la chose la plus importante de ma vie. Ce qu’elle était ne comptait pas »
L’amour se confond avec le désir et le désamour avec son épuisement.
C’est à la fois « la fête et le désastre« , l’un et l’autre vécus en toute connaissance de cause, avec pour seule boussole sa propre personne : « Moi je suis innocente, moi je suis la pureté, le Bien incarné. Mon secret, l’égoïsme. Totalement, parfaitement, égoïste. Pour mon bien et celui des autres. »
On peut être agacé, et il y a de quoi, par tant d’auto-complaisance et forfanterie. Révolte de bobo qui lève le poing avec une Rolex au poignet… On a déjà connu ces enfants gâtés crachant dans la soupe, révolutionnaires en peaux de lapin, déterminés à changer la vie, mais prompts à rentrer dans le rang après avoir pris la pose.
Cela dit, derrière la provoc étalée et les constants paradoxes, on peut aussi reconnaître au personnage, la franchise, certain degré de lucidité et le mérite de l’autodérision. Ainsi : « Je suis riche, elle est pauvre. C’est pour ça que je vais gagner. C’est obligatoire. Les riches gagnent toujours et les pauvres crèvent toujours…. Je suis née comme ça , c’est dans mon ADN…On n’a pas besoin d’argent quand on est riche. On n’a pas besoin des autres quand on est riche. On n’a besoin de rien quand on est riche. C’est une question de honte qu’on n’a jamais. »
Ni honte, ni sanction (« Un bourgeois, ça ne fait pas de taule« )
C’est aussi grâce à cette impunité que parfois les enfants gâtés font bouger les lignes, si l’on pense aux Amazones des Années Folles (Barney et consœurs) riches héritières, socialement intouchables, pouvant se permettre de vivre en pionnières, « selon leur nature ».
Au final, qu’on apprécie ou non, on a affaire à quelqu’un qui s’est cherché une écriture pour dire autrement l’enfermement social et le vide existentiel . Autrement encore, l’ardeur amoureuse par un langage cru à la trivialité assumée, et qui implique de s’exposer sans fard. Sans doute s’est-elle appropriée la phrase de Céline (citée dans une récente interview)

« Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien.« 

Madeleine

* précédents lauréats, entre autres :

Frédéric Mitterrand : « Mauvaise vie »
Pierre Bergé : « Lettre à Yves »
Virginie Despentes : « Vernon Subutex »
Fabrice Luchini : « Comédie française »

Le poème de Jean-Marc (Jar 2018)

Je suis parti en vacance à Lannion..
Avec ma copine Marion.
Séjour choisi dans le catalogue Evasion.
Qui organise des voyages
C’est une association.
On paye chaque année une cotisation.
Nous avons choisi une résidence en location.
Tous près de beaux pavillons.
Pour le voyage nous avons pris l’avion.
Nous avons terminé le voyage en camion.
Durant les vacances nous avons fait des excursions.
A la plage nous avons vu quelques scorpions.
Au bar nous avons pris une collation.
D’autre on bu des grandes tasses d’infusions.
Nous avons visité d’admirables expositions.
On pouvait voir de jolis champignons.
Trouvés dans la région d’Avignon
.Et aussi des fleurs de la passion.
Qui provenaient de la région du Roussillon.
J’ai regardé un reportage sur les arbres en floraison.
Puis des images de volcans en fusion.
A la tombée de la nuit de belle et jolies illuminations
Qui m’on procuré beaucoup d’émotion.

Jean-Marc

 

« Chrétiens homosexuels en couple, un chemin légitime d’espérance » de Michel Anquetil – Ed Edilivre

Le thème du livre :
De nombreuses personnes homosexuelles chrétiennes se voient critiquées, rejetées, au nom de la foi chrétienne ou ne peuvent s’en tenir à la doctrine catholique. Cet essai vise à les aider à trouver leur voie, à former leur conscience morale, en leur donnant quelques éléments pour une décision personnelle qui leur appartient en tout état de cause. Après un parcours biblique renouvelé et une analyse de cette doctrine, il pose les conditions d’une vie de couple qui soit chemin de maturité humaine et évangélique, en montre la dignité et la richesse symbolique. L’essai propose ainsi à ces personnes la vie de couple comme un choix possible, moralement légitime et exigeant, ouvert à la joie et à l’espérance chrétienne du salut. iI s’agit au final de vivre bien dans une confiance totale en Dieu.

L’auteur Michel Anquetil :
Catholique pratiquant, diplômé d’une maitrise en théologie, l’auteur a une longue expérience du milieu homosexuel chrétien pour lequel il anime diverses sessions et groupes de partage, notamment entre couples de même sexe. Il est membre de l’association David et Jonathan et ami de la Communion Béthanie. Il est lui-même engagé dans une vie de couple avec son compagnon depuis plus de trente ans.

Le livre est actuellement en vente en ligne chez l’éditeur
www.edilivre.com/chretiens-homosexuels-en-couple-un-chemin-legitime-d-esperance-m.html/
ou chez votre libraire habituel et le sera à partir de fin avril 2018 chez Amazon, Cultura, Fnac, Chapitre etc…

« Arnaud Beltrame, héroïsme de l’espérance » chronique de Bruno Frappat (journal La Croix le 28/03/2018)

   « Héros ». Toute la France n’aura eu que ce mot à la bouche et dans le cœur à propos du sacrifice du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, honoré par la République, un mercredi gris, du Panthéon aux Invalides.
Quelques jours plus tôt, dans le très paisible département de l’Aude, il avait fait face à un terroriste islamiste durant trois heures après s’être offert comme otage lui-même en échange de la libération d’une caissière du Super-U de Trèbes. Finalement, le « fou d’Allah », meurtrier et suicidaire, se voyant déjà « martyr » au nom de sa foi, tira sur le gendarme avant de l’achever en l’égorgeant. La leçon de courage d’Arnaud Beltrame avait sauvé une vie mais il avait dû pour cela faire don de la sienne.
Alors la France entière avait compris et admiré qu’il subsistât en elle, caché au fin fond de l’anonymat d’une gendarmerie reculée, de telles capacités d’altruisme, de bravoure, de sens de l’autre, de prise de risque. Et cela, en effet, allait imposer ce mot de « héros » parcourant aussitôt tout le pays, comme une traînée de lumière.
De quoi, assurément, redonner foi en l’homme, en tout homme qui, pris dans les aléas de la vie en société « terrorisée » serait capable de puiser au fond de son mental la force de résistance à l’oppression de la terreur et à la haine.
On apprit assez vite qu’Arnaud Beltrame était un chrétien convaincu et brûlant depuis peu d’années d’une foi ardente. Il y avait sûrement puisé quelque chose. Mais l’Église et les autres chrétiens allaient-ils s’en glorifier, se parer eux-mêmes du manteau de son courage et lancer aux populations : « voyez comme nous sommes » ? Tirer à eux la gloire de son courage et, dans un souci de prosélytisme de très mauvais goût, présenter le lieutenant-colonel comme le comble du catholique d’aujourd’hui ?
Passé le moment de cette tentation de propagande autour de sa foi, on comprit, à quelques exceptions près, qu’il y aurait très mauvais aloi à risquer la comparaison entre deux manières de croire en Dieu. Entre celle qui prétend tuer au nom du Très-Haut et celle qui affirme au contraire que donner la sienne pour autrui plaît au Créateur de toute l’humanité. Le sacrifice de soi valant plus à ses yeux que le sacrifice des autres.
Comment cacher que cet épisode redonna foi en l’homme ? Au moment où l’humanité se cherche en tous sens des raisons de croire et d’espérer au-delà de la satisfaction de ses petits besoins quotidiens, il est bon, il est sain, il est beau que des héros comme Beltrame nous appellent à réfléchir au sens supérieur d’une vie.
Nous étions là à nous morfondre, à ronchonner contre le mauvais temps qui paraît s’être installé pour l’éternité au-dessus de l’Hexagone, nous ne cessions de protester contre des broutilles et des affaires minimes, râlant les uns contre la limitation de vitesse ou la suppression partielle de la taxe d’habitation, les autres se passionnant pour les conditions douteuses du financement d’une campagne électorale vieille de onze années. Nous étions plantés devant nos téléviseurs ou nos écrans de « réseaux sociaux » priés de choisir entre les héritiers de Johnny Hallyday, l’idole que nous nous étions donné il y a trois mois. Nous doutions de tout, nous avions peur des Russes et de leurs piqûres fatales, des Chinois et du rouleau-compresseur de leur prospérité (nous qui, enfants, étions incités par nos mamans à tricoter des carrés de laine pour fabriquer des « couvertures pour les petits Chinois »…)
Nous en avions assez des impôts. Nous avions peur de tout, de la grippe, du sida ou d’Alzheimer. Nous étions exaspérés par les incivilités des « djeunes » dans les transports en commun. Nous désespérions de l’avenir de l’humanité, Il n’y aurait bientôt plus même de chants d’oiseaux dans les arbres de nos forêts aux ramures étiques. Le transhumanisme répandait ses fantasmes douteux de victoire sur la mort. Nous ne croyions plus à grand-chose, pour dire le vrai. La religion délivrait, univoque et automatique, ses discours d’espérance comme sur le tapis roulant d’un supermarché défilent les produits de première nécessité. Bref, tout allait de mal en pis. La mort rôdait, en tout cas, elle se rapprochait de nous. Nos vieux étaient mal gardés, ils dérangeaient. Noir, tout était noir. La désespérance était partout derrière chacune de nos portes. Il faisait froid sur l’humanité, noir dans les cœurs, glauque dans les distractions. L’humanité allait à sa perte.
Et puis, tout à coup, au fond de cette constante laideur des jours, noirceur de l’actualité, une petite lumière, cet héroïsme, cet éclat de bravoure et d’humanité. Ce grand geste du gendarme inconnu la veille venait nous alerter sur la vraie hiérarchie des valeurs, ces fameuses valeurs dont nous parlons d’autant plus volontiers que nous n’y croyons guère.
Le courage du gendarme offrant sa vie pour protéger une innocente, nous devions en élargir la dimension à celle de toute l’humanité tenaillée par l’angoisse de mourir et de la violence. Il ne se doutait pas, le gendarme, que nous tirerions de son action de telles leçons. Il nous avait offert une sorte de résurrection de l’humain dans la pagaille des jours médiocres. Il avait posé sur nos chemins un petit caillou baptisé espérance.
L’espérance comme folie, comme une volonté, comme une décision et non comme un donné. À nous de la construire quand tout a l’air de s’effondrer, quand la malfaisance et l’égoïsme semblent partout régner. Quand la laideur nous coupe les bras et les ailes. L’espérance, non pas comme un cadeau ou un dû mais comme l’œuvre d’une volonté d’homme.
Cette leçon de mort était une leçon de vie.

Bruno Frappat

La chronique de Bruno Frappat a été publiée sur le site internet du journal La Croix le 28 mars 2018.

https://www.la-croix.com/Debats/Chroniques/Arnaud-Beltrame-heroisme-lesperance-2018-03-28-1200927407

Critique du film « Call me by your name » (Madeleine)

Eté 1983. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans la belle villa ancienne que possèdent ses parents en Toscane. Adolescent doué, proche de ses parents, apparemment bien sous tous rapports et dans la norme avec une potentielle petite amie de son âge, mais en fait encore innocent en ce qui concerne les choses de l’amour.
Arrive Oliver, un bel américain venu préparer son doctorat auprès du père d’Elio, spécialiste de l’histoire gréco-romaine. Entre le jeune aîné séduisant, sûr de lui et l’ado qui se cherche, c’est l’attraction, l’éveil du désir et finalement la révélation censée « changer toute une vie ».
Avec la caution intellectuelle de James Ivory au scénario, le film a tout pour susciter les louanges d’une critique prompte à encenser a priori tout ce qui traite de l’ambiguité ou de la marginalité sexuelle.
On sublime des images qui frôlent le roman-photo : la Toscane , bel écrin d’une romance gay. Mais même si c’est le plein été et l’Italie, la dolce vita tourne à l’ennui parce que de balade à vélo en plongeon dans la piscine, on n’avance guère, tout reste approximatif et superficiel, l’émotion n’est pas là. Plus explicite, et même un peu trop, la remontée de l’éphèbe sorti du fleuve, comme métaphore d’un amour ( « amour grec » évidemment) qui peine à se faire jour. On ne dépasse guère le cliché, on l’outrepasse même. L’américain se la joue un peu trop beau gosse hollywoodien qui nage aussi bien qu’il danse.
On devine que sa joie de vivre toujours surjouée (cf. sa prestation sur la piste avec partenaires féminins) cherche à donner le change et ne tiendrait pas la distance.
Nous sommes dans les années 80 (les constants bermudas sont là pour nous le rappeler) et les amours homosexuelles ne peuvent se vivre qu’à la marge. Après une approche des plus laborieuses, le couple naissant ne peut vivre sa lune de miel que dans une sorte d’enclave espace-temps hors du cadre familial et de la réalité du quotidien.
Episode concédé comme un écart passager avant que tout ne rentre dans l’ordre. Le bel américain a, sous le coude, une fiancée qui l’attend depuis 2 ans (dans la tradition juive, on le devine, du mariage arrangé avec une femme soumise). Souci du film de montrer les limites d’une époque ou prudence d’un scénario (le film est produit par un studio américain) qui reste aussi dans les limites du politiquement correct ?
Morale de l’histoire enfin : devant le désarroi du jeune initié et rapidement abandonné, il y a cette parole du père , profonde et universelle « On n’a qu’un coeur et qu’un corps pour toute la vie », soit un coeur à ne pas trop vite désenchanter, et un corps dont la séduction prendra fin.
Acceptation de la vie donc, avec ses risques et ses limites. Belle leçon d’épicurisme qui peut toucher en effet,mais qui aurait mérité un meilleur préambule.

Madeleine.

Exposition multi arts chez Jacqueline (par Sophie)

Un beau moment de vie

L’idée de Jacqueline, et l’énergie mise dans sa réalisation aidée de Pierre-Hugues, de proposer à différents ami(es) artistes, DJistes ou non, d’exposer leurs œuvres chez elle, fut séduisante et attrayante.
Quelle belle respiration d’air chaud en plein hiver !
Ce fut beaucoup plus intense en humanité que ce que l’on voit habituellement lors de vernissages, souvent superficiels et surfaits il faut l’avouer.
Ce qui s’est dégagé de moi ce jour-là fut plus profond encore que l’admiration des œuvres elles-mêmes. Ce fut cette sensation surprenante de la présence créative des êtres et pas seulement de ceux ou celles qui exposaient.
A voir, écouter, toucher, presque sentir les perles de créativités, ces pièces uniques : Ikebana, photo, peinture, sculpture, poème, musique, boiserie,… permettait de laisser surgir en tous, leur facette créatrice, celle que nous possédons tous. D’autres auraient pu partager leur art particulier et différent : l’art du chant, du théâtre, l’art des instruments de musique…
« L’atmosphère d’art » était palpable, au-delà des créations elles-mêmes.
J’ai retrouvé avec étonnement, des amis que j’ai connus lors de réunions de travail dans une association d’Eglise. Je ne connaissais d’eux que leur facette « intellectuelle » théologique, analytique, observatrice. Nous ne savions ni les uns ni les autres que nous étions peintres ou poètes « en dehors ».
Ces amis du travail difficile et mental, ils écrivent l’amour, la joie, la beauté ! Là, on était dans un tout autre registre que la réflexion et l’analyse.
Quelle aération ! Quelle découverte !
Pour moi-même, en faisant jaillir cette part inconnue de mon potentiel peinture, j’ai pu découvrir ces instants de « non-pensée ».
Mon professeur a un livre qui s’intitule : « Peindre avec mon cerveau droit ». Ce cerveau de l’intuition, de la créativité, de l’émotionnel, du ressenti, de la relation, là où nous éprouvons les choses et les êtres plutôt que les « penser ».
La « non-pensée », c’est donc cela : laisser le cerveau gauche en latence, en sourdine, lui qui est le maître de la logique, de l’analyse, de la compréhension, de la capacité à se questionner et à anticiper.
Nos deux cerveaux, celui qui calcule et maîtrise et celui qui ressent et créé, sont bien sûr en interaction permanente.
Ces quelques heures chez Jacqueline, à ainsi voir, entendre, ressentir ce qui était là, c’était presque « respirer ce qui sort de l’autre ». Ce souffle que l’autre a laissé jaillir, et réciproquement celui qui regarde laisse émerger sa part à lui.
Alors oui, j’ai savouré ces moments de vie, où rencontrer l’autre par l’intermédiaire de ses talents communs et mutuels, c’est éprouver l’autre, le ressentir. C’est au niveau du cœur.
C’est un autre registre que le travail de réflexion, de compréhension, de thème et de sujet aussi profonds soient-ils. Et aussi respectueux que soient les échanges, nous sommes là dans le « je pense » du cerveau gauche et toute sa panoplie de « je sais », « je convainc », « j’interprète », « je projette », « je traduis », « j’ai raison », « je juge ».
La joie d’être en lien par l’art, pour l’art, c’est cette légèreté, cette communion du « ressentir », où il n’y a rien, ni à penser, ni à analyser ! (Le siège de l’intelligence, pour la bible, est le cœur. On l’oublie en Occident où le cerveau est réduit au quotient intellectuel).
Oh que je rêve de contacts humains où nous serions, comme pendant ces deux jours hors du temps, à parler à l’autre avec notre « cerveau droit », en mode « cœur », avec notre quotient émotionnel plutôt qu’avec notre quotient intellectuel.
Quitter les « je pense que » qui se traduisent si souvent par « je pense à ta place », pour parler en « je ressens que » là où il est impossible de dire ou d’entendre « je ne suis pas d’accord avec ce que tu ressens » !
L’ordinateur n’aide pas à cela ! Et si nous nous écrivions des cartes postales ?
Oui, l’art nous apprend à cela, et, ce week-end-là, je l’ai ressenti jusqu’au plus profond de mon âme et je me suis sentie très bien.

De tout cœur, Merci Jacqueline.

Sophie

« Marvin ou la Belle Education » d’Anne Fontaine (2017)

A propos de Marvin

   Le film, libre adaptation du fameux livre d’Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule » ¹ a été précédé d’une réputation peu flatteuse , avec des critiques partagées : « A voir » (Le Monde) « C’est raté » (Libération).
Entre les deux, il y a le « globalement réussi » auquel je souscris.
Reconnaissons d’abord la justesse de la transposition. Si le scénario reprend l’idée d’un mauvais départ dans un milieu culturellement défavorisé, il fait passer l’ascension sociale du jeune garçon, non par l’écriture comme dans le récit, mais par l’initiation théâtrale, ce qui est tout aussi crédible et beaucoup plus « scénique ».
Par ailleurs, la force du film vient aussi de sa construction par allers et retours entre l’enfance humiliée et les étapes d’une vie qui se réinvente au fil des découvertes et des rencontres.
Subtiles superpositions de visages et de scènes dans la cohérence d’un cinéma intérieur…
A propos de scènes justement, on a reproché à la réalisatrice son parti-pris caricatural, la stigmatisation des couches populaires : « monde de brutes« , « salauds de pauvres« , « des Groseille pas drôles » avec en parallèle le milieu « branchouille » des « gays friqués« , superficiels et volages.
Mais, comme dans le livre (avec l’auteur qui ne mâchait pas ses mots) rien n’est gratuit, il s’agit de montrer pour démontrer , ce qui implique une certaine stylisation.
Par ailleurs, on peut voir les choses autrement.
Il y a d’abord d’indéniables beaux personnages tout en finesse et sensibilité (la Principale du collège, le metteur en scène) servis par d’excellents comédiens.
Ensuite, la réalité est plus complexe qu’elle ne se donne à voir : le brillant couple d’artistes gays, en se défaisant brusquement, révèle sa banale humanité, le dandy (Charles Berling) a sa part de mystère, et dans les replis du gros porc incarné par Gadebois, se cache un fond de tendresse.
Enfin et surtout, même si le trait est appuyé, les personnages ne sont pas figés. Ils bougent, ils évoluent parallèlement à la métamorphose du héros qui finalement ne se sauve pas tout seul.
Le transfuge social est souvent rejeté par la cellule familiale qui se sent trahie, mais il arrive qu’il devienne un facteur de prise de conscience et de changement allant de pair avec une forme de reconnaissance. Ici, c’est la sœur qui s’en fait le porte-parole : « Il est fier de toi » dit-elle en parlant du père. Laquelle fierté ne sera jamais explicite. C’est dans un discret mais significatif changement de vocabulaire qu’il faut décoder le repositionnement intérieur.
Au lieu du mot « pédé » autrefois éructé à tout bout de champ ( l’insulte qui condamne l’enfant à être une cible, qui bouche son avenir , à partir de quoi l’adolescent devra se reconstruire) le père retrouvé in fine, bredouille le terme « gay », politiquement plus correct, l’évolution sociale étant aussi passée par là.
Le film devient comme un prolongement du livre, en s’inscrivant dans les dernières avancées sociétales (« maintenant que vous pouvez vous marier »…) et dans une perspective plus optimiste de réconciliation, l’espoir d’une homophobie qui s’amende et s’adoucit. Sans être un chef-d’oeuvre, il remplit sa fonction, en particulier pour ceux qui n’ont pas le même accès à la lecture, soit :montrer pour sensibiliser, émouvoir et peut-être changer les regards.

Madeleine

¹ La critique de Madeleine sur le livre « Pour en finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis

La bande annonce du film « Marvin ou la Belle Education«