Archives de catégorie : ARTS ET CULTURE

La fin d’un monde (Madeleine)

La fin d’un monde

Les institutions naissent, vivent et meurent faute de pouvoir être suffisamment représentées, évoluer, renaître. Depuis 2 siècles, l’Église vacille et s’étiole dans une perte croissante de ses pouvoirs. C’est la thèse que soutient la sociologue Danièle HERVIEU-LÉGER dans son livre : « Catholicisme, la fin d’un monde »
Elle fait remonter ce déclin au bouleversement induit par la Révolution française de 1789, qui proclame le droit des citoyens à l’autonomie, hors pouvoir clérical et qui reste encore aujourd’hui le coeur de notre modernité. « Cette revendication n’a pas cessé de s’élargir et elle embrasse aujourd’hui la sphère de l’intime aussi bien que la vie morale et spirituelle des hommes et des femmes qui, sans cesser d’ailleurs nécessairement d’être croyants, récusent la légitimité de l’Église à dire la norme dans des registres qui ne relèvent que de leur conscience personnelle ».
Fermement déboutée de ses prétentions à dire la loi au nom de Dieu sur le terrain politique (Cf. la loi de 1905 séparation des Eglises et de l’État) l’Église du XIXs va reporter et renforcer son dispositif en direction de la sphère privée. La famille devient par excellence le lieu de son emprise normative. Famille conçue comme cellule de base de l’Église , dans un même rapport de hiérarchie et d’autorité, fonctionnant selon la « loi naturelle » dite « divine » et destinée à transmettre la foi.
Le pouvoir passe alors par le contrôle des femmes et des couples, par l’intermédiaire de la confession. Les prêtres de l’époque ont l’obligation d’interroger les femmes sur leur intimité et la sexualité de leur couple. Obligation leur est faite d’accepter, assumer une nombreuse progéniture (assurer la relève des fidèles). A l’extérieur,l’enrôlement des enfants se fait encore par l’école mais aussi par le « patronage » et le scoutisme à ses débuts destiné à empêcher les « mauvaises fréquentations » surtout en milieu ouvrier ( classes laborieuses = classes dangereuses).
Au XXs à partir des années 60, en dépit de VATICAN II qui n’a été qu’un faux ralliement à la modernité (la parole du Magistère sur la sexualité restant la même), l’Église a été peu à peu lâchée par la famille qui de patriarcale et verticale devient horizontale et relationnelle (on favorise les échanges entre individus). Et il faut surtout compter avec l’émancipation des femmes en grande partie basée sur la contraception qui les rend enfin autonomes et non plus nécessairement asservies.
MAI 68 a consacré la rupture morale et sociale (« ébranlement de l’édifice de la cave au grenier ») et plus rien n’a été comme avant. Qui plus est avec le départ en masse des prêtres et la fermeture des petits séminaires.
Il restait les homos à cibler et tenir en dépendance (sacrements refusés sauf la confession devant être « sincère et fréquente ». (Cf. pastorale à l’égard des homosexuels , année 86). Or voilà que ceux-ci retrouvent dignité, légitimité avec le mariage légal.
Et voilà qu’éclate enfin le scandale des abus sexuels, cette pédophilie si souvent camouflée, encouragée par le système (sacralisation du prêtre = son impunité).et que la hiérarchie ne peut plus feindre d’ignorer.
Confiance trahie… quel crédit maintenant aux yeux du grand public ? Quelle reconquête possible ?
Selon D. Hervieu-Léger , le système clérical tel qu’il est n’est pas réformable. Il faut déconstruire si on veut inventer une autre manière de faire Eglise. A commencer par la reconnaissance de la place des femmes dans l’Église et au regard d’un clergé en déshérence, leur égalité sacramentaire (soit changer le logiciel mental des instances pour qui la femme diabolisée reste la part d’ombre de l’humanité et ne saurait accéder au « sacré »).
« Bref, la question qui est sur la table est celle du sacerdoce de tous les laïcs, hommes et femmes, mariés ou célibataires, selon leur choix. Une seule chose est sûre : la révolution sera globale ou elle ne sera pas, elle passe par une refondation complète du régime du pouvoir dans l’institution. »

 Madeleine (synthèse et reprise)

Sources :
Magazine TÉLÉRAMA n°3592 p.3 à 8
Emission  TV : « Catholiques de France » (France 5)

Quand la petite histoire rejoint la grande…..

Samedi dernier, Sophie a retracé pour nous son parcours de libération : se défaire de cette « névrose chrétienne » transmise de « victime en victime », faite de sacrifice et de culpabilité, avec cette hantise du « péché », perturbant gravement sa vie affective, sa santé.
Et puis, de rencontre en rencontre, c’est le déblocage, fin de la peur et de l’indignité. Accueil enfin de sa propre humanité, fût-elle différente…
Sophie donc travaille au récit de sa vie, pour témoigner, partager et peut-être aider aussi à sortir de l’enfermement.
Affaire à suivre !

Madeleine

Impressions croisées des films « Girl », « Dilili » et « Le grand bain » (Madeleine)

Dans l’air du temps

Il se trouve que récemment j’ai vu successivement les 3 films à l’affiche en ce moment : « Girl« , « Dilili à Paris » et « Le grand bain« .
Je n’en ferai pas une critique approfondie mais comme ils ont résonné en moi dans la même chambre d’écho, je vais les envisager sous le même angle : celui de l’émancipation (individuelle et sociale).
Si les deux premiers peuvent s’inscrire directement (« Girl ») ou indirectement (« Dilili ») dans la mouvance LGBT, ce n’est pas le cas pour « Le grand bain ». Tous trois reflètent pourtant cette même aspiration à se libérer d’un carcan.
La nouveauté de « Girl » vient du fait que la transsexualité n’est pas ici remise en question, et du coup nous évite les traditionnels conflits familiaux, sociaux. Au contraire, c’est apparemment « acquis » pour le père, pour les encadrants de l’école, pour les jeunes élèves du corps de ballet. Tout le monde semble de bonne volonté à commencer par le père touchant de bienveillance, souhaitant, comme tout bon père, le bonheur de ses enfants. Ce qui malgré tout n’empêche ni l’agression (l’invitation guet-apens où la jeune Lara est contrainte à l’exhibition) ni la solitude fondamentale de l’ado en devenir.
C’est de cette bienveillance apparente ou sincère qu’elle doit donc s’affranchir, dans l’urgence de s’affirmer, dans son identité et dans son rapport à l’autre. Face à la lenteur médicale, c’est elle qui finalement décide de « trancher dans le vif » (et l’expression prend ici tout son sens) initiatrice et actrice de sa propre métamorphose.
« Dilili« , quant à elle, doit d’abord sortir du cadre indigène où la confine l’esprit colonialiste de l’époque. L’enquête policière où elle s’implique et qui constitue l’intrigue, suit en fait le fil rouge de l’émancipation : libération des fillettes précocement asservies, et pour elle-même, la quête devient parcours d’apprentissage.
Le Tout-Paris qu’on lui donne à voir et rencontrer n’a rien d’anodin. C’est même très orienté ! Eminentes figures féminines, personnages à la marge, couples d’artistes homosexuel(le)s. Un monde qu’elle n’est pas en âge de décoder (pas plus que les jeunes spectateurs, les références culturelles seront pour plus tard) mais dont elle peut capter le charme et la diversité.
On espère que la ritournelle ponctuant le film, celle qui unit « soleil et pluie » , « jour et nuit »  » et au passage « elle et elle » « lui et lui » tout aussi bien qu' »elle et lui », fera école dans les jeunes têtes pour une vie future sans a priori ni préjugés.
Tout autre est l’univers du « Grand bain« , comédie large public, et pourtant l’histoire à sa façon déconstruit aussi les stéréotypes, ceux d’une masculinité qui ne saurait se compromettre dans un « sport de tafioles » (la natation synchronisée).
Ils n’ont rien de glorieux ceux qui vont concourir, losers décadents, dépressifs et mal fichus, qui plus est entraînés par des femmes, elles- mêmes tout aussi cabossées par la vie (une alcoolo humiliée, une handicapée sadique) face à leurs adversaires, tous athlètes formatés en série. Ce qui rend la victoire tout aussi improbable que renversante , car tout s’inverse : l’imperfection, la fragilité assumées l’ont emporté sur l’académisme et la virilité de façade. D’un coup la dignité est revenue au coeur des actants et la vie peut se poursuivre autrement.
Ce final très attendu au terme d’une fiction « feel good » vient pourtant cueillir le spectateur (ni canon, ni champion!) au creux de ses failles. Il le réconforte dans son besoin de justice : pour une fois, le mérite est récompensé, dans ce monde de brutes où, dit-on, ne survivent que les plus forts.

Et que retenir au terme de cette mise en commun ?

Chaque film à sa manière retrace une émancipation, une libération vis-à-vis des vérités imposées de l’extérieur, celles qui maintiennent en tutelle les individus et les sociétés. Cinéma reflet social donc mais pas seulement. De façon plus générale, toute culture non inféodée est elle-même vecteur d’émancipation, dans la mesure où elle renouvelle ses paradigmes. Dépassant les lois du genre et s’affranchissant des représentations traditionnelles, elle révèle et préfigure parfois ce qui va devenir une autre réalité.

Madeleine.

« Girl » de Lukas Dhont (Téo)

Allez voir un film abordant le thème de la transidentité est toujours particulier pour moi. Je le sais, et même si l’héroïne est MTF*, cela va créer un écho à mon propre vécu. Et, si le personnage est FTM*, cela risque souvent d’être encore plus déstabilisant. Qui dit faire écho, c’est l’assurance que mon cerveau zappera plusieurs trucs à la première vision du film…juste pour se protéger, pour se donner une sorte de droit de retrait. Ainsi il m’aura fallu voir au moins 3 fois le film Tomboy  pour le voir vraiment et en entier !… Je ne pensais donc pas en allant voir « Girl » que ce film fasse exception à cette logique.
Ceci étant posé, voici donc ci-dessous les impressions que mon cerveau n’aura pas trop filtrées pour les laisser atteindre la pointe de ma plume.
Dés l’affiche, dés la lecture du  synopsis, j’ai senti une odeur de cliché : une personne trans MTF qui rêve (au hasard) de devenir une (jolie) ballerine…
Mais pourquoi pas… La faire rêver d’un avenir de pilier de rugby aurait sans doute été d’une autre manière plus déstabilisant… surtout pour les non initiés à la transidentité et les adeptes de la vision binaire des genres…
Pour commencer, faisons une revue en plan large de la situation de Lara adolescente transgenre en début de parcours de transition.
Côté médical, tout semble en apparence pris en charge avec respect, rigueur, attention et bienveillance.
Côté familial, tout semble accepté, acquis. Même si on aurait voulu en savoir plus sur sa mère invisible dont Lara prend régulièrement la place auprès de son petit frère.
Côté études, elle semble avoir sa place et être respectée dans cette école de danse même si on lui demande de faire doublement ses preuves avec des entraînements particuliers éprouvants pour mettre son corps au pas. On se demande même si la professeure n’y prend pas parfois un certain plaisir malfaisant…
Bref, tout est dans le « semble »…
Certes les fêlures familiales apparaissent lors de moments de tension entre Lara et son père quand les mots ne peuvent, ne veulent se dire, ni se confier. Peut être les relations avec sa mère auraient elles été plus aisées ? Mais n’est ce pas un peu comme dans toute famille où parents et ados naviguent ? Les petites fissures transpireront aussi dans les sanglots de Milo (le petit frère de Lara) qui un matin, énervé, l’appellera Viktor. Sans doute une envie irrépressible de se soulager d’un si lourd fardeau qu’on l’oblige de porter mais dont il n’a pas tous les codes, toutes les explications à hauteur d’enfant pour comprendre, pour digérer.
Mais revenons à la carrière de danseuse que Lara désire embrasser. On peut se demander pourquoi avoir posé son dévolu sur une telle carrière compte tenu de toutes les difficultés qui seront décuplées par sa transidentité… Challenge personnel ? Envie de se mettre en danger, d’éprouver sa féminité ? Quitte à devenir « pleinement » femme autant l’être jusqu’à la pointe du cliché ? L’amour de la danse doit s’imposer immensément à Lara, à son être tout entier pour engager son corps dans une telle galère. La danse apparaît alors à certains moments comme une activité d’automutilation (les pieds ensanglantés, les douleurs musculaires,…) pour faire « payer » son corps. Et cette discipline d’acier expose aussi dangereusement ce corps au regard et aux jugements de Lara, des autres et des miroirs. Alors un vestiaire, une douche deviennent des lieux hostiles que seul le refuge de sa chambre semble pouvoir apaiser pour un temps le soir venu. Chambre de décompression, bulle de protection après une journée confrontée à un monde où il faut toujours faire attention, se cacher où un seul regard peut paraître inquisiteur même dans les transports en commun.
A l’école, professeurs et élèves semblent pourtant avoir accepté sa différence même si on sent des regards interrogateurs qui disent parfois plus que les mots. Et, quand la violence des mots de certains élèves, des regards, des gestes, longtemps intériorisés, maîtrisés, « explose », les scènes n’en sont que plus violentes et insupportables. Prenons par exemple la soirée entre filles  lorsque l’une d’elles avec l’accord tacite de la meute oblige Lara à se dévoiler anatomiquement. On ne comprend pas pourquoi cette fille en arrive à une telle violence soudaine ou préméditée, ni pourquoi aucune autre ne s’oppose à ce « viol collectif », ni pourquoi Lara ne lui oppose pas un NON violent par les mots et voire même par les gestes ! …
Lara navigue ainsi entre envie de se cacher et envie d’exposer à elle-même et aux autres sa « féminité particulière » et ce même contre ses envies intérieures les plus profondes. Montrer sa féminité dont son corps prend pas à pas les formes et apprend jour après jour les codes avec la peur omniprésente de se sentir intruse, de ne pas être à la hauteur et que sa différence reste à jamais graver dans sa peau comme un graff indélébile lisible par tout autre.
Dans cet apprentissage, ses désirs et ses expériences sexuelles sont comme autant d’essais et pulsions plus ou moins incontrôlées, maladroites, perturbées et malheureuses dont on ne comprend pas toujours le pourquoi du comment. Peut-être le doit elle à son tumulte hormonal intérieur.
Mais quand la musique de ballet s’élève, quand les pas de danse reprennent alors, c’est comme si chaque pas, chaque pirouette, chaque pointe endurée entre sourire de façade et larmes de douleurs, avait pour Lara le pouvoir d’accélérer le processus de transformation de son corps, d’accélérer le temps qui s’écoule avant la promesse du scalpel à venir pour atteindre son inaccessible étoile de future danseuse étoile.

Téo

* MTF : transition Homme vers Femme
*
FTM : transition Femme vers Homme

Des soutanes et des hommes (Madeleine)

Abdo nous a partagé l’adresse internet vers une émission de radio sur le clergé catholique évoquant le lien entre le genre et l’église catholique.
https://player.pippa.io/les-couilles-sur-la-table/episodes/clerge-catholique-le-bien-et-le-male

Madeleine nous en résume son contenu en donnant ses impressions dans son article ci-dessous.

DES SOUTANES ET DES HOMMES
Le bien et le mâle

Dans une émission qui s’intitule carrément « Les c… sur la table », on ne saurait faire de détours !
Et c’est bien dans un esprit de clarté que le sociologue Josselyn TRICOU¹, en étudiant la « masculinité dans le clergé catholique » (objet de sa thèse : « Des soutanes et des hommes ») démonte en même temps une construction en porte-à-faux et les rouages d’un système, et ce faisant, met à jour ce qui a longtemps fait la force d’une institution (et à présent sa faiblesse). Il rappelle d’abord que si l’Église a perdu de son emprise (seulement 4 à 5 % de pratiquants), son empreinte dans la société reste forte, avec un droit et une culture pétris de conception catholique. On peut même parler de « catholaïcité » dans une convergence de vue et d’intérêts.
On s’en est aperçu au moment des « manifs pour tous » quand une large population, pas forcément des cathos, est venue défendre une vision naturaliste de la famille. Dans cette optique, il va de soi que pour l’Église, c’est l’homme qui représente le neutre universel, le dominant naturel, la femme restant l’objet de son discours (les dominants n’ont pas de discours sur eux-mêmes, dans l’évidence de leur être et de leur dominance).
Il est symptomatique de voir combien l’Église a multiplié les discours sur les femmes jusqu’à leur consacrer une encyclique ( cf. « Le génie féminin » de Jean-Paul II) pour mieux les définir dans leur rôle (pour faire court : convertir leurs hommes).
Et quelles que soient les réclamations des femmes depuis les années 70, il va de soi aussi que l’ordination des prêtres reste toujours inconcevable : on ne touche pas à la tradition de l’Église qui se doit d’incarner une image de stabilité puisqu’elle est dépositaire d’un message éternel et venu d’ailleurs. Prêtre, homme de pouvoir donc, en tant qu’homme, mais à la masculinité problématique et ambiguë
D’une façon générale, il est compliqué, chez les cathos, d’être un homme : un catho se doit d’incarner la non-violence et la charité, valeurs dites « féminines ». Pas simple de se positionner dans le monde et face aux laïcs (cf les caricatures des prêtres efféminés au XIXème siècle). D’où par réaction, une construction par rapport au modèle républicain : création, entre autres, d’un scoutisme sur le modèle de la chevalerie, puissance guerrière, et plus récemment, stages de « virilisation » pour les jeunes adultes. Ambiguïté renforcée par la désexualisation systématique du clergé. Celle-ci s’est faite progressivement. Jusqu’au XIème siècle. l’Église carolingienne insistait sur la nécessaire pureté de l’officiant (pas de rapport sexuel avant le service divin) et cette exigence s’est étendue à la vie entière, d’où l’obligation du célibat.
Célibat imposé qui a eu pour effet de remplir les séminaires , avec tous ceux, en particulier, que ne concernait pas le mariage (hétéro). « Eglise, super-placard pour les homos »…(et c’est paraît-il, le « secret de Polichinelle »)
Car que demande-t-on à un prêtre ? L’abstinence.
Que demande-t-on à un homo ? La même chose.
Alors, tant qu’à faire, dans une société où pèse le mariage obligatoire, autant se faire prêtre, avec tous les bénéfices de la fonction: reconnaissance , statut social, prestige… La situation actuelle présente même une « concentration d’homos » qui s’explique d’abord par une baisse générale des effectifs avec la fin de ce long ratissage indifférencié dans les campagnes et les milieux populaires (argument : la possibilité pour les enfants d’accéder aux études, ce qui devenu obsolète avec la démocratisation de l’enseignement). D’autre part, à la fin des années 70, il y a eu le départ de nombreux prêtres hétéros qui ont quitté pour se marier. Reste le recrutement dans une bourgeoisie conservatrice, là où ne saurait se vivre la « déviance ».
Il semblerait par ailleurs que la proportion d’homos soit plus importante dans le clergé régulier (moins soumis au regard des fidèles).
Immergé lui-même dans le milieu monastique (et même une fois, « dragué sous la table ») J. TRICOU a pu recueillir en tête à tête, bien des confidences (une centaine d’entretiens). C’est ainsi qu’il a pu cerner 3 façons d’être homo en milieu clérical :
« la grande folle de la sacristie » (telle qu’elle est définie dans la sub-culture gay du clergé) figure archétypale, toute en extravagance.
« le bear » (= le gros nounours) d’un certain âge, d’une « masculinité sympathique », souvent et discrètement engagé dans une « LGBT catho », et qui aimerait changer le système de l’intérieur mais sans pouvoir grand-chose.
« la taupe » (cf. vocabulaire de l’espionnage) l’intello dans une « stratégie de leurre » (surtout ne pas être perçu comme homo). Ayant dû surjouer le bon élève, c’est le type le plus fréquent en haut de la hiérarchie, et aussi le plus virulent.
Enfin, le placard déborde et s’ouvre même de l’intérieur, car certains ont malgré tout fréquenté le milieu gay dont ils reproduisent les codes et l’allure.
« Ça »se voit maintenant et c’est gênant !
Et devant ce qui commence à se voir et se savoir, l’Église se sent tenue de tenir un discours de fermeté. Depuis 2005, on n’ordonne plus de prêtres homos, du moins ceux « à tendance profonde » (sic)
Paradoxe de cette tardive lucidité qui interdit brusquement ce qui, tacitement, ne dérangeait pas et même arrangeait : un homo même « pratiquant » ne fera jamais d’enfant (pas de scandale) et il ne sera pas, du moins jusqu’à présent, tenté par le mariage. D’où cette opposition féroce au mariage homosexuel qui confère à l’homo, une place légitime en société (alors, baisse des « vocations »?)²

Que retenir au final d’une telle étude ?

Examiner la masculinité des prêtres peut paraître anecdotique, mais c’est une manière d’interroger le système par sa périphérie.
Une étude de genre est un mini-laboratoire qui permet de voir ce qui est à l’oeuvre dans une société car l’organisation du genre dit toujours quelque chose du pouvoir, en valorisant ou dévalorisant l’adversaire.
Nécessaire prise de conscience qui aide à ne pas s’enfermer dans une posture et une manière de penser (confort de l’homme blanc, héritier d’une situation privilégiée)
Au-delà des questions de genre, il faut rester à l’écoute des dominés, car ce sont ceux-là qui « savent » (c’est depuis que les femmes ont parlé qu’on s’interroge sur la masculinité).
La domination ne va pas de soi. Les dominants sont aussi des êtres construits (=fabriqués)

Madeleine

¹ Josselyn TRICOU sociologue, doctorant en sciences politiques

² Péril en la demeure ? Françoise DOLTO en son temps, avait émis l’idée que « toute l’Église catholique reposait sur l’homosexualité masculine ». Parole inaudible dans les années 80 (délire de psychanlyste…)

Note :
J’espère avoir fidèlement restitué paroles et raisonnement.
Volontairement , j’ai omis ce qui a trait à la pédophilie, élément venu par raccroc à la fin de l’émission. Egalement, l’évocation du prêtre dans le cinéma qui nécessiterait aussi un autre développement.

Premier café littéraire (mais pas que…) par Camille

A l’heure où l’équipe de France chaussait ses crampons pour la demi-finale, nous nous sommes retrouvés pour une première : un « café littéraire » où chacun-e était invité-e à présenter un livre ou un film au groupe. De quoi piocher quelques bonnes idées pour cet été…
Ce fut un moment très convivial, sous forme d’apéro partagé… L’occasion aussi de mieux connaitre trois nouveaux venus (Catherine, Jérémy et Jérôme) ; le petit nombre de participant-e-s favorisant la discussion…
Voici les œuvres qui ont nourri les échanges de ce premier café littéraire (mais pas que…) :

Nos vaches sont belles parce qu’elles mangent des fleurs…
Livre de Paul Bedel Ed Albin Michel
(par Catherine)

L’auteure (Catherine Boivin) a pour projet de mettre en écrit le plus fidèlement possible des récits, paroles et remarques de personnes de tout horizon pour leur donner un moyen d’exprimer leur vision du monde, leurs expériences. C’est pourquoi l’oeuvre est présentée avec le nom de la personne et non celui de l’auteure. Ici, il s’agit de Paul Bedel, un agriculteur solitaire qui nous transmet avec des mots simples et beaucoup de poésie son amour de la nature, de l’essentiel.

Désobéissance
Film de Sébastian Lelio ¹ (2018)
(par Jérémy)

Il s’agit de l’adaptation du roman « La désobéissance »². Au sein de la communauté juive orthodoxe de Londres, le décès du rabbin conduit sa fille partie à cause de son rejet de cette société à revenir. Elle retrouve son cousin avec qui elle a grandi, marié à la femme qu’elle a elle-même aimée en cachette dans sa jeunesse. Pour cette dernière devenue une épouse et une femme rangée, les sentiments remontent alors à la surface. Un choix va s’imposer: partir avec elle ou rester avec lui…

¹ En 2017, Sébastian Lelio avait réalisé « Une femme fantastique« 
Les impressions de Téo sur ce film

² « La désobéissance » de Noami Alderman (Ed Livre de poche)

Les jonquilles
Poème de W. Wordsworth
(par Yves)

Un poème emblématique de la littérature anglaise. Avec son amour pour cette culture, Yves nous a lu ce court poème et nous a expliqué la résonance qu’il a pour lui, le tout joliment agrémenté de photos de la région des lacs en Angleterre où notre DJiste est allé randonner récemment et où le fameux poète a sa sépulture.

Le poème écrit en anglais et sa traduction en français :
http://www.crcrosnier.fr/mur3/peu3/wordsworthw3.htm


Love, Simon

Film de Greg Berlanti (2017) 
(par Jérôme)

Dans un style américain, cette comédie témoigne de la possibilité de faire un film gay et joyeux. Le jeune Simon dont la vie est parfaitement heureuse n’en couve pas moins un secret: à l’heure des premières amours, c’est sur les garçons que se concentre son attirance. Il tombe sous le charme d’un inconnu sur internet et devient victime d’un chantage. Toutefois, ses amis vont le soutenir.

Les garçons de l’été
de Rebecca Lighieri, Ed POL
(par Camille)

Une famille vit dans un véritable état de grâce; deux garçons surfeurs brillants et superbes, une fille précoce et des parents aimants. Tout pour être heureux, mais… A la faveur du récit (assumé par les personnages à tour de rôle), on découvre des failles, jusqu’au drame: l’un des fils perd sa jambe dans une attaque de requin à la Réunion. Le jeune homme devient alors de plus en plus mystérieux. On glisse dans le thriller et on reste en haleine jusqu’à la fin, dans la chaleur troublante de l’été.

Camille

Le poème de Pierre-Hugues (Jar 2018)

Qui sème ?

C’est ainsi que le vent sème
Que l’abeille abandonne sa part du pollen

Le chant de la source
Comme celui de l’oiseau
Peut-il s’arrêter
Lors même que demeure l’été ?

C’est ainsi que l’ombre du chêne
Sur le sol autour de moi domine

Et le soleil lui-même
Emprunte à l’univers
Sa puissance de feu

Il n’est qu’une étincelle pourtant
Au milieu du tout et du temps

C’est ainsi que le vent sème
Mille escarbilles de graines
Que la terre s’enorgueillit
D’être nourricière
Que s’ouvre une fleur
Au bonheur d’un papillon

C’est ainsi que tourne le monde
Pour faire les jours en la ronde
L’un après l’autre toujours

C’est ainsi que les gens s’aiment
Comme le vent fait son métier
Le blé son épi
L’abeille notre miel
Et le printemps prépare l’été

C’est ainsi que le vent sème
Et nous
Nous qui sommes
Des femmes et des hommes
Qu’avons-nous vraiment semé?

Piero de la Luna
Bonneuil-Matours 19 mai 2018

Le pari de la transparence (Madeleine)

Dans la série : « je mets tout sur la table », voici que se manifeste , là où on ne l’attendait pas (et sur un tout autre plan que le simple déballage) le philosophe Alexandre Jollien lui-même.
C’est à la fois une totale surprise et un vrai bonheur de lecture.
Aux dernières nouvelles, on savait qu’il était parti en Corée parfaire sa formation spirituelle avec un maître bouddhiste. Au retour, un événement l’a totalement bouleversé et a failli lui coûter la vie.
C’est ce qu’il raconte lui-même dans l’interview parue dans Psychologies du mois de juin 2018.
« J’ai vécu un événement qui m’a déboussolé et pour tout dire, qui a failli me perdre : je me suis épris d’un homme. La chose est banale somme toute. Sinon que cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité. Bref, dans la honte. Après 3 ans de méditation intense et quotidienne, voilà que je vivais l’attachement radical. Cela peut sembler dingue ! »
Au passage, on note avec soulagement la « banalisation » de l’amour pour un autre homme. Ce qui fait problème apparemment, ce n’est pas tant l’amour en soi que son excès, la passion avec sa prégnance psychologique et son aliénation.
Amour, passion… qu’est-ce qui au juste se manifeste et se joue derrière ces mots ?
Au cours de l’interview son récit rétrospectif fait apparaître d’emblée toutes les caractéristiques du désir, soit :
l’irrationalité (voire son caractère inapproprié)
« Peut-on jamais savoir où nous porte le désir ? J’ai été attiré par cet homme. Pourquoi ? Comment ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que ce corps dans sa beauté et aussi sa capacité à plaire aux femmes a suscité un grand chambardement…
…Je sentais le gouffre séparant cet homme au physique d’athlète et qui semblait loin des soucis, et moi qui m’étais réfugié dans une orthopédie de l’âme pas très efficace. »
la représentation idéalisée
« Me fascinaient chez lui, cette aisance, cette légèreté devant la vie, ce corps qui semblait tout-puissant. Il était si à l’aise avec les filles, si ancré dans la vie qu’il réveillait en moi une jalousie pleine d’illusions. »
l’intensité (renforcée par l’inaccessibilité) et l’insatiabilité
« Rentré en Suisse, nous nous skypions régulièrement, jusqu’au jour où je ne sais par quel hasard, il a foncé sous la douche. Ce corps apparemment parfait m’a ébloui jusqu’à l’obsession, jusqu’à susciter un désir quasi cannibale, insatiable. Ces skypes sont devenus le terreau d’une addiction du tonnerre de Dieu. »
le trouble et l’aliénation
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va mal…Le premier pas pour s’extraire de cette passion triste, l’étape cruciale, c’est déjà de reconnaître que ça ne tourne pas rond et qu’on est tombé dans l’esclavage. »
Quand liberté, intégrité sont ainsi menacées, quels moyens pour se défaire de l’emprise ?
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va furent pour Jollien les étapes du retour à l’autonomie ? »
« M’entourer d’amis dans le bien et ainsi, faire éclater le monopole de l’attention que je confiais à L. Puis parler, ouvrir, me confier. D’abord pour constater que ce que je vivais n’était pas si dramatique : je l’ai compris en me rendant avec un ami à un réseau des Dépendants affectifs anonymes…
…Parler aussi pour déculpabiliser et lever le voile de la honte.
A la notion de lâcher-prise, je préfère celle de « déprise de soi »… l’une des clés du détachement consiste sans doute à se défaire du souci de l’image de soi, à se délester du poids du qu’en-dira-t-on.
Revenir à soi, non sur un mode égotique, mais pour descendre au fond du fond, au-delà des rôles et des illusions…
Le défi majeur, c’est de se demander : qu’est-ce qui détient la télécommande de ma vie ? A qui, à quoi je confie le pouvoir de me faire vivre l’enfer ou le paradis ? A une personne ? Au jugement d’autrui ? A l’avidité ? A la haine ?… »
Au final, amour ou désir ?
« Je ne sais si j’aimais ce garçon. Je voulais plutôt avoir ce corps d’athlète… Je souhaitais plus être à sa place que je ne le désirais lui. Quoique au coeur de l’intime, les deux peuvent se mélanger. »
Et que retenir de cet épisode ?
« Cette « cure » m’a montré qu’au coeur de l’attachement il n’y a absolument rien à faire. La volonté est impuissante,ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser des actes…
Surtout j’ai appris que l’on peut arriver au point où aucune issue ne semble possible hormis le suicide, et cependant finir par s’en sortir . Cet épisode aujourd’hui derrière moi a été un cadeau, une sorte de baptême du feu, une école du détachement. Oui, la joie peut revenir après les zones de turbulence… Je crois que le véritable lâcher-prise , ce n’est pas tant liquider tous les problèmes, mais expérimenter que l’on peut composer avec le chaos, les passions, les déchirements. Au fond, c’est accepter le tragique de l’existence. »
Et pourquoi cette révélation publique ?
« Pour montrer l’envers du décor et oser la transparence. Peut-être que l’image erronée du « philosophe handicapé qui s’en est sorti » reste un cliché rassurant. Il faut faire œuvre de vérité, au risque de décevoir…
La notoriété tient avant tout du malentendu. Un jour où je venais de voir un escort pour justement durant de brèves minutes comparer nos deux corps, une femme m’a hélé dans la rue :
« Alexandre, comment fait-on pour être heureux et vivre en joie ? »
« Elle demandait cela à un paumé qui venait de payer un homme pour s’assurer qu’il n’était pas répugnant. »
.Plus profondément, j’ai voulu montrer aux personnes qui vivent l’addiction que ce n’est ni une tare ni une fatalité. Enfin pour donner à qui le souhaite des outils pour cheminer vers la « sagesse espiègle », celle qui consiste à accepter le chaos au-dedans comme au-dehors. »

« il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse« . Cette phrase de Nietzsche a été mon viatique . »

Message reçu. Voilà au moins une mise à nu qui grandit son homme et qui nous touche au coeur en faisant écho, d’une manière ou d’une autre, en nos propres vies.
Tous un jour ou l’autre, et pour X raison, nous pouvons tomber et dans le chaos émotionnel, nous retrouver au-delà de nos certitudes et catégories, démasqués, déboussolés et détruits. Savoir que d’autres et non des moindres, en sont passés par là nous rassure et nous rassemble dans la même humanité.
Gageons qu’après ce pari de la transparence, le lectorat de Jollien (un livre paraîtra cet automne) s’en trouvera accru.
Nous n’avons que faire d’icônes figées. Nous avons besoin d’humains qui nous montrent leur chemin. Les meilleurs guides et compagnons de route ne sont-ils pas « ceux qui ont le courage et la lucidité de se savoir eux-mêmes en chantier ? »

Madeleine

N.B. : J’ai fait le choix de reproduire presqu’in extenso la parole d’Alexandre Jollien, tellement elle est belle et signifiante. Toutefois ce texte n’est pas un copié-collé, c’est la reprise synthétique et analytique de l’interview dans le magazine « Psychologies »n°386, pages 16 à 21.
J’espère en avoir restitué l’essentiel.

Critique de « Play boy » Constance Debré Ed. Stock (Madeleine)

La peau sur la table

Le 30 mai dernier, le « prix de la Coupole » 2018 * a été attribué à Constance Debré pour son roman « Play boy » paru en janvier chez Stock.

De quoi s’agit-il ?

En lecture rapide, l’histoire d’un coming-out assorti de scènes d’amour en termes crus. (cf. l’extrait supposé vendeur de la 4ème de couverture)
S’il ne s’agissait que de cela, on en a lu d’autres !
L’intérêt vient ici de ce que le passage de l’hétéro à l’homosexualité suscite un mouvement iconoclaste tel qu’il balaie tout sur son passage en faisant table rase d’une vie classique et programmée.
Révolution personnelle donc qui laisse le champ libre à une vie réinventée, à la quête et reconquête de soi.
Récit d’émancipation qui se présente fragmenté, sorte de Légo, fait de chapitres courts et phrases coups de poing qui fracassent les représentations traditionnelles : mariage, famille, classes sociales, relations amoureuses et genre.
Que tout vole en éclats, rien d’étonnant , la faille est déjà là, dans la dualité originelle de l’identité, fille avec des goûts et des envies de garçon et plus encore : « A 4 ans, j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après , c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.« 
Et de virer alors sa « panoplie de fille » pour retrouver l’androgynie de base, ce qu’elle appelle le style « neutre » celui qui lui correspond et « qui va avec tout« .
Dualité encore des origines familiales avec « un pied dans la bourgeoisie,l’autre dans la dèche« , en ligne directe de parents à la fois « bourges et toxicos » . Père camé, mais grand-père ministre…
Et de torpiller le clan ultraconservateur des Debré : « Chère famille paternelle, un peu cul serré… et lui le grand homme, tsoin, tsoin…« , « le grand-père que personne n’a jamais oser emmerder tellement ils avaient tous besoin de sa grandeur… »
Le mariage ? Son mariage ? D’un ennui fondamental ! « C’est la base de la vie de couple de s’emmerder. La vie de couple et la vie tout court ».
Et avec un enfant, c’est encore pire. Avec la nécessité du frigo rempli, même plus de « place pour le vide », soit vacance et liberté.
Dérision qui va jusqu’au cynisme quand elle évoque sa profession d’avocate : « Secouer les pauvres jusqu’à leur faire cracher des billets. De toute façon leur vie était foutue. Moi j’avais besoin de garder ma Rolex« … « J’aime les coupables, les pédophiles, les voleurs, les violeurs, les braqueurs, les assassins. C’est pas qu’ils soient coupables qui me fascine , c’est de voir à quel point ça peut être minable, un homme »
Nous voilà au fin fond de la désillusion, façon Céline.
Et au terme de ce jeu de massacre, que reste-t-il ? L’amour rédempteur ? Même pas. Certes, il y a la rencontre du féminin, élément fondateur de la transgression générale : « Ma première dérogation, c’est elle« . Mais la femme aimée (?) n’est qu’un moyen : « J’avais décidé que ce qui pouvait arriver entre elle et moi était la chose la plus importante de ma vie. Ce qu’elle était ne comptait pas »
L’amour se confond avec le désir et le désamour avec son épuisement.
C’est à la fois « la fête et le désastre« , l’un et l’autre vécus en toute connaissance de cause, avec pour seule boussole sa propre personne : « Moi je suis innocente, moi je suis la pureté, le Bien incarné. Mon secret, l’égoïsme. Totalement, parfaitement, égoïste. Pour mon bien et celui des autres. »
On peut être agacé, et il y a de quoi, par tant d’auto-complaisance et forfanterie. Révolte de bobo qui lève le poing avec une Rolex au poignet… On a déjà connu ces enfants gâtés crachant dans la soupe, révolutionnaires en peaux de lapin, déterminés à changer la vie, mais prompts à rentrer dans le rang après avoir pris la pose.
Cela dit, derrière la provoc étalée et les constants paradoxes, on peut aussi reconnaître au personnage, la franchise, certain degré de lucidité et le mérite de l’autodérision. Ainsi : « Je suis riche, elle est pauvre. C’est pour ça que je vais gagner. C’est obligatoire. Les riches gagnent toujours et les pauvres crèvent toujours…. Je suis née comme ça , c’est dans mon ADN…On n’a pas besoin d’argent quand on est riche. On n’a pas besoin des autres quand on est riche. On n’a besoin de rien quand on est riche. C’est une question de honte qu’on n’a jamais. »
Ni honte, ni sanction (« Un bourgeois, ça ne fait pas de taule« )
C’est aussi grâce à cette impunité que parfois les enfants gâtés font bouger les lignes, si l’on pense aux Amazones des Années Folles (Barney et consœurs) riches héritières, socialement intouchables, pouvant se permettre de vivre en pionnières, « selon leur nature ».
Au final, qu’on apprécie ou non, on a affaire à quelqu’un qui s’est cherché une écriture pour dire autrement l’enfermement social et le vide existentiel . Autrement encore, l’ardeur amoureuse par un langage cru à la trivialité assumée, et qui implique de s’exposer sans fard. Sans doute s’est-elle appropriée la phrase de Céline (citée dans une récente interview)

« Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien.« 

Madeleine

* précédents lauréats, entre autres :

Frédéric Mitterrand : « Mauvaise vie »
Pierre Bergé : « Lettre à Yves »
Virginie Despentes : « Vernon Subutex »
Fabrice Luchini : « Comédie française »

Le poème de Jean-Marc (Jar 2018)

Je suis parti en vacance à Lannion..
Avec ma copine Marion.
Séjour choisi dans le catalogue Evasion.
Qui organise des voyages
C’est une association.
On paye chaque année une cotisation.
Nous avons choisi une résidence en location.
Tous près de beaux pavillons.
Pour le voyage nous avons pris l’avion.
Nous avons terminé le voyage en camion.
Durant les vacances nous avons fait des excursions.
A la plage nous avons vu quelques scorpions.
Au bar nous avons pris une collation.
D’autre on bu des grandes tasses d’infusions.
Nous avons visité d’admirables expositions.
On pouvait voir de jolis champignons.
Trouvés dans la région d’Avignon
.Et aussi des fleurs de la passion.
Qui provenaient de la région du Roussillon.
J’ai regardé un reportage sur les arbres en floraison.
Puis des images de volcans en fusion.
A la tombée de la nuit de belle et jolies illuminations
Qui m’on procuré beaucoup d’émotion.

Jean-Marc

 

« Chrétiens homosexuels en couple, un chemin légitime d’espérance » de Michel Anquetil – Ed Edilivre

Le thème du livre :
De nombreuses personnes homosexuelles chrétiennes se voient critiquées, rejetées, au nom de la foi chrétienne ou ne peuvent s’en tenir à la doctrine catholique. Cet essai vise à les aider à trouver leur voie, à former leur conscience morale, en leur donnant quelques éléments pour une décision personnelle qui leur appartient en tout état de cause. Après un parcours biblique renouvelé et une analyse de cette doctrine, il pose les conditions d’une vie de couple qui soit chemin de maturité humaine et évangélique, en montre la dignité et la richesse symbolique. L’essai propose ainsi à ces personnes la vie de couple comme un choix possible, moralement légitime et exigeant, ouvert à la joie et à l’espérance chrétienne du salut. iI s’agit au final de vivre bien dans une confiance totale en Dieu.

L’auteur Michel Anquetil :
Catholique pratiquant, diplômé d’une maitrise en théologie, l’auteur a une longue expérience du milieu homosexuel chrétien pour lequel il anime diverses sessions et groupes de partage, notamment entre couples de même sexe. Il est membre de l’association David et Jonathan et ami de la Communion Béthanie. Il est lui-même engagé dans une vie de couple avec son compagnon depuis plus de trente ans.

Le livre est actuellement en vente en ligne chez l’éditeur
www.edilivre.com/chretiens-homosexuels-en-couple-un-chemin-legitime-d-esperance-m.html/
ou chez votre libraire habituel et le sera à partir de fin avril 2018 chez Amazon, Cultura, Fnac, Chapitre etc…