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« Chrétiens homosexuels en couple, un chemin légitime d’espérance » de Michel Anquetil – Ed Edilivre

Le thème du livre :
De nombreuses personnes homosexuelles chrétiennes se voient critiquées, rejetées, au nom de la foi chrétienne ou ne peuvent s’en tenir à la doctrine catholique. Cet essai vise à les aider à trouver leur voie, à former leur conscience morale, en leur donnant quelques éléments pour une décision personnelle qui leur appartient en tout état de cause. Après un parcours biblique renouvelé et une analyse de cette doctrine, il pose les conditions d’une vie de couple qui soit chemin de maturité humaine et évangélique, en montre la dignité et la richesse symbolique. L’essai propose ainsi à ces personnes la vie de couple comme un choix possible, moralement légitime et exigeant, ouvert à la joie et à l’espérance chrétienne du salut. iI s’agit au final de vivre bien dans une confiance totale en Dieu.

L’auteur Michel Anquetil :
Catholique pratiquant, diplômé d’une maitrise en théologie, l’auteur a une longue expérience du milieu homosexuel chrétien pour lequel il anime diverses sessions et groupes de partage, notamment entre couples de même sexe. Il est membre de l’association David et Jonathan et ami de la Communion Béthanie. Il est lui-même engagé dans une vie de couple avec son compagnon depuis plus de trente ans.

Le livre est actuellement en vente en ligne chez l’éditeur
www.edilivre.com/chretiens-homosexuels-en-couple-un-chemin-legitime-d-esperance-m.html/
ou chez votre libraire habituel et le sera à partir de fin avril 2018 chez Amazon, Cultura, Fnac, Chapitre etc…

« Arnaud Beltrame, héroïsme de l’espérance » chronique de Bruno Frappat (journal La Croix le 28/03/2018)

   « Héros ». Toute la France n’aura eu que ce mot à la bouche et dans le cœur à propos du sacrifice du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, honoré par la République, un mercredi gris, du Panthéon aux Invalides.
Quelques jours plus tôt, dans le très paisible département de l’Aude, il avait fait face à un terroriste islamiste durant trois heures après s’être offert comme otage lui-même en échange de la libération d’une caissière du Super-U de Trèbes. Finalement, le « fou d’Allah », meurtrier et suicidaire, se voyant déjà « martyr » au nom de sa foi, tira sur le gendarme avant de l’achever en l’égorgeant. La leçon de courage d’Arnaud Beltrame avait sauvé une vie mais il avait dû pour cela faire don de la sienne.
Alors la France entière avait compris et admiré qu’il subsistât en elle, caché au fin fond de l’anonymat d’une gendarmerie reculée, de telles capacités d’altruisme, de bravoure, de sens de l’autre, de prise de risque. Et cela, en effet, allait imposer ce mot de « héros » parcourant aussitôt tout le pays, comme une traînée de lumière.
De quoi, assurément, redonner foi en l’homme, en tout homme qui, pris dans les aléas de la vie en société « terrorisée » serait capable de puiser au fond de son mental la force de résistance à l’oppression de la terreur et à la haine.
On apprit assez vite qu’Arnaud Beltrame était un chrétien convaincu et brûlant depuis peu d’années d’une foi ardente. Il y avait sûrement puisé quelque chose. Mais l’Église et les autres chrétiens allaient-ils s’en glorifier, se parer eux-mêmes du manteau de son courage et lancer aux populations : « voyez comme nous sommes » ? Tirer à eux la gloire de son courage et, dans un souci de prosélytisme de très mauvais goût, présenter le lieutenant-colonel comme le comble du catholique d’aujourd’hui ?
Passé le moment de cette tentation de propagande autour de sa foi, on comprit, à quelques exceptions près, qu’il y aurait très mauvais aloi à risquer la comparaison entre deux manières de croire en Dieu. Entre celle qui prétend tuer au nom du Très-Haut et celle qui affirme au contraire que donner la sienne pour autrui plaît au Créateur de toute l’humanité. Le sacrifice de soi valant plus à ses yeux que le sacrifice des autres.
Comment cacher que cet épisode redonna foi en l’homme ? Au moment où l’humanité se cherche en tous sens des raisons de croire et d’espérer au-delà de la satisfaction de ses petits besoins quotidiens, il est bon, il est sain, il est beau que des héros comme Beltrame nous appellent à réfléchir au sens supérieur d’une vie.
Nous étions là à nous morfondre, à ronchonner contre le mauvais temps qui paraît s’être installé pour l’éternité au-dessus de l’Hexagone, nous ne cessions de protester contre des broutilles et des affaires minimes, râlant les uns contre la limitation de vitesse ou la suppression partielle de la taxe d’habitation, les autres se passionnant pour les conditions douteuses du financement d’une campagne électorale vieille de onze années. Nous étions plantés devant nos téléviseurs ou nos écrans de « réseaux sociaux » priés de choisir entre les héritiers de Johnny Hallyday, l’idole que nous nous étions donné il y a trois mois. Nous doutions de tout, nous avions peur des Russes et de leurs piqûres fatales, des Chinois et du rouleau-compresseur de leur prospérité (nous qui, enfants, étions incités par nos mamans à tricoter des carrés de laine pour fabriquer des « couvertures pour les petits Chinois »…)
Nous en avions assez des impôts. Nous avions peur de tout, de la grippe, du sida ou d’Alzheimer. Nous étions exaspérés par les incivilités des « djeunes » dans les transports en commun. Nous désespérions de l’avenir de l’humanité, Il n’y aurait bientôt plus même de chants d’oiseaux dans les arbres de nos forêts aux ramures étiques. Le transhumanisme répandait ses fantasmes douteux de victoire sur la mort. Nous ne croyions plus à grand-chose, pour dire le vrai. La religion délivrait, univoque et automatique, ses discours d’espérance comme sur le tapis roulant d’un supermarché défilent les produits de première nécessité. Bref, tout allait de mal en pis. La mort rôdait, en tout cas, elle se rapprochait de nous. Nos vieux étaient mal gardés, ils dérangeaient. Noir, tout était noir. La désespérance était partout derrière chacune de nos portes. Il faisait froid sur l’humanité, noir dans les cœurs, glauque dans les distractions. L’humanité allait à sa perte.
Et puis, tout à coup, au fond de cette constante laideur des jours, noirceur de l’actualité, une petite lumière, cet héroïsme, cet éclat de bravoure et d’humanité. Ce grand geste du gendarme inconnu la veille venait nous alerter sur la vraie hiérarchie des valeurs, ces fameuses valeurs dont nous parlons d’autant plus volontiers que nous n’y croyons guère.
Le courage du gendarme offrant sa vie pour protéger une innocente, nous devions en élargir la dimension à celle de toute l’humanité tenaillée par l’angoisse de mourir et de la violence. Il ne se doutait pas, le gendarme, que nous tirerions de son action de telles leçons. Il nous avait offert une sorte de résurrection de l’humain dans la pagaille des jours médiocres. Il avait posé sur nos chemins un petit caillou baptisé espérance.
L’espérance comme folie, comme une volonté, comme une décision et non comme un donné. À nous de la construire quand tout a l’air de s’effondrer, quand la malfaisance et l’égoïsme semblent partout régner. Quand la laideur nous coupe les bras et les ailes. L’espérance, non pas comme un cadeau ou un dû mais comme l’œuvre d’une volonté d’homme.
Cette leçon de mort était une leçon de vie.

Bruno Frappat

La chronique de Bruno Frappat a été publiée sur le site internet du journal La Croix le 28 mars 2018.

https://www.la-croix.com/Debats/Chroniques/Arnaud-Beltrame-heroisme-lesperance-2018-03-28-1200927407

Critique du film « Call me by your name » (Madeleine)

Eté 1983. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans la belle villa ancienne que possèdent ses parents en Toscane. Adolescent doué, proche de ses parents, apparemment bien sous tous rapports et dans la norme avec une potentielle petite amie de son âge, mais en fait encore innocent en ce qui concerne les choses de l’amour.
Arrive Oliver, un bel américain venu préparer son doctorat auprès du père d’Elio, spécialiste de l’histoire gréco-romaine. Entre le jeune aîné séduisant, sûr de lui et l’ado qui se cherche, c’est l’attraction, l’éveil du désir et finalement la révélation censée « changer toute une vie ».
Avec la caution intellectuelle de James Ivory au scénario, le film a tout pour susciter les louanges d’une critique prompte à encenser a priori tout ce qui traite de l’ambiguité ou de la marginalité sexuelle.
On sublime des images qui frôlent le roman-photo : la Toscane , bel écrin d’une romance gay. Mais même si c’est le plein été et l’Italie, la dolce vita tourne à l’ennui parce que de balade à vélo en plongeon dans la piscine, on n’avance guère, tout reste approximatif et superficiel, l’émotion n’est pas là. Plus explicite, et même un peu trop, la remontée de l’éphèbe sorti du fleuve, comme métaphore d’un amour ( « amour grec » évidemment) qui peine à se faire jour. On ne dépasse guère le cliché, on l’outrepasse même. L’américain se la joue un peu trop beau gosse hollywoodien qui nage aussi bien qu’il danse.
On devine que sa joie de vivre toujours surjouée (cf. sa prestation sur la piste avec partenaires féminins) cherche à donner le change et ne tiendrait pas la distance.
Nous sommes dans les années 80 (les constants bermudas sont là pour nous le rappeler) et les amours homosexuelles ne peuvent se vivre qu’à la marge. Après une approche des plus laborieuses, le couple naissant ne peut vivre sa lune de miel que dans une sorte d’enclave espace-temps hors du cadre familial et de la réalité du quotidien.
Episode concédé comme un écart passager avant que tout ne rentre dans l’ordre. Le bel américain a, sous le coude, une fiancée qui l’attend depuis 2 ans (dans la tradition juive, on le devine, du mariage arrangé avec une femme soumise). Souci du film de montrer les limites d’une époque ou prudence d’un scénario (le film est produit par un studio américain) qui reste aussi dans les limites du politiquement correct ?
Morale de l’histoire enfin : devant le désarroi du jeune initié et rapidement abandonné, il y a cette parole du père , profonde et universelle « On n’a qu’un coeur et qu’un corps pour toute la vie », soit un coeur à ne pas trop vite désenchanter, et un corps dont la séduction prendra fin.
Acceptation de la vie donc, avec ses risques et ses limites. Belle leçon d’épicurisme qui peut toucher en effet,mais qui aurait mérité un meilleur préambule.

Madeleine.

Exposition multi arts chez Jacqueline (par Sophie)

Un beau moment de vie

L’idée de Jacqueline, et l’énergie mise dans sa réalisation aidée de Pierre-Hugues, de proposer à différents ami(es) artistes, DJistes ou non, d’exposer leurs œuvres chez elle, fut séduisante et attrayante.
Quelle belle respiration d’air chaud en plein hiver !
Ce fut beaucoup plus intense en humanité que ce que l’on voit habituellement lors de vernissages, souvent superficiels et surfaits il faut l’avouer.
Ce qui s’est dégagé de moi ce jour-là fut plus profond encore que l’admiration des œuvres elles-mêmes. Ce fut cette sensation surprenante de la présence créative des êtres et pas seulement de ceux ou celles qui exposaient.
A voir, écouter, toucher, presque sentir les perles de créativités, ces pièces uniques : Ikebana, photo, peinture, sculpture, poème, musique, boiserie,… permettait de laisser surgir en tous, leur facette créatrice, celle que nous possédons tous. D’autres auraient pu partager leur art particulier et différent : l’art du chant, du théâtre, l’art des instruments de musique…
« L’atmosphère d’art » était palpable, au-delà des créations elles-mêmes.
J’ai retrouvé avec étonnement, des amis que j’ai connus lors de réunions de travail dans une association d’Eglise. Je ne connaissais d’eux que leur facette « intellectuelle » théologique, analytique, observatrice. Nous ne savions ni les uns ni les autres que nous étions peintres ou poètes « en dehors ».
Ces amis du travail difficile et mental, ils écrivent l’amour, la joie, la beauté ! Là, on était dans un tout autre registre que la réflexion et l’analyse.
Quelle aération ! Quelle découverte !
Pour moi-même, en faisant jaillir cette part inconnue de mon potentiel peinture, j’ai pu découvrir ces instants de « non-pensée ».
Mon professeur a un livre qui s’intitule : « Peindre avec mon cerveau droit ». Ce cerveau de l’intuition, de la créativité, de l’émotionnel, du ressenti, de la relation, là où nous éprouvons les choses et les êtres plutôt que les « penser ».
La « non-pensée », c’est donc cela : laisser le cerveau gauche en latence, en sourdine, lui qui est le maître de la logique, de l’analyse, de la compréhension, de la capacité à se questionner et à anticiper.
Nos deux cerveaux, celui qui calcule et maîtrise et celui qui ressent et créé, sont bien sûr en interaction permanente.
Ces quelques heures chez Jacqueline, à ainsi voir, entendre, ressentir ce qui était là, c’était presque « respirer ce qui sort de l’autre ». Ce souffle que l’autre a laissé jaillir, et réciproquement celui qui regarde laisse émerger sa part à lui.
Alors oui, j’ai savouré ces moments de vie, où rencontrer l’autre par l’intermédiaire de ses talents communs et mutuels, c’est éprouver l’autre, le ressentir. C’est au niveau du cœur.
C’est un autre registre que le travail de réflexion, de compréhension, de thème et de sujet aussi profonds soient-ils. Et aussi respectueux que soient les échanges, nous sommes là dans le « je pense » du cerveau gauche et toute sa panoplie de « je sais », « je convainc », « j’interprète », « je projette », « je traduis », « j’ai raison », « je juge ».
La joie d’être en lien par l’art, pour l’art, c’est cette légèreté, cette communion du « ressentir », où il n’y a rien, ni à penser, ni à analyser ! (Le siège de l’intelligence, pour la bible, est le cœur. On l’oublie en Occident où le cerveau est réduit au quotient intellectuel).
Oh que je rêve de contacts humains où nous serions, comme pendant ces deux jours hors du temps, à parler à l’autre avec notre « cerveau droit », en mode « cœur », avec notre quotient émotionnel plutôt qu’avec notre quotient intellectuel.
Quitter les « je pense que » qui se traduisent si souvent par « je pense à ta place », pour parler en « je ressens que » là où il est impossible de dire ou d’entendre « je ne suis pas d’accord avec ce que tu ressens » !
L’ordinateur n’aide pas à cela ! Et si nous nous écrivions des cartes postales ?
Oui, l’art nous apprend à cela, et, ce week-end-là, je l’ai ressenti jusqu’au plus profond de mon âme et je me suis sentie très bien.

De tout cœur, Merci Jacqueline.

Sophie

« Marvin ou la Belle Education » d’Anne Fontaine (2017)

A propos de Marvin

   Le film, libre adaptation du fameux livre d’Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule » ¹ a été précédé d’une réputation peu flatteuse , avec des critiques partagées : « A voir » (Le Monde) « C’est raté » (Libération).
Entre les deux, il y a le « globalement réussi » auquel je souscris.
Reconnaissons d’abord la justesse de la transposition. Si le scénario reprend l’idée d’un mauvais départ dans un milieu culturellement défavorisé, il fait passer l’ascension sociale du jeune garçon, non par l’écriture comme dans le récit, mais par l’initiation théâtrale, ce qui est tout aussi crédible et beaucoup plus « scénique ».
Par ailleurs, la force du film vient aussi de sa construction par allers et retours entre l’enfance humiliée et les étapes d’une vie qui se réinvente au fil des découvertes et des rencontres.
Subtiles superpositions de visages et de scènes dans la cohérence d’un cinéma intérieur…
A propos de scènes justement, on a reproché à la réalisatrice son parti-pris caricatural, la stigmatisation des couches populaires : « monde de brutes« , « salauds de pauvres« , « des Groseille pas drôles » avec en parallèle le milieu « branchouille » des « gays friqués« , superficiels et volages.
Mais, comme dans le livre (avec l’auteur qui ne mâchait pas ses mots) rien n’est gratuit, il s’agit de montrer pour démontrer , ce qui implique une certaine stylisation.
Par ailleurs, on peut voir les choses autrement.
Il y a d’abord d’indéniables beaux personnages tout en finesse et sensibilité (la Principale du collège, le metteur en scène) servis par d’excellents comédiens.
Ensuite, la réalité est plus complexe qu’elle ne se donne à voir : le brillant couple d’artistes gays, en se défaisant brusquement, révèle sa banale humanité, le dandy (Charles Berling) a sa part de mystère, et dans les replis du gros porc incarné par Gadebois, se cache un fond de tendresse.
Enfin et surtout, même si le trait est appuyé, les personnages ne sont pas figés. Ils bougent, ils évoluent parallèlement à la métamorphose du héros qui finalement ne se sauve pas tout seul.
Le transfuge social est souvent rejeté par la cellule familiale qui se sent trahie, mais il arrive qu’il devienne un facteur de prise de conscience et de changement allant de pair avec une forme de reconnaissance. Ici, c’est la sœur qui s’en fait le porte-parole : « Il est fier de toi » dit-elle en parlant du père. Laquelle fierté ne sera jamais explicite. C’est dans un discret mais significatif changement de vocabulaire qu’il faut décoder le repositionnement intérieur.
Au lieu du mot « pédé » autrefois éructé à tout bout de champ ( l’insulte qui condamne l’enfant à être une cible, qui bouche son avenir , à partir de quoi l’adolescent devra se reconstruire) le père retrouvé in fine, bredouille le terme « gay », politiquement plus correct, l’évolution sociale étant aussi passée par là.
Le film devient comme un prolongement du livre, en s’inscrivant dans les dernières avancées sociétales (« maintenant que vous pouvez vous marier »…) et dans une perspective plus optimiste de réconciliation, l’espoir d’une homophobie qui s’amende et s’adoucit. Sans être un chef-d’oeuvre, il remplit sa fonction, en particulier pour ceux qui n’ont pas le même accès à la lecture, soit :montrer pour sensibiliser, émouvoir et peut-être changer les regards.

Madeleine

¹ La critique de Madeleine sur le livre « Pour en finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis

La bande annonce du film « Marvin ou la Belle Education« 

« Le redoutable » de Michel Hazanavicius (2017)

   Le Redoutable, film écrit; produit et réalisé par Michel Hazanavicius, sortie en 2017. Biographie de Jean-Luc Godard, adaptation du livre  » Un an après  » d’Anne Wiazemsky.
En sortant du cinéma, le contenu de ce film m’a fait beaucoup réfléchir. Sur mes relations en particulier, amicales, affectives, etc…
Dans une relation, au début nous idéalisons la personne, ne lui accordant que des qualités. Puis l’habitude s’installe et on commence non seulement à ouvrir les yeux sur ses défauts, mais on en rajoute aussi. Dans une relation amicale, ou intime, on a l’impression que tout est acquis. On ne fait plus d’effort et la relation se meurt comme une bougie qui se consume. Lentement mais sûrement. On oublie de prendre le soin de « la relation ». On pense que l’autre peut nous aimer toute sa vie. Nous ne réalisons pas à quel point, nous pouvons perdre les personnes que nous aimons tant à cause d’inattention aux petits détails qui sont peut-être importants pour l’autre. La routine qui gagne du terrain et gangrène « la relation ». L’amour s’éteint petit à petit et l’indifférence le remplace. Parfois la haine peut faire apparition.
Enfin, voilà je voudrai dire à quel point les relations humaines sont complexes. Que rien n’est acquis pour personne et que toute notre vie, nous devrions prendre soin de l’amour amical, affectif que nous portons à l’égard de nos proches.

Maryam

« 120 battements par minute » de Robin Campillo (2017)

Le film retrace les années de lutte du mouvement ACT UP au début des années 90 alors que le SIDA fait des ravages depuis 10 ans. Epoque héroïque où les hommes tombent comme des mouches, avec des coupes sombres dans l’intelligentsia parisienne et le show-biz. Epidémie mal définie qui désigne et ostracise (cf. les dénis de Foucault, de Thierry le Luron…)
On se cache pour mourir…

Tant que le « cancer gay » ne touche (croit-on !) qu’une minorité peu reconnue, méprisée, méprisable (« ils l’ont bien cherché »…), on ne se bouge guère. ACT UP met les pieds dans le plat et dénonce, par des coups d’éclat, l’urgence de la situation et la quasi-indifférence générale (confortée par les forces réactionnaires complices).
Le film en retrace les étapes et les moyens. D’abord la constitution d’un corps collectif où chacun a la parole 1 mais fait bloc dans des actions spectaculaires : jeter des sacs de faux sang au visage de l’ennemi, les ministères (représentant l’inertie étatique) et les labos ( centrés sur leurs profits personnels).
Sur ce fond documentaire, se détache l’histoire personnelle d’une rencontre amoureuse entre Sean (le militant séropositif bientôt marqué par le kaposi) et Nathan (« séronég ») le Candide de l’histoire. Comme dans une tragédie, l’amour suit sa pente fatale : la mort de Sean et c’est alors que se rejoignent les deux plans, avec une « politisation » de l’intime concrétisée par l’image, en arrière-plan du corps agonisant, de la Seine rouge-sang. De fait, c’est le corps dans tous ses états qui est mis en scène tout au long du film, corps collectif actif et manifestant, exultant dans les fêtes et sur les dancefloors, corps individuel vibrant et pulsant tant dans l’amour que dans l’agonie.
Pulsion de vie qui traverse le film jusqu’au bout. Le spectateur hétéro découvrira (appréciera?) la vitalité d’une sexualité gay, qui plus est exacerbée par la menace de la mort et paradoxalement renforcée par sa réalité (le soir même de la crémation, le survivant enchaînant illico une nuit d’amour avec un autre partenaire…)
On peut reprocher au film ses clichés et ses maladresses : interminables séquences d’assemblées générales, utilisation facile des symboles et des affects, néanmoins il reste pour nos sociétés oublieuses et changeantes, un nécessaire et juste rappel de ce qui fut une « aventure du courage et de l’insolence ». Il nous rappelle les vertus de la contestation et de l’action juste, la puissance d’un mouvement fondé sur la solidarité, l’humanité.

En élargissant le cadre au-delà du film, on réalise maintenant que si la « communauté sida » a pu choquer en montrant les aspects concrets du sexe et de la maladie, elle a contribué malgré tout à rendre visible le couple gay et légitimer une relation d’amour faite d’engagement et de soutien mutuel, une conjugalité qu’on n’imaginait même pas.
Là où certains escomptaient qu’on verrait une « punition divine », c’est la compassion qui s’est fait jour2, avec dans le meilleur des cas, le renouvellement des représentations de l’homosexualité masculine. (cf les avancées du PACS, l’homoparentalité, le mariage pour tous)

Madeleine

1 On appréciera la présence d’Adèle Haenel tout à fait bien dans son rôle de battante et celle dde Nahuel Perez dont la maigreur nerveuse, le regard intense évoquent la figure et la ferveur d’un Guy Hocquenghem.

2 Dans le film, exprimée par la présence et l’attitude de la mère.

Il y a un an, la tuerie LGBTophobe d’Orlando (USA)

Beaucoup de stars ont rendu hommage aux victimes de cette fusillade mais Frank Ocean est l’un des rares artistes Hip Hop / R&B qui assume son appartenance à la communauté LGBT. Il était fondamental pour lui de s’exprimer sur ce sujet.
Le 21 juin 2016, il avait écrit cette lettre  :

«  J’ai lu dans les journaux qu’on jette mes frères du haut d’immeubles, les mains attachées dans le dos parce qu’ils ont enfreint la charia. J’ai entendu dire que ceux qui sont tombés sont lapidés par la foule s’ils bougent encore après leur chute. J’ai entendu dire que tout ça se fait au nom de Dieu. Je me souviens que mon pasteur parlait au nom de Dieu lui aussi, lorsqu’il citait les Écritures saintes. Lorsqu’il décrivait l’énorme étang de feu dans lequel Dieu souhaitait me plonger, le mot abomination s’échappait par tous les pores de ma peau.J’ai entendu qu’une tuerie homophobe avait laissé derrière elle des corps entassés les uns sur les autres, sur une piste de danse. J’ai entendu dire que l’assassin s’était fait passer pour mort au milieu de tous ceux qu’il avait tués. J’ai entendu aux infos qu’il était l’un des nôtres. Quand j’avais six ans, j’ai entendu mon père traiter une serveuse transgenre de ‘pédé’ avant de me tirer hors de ce petit resto de quartier, parce qu’on ne pouvait pas être servi par quelqu’un d’aussi dégoûtant. C’était le dernier après-midi où j’ai vu mon père, c’était la première fois que j’entendais ce mot, je crois, même si ça ne serait pas surprenant si je l’avais entendu avant.
Beaucoup nous détestent et préféreraient qu’on n’existe pas. Beaucoup sont dérangés parce qu’on veut se marier comme tout le monde, ou utiliser les toilettes adéquates, comme tout le monde. Beaucoup n’ont aucun problème à transmettre les mêmes bonnes vieilles valeurs qui chaque année rendent des milliers d’enfants suicidaires ou dépressifs. Donc, on dit qu’on est fiers et on exprime notre amour pour qui on est, et ce qu’on est. Parce que sinon, qui va le faire ? Je fais un rêve éveillé : et si cette barbarie et toutes ces transgressions à notre égard étaient en fait la contrepartie de quelque chose de meilleur qui se produit dans le monde, d’une grande vague d’ouverture des esprits et de réveil des consciences.Mais la réalité l’emporte, et elle est grise. Ni noire, ni blanche, mais morne. J’ai entendu qu’on était tous les enfants de Dieu. J’ai laissé mes frères et sœurs en dehors de ça et je me suis adressé directement à mon Créateur, j’ai l’impression qu’on dit la même chose. Si mon moi était plus fort en étant déconnecté de sa propre histoire, alors, je ne pourrais pas être moi. Je veux savoir ce que les autres entendent. J’ai peur des réponses, mais je veux savoir ce que chacun entend quand il s’adresse à Dieu. Les fous entendent-ils la même voix, mais distordue ? Est-ce une autre voix que les endoctrinés entendent ? »

Le journaliste Philippe Corbé, correspondant aux Etats-Unis pour la radio RTL a publié cette année le livre « J’irai dansé à Orlando » suite à cet événement.

La 4ème de couverture du livre :

Pulse, 12 juin 2016. Quarante-neuf morts sur la piste d’un night-club de Floride. Quarante-neuf garçons et filles qui voulaient seulement danser, abattus pour avoir commis le crime d’être homosexuels. Tous ne l’étaient pas, d’ailleurs, mais tous étaient coupables selon le meurtrier, qui a cette nuit-là perpétré le premier assassinat homophobe de masse de l’histoire. Quelques heures plus tard, Philippe Corbé est allé à Orlando. Mélangeant à son récit des souvenirs de jeunesse, il rappelle les prêches criminels, les tyrans de cours de récré, les ferme ta grosse gueule pédale, les hargneux, tous ceux qui veulent écraser les espoirs de bonheur, à commencer par ces lieux tranquilles, d’Orlando à Paris, de Sydney à Beyrouth, des abris pour retrouver ses semblables, se retrouver chez soi. Et c’est bien pour cela qu’ils sont menacés, les battements de cœur dérangent. Sous les pulsations de la musique couvent les pulsations de la haine.

Ce journaliste a participé le 14 août 2017 à l’émission  sur France Inter.

⇒ Cliquez ici pour écouter l’émission

« Tom of Finland » de Dome Kanukoski (2017)

Ses dessins, je les avais déjà croisés au hasard d’un effeuillage de bouquins en librairie. Je les trouvais esthétiques graphiquement mais néanmoins parfois assez vulgaires voire limite pornographiques pour les plus osés d’entre eux…
Connaître par ce film « Tom of Finland » la vie de leur créateur Touto Laaksonnen (même si elle est peut-être un peu romancée) changera sans doute mon regard sur ses dessins quand ils recroiseront mon regard.
Pour moi, ce que je retiendrai de ce film ce sont les mille et une facettes et pouvoirs que peuvent porter en eux de dessins, de simples dessins…
Dans une époque et un pays la Finlande où l’homosexualité était un délit, une déviance fortement condamnée, ses dessins fonctionnaient au début pour Touko comme une soupape de sécurité lui permettant de vivre sur papier sa différence, d’assouvir ses fantasmes en plus de quelques étreintes réelles furtives vécues au prix du danger dans les parcs de sa ville.
Ses dessins d’hommes à la sexualité désinhibée, démonstrative étaient comme des œuvres refuges, cachées ; elles remplaçaient des mots que la société et la famille d’alors (et parfois d’aujourd’hui aussi…) ne voulaient, ne pouvaient entendre. Un peu comme une drogue, un cachet d’anti-dépresseur, ses dessins lui permettaient de supporter le quotidien, sa vie militaire. Des dessins tels des moyens d’évasion, des moyens de consolation. Après avoir tué un soldat ennemi (décès qui viendra longtemps le hanter les années suivantes), dessiner lui permettait aussi de soigner les symptômes post-traumatiques engendrés par cet acte. Mais à cette époque, Touko ne peut que cacher ses dessins ou les dealer furtivement sous le manteau telle une drogue illicite et dangereuse. Quelques années plus tard, ils perdront le goût du soufre et seront diffusés comme des œuvres artistiques. Les temps changent et les mentalités évoluent…
De ses années sous l’uniforme naitront ces hommes musclés sanglés dans leurs habits militaires ou policiers qu’il dessinera tout au long de sa vie et constitueront sa « marque de fabrique ». Peut être la saveur d’une envie de vengeance vis-à-vis de castes professionnelles qui régulièrement condamnent, arrêtent ou humilient les homosexuels de part le monde.
On sent chez leur auteur une certaine déstabilisation quand ses personnages de poudre de carbone tracés prendront réellement vie en se voyant multipliés au centuple aux Etats-Unis dans un premier temps puis à l’international. Cette diffusion planétaire lui vaudra de nombreux courriers de remerciement de la part d’homosexuels. Pour ces derniers les albums de dessins de Touko (devenu Tom of Finland) et enfin sortis de la clandestinité, leur permettront de sortir eux aussi de leur isolement, de s’ouvrir à leur sexualité, de se rencontrer entre semblables quitte à (malheureusement ?) devenir des « armées » de clones, des personnages de Tom of Finland parfois réunis en associations. Des dessins comme moyens d’identification parfois poussés jusqu’à la caricature. Personnages qui deviendront pour nombre d’entre eux acteurs des premières Gay Pride aux Etats-Unis (plus tard renommées Marches des fiertés). Dans « les années sida » ces dessins deviendront même vecteurs de lutte et d’éducation pour illustrer, dénoncer les discrimination et pour éduquer à la prévention.
Les dessins de Touko ont eu, au fil de la vie de leur auteur, au fil de l’évolution de la société plusieurs fonctions, pouvoirs. Autre époque, autres mœurs, autres sociétés et les dessins de Touko sont devenus plus ou moins libres selon les pays. Mais on découvre de nos jours avec la montée des côtés extrêmes des religions les pouvoirs « pseudo anti-religieux» de dessins quand ceux qui les regardent sont inaptes à les comprendre…et condamnent parfois à mort leurs auteurs…
Touko : le combat continue !

Téo

« Une femme fantastique » de Sébastian Lelio (Chili – 2017)

   Fantastique.
Selon le dictionnaire, cet adjectif a plusieurs définitions :
1 – Chimérique, né de l’imagination, irréel.
2 – Bizarre, surnaturel.
3 – Qui sort de l’ordinaire, étonnante, incroyable.
Quelle est la définition qui a donné lieu au titre de ce film et décrire ainsi son héroïne ?
En quoi Marina, parce que transgenre, (rôle joué par Daniela Vega une actrice trans elle-même) peut-elle être qualifiée de chimérique, irréelle, bizarre, surnaturelle ou incroyable ?
Avec son compagnon Orlando vivant, Marina était une femme comme les autres qui vivait, qui chantait, qui aimait. Etre avec Orlando légitimait en quelque sorte son genre féminin. Mais, quand il décède brutalement, c’est son existence en tant que femme même qui va aussi être brutalement remise en cause par les autres. Elle n’est plus que trans, femme certes mais avant tout une femme trans. A partir de là, en plus de la douleur, en plus de son deuil à accomplir, elle va devoir à nouveau se confronter à la transphobie ambiante que ce soit celle de la société, de l’administratif, de la famille du défunt, de la police, du milieu médical,…
Parce que différente, parce que trans, elle pourrait pourquoi pas être coupable de la mort d’Orlando. La disparition d’Orlando va alors renvoyer Marina à une situation de rejet, d’humiliation et de discrimination sans doute rencontrée auparavant mais que sa vie avec Orlando avait réussi à masquer, à atténuer, à « normaliser », à banaliser. Mais comme il n’est plu…
Même se promener seule la nuit va devenir dangereux, inquiétant pour Marina.
Trans donc possiblement coupable, alors, chacun que marina va rencontrer pendant les jours suivant le décès de son compagnon va pouvoir en profiter pour assouvir ses soifs de voyeurisme, de perversions telles les attitudes de la commissaire chargée d’enquêter sur le décès d’Orlando et du médecin de la police. Un médecin qui imposera à Marina une séance de photos à nu choquantes, humiliantes soit disant pour les besoins de l’enquête… Trans donc pourquoi pas coupable et la famille du défunt va trouver là l’alibi idéal pour la rendre responsable et sans avoir pour elle un zest de compassion, d’empathie ou de soutien. Tant que Marina n’était pas connue de la famille, elle ne dérangeait ; elle vivait avec Orlando mais au loin. Mais là, elle devient (malheureusement) présente, réelle pour eux, trop réelle et vient déranger les apparences, les « belles » normes familiales,… D’ailleurs, l’arrivée de Marina en pleine cérémonie d’obsèques à l’église (où on lui avait fortement suggérer de ne pas mettre les pieds…) provoquera même les pleurs de l’enfant qu’Orlando a eu avec sa compagne précédente.
Dans cet univers nauséabond, seul le chien que même la famille voudrait lui soustraire semble compatir à son chagrin et, lui seul, à sa façon, a des gestes réconfortants pour Marina.
Retrouver la voie du chant et sa voix lui fera peu à peu reprendre pied dans sa vie, dans son genre que les événements avaient tellement mis à mal.
Le regard que le spectateur pose sur le film, sur le rôle de Marina, sur l’actrice elle-même est aussi, à mon avis, fortement influencé par la transidentité de l’actrice et de la façon dont soi-même on perçoit, on comprend ou on vit cette différence. Pour certains spectateurs elle sera effectivement la femme « fantastique » du titre car sortant de l’ordinaire, bizarre, irréelle ou chimérique. D’autres passeront le film à scruter son visage, ses attitudes, son comportement à la recherche de traces de masculinité qui puisse les rassurer oubliant qu’eux-mêmes sont faits de féminin et de masculin.
A chacun de trouver la définition de l’adjectif « fantastique » qui lui conviendra à moins que ce ne soit juste l’histoire du deuil d’une femme, un épisode de la vie d’une femme tout simplement.

Téo