Archives de catégorie : Cinéma

« Mathias et Maxime » de Xavier Dolan – 2019 (Pierre)

Le jeune acteur, réalisateur, scénariste et producteur canadien : 30 ans et déjà 8 longs métrages à son actif,  nous donne un film dans lequel il célèbre l’amitié et l’ambigüité des sentiments. Après un détour mitigé par un film en anglais ce huitième film comme réalisateur marque son retour vers la francophonie. Tourné au Québec en langue française, le récit évoque une amitié masculine tournant à l’amour. Anne Dorval son actrice fétiche sera de nouveau de la partie pour assurer le rôle de la mère d’un des deux protagonistes. Le film a été présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2019, sans remporter de prix. 
C’est en tant que réalisateur  que Xavier Dolan s’est fait connaître du public lors de la projection de son premier long métrage
J’ai tué ma mère qu’il produit. Et est retenu dans la sélection « Un certain regard » du Festival de Cannes en mai 2010, où il retourne pour la deuxième fois en un an, le film y reçoit un accueil hautement favorable du public (une ovation debout de 8 minutes), et très enthousiaste de la critique  à la 41e Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2009, alors que l’auteur a tout juste 20 ans À l’automne 2009, il écrit le scénario de son deuxième long métrage, Les Amours imaginaires
Puis vient le succès de Mommy en 2014 (prix du jury à Cannes et carton en salles). Depuis, à raison de près d’un film par an, tous présentés dans les festivals de cinéma majeurs, il est régulièrement qualifié de « jeune prodige du cinéma québécois ».
En 2017, il reçoit le César du meilleur réalisateur
et celui du meilleur montage pour Juste la fin du monde, sorti l’année précédente..
Après l’échec à Hollywood de son précédent film Ma vie avec John.F.O’Donovan le cinéaste revient au Québec et se revitalise dans ce film de copains qui fait explicitement référence aux films de son aîné Denis Arcand, autre grand réalisateur québécois, Le déclin de l’empire américain et Les invasions barbares.
On y retrouve dans un premier temps une bande d’amis d’enfance autour d’un lac, qui fêtent le départ de Mathias en Australie dans un déluge de dialogues en franco-américain (difficiles à suivre nonobstant les sous-titres !) et plein de vitalité et de joie de vivre. Au détour d’un film d’amateur de la petite sœur de l’un d’entre eux, Mathias et Maxime vont devoir remplacer au pied levé les acteurs, dont la scène principale est un baiser entre eux qui va tout changer.
A partir de là le film va changer de rythme et se recentrer autour des deux principaux personnages, Mathias, excellemment joué par Xavier Dolan lui-même, trentenaire affligé d’une tâche de vin sur le visage et d’une mère borderline (Marie Dorval toujours excellente) dont il est le tuteur et Maxime jeune avocat et fils d’un homme d’affaires, bien sous tous rapports en couple avec une jeune femme.
Après le baiser tout change sans que rien ne soit explicitement dit avant les deux scènes finales. Xavier Dolan-Maxime aussi bon en acteur qu’en réalisateur (et comme son habitude en scénariste et costumier) et Mathias oscillent entre haine apparente et retour à l’amitié. La tension entre les deux principaux personnages est excellemment rendue par petites touches et l’on sent peu à peu que cette amitié va déboucher vers un autre sentiment : un amour qui a le plus grand mal à
 s’assumer.
Les acteurs sont tous excellents, l’atmosphère québécoise très bien rendue, les décors autour du lac superbes et l’on sort de ce film ébloui par l’incroyable maitrise de ce très jeune réalisateur : un film à voir absolument pour les inconditionnels de Xavier Dolan et ceux qui veulent le découvrir 

Pierre

Café littéraire de rentrée (Camille)

J’attendais ce samedi vingt-un septembre (non pas parce qu’il sonnait mon entrée dans ma trentième année !) mais pour vous retrouver, ami-e-s DJistes de Nantes et de plus loin, autour de mon salon changé en café littéraire !
Fleurs dans un verre, nougats iraniens en provenance directe, cultissime gâteau nantais, accompagneront nos échanges. Juste le temps de découvrir qu’il existe en Alsace un pinot tout autre que le pineau de mes Charentes natales, nous sommes tous installés !
C’est sous le signe du livre et du partage que commence notre après-midi : Bernard m’apporte l’ultime opus de la série de BD relatant l’histoire de Nantes dont je lui avais prêté les deux premiers tomes ! Voilà qui augure de nombreuses découvertes et un nouveau prêt très bientôt !
Nous attaquons avec du lourd, tant en ce qui concerne le poids du bouquin qui passe entre nos mains qu’à la teneur hallucinante des révélations qui y figurent ! Sodoma (de Frédéric Martel) l’enquête désormais célèbre qui lève le voile sur bien des silences au sein de l’Eglise catholique… Tour à tour et avec précision, Annette et Pierre nous expriment leurs ressentis, formulent des observations et nous apprenons que les révélations de cette enquête sont multiples et touchent aussi à la politique. Une lecture studieuse mais néanmoins passionnante.
Transition toute trouvée car révélation encore à l’évocation du Journal de Julien Green par Pierre et Madeleine (qui, absente, aura pris soin de m’adresser ses notes). L’homosexuel soi-disant non-pratiquant, capable de sublimer (ou refouler…) ses désirs apparait tout autre dans cette nouvelle édition de son journal, augmentée des passages jusque-là savamment censurés. On y découvre une vie souterraine, en totale contradiction avec les principes défendus au grand jour, comme une preuve que « plus le désir est publiquement réprimé, plus il explose dans la vie privée. Ainsi, celui qui chante la chasteté est souvent le moins chaste et celui qui dénonce le plus violemment l’homosexualité est souvent le moins hétérosexuel«  (citation de Frédéric Martel)…
Ce climat d’hypocrisie empreinte de morale et planquée derrière la religion nous donnerait bien envie de croire que Dieu puisse être laïc ! Pierre-Hugues, séduit comme d’autres par la vision de Marie-Christine Bernard (« Et si Dieu était laïc« ), évoque son dialogue imaginaire avec un Dieu exaspéré et désabusé par la perte de (bon) sens que traverse son peuple. N’avons-nous pas tous, simplement, le désir de nous rapprocher de l’essentiel, du message d’amour originel ?
C’est semble-t-il vers cela que tend Soif, le roman dans lequel Amélie Nothomb présente un Jésus-homme, incarné, et dont on se sent proche. Marie-Hélène nous ouvre la porte vers un texte profond, un rappel que le divin est là autour de nous, dans les petites choses autant que dans les grandes.
Interlude musical ! Sonorités claires et enthousiastes et chant vivifiant. La voix et la musique de Yann (que je ne connaissais pas), sur les mots de Pierre-Hugues, s’engouffrent dans la pièce. Nous nageons en pensées autour du rocher blanc.
A notre retour, un nouveau départ, pour l’Afrique cette fois… Hélène nous guide dans le récit de Salina, au son des tambours de guerre, des traditions ancestrales et claniques. Un enfant livré à lui-même, au milieu du désert… Que fait-on d’un tel héritage… ?
Méditant sur la question, nous partageons une apple pie au caramel et aux noisettes. L’automne ne semblait pourtant pas encore tout à fait installé mais nous avons dû lui donner envie puisque depuis, c’est chose faite !
D’héritage culturel et d’éducation, il en est encore question dans Les choses humaines de Karine Tuil. Une fiction très réaliste qui interroge les rapports homme/femme version grand angle, n’offrant pas de réponse facile mais plutôt le constat d’une urgence : celle de faire évoluer nos modes de pensée.
Notre nouveau, Damien, ne sera pas non plus venu les mains vides : il apporte Le lambeau dont nous avions déjà eu l’occasion de parler entre nous. Récit fort et plein de résilience du journaliste Philippe Lançon, une des victimes des attentats de Charlie Hebdo, et de sa longue reconstruction.
Florilège d’ouvrages enfin de notre ami Téo qui, outre la lecture des blogs DJistes, se révèle bon client des médiathèques nantaises ! Le chardonneret (Donna Tartt), A la recherche du temps présent (Kankyo Tannier), Le jardin arc-en-ciel (Ito Ogawa), et Appelez-moi Nathan (Camille ?? et  ??)  rien que ça ! Nous nous arrêtons un instant sur cette-dernière œuvre, une bande-dessinée qui évoque le parcours d’un adolescent réalisant une transition identitaire et sexuelle. Optimiste et s’adressant à un public jeune, nous constatons que la présence d’un tel ouvrage dans une bibliothèque publique ne peut être qu’une bonne chose.
Avant de nous séparer, sur une heureuse suggestion de Philippe, rendez-vous est pris pour une séance de cinéma le mardi suivant. C’est à quelques un-e-s que nous irons voir Portrait d’une jeune fille en feu de Céline Sciamma…
Reste de cette belle après-midi, sur mon bureau, un carton que j’avais bricolé pour l’occasion : le tableau des défis ! Quelques courageuses/courageux ont inscrit leurs prénoms face à un défi de lecture proposé ! 365 jours pour le relever…
Top départ et rendez-vous le 21 septembre 2020 pour découvrir si les audacieux ont triomphé !

Camille

Critique du film »Grâce à Dieu » (Camille)

Grâce à Dieu retrace la naissance de l’association de victimes La parole libérée à Lyon en 2015 et le combat d’adultes qui accusent le même homme d’abus sexuels. Cet homme, c’est le père Bernard Preynat, dont les victimes vont se révéler nombreuses, comme l’illustrent dans le film les sonneries successives de la permanence téléphonique de La parole libérée…
Et c’est d’abord dans la position sociale de l’agresseur que réside la particularité de l’affaire Preynat : l’homme est un prêtre en charge d’enfants, notamment dans le contexte de camps scouts et d’activités paroissiales. L’aura de l’homme d’église charismatique et apprécié de tous suffit en effet à tuer dans l’œuf toute voix discordante…
Le film présente la mécanique et l’enchaînement des faits à mesure que les victimes témoignent et se mobilisent. Déplacement du prêtre par sa hiérarchie, plaintes des parents de victimes adressées aux autorités religieuses mais pas à la police, promesses non-tenues d’éloigner le prêtre des enfants… Autant d’éléments qui, mis bout à bout, expliquent comment ces crimes (agressions sexuelles et viols sur mineurs de moins de quinze ans) ont pu être perpétrés aussi longtemps, faisant autant de victimes. En nous entraînant dans un premier temps dans l’enquête d’Alexandre (une des victimes) pour obtenir des réponses, le film dénonce l’immobilisme auquel se heurte celui qui remet en cause l’institution. Avec une patience qu’on ne peut que louer, Alexandre pousse toutes les portes pour éviter de faire sortir l’affaire du cadre diocésain et qu’un scandale n’éclate. Mais devant l’insoutenable légèreté avec laquelle on reçoit son témoignage, il se résout à emprunter d’autres voies…
Grâce à Dieu montre aussi comment les silences de chacun (plus ou moins coupables) font ensemble une chape de plomb et fondent une loi du secret qui protège l’agresseur et isole encore un peu plus les victimes. Pour elles, comment trouver la force d’en parler (à qui ?), de témoigner, ou même dans certains cas, de se souvenir… ?
Ce sont les histoires personnelles et familiales des fondateurs de La parole libérée qui peuvent le mieux ébaucher une réponse à ces questions. La grande force de Grâce à Dieu, c’est d’être fidèle à la complexité de ces histoires. Une esthétique de la nuance et la volonté de ne pas trahir la vérité. S’il y a de l’indignation, c’est plutôt du côté du spectateur qu’elle se situera.
Le film n’est pas le pamphlet contre l’Eglise qu’on pouvait craindre. Le réalisateur s’en prend au silence de ceux qui auraient dû dénoncer ces crimes au lieu de les minimiser, de les couvrir…
A ceux qui lui reprocheraient de vouloir influencer l’opinion ou la justice, F. Ozon répond : « Je ne dévoile que des faits établis, admis par le prêtre et qui ont été divulgués dans la presse. Mon film n’a rien d’un procès »
Il dénonce plutôt ce que toute conscience impose de dénoncer et s’attache à rendre compte de combats intimes d’hommes fragilisés au plus profond d’eux-mêmes. Le choix de présenter les trajectoires de trois personnages aux existences très diverses a le mérite de rendre compte de la diversité des manières de survivre. Les abus qu’il a subis n’empêchent pas Alexandre d’éduquer ses enfants dans la tradition catholique et la foi qui continue de l’habiter. Emmanuel quant à lui, n’a pas fondé de famille et s’abîme dans les addictions. Mais au-delà de ces situations a priori opposées, c’est la même ombre qui semble planer sur leurs existences… Pour François, c’est plutôt au sein de la cellule familiale que l’impact des abus qu’il a subi se perçoit, faisant la démonstration (si besoin était) que les violences subies par un enfant font aussi des victimes collatérales.
En définitive, Grâce à Dieu témoigne que les victimes du père Preynat ne peuvent que vivre avec ce qu’il leur a fait. F. Ozon n’évince pas complètement la question du pardon si chère à la tradition catholique. A travers le personnage d’Alexandre, cette notion apparait comme une possibilité laissée à la victime qu’elle est seule à pouvoir accorder ou refuser. Mais il s’agit bien d’une démarche personnelle qui ne peut en aucun cas se substituer à la justice qui, elle, doit être rendue.
La sortie en salle de Grâce à Dieu a failli être reportée par une plainte des avocats du père Preynat qui n’a pas encore été jugé mais a avoué les faits. Ce jeudi 7 mars, en revanche, le Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (et mis en scène dans le film de F.Ozon) a été condamné à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Lyon pour n’avoir pas dénoncé les agissements pédophiles du père Bernard Preynat.

Camille

https://www.20minutes.fr/arts-stars/cinema/2452171-20190219-francois-ozon-grace-dieu-bons-contre-mechants

https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/08/la-condamnation-du-cardinal-barbarin-une-onde-de-choc-dans-l-eglise_5433181_3224.html

Impressions croisées des films « Girl », « Dilili » et « Le grand bain » (Madeleine)

Dans l’air du temps

Il se trouve que récemment j’ai vu successivement les 3 films à l’affiche en ce moment : « Girl« , « Dilili à Paris » et « Le grand bain« .
Je n’en ferai pas une critique approfondie mais comme ils ont résonné en moi dans la même chambre d’écho, je vais les envisager sous le même angle : celui de l’émancipation (individuelle et sociale).
Si les deux premiers peuvent s’inscrire directement (« Girl ») ou indirectement (« Dilili ») dans la mouvance LGBT, ce n’est pas le cas pour « Le grand bain ». Tous trois reflètent pourtant cette même aspiration à se libérer d’un carcan.
La nouveauté de « Girl » vient du fait que la transsexualité n’est pas ici remise en question, et du coup nous évite les traditionnels conflits familiaux, sociaux. Au contraire, c’est apparemment « acquis » pour le père, pour les encadrants de l’école, pour les jeunes élèves du corps de ballet. Tout le monde semble de bonne volonté à commencer par le père touchant de bienveillance, souhaitant, comme tout bon père, le bonheur de ses enfants. Ce qui malgré tout n’empêche ni l’agression (l’invitation guet-apens où la jeune Lara est contrainte à l’exhibition) ni la solitude fondamentale de l’ado en devenir.
C’est de cette bienveillance apparente ou sincère qu’elle doit donc s’affranchir, dans l’urgence de s’affirmer, dans son identité et dans son rapport à l’autre. Face à la lenteur médicale, c’est elle qui finalement décide de « trancher dans le vif » (et l’expression prend ici tout son sens) initiatrice et actrice de sa propre métamorphose.
« Dilili« , quant à elle, doit d’abord sortir du cadre indigène où la confine l’esprit colonialiste de l’époque. L’enquête policière où elle s’implique et qui constitue l’intrigue, suit en fait le fil rouge de l’émancipation : libération des fillettes précocement asservies, et pour elle-même, la quête devient parcours d’apprentissage.
Le Tout-Paris qu’on lui donne à voir et rencontrer n’a rien d’anodin. C’est même très orienté ! Eminentes figures féminines, personnages à la marge, couples d’artistes homosexuel(le)s. Un monde qu’elle n’est pas en âge de décoder (pas plus que les jeunes spectateurs, les références culturelles seront pour plus tard) mais dont elle peut capter le charme et la diversité.
On espère que la ritournelle ponctuant le film, celle qui unit « soleil et pluie » , « jour et nuit »  » et au passage « elle et elle » « lui et lui » tout aussi bien qu' »elle et lui », fera école dans les jeunes têtes pour une vie future sans a priori ni préjugés.
Tout autre est l’univers du « Grand bain« , comédie large public, et pourtant l’histoire à sa façon déconstruit aussi les stéréotypes, ceux d’une masculinité qui ne saurait se compromettre dans un « sport de tafioles » (la natation synchronisée).
Ils n’ont rien de glorieux ceux qui vont concourir, losers décadents, dépressifs et mal fichus, qui plus est entraînés par des femmes, elles- mêmes tout aussi cabossées par la vie (une alcoolo humiliée, une handicapée sadique) face à leurs adversaires, tous athlètes formatés en série. Ce qui rend la victoire tout aussi improbable que renversante , car tout s’inverse : l’imperfection, la fragilité assumées l’ont emporté sur l’académisme et la virilité de façade. D’un coup la dignité est revenue au coeur des actants et la vie peut se poursuivre autrement.
Ce final très attendu au terme d’une fiction « feel good » vient pourtant cueillir le spectateur (ni canon, ni champion!) au creux de ses failles. Il le réconforte dans son besoin de justice : pour une fois, le mérite est récompensé, dans ce monde de brutes où, dit-on, ne survivent que les plus forts.

Et que retenir au terme de cette mise en commun ?

Chaque film à sa manière retrace une émancipation, une libération vis-à-vis des vérités imposées de l’extérieur, celles qui maintiennent en tutelle les individus et les sociétés. Cinéma reflet social donc mais pas seulement. De façon plus générale, toute culture non inféodée est elle-même vecteur d’émancipation, dans la mesure où elle renouvelle ses paradigmes. Dépassant les lois du genre et s’affranchissant des représentations traditionnelles, elle révèle et préfigure parfois ce qui va devenir une autre réalité.

Madeleine.

« Girl » de Lukas Dhont (Téo)

Allez voir un film abordant le thème de la transidentité est toujours particulier pour moi. Je le sais, et même si l’héroïne est MTF*, cela va créer un écho à mon propre vécu. Et, si le personnage est FTM*, cela risque souvent d’être encore plus déstabilisant. Qui dit faire écho, c’est l’assurance que mon cerveau zappera plusieurs trucs à la première vision du film…juste pour se protéger, pour se donner une sorte de droit de retrait. Ainsi il m’aura fallu voir au moins 3 fois le film Tomboy  pour le voir vraiment et en entier !… Je ne pensais donc pas en allant voir « Girl » que ce film fasse exception à cette logique.
Ceci étant posé, voici donc ci-dessous les impressions que mon cerveau n’aura pas trop filtrées pour les laisser atteindre la pointe de ma plume.
Dés l’affiche, dés la lecture du  synopsis, j’ai senti une odeur de cliché : une personne trans MTF qui rêve (au hasard) de devenir une (jolie) ballerine…
Mais pourquoi pas… La faire rêver d’un avenir de pilier de rugby aurait sans doute été d’une autre manière plus déstabilisant… surtout pour les non initiés à la transidentité et les adeptes de la vision binaire des genres…
Pour commencer, faisons une revue en plan large de la situation de Lara adolescente transgenre en début de parcours de transition.
Côté médical, tout semble en apparence pris en charge avec respect, rigueur, attention et bienveillance.
Côté familial, tout semble accepté, acquis. Même si on aurait voulu en savoir plus sur sa mère invisible dont Lara prend régulièrement la place auprès de son petit frère.
Côté études, elle semble avoir sa place et être respectée dans cette école de danse même si on lui demande de faire doublement ses preuves avec des entraînements particuliers éprouvants pour mettre son corps au pas. On se demande même si la professeure n’y prend pas parfois un certain plaisir malfaisant…
Bref, tout est dans le « semble »…
Certes les fêlures familiales apparaissent lors de moments de tension entre Lara et son père quand les mots ne peuvent, ne veulent se dire, ni se confier. Peut être les relations avec sa mère auraient elles été plus aisées ? Mais n’est ce pas un peu comme dans toute famille où parents et ados naviguent ? Les petites fissures transpireront aussi dans les sanglots de Milo (le petit frère de Lara) qui un matin, énervé, l’appellera Viktor. Sans doute une envie irrépressible de se soulager d’un si lourd fardeau qu’on l’oblige de porter mais dont il n’a pas tous les codes, toutes les explications à hauteur d’enfant pour comprendre, pour digérer.
Mais revenons à la carrière de danseuse que Lara désire embrasser. On peut se demander pourquoi avoir posé son dévolu sur une telle carrière compte tenu de toutes les difficultés qui seront décuplées par sa transidentité… Challenge personnel ? Envie de se mettre en danger, d’éprouver sa féminité ? Quitte à devenir « pleinement » femme autant l’être jusqu’à la pointe du cliché ? L’amour de la danse doit s’imposer immensément à Lara, à son être tout entier pour engager son corps dans une telle galère. La danse apparaît alors à certains moments comme une activité d’automutilation (les pieds ensanglantés, les douleurs musculaires,…) pour faire « payer » son corps. Et cette discipline d’acier expose aussi dangereusement ce corps au regard et aux jugements de Lara, des autres et des miroirs. Alors un vestiaire, une douche deviennent des lieux hostiles que seul le refuge de sa chambre semble pouvoir apaiser pour un temps le soir venu. Chambre de décompression, bulle de protection après une journée confrontée à un monde où il faut toujours faire attention, se cacher où un seul regard peut paraître inquisiteur même dans les transports en commun.
A l’école, professeurs et élèves semblent pourtant avoir accepté sa différence même si on sent des regards interrogateurs qui disent parfois plus que les mots. Et, quand la violence des mots de certains élèves, des regards, des gestes, longtemps intériorisés, maîtrisés, « explose », les scènes n’en sont que plus violentes et insupportables. Prenons par exemple la soirée entre filles  lorsque l’une d’elles avec l’accord tacite de la meute oblige Lara à se dévoiler anatomiquement. On ne comprend pas pourquoi cette fille en arrive à une telle violence soudaine ou préméditée, ni pourquoi aucune autre ne s’oppose à ce « viol collectif », ni pourquoi Lara ne lui oppose pas un NON violent par les mots et voire même par les gestes ! …
Lara navigue ainsi entre envie de se cacher et envie d’exposer à elle-même et aux autres sa « féminité particulière » et ce même contre ses envies intérieures les plus profondes. Montrer sa féminité dont son corps prend pas à pas les formes et apprend jour après jour les codes avec la peur omniprésente de se sentir intruse, de ne pas être à la hauteur et que sa différence reste à jamais graver dans sa peau comme un graff indélébile lisible par tout autre.
Dans cet apprentissage, ses désirs et ses expériences sexuelles sont comme autant d’essais et pulsions plus ou moins incontrôlées, maladroites, perturbées et malheureuses dont on ne comprend pas toujours le pourquoi du comment. Peut-être le doit elle à son tumulte hormonal intérieur.
Mais quand la musique de ballet s’élève, quand les pas de danse reprennent alors, c’est comme si chaque pas, chaque pirouette, chaque pointe endurée entre sourire de façade et larmes de douleurs, avait pour Lara le pouvoir d’accélérer le processus de transformation de son corps, d’accélérer le temps qui s’écoule avant la promesse du scalpel à venir pour atteindre son inaccessible étoile de future danseuse étoile.

Téo

* MTF : transition Homme vers Femme
*
FTM : transition Femme vers Homme

Critique du film « Call me by your name » (Madeleine)

Eté 1983. Elio, 17 ans, passe ses vacances dans la belle villa ancienne que possèdent ses parents en Toscane. Adolescent doué, proche de ses parents, apparemment bien sous tous rapports et dans la norme avec une potentielle petite amie de son âge, mais en fait encore innocent en ce qui concerne les choses de l’amour.
Arrive Oliver, un bel américain venu préparer son doctorat auprès du père d’Elio, spécialiste de l’histoire gréco-romaine. Entre le jeune aîné séduisant, sûr de lui et l’ado qui se cherche, c’est l’attraction, l’éveil du désir et finalement la révélation censée « changer toute une vie ».
Avec la caution intellectuelle de James Ivory au scénario, le film a tout pour susciter les louanges d’une critique prompte à encenser a priori tout ce qui traite de l’ambiguité ou de la marginalité sexuelle.
On sublime des images qui frôlent le roman-photo : la Toscane , bel écrin d’une romance gay. Mais même si c’est le plein été et l’Italie, la dolce vita tourne à l’ennui parce que de balade à vélo en plongeon dans la piscine, on n’avance guère, tout reste approximatif et superficiel, l’émotion n’est pas là. Plus explicite, et même un peu trop, la remontée de l’éphèbe sorti du fleuve, comme métaphore d’un amour ( « amour grec » évidemment) qui peine à se faire jour. On ne dépasse guère le cliché, on l’outrepasse même. L’américain se la joue un peu trop beau gosse hollywoodien qui nage aussi bien qu’il danse.
On devine que sa joie de vivre toujours surjouée (cf. sa prestation sur la piste avec partenaires féminins) cherche à donner le change et ne tiendrait pas la distance.
Nous sommes dans les années 80 (les constants bermudas sont là pour nous le rappeler) et les amours homosexuelles ne peuvent se vivre qu’à la marge. Après une approche des plus laborieuses, le couple naissant ne peut vivre sa lune de miel que dans une sorte d’enclave espace-temps hors du cadre familial et de la réalité du quotidien.
Episode concédé comme un écart passager avant que tout ne rentre dans l’ordre. Le bel américain a, sous le coude, une fiancée qui l’attend depuis 2 ans (dans la tradition juive, on le devine, du mariage arrangé avec une femme soumise). Souci du film de montrer les limites d’une époque ou prudence d’un scénario (le film est produit par un studio américain) qui reste aussi dans les limites du politiquement correct ?
Morale de l’histoire enfin : devant le désarroi du jeune initié et rapidement abandonné, il y a cette parole du père , profonde et universelle « On n’a qu’un coeur et qu’un corps pour toute la vie », soit un coeur à ne pas trop vite désenchanter, et un corps dont la séduction prendra fin.
Acceptation de la vie donc, avec ses risques et ses limites. Belle leçon d’épicurisme qui peut toucher en effet,mais qui aurait mérité un meilleur préambule.

Madeleine.

« Marvin ou la Belle Education » d’Anne Fontaine (2017)

A propos de Marvin

   Le film, libre adaptation du fameux livre d’Edouard Louis « En finir avec Eddy Bellegueule » ¹ a été précédé d’une réputation peu flatteuse , avec des critiques partagées : « A voir » (Le Monde) « C’est raté » (Libération).
Entre les deux, il y a le « globalement réussi » auquel je souscris.
Reconnaissons d’abord la justesse de la transposition. Si le scénario reprend l’idée d’un mauvais départ dans un milieu culturellement défavorisé, il fait passer l’ascension sociale du jeune garçon, non par l’écriture comme dans le récit, mais par l’initiation théâtrale, ce qui est tout aussi crédible et beaucoup plus « scénique ».
Par ailleurs, la force du film vient aussi de sa construction par allers et retours entre l’enfance humiliée et les étapes d’une vie qui se réinvente au fil des découvertes et des rencontres.
Subtiles superpositions de visages et de scènes dans la cohérence d’un cinéma intérieur…
A propos de scènes justement, on a reproché à la réalisatrice son parti-pris caricatural, la stigmatisation des couches populaires : « monde de brutes« , « salauds de pauvres« , « des Groseille pas drôles » avec en parallèle le milieu « branchouille » des « gays friqués« , superficiels et volages.
Mais, comme dans le livre (avec l’auteur qui ne mâchait pas ses mots) rien n’est gratuit, il s’agit de montrer pour démontrer , ce qui implique une certaine stylisation.
Par ailleurs, on peut voir les choses autrement.
Il y a d’abord d’indéniables beaux personnages tout en finesse et sensibilité (la Principale du collège, le metteur en scène) servis par d’excellents comédiens.
Ensuite, la réalité est plus complexe qu’elle ne se donne à voir : le brillant couple d’artistes gays, en se défaisant brusquement, révèle sa banale humanité, le dandy (Charles Berling) a sa part de mystère, et dans les replis du gros porc incarné par Gadebois, se cache un fond de tendresse.
Enfin et surtout, même si le trait est appuyé, les personnages ne sont pas figés. Ils bougent, ils évoluent parallèlement à la métamorphose du héros qui finalement ne se sauve pas tout seul.
Le transfuge social est souvent rejeté par la cellule familiale qui se sent trahie, mais il arrive qu’il devienne un facteur de prise de conscience et de changement allant de pair avec une forme de reconnaissance. Ici, c’est la sœur qui s’en fait le porte-parole : « Il est fier de toi » dit-elle en parlant du père. Laquelle fierté ne sera jamais explicite. C’est dans un discret mais significatif changement de vocabulaire qu’il faut décoder le repositionnement intérieur.
Au lieu du mot « pédé » autrefois éructé à tout bout de champ ( l’insulte qui condamne l’enfant à être une cible, qui bouche son avenir , à partir de quoi l’adolescent devra se reconstruire) le père retrouvé in fine, bredouille le terme « gay », politiquement plus correct, l’évolution sociale étant aussi passée par là.
Le film devient comme un prolongement du livre, en s’inscrivant dans les dernières avancées sociétales (« maintenant que vous pouvez vous marier »…) et dans une perspective plus optimiste de réconciliation, l’espoir d’une homophobie qui s’amende et s’adoucit. Sans être un chef-d’oeuvre, il remplit sa fonction, en particulier pour ceux qui n’ont pas le même accès à la lecture, soit :montrer pour sensibiliser, émouvoir et peut-être changer les regards.

Madeleine

¹ La critique de Madeleine sur le livre « Pour en finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis

La bande annonce du film « Marvin ou la Belle Education« 

« Le redoutable » de Michel Hazanavicius (2017)

   Le Redoutable, film écrit; produit et réalisé par Michel Hazanavicius, sortie en 2017. Biographie de Jean-Luc Godard, adaptation du livre  » Un an après  » d’Anne Wiazemsky.
En sortant du cinéma, le contenu de ce film m’a fait beaucoup réfléchir. Sur mes relations en particulier, amicales, affectives, etc…
Dans une relation, au début nous idéalisons la personne, ne lui accordant que des qualités. Puis l’habitude s’installe et on commence non seulement à ouvrir les yeux sur ses défauts, mais on en rajoute aussi. Dans une relation amicale, ou intime, on a l’impression que tout est acquis. On ne fait plus d’effort et la relation se meurt comme une bougie qui se consume. Lentement mais sûrement. On oublie de prendre le soin de « la relation ». On pense que l’autre peut nous aimer toute sa vie. Nous ne réalisons pas à quel point, nous pouvons perdre les personnes que nous aimons tant à cause d’inattention aux petits détails qui sont peut-être importants pour l’autre. La routine qui gagne du terrain et gangrène « la relation ». L’amour s’éteint petit à petit et l’indifférence le remplace. Parfois la haine peut faire apparition.
Enfin, voilà je voudrai dire à quel point les relations humaines sont complexes. Que rien n’est acquis pour personne et que toute notre vie, nous devrions prendre soin de l’amour amical, affectif que nous portons à l’égard de nos proches.

Maryam

« 120 battements par minute » de Robin Campillo (2017)

Le film retrace les années de lutte du mouvement ACT UP au début des années 90 alors que le SIDA fait des ravages depuis 10 ans. Epoque héroïque où les hommes tombent comme des mouches, avec des coupes sombres dans l’intelligentsia parisienne et le show-biz. Epidémie mal définie qui désigne et ostracise (cf. les dénis de Foucault, de Thierry le Luron…)
On se cache pour mourir…

Tant que le « cancer gay » ne touche (croit-on !) qu’une minorité peu reconnue, méprisée, méprisable (« ils l’ont bien cherché »…), on ne se bouge guère. ACT UP met les pieds dans le plat et dénonce, par des coups d’éclat, l’urgence de la situation et la quasi-indifférence générale (confortée par les forces réactionnaires complices).
Le film en retrace les étapes et les moyens. D’abord la constitution d’un corps collectif où chacun a la parole 1 mais fait bloc dans des actions spectaculaires : jeter des sacs de faux sang au visage de l’ennemi, les ministères (représentant l’inertie étatique) et les labos ( centrés sur leurs profits personnels).
Sur ce fond documentaire, se détache l’histoire personnelle d’une rencontre amoureuse entre Sean (le militant séropositif bientôt marqué par le kaposi) et Nathan (« séronég ») le Candide de l’histoire. Comme dans une tragédie, l’amour suit sa pente fatale : la mort de Sean et c’est alors que se rejoignent les deux plans, avec une « politisation » de l’intime concrétisée par l’image, en arrière-plan du corps agonisant, de la Seine rouge-sang. De fait, c’est le corps dans tous ses états qui est mis en scène tout au long du film, corps collectif actif et manifestant, exultant dans les fêtes et sur les dancefloors, corps individuel vibrant et pulsant tant dans l’amour que dans l’agonie.
Pulsion de vie qui traverse le film jusqu’au bout. Le spectateur hétéro découvrira (appréciera?) la vitalité d’une sexualité gay, qui plus est exacerbée par la menace de la mort et paradoxalement renforcée par sa réalité (le soir même de la crémation, le survivant enchaînant illico une nuit d’amour avec un autre partenaire…)
On peut reprocher au film ses clichés et ses maladresses : interminables séquences d’assemblées générales, utilisation facile des symboles et des affects, néanmoins il reste pour nos sociétés oublieuses et changeantes, un nécessaire et juste rappel de ce qui fut une « aventure du courage et de l’insolence ». Il nous rappelle les vertus de la contestation et de l’action juste, la puissance d’un mouvement fondé sur la solidarité, l’humanité.

En élargissant le cadre au-delà du film, on réalise maintenant que si la « communauté sida » a pu choquer en montrant les aspects concrets du sexe et de la maladie, elle a contribué malgré tout à rendre visible le couple gay et légitimer une relation d’amour faite d’engagement et de soutien mutuel, une conjugalité qu’on n’imaginait même pas.
Là où certains escomptaient qu’on verrait une « punition divine », c’est la compassion qui s’est fait jour2, avec dans le meilleur des cas, le renouvellement des représentations de l’homosexualité masculine. (cf les avancées du PACS, l’homoparentalité, le mariage pour tous)

Madeleine

1 On appréciera la présence d’Adèle Haenel tout à fait bien dans son rôle de battante et celle dde Nahuel Perez dont la maigreur nerveuse, le regard intense évoquent la figure et la ferveur d’un Guy Hocquenghem.

2 Dans le film, exprimée par la présence et l’attitude de la mère.

« Tom of Finland » de Dome Kanukoski (2017)

Ses dessins, je les avais déjà croisés au hasard d’un effeuillage de bouquins en librairie. Je les trouvais esthétiques graphiquement mais néanmoins parfois assez vulgaires voire limite pornographiques pour les plus osés d’entre eux…
Connaître par ce film « Tom of Finland » la vie de leur créateur Touto Laaksonnen (même si elle est peut-être un peu romancée) changera sans doute mon regard sur ses dessins quand ils recroiseront mon regard.
Pour moi, ce que je retiendrai de ce film ce sont les mille et une facettes et pouvoirs que peuvent porter en eux de dessins, de simples dessins…
Dans une époque et un pays la Finlande où l’homosexualité était un délit, une déviance fortement condamnée, ses dessins fonctionnaient au début pour Touko comme une soupape de sécurité lui permettant de vivre sur papier sa différence, d’assouvir ses fantasmes en plus de quelques étreintes réelles furtives vécues au prix du danger dans les parcs de sa ville.
Ses dessins d’hommes à la sexualité désinhibée, démonstrative étaient comme des œuvres refuges, cachées ; elles remplaçaient des mots que la société et la famille d’alors (et parfois d’aujourd’hui aussi…) ne voulaient, ne pouvaient entendre. Un peu comme une drogue, un cachet d’anti-dépresseur, ses dessins lui permettaient de supporter le quotidien, sa vie militaire. Des dessins tels des moyens d’évasion, des moyens de consolation. Après avoir tué un soldat ennemi (décès qui viendra longtemps le hanter les années suivantes), dessiner lui permettait aussi de soigner les symptômes post-traumatiques engendrés par cet acte. Mais à cette époque, Touko ne peut que cacher ses dessins ou les dealer furtivement sous le manteau telle une drogue illicite et dangereuse. Quelques années plus tard, ils perdront le goût du soufre et seront diffusés comme des œuvres artistiques. Les temps changent et les mentalités évoluent…
De ses années sous l’uniforme naitront ces hommes musclés sanglés dans leurs habits militaires ou policiers qu’il dessinera tout au long de sa vie et constitueront sa « marque de fabrique ». Peut être la saveur d’une envie de vengeance vis-à-vis de castes professionnelles qui régulièrement condamnent, arrêtent ou humilient les homosexuels de part le monde.
On sent chez leur auteur une certaine déstabilisation quand ses personnages de poudre de carbone tracés prendront réellement vie en se voyant multipliés au centuple aux Etats-Unis dans un premier temps puis à l’international. Cette diffusion planétaire lui vaudra de nombreux courriers de remerciement de la part d’homosexuels. Pour ces derniers les albums de dessins de Touko (devenu Tom of Finland) et enfin sortis de la clandestinité, leur permettront de sortir eux aussi de leur isolement, de s’ouvrir à leur sexualité, de se rencontrer entre semblables quitte à (malheureusement ?) devenir des « armées » de clones, des personnages de Tom of Finland parfois réunis en associations. Des dessins comme moyens d’identification parfois poussés jusqu’à la caricature. Personnages qui deviendront pour nombre d’entre eux acteurs des premières Gay Pride aux Etats-Unis (plus tard renommées Marches des fiertés). Dans « les années sida » ces dessins deviendront même vecteurs de lutte et d’éducation pour illustrer, dénoncer les discrimination et pour éduquer à la prévention.
Les dessins de Touko ont eu, au fil de la vie de leur auteur, au fil de l’évolution de la société plusieurs fonctions, pouvoirs. Autre époque, autres mœurs, autres sociétés et les dessins de Touko sont devenus plus ou moins libres selon les pays. Mais on découvre de nos jours avec la montée des côtés extrêmes des religions les pouvoirs « pseudo anti-religieux» de dessins quand ceux qui les regardent sont inaptes à les comprendre…et condamnent parfois à mort leurs auteurs…
Touko : le combat continue !

Téo