Archives de catégorie : Musique

Café littéraire de rentrée (Camille)

J’attendais ce samedi vingt-un septembre (non pas parce qu’il sonnait mon entrée dans ma trentième année !) mais pour vous retrouver, ami-e-s DJistes de Nantes et de plus loin, autour de mon salon changé en café littéraire !
Fleurs dans un verre, nougats iraniens en provenance directe, cultissime gâteau nantais, accompagneront nos échanges. Juste le temps de découvrir qu’il existe en Alsace un pinot tout autre que le pineau de mes Charentes natales, nous sommes tous installés !
C’est sous le signe du livre et du partage que commence notre après-midi : Bernard m’apporte l’ultime opus de la série de BD relatant l’histoire de Nantes dont je lui avais prêté les deux premiers tomes ! Voilà qui augure de nombreuses découvertes et un nouveau prêt très bientôt !
Nous attaquons avec du lourd, tant en ce qui concerne le poids du bouquin qui passe entre nos mains qu’à la teneur hallucinante des révélations qui y figurent ! Sodoma (de Frédéric Martel) l’enquête désormais célèbre qui lève le voile sur bien des silences au sein de l’Eglise catholique… Tour à tour et avec précision, Annette et Pierre nous expriment leurs ressentis, formulent des observations et nous apprenons que les révélations de cette enquête sont multiples et touchent aussi à la politique. Une lecture studieuse mais néanmoins passionnante.
Transition toute trouvée car révélation encore à l’évocation du Journal de Julien Green par Pierre et Madeleine (qui, absente, aura pris soin de m’adresser ses notes). L’homosexuel soi-disant non-pratiquant, capable de sublimer (ou refouler…) ses désirs apparait tout autre dans cette nouvelle édition de son journal, augmentée des passages jusque-là savamment censurés. On y découvre une vie souterraine, en totale contradiction avec les principes défendus au grand jour, comme une preuve que « plus le désir est publiquement réprimé, plus il explose dans la vie privée. Ainsi, celui qui chante la chasteté est souvent le moins chaste et celui qui dénonce le plus violemment l’homosexualité est souvent le moins hétérosexuel«  (citation de Frédéric Martel)…
Ce climat d’hypocrisie empreinte de morale et planquée derrière la religion nous donnerait bien envie de croire que Dieu puisse être laïc ! Pierre-Hugues, séduit comme d’autres par la vision de Marie-Christine Bernard (« Et si Dieu était laïc« ), évoque son dialogue imaginaire avec un Dieu exaspéré et désabusé par la perte de (bon) sens que traverse son peuple. N’avons-nous pas tous, simplement, le désir de nous rapprocher de l’essentiel, du message d’amour originel ?
C’est semble-t-il vers cela que tend Soif, le roman dans lequel Amélie Nothomb présente un Jésus-homme, incarné, et dont on se sent proche. Marie-Hélène nous ouvre la porte vers un texte profond, un rappel que le divin est là autour de nous, dans les petites choses autant que dans les grandes.
Interlude musical ! Sonorités claires et enthousiastes et chant vivifiant. La voix et la musique de Yann (que je ne connaissais pas), sur les mots de Pierre-Hugues, s’engouffrent dans la pièce. Nous nageons en pensées autour du rocher blanc.
A notre retour, un nouveau départ, pour l’Afrique cette fois… Hélène nous guide dans le récit de Salina, au son des tambours de guerre, des traditions ancestrales et claniques. Un enfant livré à lui-même, au milieu du désert… Que fait-on d’un tel héritage… ?
Méditant sur la question, nous partageons une apple pie au caramel et aux noisettes. L’automne ne semblait pourtant pas encore tout à fait installé mais nous avons dû lui donner envie puisque depuis, c’est chose faite !
D’héritage culturel et d’éducation, il en est encore question dans Les choses humaines de Karine Tuil. Une fiction très réaliste qui interroge les rapports homme/femme version grand angle, n’offrant pas de réponse facile mais plutôt le constat d’une urgence : celle de faire évoluer nos modes de pensée.
Notre nouveau, Damien, ne sera pas non plus venu les mains vides : il apporte Le lambeau dont nous avions déjà eu l’occasion de parler entre nous. Récit fort et plein de résilience du journaliste Philippe Lançon, une des victimes des attentats de Charlie Hebdo, et de sa longue reconstruction.
Florilège d’ouvrages enfin de notre ami Téo qui, outre la lecture des blogs DJistes, se révèle bon client des médiathèques nantaises ! Le chardonneret (Donna Tartt), A la recherche du temps présent (Kankyo Tannier), Le jardin arc-en-ciel (Ito Ogawa), et Appelez-moi Nathan (Camille ?? et  ??)  rien que ça ! Nous nous arrêtons un instant sur cette-dernière œuvre, une bande-dessinée qui évoque le parcours d’un adolescent réalisant une transition identitaire et sexuelle. Optimiste et s’adressant à un public jeune, nous constatons que la présence d’un tel ouvrage dans une bibliothèque publique ne peut être qu’une bonne chose.
Avant de nous séparer, sur une heureuse suggestion de Philippe, rendez-vous est pris pour une séance de cinéma le mardi suivant. C’est à quelques un-e-s que nous irons voir Portrait d’une jeune fille en feu de Céline Sciamma…
Reste de cette belle après-midi, sur mon bureau, un carton que j’avais bricolé pour l’occasion : le tableau des défis ! Quelques courageuses/courageux ont inscrit leurs prénoms face à un défi de lecture proposé ! 365 jours pour le relever…
Top départ et rendez-vous le 21 septembre 2020 pour découvrir si les audacieux ont triomphé !

Camille

Des journées toujours aussi Folles !

   Evènement phare de la vie nantaise, une fois de plus en 2017, nous avons vécu une Folle Journée ou plutôt des Folles Journées (450 concerts et 210 000 spectateurs en 2016 !). Chaque année, dans toute la région (et même de plus loin encore ), on guette et se rue sur les places si convoitées. Ce succès est dû à une politique intelligente des organisateurs qui veulent faire découvrir la musique à tous, hors des classes élitistes, quelques soient leurs âges, leurs classes sociales et leurs connaissances musicales.
   Le prix des places, de la gratuite à 28 € pour les places les plus chères, a pour objectif de permettre à chacun de pouvoir venir. De plus,cette précieuse place vous offre l’accès gratuit à la grande Halle du palais des Congrès de Nantes où, de 9 H à 21 H, se succèdent au cours de la journée des ensembles musicaux divers. Une journée entière de musique pour une place payée, mieux que les promotions commerciales les plus intéressantes !
   Les Folles Journées ne se déroulent pas seulement à Nantes mais les artistes vont aussi se produire dans une douzaine de villes de la Région des Pays de la Loire.
Toute l’année, les écoles de musique régionales s’exercent sur les oeuvres et le thème retenu (la danse en 2017).
Les enfants sont aussi conviés : 8 000 enfants cette année dont des petits de la maternelle. Et pourtant, pas toujours facile pour ces petits de faire silence pendant les concerts. Cette année le thème a même pu les encourager à danser !
   Même, la chorale « L‘école de la rue », constituée de SDF a sa place aux Folles Journées. Cette année, elle s’est produite dans la grande Halle et fut écoutée avec beaucoup d’émotions par le public présent.
Alors, pari gagné ? Un nouveau public pour la musique apparaît-il ? Sans doute, vu le succès de ces journées auprès d’un public si nombreux et varié.
   Pendant ces Folles Journées, il s’agit de fêter la musique, toute la musique, classique ou non, française ou non, orchestrale ou non. Ainsi, j’ai pu entendre une musique d’orchestre jouer avec une rigueur toute militaire puis, goûter l’ambiance participative des petits ensembles mais aussi, apprécier l’accordéoniste Richard Galliano, spécialiste de jazz, interprétant du classique à ma grande stupéfaction. J’ai aussi découvert Julien Martineau un mandoliniste rivalisant sur son instrument avec les notes les plus tenues du violon.
E
n cette période de l’année parsemée de carnavals, pour clore cet article sur ces Folles Journées 2017 et en attendant celles de 2018, quoi de mieux qu’un air de trompette de Romain Leleu interprétant un air de samba » Manha de carnaval » du film Orpheo Negro (palme d’or à cannes en 1956).

Annette

Tambours et émotions sacrées

   Tambours du Burundi et Tambours du Japon sont les cérémonies programmées dans le cadre des Folles Journées auxquelles j’ai eu le privilège (avec quelques milliers d’autres) de participer.
Musique1Nous sommes au tout début de notre histoire, lorsque nos lointains ancêtres utilisent le son premier pour rassembler. Les bergers musiciens du Burundi revêtus d’étoffes vertes, rouges et blanches, portant leur tambour s’avancent dans la savane en chantant, dansant et mimant des animaux ou des esprits. Ils forment le cercle, posent leurs tambours à terre et s’abandonnent à l’énergie primitive, à la joie d’être sur terre et nous aussi nous rentrons dans ce cercle frappant dans nos mains, souriant
et riant célébrant cette ??? .
Tout autre est la célébration fournie par les Tambours Japonais. Un homme seul face à un tambour imposant suspendu à un joug assisté parfois par quatre autres disciples se concentre. Puis, ses bras sans relâche frappent sommant les esprits d’entendre son hommage destiné à un des leurs, vénéré pour avoir ???. Le son obsédant sans répit retentit m’angoisse tant l’homme va jusqu’au bout de ses forces dans ce dialogue fabuleux. Face à cette chorégraphie minimaliste savamment calculée, vibrant à l’unisson avec ce son qui ne faiblit pas, je pense que l’émotion ressentie s’apparente à l’effroi sacré propre à certaines cérémonies rituelles.
Nos applaudissements non mesurés témoignent de notre émerveillement pour ces musiciens extenués et ravis.
La musique adoucit les moeurs je ne sais, mais pendant ces journées nous venons chercher le bonheur d’être pour partager des moments inoubliables qui nous emportent loin de notre quotidien parfois si petit.
C’est la magie de ces Journées.

Annette