Archives de catégorie : SPIRITUALITE

A propos d’abus (Madeleine)

Il y a quelque temps, suite aux nombreux scandales perpétrés au sein de l’Église, il en est un qui nous (femmes de DJ) nous a particulièrement interpellées, celui des religieuses abusées et nous avons éprouvé le besoin de nous réunir pour en parler.
D’abord, cette incontournable et primordiale question :

« MAIS COMMENT EST-CE POSSIBLE ? »

Et nous avons tenté d’en faire le tour en prenant d’abord en compte la psychologie des jeunes religieuses : ignorance de la vie et des rapports hommes/femmes, isolement, manque d’estime de soi pour certaines, et pour toutes cette obligation de l’obéissance absolue, qui plus est face à des « représentants de Dieu », parfois brillants et dont nul ne pourrait remettre en cause la compétence et le charisme.
Alors qu’avons-nous en présence ? Une soumission totale face à un pouvoir incontesté, incontestable, donc sans limites. Et tout devient possible jusqu’à l’emprise. Pas de violence physique directe, mais une violence psychique, insinuante et graduelle avec l’équivoque d’un « mal dit »(par exemple, cet « amour d’amitié » pour qualifier, camoufler l’approche sexuelle) et la caution divine sur fond de spiritualité déviante (« ce que veut Jésus à travers le prêtre »).
Comme dans tout mouvement sectaire, l’emprise est telle que la victime ne la ressent pas comme telle. Il faudra du temps et un recul suffisant pour que « la mouche prise dans la toile d’araignée » retrouve sa liberté de penser.
Cas particuliers de victimes fragiles face à des prédateurs isolés ?
Que non ! Les faits se sont multipliés pendant des années et sur tous les continents. Il faut cadrer large : ces abus sont systémiques, liés à la structure même de l’Église, sa hiérarchie, ses interdits, son patriarcat, son célibat et surtout la sacralisation du prêtre dont l’impunité est assurée (au pire, une mutation). Système qui érige la domination ecclésiale en dogme tout puissant jusqu’à constituer, dans les pays d’Afrique, une forme de proxénétisme clérical (« trafic de faveurs » au Cameroun). On croit rêver… et le sommet de l’impensable est atteint quand l’une des victimes tombe enceinte : éjection de la fautive, avortement (dans la plus grande discrétion, évidemment).
Dans le fond, peut-on s’en étonner ? Le monde a toujours tourné ainsi.
Les abus de pouvoir masculins s’inscrivent dans la tradition historique et sociale de la servitude féminine (en raison de son « infériorité naturelle »). Une telle dissymétrie fait déjà le lit de toutes les oppressions. La prise de conscience d’une telle injustice n’est pas évidente pour tout le monde, elle se fait lentement et dans une certaine indolence. Il arrive cependant que de justes paroles – et c’est un vrai baume au coeur – se fassent entendre du côté masculin. Ainsi Pascal Hubert (dans Golias, mai 2018) :

« J’ai longtemps considéré la femme comme devant être au service de l’homme. C’était inscrit dans mon inconscient, dans mes croyances, dans l’air du temps. La femme ne pouvait être libre et disposer d’elle-même comme bon lui semble. Égale à l’homme en théorie, certes, mais non en pratique…
…Les textes religieux sont unanimes sur ce point. L’humanité est déchue par la faute de la femme tentatrice. J’ai longtemps cru en ces représentations… j’ai changé d’avis. Je ne pouvais plus endurer ces croyances sans vivre dans un profond mal-être. C’est en abandonnant la religion et ses « schèmes mentaux » que j’ai pu remettre en question ma manière de penser le monde en général et les femmes en particulier….
Quand j’y songe un instant, il est proprement effroyable de reléguer la moitié de l’humanité dans la servitude. C’est un scandale qui ne dit pas son nom, une oppression cachée et assumée par les hommes. Désormais conscient de cet intolérable « ordre naturel », je ne peux que souhaiter la femme libre, à l’égale de l’homme.

L’humanité s’est construite sur le modèle de la domination patriarcale. Et la religion est le fait de l’homme. Un puissant vecteur de soumission.

C’est une réalité : face à leur condition de perpétuelles servantes, les femmes doivent se rebeller. De cela, les hommes et les religions ne veulent évidemment pas.« 

Cette synthèse n’est pas exhaustive (au regard du foisonnement des impressions, réflexions, narrations personnelles suscitées par le sujet). Pour plus de clarté, j’ai choisi de l’inscrire dans le cadre annoncé au départ.

Madeleine

Sources :

Récit de Claire Maximova : « La tyrannie du silence » (édit. Futuropolis)
Documentaire :  « Religieuses abusées, l’autre scandale », diffusé en mars 2019 sur Arte (en particulier témoignage de Michèle-France)

La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ? (Yves)

Le 20 mai 2019 a eu lieu une conférence-débat en partenariat avec le Groupe nantais de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France et le Centre Culturel André Neher de la Communauté juive de Nantes.

Différents sujets de bioéthique ont été abordés :
Science – Bioéthique – Religion
La dignité de l’homme implique-t-elle des limites à la recherche scientifique ?

Les Invités :
Professeur Paul Atlan, gynécologue-obstétricien, spécialiste en bioéthique de la PMA, statut de l’embryon, médecine fœtale.
Rabbin Michaël Journo, rabbin de la Communauté Chasseloup-Laubat, à Paris dans le 15ème arrondissement, aumônier général des hôpitaux de France, membre de la commission d’éthique biomédicale du Consistoire, Père Bruno Saintôt, jésuite, responsable du Département Ethique biomédicale au Centre Sèvres (faculté jésuite de Paris). Travail de recherche sur le lien entre anthropologie (philosophique et théologique) et éthique.
Séverine Mathieu, sociologue, directrice d’études à l’EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes) en sociologie des religions, de l’éthique, de la parenté et de la famille. Elle est l’auteure de « L’enfant des possibles. Assistance médicale à la procréation, éthique, religion et filiation » paru aux Editions de l’Atelier

Les intervenants de cette Table Ronde ont abordé les questionnements les plus actuels qui ont été débattus au cours des Etats Généraux de la bioéthique et qui seront examinés et discutés prochainement au Parlement pour élaborer la mise à jour des futures lois de bioéthique.
La discussion a pris en compte les trois grands moments de la vie que sont :
Naissance, évolution et développement des tests génétiques liés aux nouvelles techniques d’ingénierie souche, clonage thérapeutique, PMA, GPA
Défis contemporains de la filiation face aux avancées technologiques
Fin de vie et assistance au suicide
Après un état des lieux, scientifique puis sociologique, la discussion s’est faite autour des limites éthiques et pratiques émises par les différents intervenants dans un «face à face » science et religion.

Voici ci-dessous les impressions d’Yves sur cette table ronde :

La dignité humaine implique-t-elle des limites
à la recherche scientifique ?

De la part d’un panel de religieux (un jésuite et un rabbin), d’un obstétricien (contre l’IVG) et d’une sociologue (plutôt ouverte aux questions sociétales) on pouvait s’attendre à une réponse en OUI, poussant à limiter les avancées scientifiques en matière de bioéthique.
L’actualité proche (l’arrêt des soins sur la personne de Vincent Lambert, relançant le débat sur l’euthanasie) et le projet de loi sur la PMA pour les couples de femmes sont autant de questions qui ne peuvent nous laisser indifférents.
Notre association avait été personnellement (par téléphone) invitée à participer à cette conférence-débat. J’étais le seul déjiste (avec un couple d’ex-adhérents). D’où la nécessité de ce petit compte-rendu.
Au delà du discours convenu sur « la dignité imprescriptible de l’humain » * et le refus de la GPA (que l’obstétricien qualifiait de « prostitution », du fait de la location de l’utérus) j’ai été agréablement étonné par trois avancées dans la réflexion.
D’abord la reconnaissance du fait LGBT (non diabolisé) et le respect envers les couples de femmes et les couples d’hommes.
Ensuite la légitimité des couples de femmes à avoir et à élever des enfants. A une question de la salle sur l’avenir de l’enfant dans un couple de même sexe, la réponse fut sans ambiguïté : les rapports montrent qu’il n’y a pas a priori de traumatisme chez un enfant élevé par deux femmes ou deux hommes, alors que le nombre d’enfants maltraités au sein de couples hétéros ne cessent d’augmenter.
Enfin, l’importance de la filiation. Il semble en effet nécessaire – pour le bien de l’enfant – de mettre fin à la culture du secret. « Il faut savoir qu’on a été l’avenir d’un passé pour pouvoir devenir le passé d’un avenir » dit Rémi Bragues. En d’autres termes, un enfant qui ne connaîtrait pas ses origines aurait beaucoup de mal, à l’âge adulte, à se positionner comme père ou mère.
Lors du débat, le journaliste-médiateur a parlé d’une Eglise « en surplomb », ne faisant pas cas des personnes et des évolutions sociétales, faisant passer des principes universalistes (la « sacralisation de la vie ») avant la réalité des personnes. Il fut vivement pris à partie par l’intervenant jésuite qui, sans surprise, a défendu l’attention de l’Église envers les plus faibles.
On sourit devant autant de mauvaise foi. S’il est vrai que les chrétiens ont beaucoup œuvré dans le caritatif (le curé d’Ars, l’Abbé Pierre, le Père Wresinski, Mère Térésa, Sœur Emmanuelle, Jean Vanier et tant d’autres anonymes), il n’en reste pas moins que l’Église reste encore très frileuse devant les changements sociétaux et les multiples façon de faire famille. Ceci dit, elle reste dans son droit quand elle émet des principes de précaution entourant la vie, de la naissance à la mort.

Yves

* (extrait de mes notes) :
Si l’homme est un être de relation, il est important de conserver ce lien aussi longtemps que possible et de continuer à parler au malade, de lui dire ce que l’équipe médicale fait pour lui.
Quelle place faisons-nous à l’autre quand il est diminué ? Le cas de Vincent Lambert n’est pas unique. Il y a 1700 personnes cérébro-lésée en France. Il est important d’examiner chaque situation séparément et de reconnaître quand l’obstination devient déraisonnable.
Sur les utérus artificiels, les intervenants ont rappelé, avec raison, l’importance – pour le développement de l’embryon – de ce qui se passe dans une matrice humaine.

L’incendie de Notre Dame de Paris (B.)

Incendie de Notre Dame, une malédiction du Ciel ?

Quand j’ai entendu à la radio le journaliste parler de nuage de fumée et de hautes flammes enveloppant la flèche qui risquait de s’effondrer, j’ai eu très peur. J’ai pensé à Chartres, j’ai supplié le ciel pour que ce ne soit pas la Sainte Chapelle qui partait en fumée. La perte aurait été infiniment plus dévastatrice que l’incendie de Notre Dame pour l’histoire de l’art et de l’architecture : bien sûr, ce qui est perdu à jamais c’est cette forêt de chênes du  XIIIème siècle, déjà vieux et secs lorsque coupés puisque certains avaient connu l’époque de Charlemagne, parait-il. Le mal est fait ! C’est terrible, mais n’oublions pas que l’atteinte à Notre Dame datait déjà de deux siècles et que la cathédrale que nous connaissions la semaine dernière n’était déjà plus qu’un cadavre habillé par Viollet-le-Duc au XIXème : sa flèche est une réinterprétation néogothique d’une toute petite qui existait auparavant au même endroit. Son statuaire a été recomposé. Pire ! Sa galerie des rois, pris pour des rois de France en 93, a été précipitée sur le parvis alors qu’il s’agissait des rois de la Bible ! Perte irréparable quand on sait que ces statues polychromes avaient été intouchées un demi millénaire durant ! J’ai pensé aux vitraux, à la grande rose nord offerte par Blanche de Castille, mère de Saint Louis, aux grandes orgues, à la statue de la vierge, du transept sud qui vit se convertir Claudel, à celle du Voeux de Louis XIII par Coysevox, toutes, parait-il, heureusement préservées par le sort.
Un miracle ? Presque !
Le miracle tient aussi de la qualité de nos compagnons maçons
du gothique débutant qui, d’instinct, ont élevé des voutes incroyablement résistantes pour supporter l’effondrement des combles en flamme. L’incendie de Chartres au XIXème avait épargné l’intérieur de l’édifice parce que les voutes avaient résisté, sauvant 1700 m² de vitraux uniques au monde. A Paris, si certaines ont pu céder lors de la chute de la flèche, la plupart ont tenu sauvant l’édifice d’une catastrophe irrémédiable.
Mais, devant cette tragédie, nous sommes nous posé les vraies questions ?
Au Moyen Âge,
les incendies des villes ou des monuments religieux étaient considérés comme des malédictions du ciel. «Pourquoi le Seigneur nous envoie-t-il une telle punition, qu’avons-nous fait de mal ?» disait le peuple. D’autant qu’on retrouvait souvent, dans les ruines fumantes, des objets miraculeusement préservés des flammes, comme le voile de la Vierge, à Chartres après l’incendie de 1836. Voilà deux jours, à Paris, la couronne d’épines du Christ, miraculée de l’époque révolutionnaire, a pu être préservée une fois encore ! Y-a-t-il quelque chose à comprendre ? Faut-il considérer l’incendie de Notre Dame de Paris comme l’événement choc nous poussant à nous poser la question de notre rapport avec le Ciel et de notre place dans un monde errant, chahuté et un peu fou ayant perdu boussole ?
Que faisons nous
pour le rendre plus juste et meilleur, ce monde ?
C’est peut-être l’occasion de se poser la
question !

B.

Rencontre spiritualités plurielles du 7 avril 2019 (Camille)

L’écoute était l’invitée d’honneur, ce dimanche, dans le cercle que nous formions autour du salon de Maryam…
Les affaires, les affaires ! Nous passerons quelques minutes efficaces à traiter des sujets d’actualités de notre groupe avant qu’avec bienveillance, notre hôte nous invite à mener nos esprits bondissants vers la sérénité de notre rencontre…
Aux accords d’un Kingdom of God qui nous chante dans la langue de Shakespeare que le royaume de Dieu est un royaume de justice et de paix, un goûter nous est servi. La musique se déploie.
Singulier silence que celui qui s’installe. Personne n’est forcé de le rompre, on peut aussi le goûter. Et il faut parfois un peu de temps pour se lancer…
La première question est posée : Et si Dieu était laïc ? Le monologue théâtral de Marie-Christine Bernard éveille notre curiosité. Son livre passe de main en main. Il trouvera sans doute un emprunteur pour une nouvelle lecture. On n’a sûrement pas fini d’en parler !
Sous la même forme (celle d’un livre) mais dans un autre registre, comment ne pas aborder Sodama, cette enquête qui fait polémique et a le mérite de pousser des portes, de donner à lire des témoignages jamais entendus du grand public. A cette occasion, nous nous autorisons collectivement à contourner les habitudes des réunions spi : un petit échange de points de vue se développe. De mon côté, je ne peux que me réjouir de nous voir concerné-e-s, intéressé-e-s, impliqué-e-s. Et de partager à la fois l’espoir que les choses évoluent, l’admiration pour le travail mené par l’auteur de Sodoma, ainsi qu’une pensée collective pour les hommes et femmes consacré-e-s qui œuvrent avec sincérité et bienveillance et sont aussi victimes des fautes ou dérives de l’Eglise…
L’un de nous partagera son expérience d’ancien séminariste, confidence aussi d’un sentiment de solitude, d’un élan constant vers différentes communautés chrétiennes pour la dépasser.
Une histoire de lecture autour d’un texte biblique sur l’amour Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13) , nous rappelle que les paroles les plus belles, les plus inspirantes, peuvent tomber dans l’oreille de sourds pourtant venus les écouter ! Aujourd’hui pourtant, ces deux voix qui lisent successivement le même passage sonnent juste et résonnent encore après s’être tues, fortes du message porté.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13)

 » J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »

Au fil de l’après-midi, viennent en écho de nos prises de paroles, les sons et accents singuliers de la langue persane dans laquelle notre hôte s’applique à traduire les échanges à un jeune iranien venu nous rencontrer. Nous nous risquons ensemble à articuler quelques mots que nous apprend et nous explique Maryam : les fondamentaux bonjour, merci…
Couleurs et légende africaines, soudain, au détour d’un conte africain. Les paupières baissées, chacun se représente l’histoire du prince pleutre devenu homme amoureux, et, bien inspiré par la grande reine son épouse, roi courageux. Courageux ? Lequel l’est le plus ? Voilà une question lancée à nos consciences tandis que la légende de Sambo retourne à ses contrées, loin, loin, loin…
De loin dans le temps nous parviennent de sages pensées. Sous la forme d’exigences pour soi-même, Marc Aurèle, un empereur romain, met à l’épreuve son rapport aux autres. Acceptation toute stoïcienne de ce qui fait notre nature d’homme. Un remède contre la contrariété qu’autrui peut faire naître en nous : quand je sais ce qui est bon, rien de ce qui est mauvais ne peut me salir. Nous sommes du même Tout, des éléments du divin. Nous sommes faits pour coopérer.

Dès l’aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. »
(« Pensées pour moi-même » Livre II,1  de Marc Aurèle – Ed. GF Flammarion)

Et nous avons parfois la joie profonde de vivre un moment de grâce. Comme un poème partagé, un soleil levant dont la lumière nous réveille d’une douce caresse… Alors il est facile de se mettre en marche, et même en course ! Sentir ses pas légers et dans le dos une main chaleureuse qui nous porte plus loin.

Un ange m’a levé…

Un ange sur ma peau
Le soleil brille
Diamant dort
Brûlot d’amour
Verte rumeur des corps
Sentir l’âme qui grappille
Dans les ors du matin

Être habillée des pierres du chemin
Les vivres si légères
Brumes blanches disparues

Un ange du sommeil m’a tiré
Une course de la Terre
Soleil révélé
De plus en plus haut
Mes pieds si lancés
Dans l’air
En avant tout mon corps

La rutilance de l’aube
Imprègne mon être
L’immense univers tout autour

Lors que je retourne
Sur ma peau
Sur mon dos
Une douce chaleur
Comme une main qui me pousse

En mon cœur une force
Une source rajeunie du jour
Un rêve épanoui
Une joie qui soulève

Un ange m’a levé
Son aile m’a frôlé
Volets ouverts
Sur ma journée !

Piero dela Luna
Montalieu Vercieu, le 13 juin 2011

Comme il nous sera rappelé en cette fin d’après-midi printanière : Dieu ne se cache que pour être trouvé…

Camille

Retraite à Ste Anne d’Auray (Philippe)

Me voici tellement ravi de revoir ma bonne Mère Ste Anne , la patronne des Bretons (eh oui, étant natif de Rennes, je n’oublie pas mes racines) , et heureux de redécouvrir son sanctuaire à Sainte Anne d’Auray dans le Morbihan.
Pour y participer avec Yves et Pierre à un weekend spirituel organisé par le centre jésuite Penboc’h pour les personnes homos et leurs proches sur le thème “Comment s’accueillir dans son orientation sexuelle.”
Après un passage accueillant chez Pierre et Philippe dans leur petite (bientôt grande) maison “Au Jardin Fleuri” en pleine campagne non loin du Golfe du Morbihan, nous filons sur la route en direction de Ste Anne d’Auray pour arriver enfin à la Maison Ste Marie, le lieu de notre séjour spi, situé à environ 10 minutes du sanctuaire. Nous sommes accueillis par nos accompagnateurs M-Christine et Claude-Henri qui seront avec nous pendant tout le weekend.
Nous présentant succintement le programme, ils nous invitent à nous
« laisser s’accueillir comme don de Dieu et à se laisser aimer par Lui » selon la spiritualité de St Ignace.
Nous sommes 4 participants : Yves, Pierre, moi et Martine, une maman d’un garçon homo. Nous formons donc cette petite communauté fraternelle au sein de cette grande bâtisse, un peu vétuste (ancien EHPAD) à plusieurs étages aux longs couloirs au plancher grinçant. Nous cotoyons d’autres groupes qui y séjournent également pour des sessions (jeunes fiancés, personnes divorcées, remariées..) mais pour les repas, nous préférons les prendre en silence dans une salle attenante pour garder le recueillement. A noter les menus étaient plutôt bons, préparés par le cuisinier de la maison.
Il était possible de profiter du temps libre pour se rendre et visiter le sanctuaire ou se balader dans le parc de notre résidence malgré le temps maussade (eh oui toujours ce climat « breton »).
Au fil des temps de prière personnel et collectif et d’écoute de la Parole de Dieu ; grâce à la l’attention bienveillante de nos accompagnateurs, chacun de nous a pu faire son chemin pour entendre qu’il est aimé de Dieu.
Nous avons aussi assisté à
des temps de d’échange et de partage, parfois animés qui nous ont permis d’évoquer la crise actuelle de l’Eglise catholique (les scandales) et d’aborder son positionnement vis à vis des personnes LGBT. On a pu ainsi mentionner les différentes avancées et directives initiées à ce sujet car « chacun d’entre nous fait partie de la maison de Dieu ».
Ce fut une belle expérience spirituelle riche et dense pour tous. Chacun de nous est reparti plus joyeux et apaisé et dans une espérance raffermie.

Philippe

Dans la peau d’un évêque (Yves)

« Dans la peau d’un évêque« ¹ est le « récit » que Christine Pedotti² avait rédigé, en 2009, sous le pseudo masculin Pietro de Paoli.
Plutôt que d’en faire une recension, il me semble intéressant de vous faire lire quelques extraits en lien avec l’actualité, pour montrer que les sujets qui nous préoccupent étaient déjà bien connus des chrétiens et de la hiérarchie catholique il y dix ans. 10 ans plus tard la « bombe à retardement » explose. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas !

p. 101–106

Mangin… directeur d’un collège de frères des Ecoles chrétiennes… avait été contacté par quelques hommes de plus de quarante ans, des anciens du collège qui disaient avoir été victimes d’attouchements sexuels de la part de l’un des frères enseignants. l’affaire était compliquée dans la mesure où les faits, s’ils devaient être confirmés, étaient légalement prescrits. Mais le préjudice, le traumatisme, eux, ne l’étaient pas…
En acceptant de devenir évêque, je savais que je devrais sans doute un jour faire face à cela… Je penserais d’abord aux victimes, avant de penser à moi-même, au diocèse, à l’Église, au scandale. Quant au coupable… il est d’abord redevable de la justice humaine. Et l’Église, qui a fait confiance à un homme qui n’en était pas digne, a aussi le devoir de reconnaître sa responsabilité, et ses torts, si elle en a. Hélas, dans bien des cas, il y a eu un défaut de vigilance, une inconscience, parfois une connivence, qui ont permis à la situation de perdurer. Et la plupart du temps, l’évêque en exercice « hérite » d’une situation qui a été ignorée ou occultée par un ou plusieurs de ses prédécesseurs…
Mais quelques jours plus tard, il (l’enseignant pédophile) a été retrouvé pendu dans sa chambre. Il a laissé une lettre ambiguë dans laquelle il admet en partie les faits sans reconnaître d’autre faute que d’avoir aimé les jeunes gens et leur avoir manifesté de la tendresse. Dans un long développement, il accuse l’Église de refuser les réalités du sexe et du corps et se présente comme la victime d’un obscurantisme clérical étroitement moraliste…
C’est une chose si terrible, une perversion si effrayante ! [Il] parle de tendresse mais les plus jeunes de ses victimes avaient dix ans. Dix ans ! On voudrait tellement que de telles choses, ne soient pas possibles, ou alors que les monstres aient des têtes de monstres. Mais non, ce sont justes des hommes…
Pour lutter contre la pédophilie, Rome demande que les tendances homosexuelles « ancrées » soient détectées chez les futurs prêtres afin de prévenir les risques (référence à l’instruction de 2005, approuvée par Benoit XVI, sur l’impossibilité d’ordonner des séminaristes homosexuels) ; comme si l’homosexualité et la pédophilie étaient liées !
Un de mes vieux copains psychanalyste a une tout autre analyse. Selon lui, la pédophilie est une perversion dont le ressort est la prédation. Elles est d’abord le viol d’une jeune conscience avant d’être celle d’un corps. Le danger ne serait pas l’homosexualité qui est une sexualité entre adultes consentants mais un goût pervers pour la domination et l’appropriation d’autrui…
Pour en revenir à l’affaire Carbon, le suicide du coupable ne résout qu’à moitié le problème. J’en ai longuement parlé avec Mangin qui est en relation régulière avec les victimes. La sollicitude dont il fait preuve à l’égard de ces hommes, alors qu’il n’est responsable de rien, force l’admiration. Pour ces adultes dont l’enfance et l’adolescence ont été si intimement blessées, trouver un interlocuteur d’une telle qualité humaine, se sentir écoutés, respectés, est déjà un grand réconfort. Mais ça ne suffit pas. Les actes du frère Carbon ont été vécus par ces hommes comme soutenus ou permis par l’Église. Et puisque Carbon n’est plus là, il faut qu’au nom de l’Église quelqu’un assume la responsabilité, et porte une parole ou un signe de réparation et de réconciliation.

p. 167–168

(Le narrateur se retrouve pendant quelques jours de repos avec 6 autres amis, prêtres ou laïcs).
Je n’ai pourtant aucun goût pour la séparation des sexes. Je crois que les sociétés équilibrées font vivre côte à côte les hommes et les femmes. Et pourtant, cette parenthèse d’amitié entre hommes a une saveur particulière. Je savoure la tendresse et l’attention de ces instants partagés. Peut-être est-ce simplement parce que la confiance et l’amitié qui nous unissent permettent à chacun de baisser la garde et de laisser parler l’affection sans que s’expriment les rivalités et les jeux de pouvoir qui trop souvent colorent les relations des hommes entre eux.
Je n’aime pas dire « les hommes », « les femmes », comme si la diversité des personnes pouvait être réduite à des essences. Mais j’observe que les relations entre les hommes sont souvent plus hiérarchisées que celles des femmes. Il me semble que les femmes entre elles recherchent d’abord leurs ressemblances, leurs solidarités, tandis que les hommes recherchent les différences et provoquent des rapports de force. Habitus culturel ou héritage lointain de notre passé primordial de tribu de primates, dans laquelle les rapport s’établissaient par rapport au mâle dominant ? En tout cas, s’il est un « péché » qui est plus majoritairement masculin, c’est bien celui de la domination. Voilà pourquoi il est si réjouissant de vivre ces instants de vraie fraternité.

p. 204–205

Les populations qui traditionnellement « donnaient » des prêtres, c’est-à-dire les familles rurales nombreuses, ont disparu. Elles donnaient d’excellents curés de campagne. Aujourd’hui, la plupart des jeunes prêtres sont issus de familles bourgeoises traditionnelles. Et ce n’est pas sans poser de problèmes…
Ils sont très pieux, très obéissants, du moins en apparence. Quand on y regarde de près, ils obéissent davantage aux codes culturels de leur milieu qu’à l’esprit de l’Évangile.
Et puis, beaucoup sont de pauvres petits jeunes gens recroquevillés sur leur honteux malheur. Plus ou moins consciemment, il se savent « différents » ; différents de leurs frères, de leurs cousins. Certains savent, d’autres se le cachent. Ils accidentent d’autant plus aisément la discipline du célibat que les femmes ne les attirent pas. Il y a ceux qui se prennent pour des anges et ceux qui revêtent l’habit ecclésiastique comme une cuirasse qui les protégerait d’eux-mêmes et de la « tentation ».
Je ne peux croire que Rome ignore ce que tous les directeurs de séminaire savent. Le nombre de garçons ayant une dilection homosexuelle est en constante augmentation. La plupart des formateurs disent qu’on atteint la moitie, certains prétendent qu’on approche les deux tiers…
Ils sont honteux et terrifiés. La plupart sont convaincus d’être damnés ou au risque de l’être. C’est une énorme quantité de malheur qui se prépare, une bombe à retardement. Comment des hommes qui se haïssent intimement pourront-ils faire du bien au peuple qui leur est confié ?…
Au fond, peu m’importe qu’un prêtre soit homosexuel, pourvu que ce soit un homme adulte et libre. L’essentiel c’est qu’il aime les gens à qui il est envoyé.

Extraits proposés par Yves

¹ « Dans la peau d’un évêque » Pietro de Paoli – Ed Plon (2009)

² https://fr.wikipedia.org/wiki/Christine_Pedotti

Timadeuc ! Un lieu où s’écoute le Silence ! (B.)

Retour de Timadeuc. Chacun écrira… !
Moi je me contenterais de rajouter que ces deux jours à Timedeuc m’ont plongé dans un profond questionnement sur ces hommes silencieux, qui consacrent leur vie et leur existence entière à Dieu. Ils émanent une fascinante beauté qui n’a rien à voir avec ce que l’on entend par ce mot dans notre monde à nous. Sortis du silence de la nuit, lentement, ils s’immobilisent devant leurs stalles.
Est-ce cela le chant des anges ?
Débute alors un hymne à la Gloire du Seigneur. Leurs voies s’harmonisent, s’élèvent, se mêlent et se démêlent, psalmodient, reprennent avant de mourir dans le même souffle. Puis synchronisés, ils s’inclinent vers le sol, infiniment, et rendent grâce. Alors, le silence gagne à nouveau, un silence si porteur qu’on voudrait qu’il dure et dure encore tant est intense ce « Plus près de toi, Mon Dieu… ». Il y a l’ancêtre, immobilisé contre la colonne de pierre par l’arthrose, et qu’on voudrait soutenir ; cet autre vieux, tout courbé par un dos en parfait angle droit, et qui marche avec hésitation ; ce troisième, plus jeune et en fauteuil roulant, puis celui qui claudique, pied-bot, les mains déformées ; il y a ce noir au regard baissé contrastant singulièrement avec sa bure si claire, et dont on se questionne inévitablement sur ce choix , et celui d’avoir quitté les rivages qui l’ont vu naître ; ou bien le plus jeune de tous, à barbe rousse qui, dans sa lecture du Livre, au coeur de la nef, dénoue lentement chaque syllabe pour que nous en comprenions bien le message. Il y a cette face souriante a très longue barbe blanche, tellement longue qu’on la croirait sortie d’un portrait à la plume de Dürer, qui célébrera l’office, et que transporte une évidente inspiration ; fermant fratrie, il y a enfin l’Abbé, que rien ne distinguerait des autres, sinon sa croix pectorale et son gros anneau d’or.
Il y a surtout ce lieu, un lieu d’évidence habité, avec ses longues colonnes de granit qui pointent vers le ciel, un lieu grandiose, strict et sévère comme le message de Bernard, un lieu qui prend tout son sens dans la nuit débutante où nous sommes plongés lorsque le Salve Regina monte de l’obscurité des voutes vers Marie à l’enfant, statufiée, polychromée et en aura, comme une assomption.
Timadeuc ! Un lieu où s’écoute le Silence !

B.

Retrouver la retraite à Timadeuc sur les autres blogs de l’Ouest :

L’article du blog de Rennes

L’article du blog du Finistère

God save the Pope ! (Yves)

Téo et Abdo nous ont donné à lire des articles fort intéressants sur Sodoma, le « pavé » du sociologue et journaliste gay Frédéric Martel. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette recherche, comme certain-e-s d’entre vous ont eu l’occasion de le faire également par mail ou au cours de nos conversations.
Je veux juste émettre une réserve…. non sur la thèse de l’homophilie généralisée (80% des membres de la Curie seraient concernés), ni sur celle de l’hypocrisie (on jette l’opprobre sur l’homosexualité mais on ferme les yeux sur ce qui se passe intra muros), mon doute concerne plus la pratique de l’homosexualité : les orgies et le recours aux rapports tarifés qui, selon l’auteur, auraient lieu en sein du Vatican ou dans des boites spécialisées. Outre que chacun s’épie et que la délation va bon train (ce que K. Charamsa décrivait très bien de l’intérieur), il est bien connu que la libido décroît fortement après 60, et encore plus après 70 ans et que ce que F. Martel avance relève du fantasme de journaliste et des propos calomnieux de certains clercs entre eux, plus que de la réalité.
Ceci dit, ce livre (aussitôt traduit en plusieurs langues) doit faire l’effet d’un coup de Trafalgar dans le ciel bleu de Rome. Le pape François reçoit là un argument de plus pour faire évoluer l’institution catholique, et en particulier l’atmosphère particulièrement malsaine de la Curie.
En ce qui nous concerne, il faudra que les textes du magistère cessent de parler de « conduite intrinsèquement désordonnée » et reconnaissent l’homosexualité comme une variante légitime de la sexualité humaine. Cela entraînera un recentrage sur la loi d’amour (envers Dieu et envers ceux/celles qui nous entourent) en cessant de se focaliser sur la morale familiale et sexuelle. La bonne nouvelle de Dieu n’est pas une affaire de zizi.
Le pape a bien analysé que le problème majeur venait d’une institution trop hiérarchisée, trop autoritaire et refermée sur elle-même. Il faut faire fonctionner la décentralisation et redonner le pouvoir à l’ensemble des baptisé-e-s, qu’ils soient clercs ou laïques (femmes et hommes).
Je termine par cette photo d’un groupe de Catholiques LGBT anglais reçus à Rome par le Pape le 6 mars dernier, jour du mercredi des Cendres. Belle image de l’ouverture et de la bienveillance de François. Une attitude qui ne demande qu’à être inscrite dans les textes. Certes pas facile, tant le poids des Eglises d’Afrique, d’Amérique latine et de nombreux cardinaux conservateurs est important. « God save the Pope ! » (que Dieu protège le Pape).

Yves

Retraite ignatienne à Joigny (du 15 au 20 février 2019)

Depuis l’an dernier une retraite spirituelle ignatienne est proposée aux déjistes par les religieuses de Joigny. En 2018, les déjistes nantais Maryam et Philippe y étaient allés. En 2019, c’est au tour de Nadine de participer à cette expérience spirituelle.

Ci-dessous une petite présentation de soeur Michèle puis un témoignage d’un déjiste.

Une retraite spirituelle à l’initiative de
l’association « David et Jonathan

Cette retraite s’est déroulée à Joigny dans le Centre spirituel des Religieuses du Sacré-Cœur de Jésus du 15 au 20 février 2019. Cela faisait la deuxième fois que David et Jonathan demandait à ce Centre, une retraite spirituelle. Elles ont été animées par des religieuses ignatiennes : sœurs du Sacré-Cœur de Jésus et sœur du Cénacle.
Cinq jours pour vivre un temps-fort pour descendre dans son cœur profond et faire l’expérience d’une rencontre personnelle avec Dieu. Les thématiques de chaque jour en disaient bien l’enjeu : S’ouvrir à la rencontre ; se laisser aimer par Dieu ; entrer dans le projet de Dieu : vie et liberté ; accueillir sa tendresse qui nous sauve ; entendre son appel.
Chaque jour apportait une « nourriture » pour le cœur et l’esprit avec un topo introductif, 2 récits bibliques avec des pistes pour aider la méditation, un clip video comme un clin d’œil ludique, un enseignement de vie spirituelle, un temps d’accompagnement et un partage en groupe en fin d’après-midi.
Mais tout ceci, laissait de large temps pour la gratuité d’une marche, d’un modelage, d’un mandala, d’un dessin… Et bien sûr, du temps pour le plus important et l’essentiel de la démarche : 3 moments de méditation sur les récits bibliques proposés pour les laisser faire leur œuvre de vie, de bonheur, de liberté.
C’était la 2ème édition !
Il y en aura une 3ème.

Soeur M. (blog aubonheurdedieu*)

Contacter le Centre pour dates et inscription.
http://www.centre-sophie-barat.com/Le-centre-spirituel

Joigny, deux expériences de quatre ou cinq jours
ou l’apprentissage de la « douceur »

Laissez vous être aimés et aimez

Pourquoi retourner sur le même lieu avec les mêmes thèmes, initiation aux exercices spirituels. Pour être sincère, je n’ai même pas pensé au thème, je savais que pour avancer, la case Joigny était la bienvenue ; que dit cette case ? Elle dit que cette initiation aux exercices spirituels est une expérience très riche à titre individuel et collectif car même dans le silence, il se passe des choses aussi au niveau collectif.
Il y a trois types de moments ;
les moments où seul on va à la recherche (plutôt on fait l’apprentissage) de soi-même et de Dieu,
il y a les moments où, par des textes Michèle, Rachel et Odile guident notre regard et notre prière ; la démarche est progressive comme les premières pages de l’exode ; c’est une avancée en eau profonde ;
et il y a les moments où chaque soir on fait retour au collectif d’un ressenti.
Où on en est ?
Comment on le vit
Au-delà de ces moments chaque jour un accompagnement individuel permet de libérer la parole et les blocages. C’est énorme ; je pose mes valises et Rachel la première fois et Odile la seconde m’ont accompagné pour poser les choses ; j’avais l’impression de refaire mon sevrage d’alcool ; enfin j’arrivais à me poser…C’était donc vous (Dieu, l’amour).
Dans mon cas, le chemin était chaotique et plein d’émotions car j’ai quelques bonnes casseroles que je traîne depuis longtemps ; et là je ressens sur moi une transformation de l’image ; je ne me crois pas aimable, pas de chance, je suis aimé en premier ; et si je dérape, il y a quelqu’un qui en permanence me guette et qui, lorsqu’il me voit de loin, court vers moi. J’ai appris que l’amour et Dieu c’est pareil ; certes je le savais mais c’est devenu une expérience, une vibration et cet amour me précède.
Pourquoi revenir ?
Je crois qu’il y a des temps où on a besoin de revenir à l’essentiel non pas pour l’apprendre mais pour le ressentir. On vit quelque chose à Joigny et c’est tellement intense !
Comme je pars toujours avec un bouquin, je me suis fait accompagner par saint Augustin et ses confessions ; et cela résume bien l’expérience que j’ai vécu à Joigny

« Vous ne vous éloignez jamais de vos créatures
Et cependant nous avons tant de peine à
Vous retrouver et à retourner à vous
Seigneur, agissons en nous par votre grâce
Réveillez-nous
Rappelez-nous
Réchauffez-nous
Elevez-nous
Enflammez-nous
Et faites-nous sentir vos douceurs afin que sans différer davantage nous vous aimions et courions vers vous »
Saint Augustin

J’ai très envie de retourner à Joigny car les personnes rencontrées me parlent et je crois que sur d’autres thèmes que cette initiation, on peut y trouver de l’énergie renouvelable et pérenne pour une drôle de vie…
qu’il convient d’aimer

JL

* http://aubonheurdedieu-soeurmichele.over-blog.com/2019/03/une-retraite-spirituelle-a-l-initiative-de-l-association-david-et-jonathan.html

Eglise et homosexualité : les lourds secrets du Vatican (Madeleine)

Eglise et homosexualité
Les lourds secrets du vatican

(Recension de l’émission de France culture du 15 février 2019 *)

Frédéric MARTEL, écrivain*, sociologue et journaliste, est l’invité de France culture, pour parler de son dernier ouvrage : « SODOMA, enquête sur le Vatican« . Il y dénonce l’hypocrisie du système ecclésiastique qui diabolise l’homosexualité alors que les dignitaires seraient en majorité homosexuels. Il est rejoint en seconde partie d’émission par Virginie RIVA*, journaliste, ancienne correspondante à Rome et Henri TINCQ* , vaticaniste, ancien chef de la rubrique religieuse au « Monde ».

Il est très largement question, ces temps derniers , de la morale sexuelle de l’Église entre crime et scandale, et ce n’est pas la première fois que le sujet de l’homosexualité pratiquée par certains clercs est abordé (le « lobby gay » dénoncé par Benoît XVI), mais l’enquête de Martel qui porte sur 4 années d’immersion dans le milieu, avec les confidences d’une quarantaine de cardinaux, une centaine de prêtres, et dans une trentaine de pays, soit au total 1500 personnes, révèle une homosexualité massive (85 %) à la tête du Vatican (collège cardinalice et entourage du Pape.)
On avait eu connaissance des soirées gay (sexe et drogue) présentées comme des dérives marginales, mais ce qui est resté dans l’ombre et qui interroge, c’est l’ampleur du phénomène, sa banalité et sa constante dissimulation, comme pour la pédophilie.
Et à ce propos, il y a lieu, insiste Martel, de refaire la distinction. Contrairement à la pédophilie qui reste un abus, l’homosexualité en soi (sans rapport de domination ni hiérarchie) n’est pas un « mal », c’est une orientation, une possibilité offerte à tout être humain.
Il ne s’agit pas dans cette enquête de « outer » des prêtres, mais de dénoncer tout un système, lequel relève de l’étude sociologique (entre autres : la façon dont sont recrutés les prêtres et la relation homosexualité/ montée dans la hiérarchie)
Ce qui fait problème, ce n’est pas l’homosexualité mais le silence qui l’entoure.

Pourquoi un tel silence justement ?

La plupart des prêtres interrogés dans un éventail de 75 à 95 ans (et supposés homophiles et chastes) sont issus de la culture des années 50, culture du déni et de la double vie.
On ment aux autres, on se ment à soi-même.
On peut parler d’omerta dans un silence qui arrange tout le monde, mais il est abusif de parler de « lobby gay ». La plupart sont des victimes qui luttent contre leur propre singularité.
Il s’agit plutôt de « mille petits placards », chacun souhaitant garder son petit secret. Attitude favorisée par la culture du silence au coeur même du Vatican (élections, archives, informations, décisions). Le secret pontifical est partout et même renforcé dans les années 2000 avec l’émergence de la pédophilie.
C’est précisément cette culture du silence qui, selon Martel, a favorisé l’extension et l’impunité des actes pédophiles, car, selon lui, ceux qui ont protégé les pédophiles craignaient d’être eux-mêmes dénoncés comme homosexuels. Ce serait cette double compromission qui a fait perdurer les abus.
Pour Martel, l’homosexualité cachée est la clé de toutes les distorsions au sein de l’Église.  C’est d’abord ce qui a engendré tant de pseudo-vocations dans les années 5O (le « paria » pouvant devenir « l’élu ») la preuve en est avec cette baisse dramatique du recrutement, les jeunes homos ayant à présent d’autres options que la prêtrise.
C’est surtout ce qui explique la rigidité de ses prises de position en matière de sexualité et de famille : « plus l’homosexualité est refoulée, plus l’homophobie est doctrinale » (« les plus durs sont ceux qui ont une faille intérieure »… la haine de soi…)
Bref un système gay qui tient un discours homophobe, avec tout ce que cela suppose de schizophrénie, double vie, hypocrisie. Les mots mêmes du Pape FRANÇOIS pour fustiger le noyau conservateur.
Ce cléricalisme enfin (à rapprocher du stalinisme qui protège à tout prix l’institution, la raison d’état primant sur la vérité) n’est plus tenable. Et comme l’a dit le Pape FRANÇOIS lui-même : « Le carnaval est fini ! »

Face à la thèse de MARTEL, la journaliste Virginie RIVA, tout en reconnaissant la « misogynie abyssale » du Vatican, pense que le « prisme de l’homosexualité » ne saurait rendre compte de tout. Il faut cadrer plus large. Ce que demande en priorité le Pape FRANÇOIS, c’est une « Eglise pauvre parmi les pauvres » (cf sa prise de position envers les migrants)
Le vaticaniste TINCQ réfute le lien entre l’homosexualité cachée et la protection des pédophiles, il exprime pour le reste sa stupéfaction et son dégoût, et pense que l’Église est à la veille d’une révolution interne qui explosera le système. Sur ce point, V. RIVA est plus réservée…

Affaire à suivre donc…

Transcription et synthèse de Madeleine

* « Le rose et le noir : les homosexuels en France depuis 1968 » paru en 1996

* Auteure de : « Ce Pape qui dérange » (2017)

* Auteur de : « La grande peur des catholiques »

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/eglise-et-homosexualite-les-lourds-secrets-du-vatican