Archives de catégorie : SPIRITUALITE

« S’aimer » (texte de Stéphane Laporte) choisi par Gaëtan

Voici le texte du chroniquer et humoriste québécois  Stéphane Laporte partagé par Gaëtan lors de la rencontre spiritualités plurielles du 10 mai 2018 :

S’aimer

Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.
Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.
Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.
S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.
S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.
S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »
S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.
Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre coeur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.
On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.
Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.
Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.
Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.
On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.
Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

Stéphane Laporte

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201606/18/01-4993283-saimer.php

Premier mariage arc-en-ciel (Téo)

Parcourant depuis Nantes de longues routes bordées de forêts et de prés, un vert de mille nuances est la première couleur de ce week-end au goût d’arc en ciel.
Au cœur de la Mayenne, nous arrivons à Fontaine Couverte, écrin de campagne où les deux cœurs rouge garance de Denis et Jean-Louis vont sceller leur union dans la minuscule salle de la mairie. Soleil jaune au dehors, chemises bleues et souliers vernis assortis, les amoureux se disent « Oui ! » sous les ors de la République entourés de leurs familles, amis ou déjistes (nantais , rennais et bretons) simplement heureux de partager ce moment de bonheur. Et n’en déplaise à la old english lady voisine qui a choisi de fermer portes, fenêtres, persiennes et cœur « so » offusquée d’apprendre qu’aucun voile de mariée saupoudré de grains de riz ne viendrait franchir le porche de l’Hôtel de ville. Ô my god….
Mais qu’importe les grincheux, c’est joyeux que nous quittons la mairie pour nous rassembler dans la salle voisine autour d’une cérémonie protestante. La croix confectionnée par Hélène prend place sur l’autel. Un moment spirituel riche en émotions mêlé de chants, textes, prières, poème, alliances et colombes1.

Quelques explications des mariés s’imposent sur la symbolique qu’ils souhaitaient apporter aux échanges des alliances et colombes dans leur union :

« Les alliances sont un symbole du mariage auxquelles nous avons voulu y ajouter tout d’abord deux colombes. Deux colombes comme trait d’union d’une alliance première avec Dieu, celle de la paix dans les coeurs et dans les vies.
Pourquoi ces colombes symbole de paix ? Quand le regard sur la différence que nous portons a généré tant de souffrance, parfois de mal de vivre, souvent de mal-être et de détresse d’un genre que certains n’ont pas voulu voir humain !
Parfois rejetés par les siens, encore trop souvent par les Églises, exclus par les autres, au banc d’une société qui se plaît à rire en sous main. Mais les choses évoluent par le courage d’une poignée, par l’amour et la compréhension de beaucoup, dont vous êtes ici nos témoins.
Pour nous ces colombes sont également symbole de l’Esprit Saint. Vivre au souffle de l’Esprit de Dieu, c’est être comme ce vent dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va, comme le Christ qui a bousculé les nombreuses frontières que les hommes se mettent entre eux.
Alors, nous nous sommes dit que cet oiseau méritait bien de symboliser l’élan de la paix et de la fraternité que nous voulons porter dans notre amour. Il est capable, si nous y croyons suffisamment fort, de nous faire décoller de nos idées poussiéreuses et bien arrêtées. Il est capable, comme d’un battement d’ailes, de nous élever au-dessus de la mêlée des bêtises et des conneries humaines.
Il porte la paix, non dans une blancheur qui se voudrait immaculée et qui finalement renie la diversité de notre humanité, mais dans les mille couleurs de l’arc-en-ciel, que l’on ne peut capturer dans nos mains, mais qui ne se saisit bien qu’avec les yeux du coeur. »  Denis & Jean-Louis

Le poème de Denis :

Bien-aimé

Bien avant que je ne le connaisse lui mon roi
Déjà il m’embrasait des bienfaits de son amour
Je ne veux avoir de cesse de l’adorer en retour
Lui qui aime dès que je crie ou chante ma foi
Il s’est fait nourriture se livrant sur une croix
Corps et sang dans une vie donnée sans retour
J’ai dit oui à l’alliance nouvelle pour toujours
Car telle une sève sa fidélité m’irrigue de joie
Christ ton Père me convie pour les noces d’or
L’Esprit me met à nu pour être vrai devant toi
Je ne puis rêver ne puis imaginer meilleur sort
Jamais tu ne brises ma liberté mais tu accrois
Ma charité pour ceux blessés d’âme de corps
Que tu chéris toi qui de leur salut est la voie

Le chant « Evenou shalom alerhem ! » clôt la célébration.
Nous vous annonçons la paix
Nous vous annonçons la joie
Nous vous annonçons l’amour

Une pincée de bulles de poiré jaunes, roses ou bleues plus tard, nous voici chacun-e paré-e d’un bracelet de couleur qui, dans un espace verdoyant à quelques pas de là, va nous transporter petits, grands, familles, amis et déjistes mélangés dans une farandole ludique. Ensemble, dans une bonne humeur communicative, nous avons grimpé, pêché à la ligne, joué à chat perché ou à saute mouton, dansé sur un pont d’Avignon mayennais d’adoption. Le soleil printanier déclinant à l’horizon, il est temps de reprendre la route jusqu’aux portes de Laval pour la soirée.
Accueillis par un arc en ciel de ballons, une petite colombe arc en ciel en guise de marque-place et des jolies compositions florales sur les tables nous voilà partis pour un repas ponctué d’intermèdes ludiques et musicaux. Le champagne sabré, le dessert dégusté, la piste de danse s’ouvre à nous pour une nuit musicale aux notes de disco, de rock et de madison entremêlés. Les plus courageux, à une heure très matinale et avant de sombrer dans les bras de Morphée, s’accordent une pause soupe à l’oignon de coutume.
Nous quitterons nos hôtes néo-mariés après un petit-déjeuner prétexte à prolonger un week-end riche en échanges.
Un voyage retour gris et pluvieux mais un cerveau encore ensoleillé par mon premier mariage arc en ciel ! 😉

Téo

1 colombes et alliances qui, drôle de coincidence, se retrouvent sur les carte, mugs et photophores offerts par les déjistes nantais 😉

 

 

« Arnaud Beltrame, héroïsme de l’espérance » chronique de Bruno Frappat (journal La Croix le 28/03/2018)

   « Héros ». Toute la France n’aura eu que ce mot à la bouche et dans le cœur à propos du sacrifice du colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame, honoré par la République, un mercredi gris, du Panthéon aux Invalides.
Quelques jours plus tôt, dans le très paisible département de l’Aude, il avait fait face à un terroriste islamiste durant trois heures après s’être offert comme otage lui-même en échange de la libération d’une caissière du Super-U de Trèbes. Finalement, le « fou d’Allah », meurtrier et suicidaire, se voyant déjà « martyr » au nom de sa foi, tira sur le gendarme avant de l’achever en l’égorgeant. La leçon de courage d’Arnaud Beltrame avait sauvé une vie mais il avait dû pour cela faire don de la sienne.
Alors la France entière avait compris et admiré qu’il subsistât en elle, caché au fin fond de l’anonymat d’une gendarmerie reculée, de telles capacités d’altruisme, de bravoure, de sens de l’autre, de prise de risque. Et cela, en effet, allait imposer ce mot de « héros » parcourant aussitôt tout le pays, comme une traînée de lumière.
De quoi, assurément, redonner foi en l’homme, en tout homme qui, pris dans les aléas de la vie en société « terrorisée » serait capable de puiser au fond de son mental la force de résistance à l’oppression de la terreur et à la haine.
On apprit assez vite qu’Arnaud Beltrame était un chrétien convaincu et brûlant depuis peu d’années d’une foi ardente. Il y avait sûrement puisé quelque chose. Mais l’Église et les autres chrétiens allaient-ils s’en glorifier, se parer eux-mêmes du manteau de son courage et lancer aux populations : « voyez comme nous sommes » ? Tirer à eux la gloire de son courage et, dans un souci de prosélytisme de très mauvais goût, présenter le lieutenant-colonel comme le comble du catholique d’aujourd’hui ?
Passé le moment de cette tentation de propagande autour de sa foi, on comprit, à quelques exceptions près, qu’il y aurait très mauvais aloi à risquer la comparaison entre deux manières de croire en Dieu. Entre celle qui prétend tuer au nom du Très-Haut et celle qui affirme au contraire que donner la sienne pour autrui plaît au Créateur de toute l’humanité. Le sacrifice de soi valant plus à ses yeux que le sacrifice des autres.
Comment cacher que cet épisode redonna foi en l’homme ? Au moment où l’humanité se cherche en tous sens des raisons de croire et d’espérer au-delà de la satisfaction de ses petits besoins quotidiens, il est bon, il est sain, il est beau que des héros comme Beltrame nous appellent à réfléchir au sens supérieur d’une vie.
Nous étions là à nous morfondre, à ronchonner contre le mauvais temps qui paraît s’être installé pour l’éternité au-dessus de l’Hexagone, nous ne cessions de protester contre des broutilles et des affaires minimes, râlant les uns contre la limitation de vitesse ou la suppression partielle de la taxe d’habitation, les autres se passionnant pour les conditions douteuses du financement d’une campagne électorale vieille de onze années. Nous étions plantés devant nos téléviseurs ou nos écrans de « réseaux sociaux » priés de choisir entre les héritiers de Johnny Hallyday, l’idole que nous nous étions donné il y a trois mois. Nous doutions de tout, nous avions peur des Russes et de leurs piqûres fatales, des Chinois et du rouleau-compresseur de leur prospérité (nous qui, enfants, étions incités par nos mamans à tricoter des carrés de laine pour fabriquer des « couvertures pour les petits Chinois »…)
Nous en avions assez des impôts. Nous avions peur de tout, de la grippe, du sida ou d’Alzheimer. Nous étions exaspérés par les incivilités des « djeunes » dans les transports en commun. Nous désespérions de l’avenir de l’humanité, Il n’y aurait bientôt plus même de chants d’oiseaux dans les arbres de nos forêts aux ramures étiques. Le transhumanisme répandait ses fantasmes douteux de victoire sur la mort. Nous ne croyions plus à grand-chose, pour dire le vrai. La religion délivrait, univoque et automatique, ses discours d’espérance comme sur le tapis roulant d’un supermarché défilent les produits de première nécessité. Bref, tout allait de mal en pis. La mort rôdait, en tout cas, elle se rapprochait de nous. Nos vieux étaient mal gardés, ils dérangeaient. Noir, tout était noir. La désespérance était partout derrière chacune de nos portes. Il faisait froid sur l’humanité, noir dans les cœurs, glauque dans les distractions. L’humanité allait à sa perte.
Et puis, tout à coup, au fond de cette constante laideur des jours, noirceur de l’actualité, une petite lumière, cet héroïsme, cet éclat de bravoure et d’humanité. Ce grand geste du gendarme inconnu la veille venait nous alerter sur la vraie hiérarchie des valeurs, ces fameuses valeurs dont nous parlons d’autant plus volontiers que nous n’y croyons guère.
Le courage du gendarme offrant sa vie pour protéger une innocente, nous devions en élargir la dimension à celle de toute l’humanité tenaillée par l’angoisse de mourir et de la violence. Il ne se doutait pas, le gendarme, que nous tirerions de son action de telles leçons. Il nous avait offert une sorte de résurrection de l’humain dans la pagaille des jours médiocres. Il avait posé sur nos chemins un petit caillou baptisé espérance.
L’espérance comme folie, comme une volonté, comme une décision et non comme un donné. À nous de la construire quand tout a l’air de s’effondrer, quand la malfaisance et l’égoïsme semblent partout régner. Quand la laideur nous coupe les bras et les ailes. L’espérance, non pas comme un cadeau ou un dû mais comme l’œuvre d’une volonté d’homme.
Cette leçon de mort était une leçon de vie.

Bruno Frappat

La chronique de Bruno Frappat a été publiée sur le site internet du journal La Croix le 28 mars 2018.

https://www.la-croix.com/Debats/Chroniques/Arnaud-Beltrame-heroisme-lesperance-2018-03-28-1200927407

Retraite de déjistes à Joigny (mars 2018)

Maryam et Philippe du groupe de Nantes ont participé à une retraite d’organisée par D&J et DUEC (Devenir Un En Christ) chez les religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Joigny..
Voici le récit de cette retraite spirituelle rédigé en commun :

Des retraitant.e.s de « David et Jonathan »
au Centre spirituel Sophie Barat à Joigny…
… Ils et elles ont des gueules de ressuscité.e.s

« Nous étions neuf – lesbiennes, gays et hétéro – de D&J et de DUEC, en couple ou seul.e, jeunes et moins jeunes, d’Ile de France et de Nantes à nous retrouver pour 5 jours d’initiation aux exercices spirituels spécifiques à la spiritualité ignacienne autour du « discernement ».
La dimension LGBT de David et Jonathan a été clairement affichée et accueillie dans la bienveillance, et avec un absolu respect par les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus qui animent le Centre Sophie Barat.
Ce centre spirituel qui a accueilli notre petit groupe de DJistes est une maison de famille, la maison de naissance de Sainte Madeleine-Sophie BARAT (1779-1865), fondatrice de la Communauté des Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus.
Tout dans cette maison ancienne et ses jardins nous invite à la paix. Tout est fait pour que nous nous sentions chez nous dans cette demeure.
Les espaces de recueillement – oratoires, chapelle, jardins – ou de partage – salons, salles de réunion, salles à manger – nous ont été ouverts en permanence. Il a été très facile de trouver ses marques, de s’approprier ce lieu magnifique. Sans oublier les bons repas, simples et délicieux – comme les bons vins – qui participent également de la qualité de notre aventure spirituelle au centre Sophie Barat.
Ce fut un parcours dans le silence (avec parfois des loupés de « silence ») mais aussi d’échanges chargés d’émotions et de nos vies plus ou moins cabossées ; des émotions exprimées ou tues ou exprimées discrètement.
Ce furent aussi des moments collectifs d’enseignement nous préparant à la macération et au ruminement des textes bibliques lus et du cadre donné. Ces temps d’enseignement à la pratique de la prière ignacienne ont été menés conjointement par Sœur Rachel, religieuse du Sacré Cœur de Jésus, et Sœur Michèle, religieuse du Cénacle. Elles ont été des accompagnantes remarquables, et pleines d’humour. Elles ont su adapter en permanence leur enseignement à la dynamique de notre groupe. C’est ainsi que dès le premier jour elles nous ont proposé, le soir, un temps de partage en groupe, inhabituel lors de ces retraites mais tellement chers à notre tradition DJiste. Elles étaient AVEC nous, en parfaite communion avec notre groupe, en amitié.
Ces temps d’initiation en groupe ont été concis, ils allaient droit à l’essentiel afin de nous laisser le plus de temps possible à la lecture et à la prière personnelles. L’enseignement était avant tout une pratique en immersion. Les illustrations didactiques étaient choisies dans l’environnement immédiat telles que les vignes des coteaux de Joigny, et également dans la modernité avec, par exemple, la projection de clips vidéos extraits de pubs. Cela nous a aidé.e.s à inscrire cette pratique ignacienne dans notre réalité.
Les personnes qui le souhaitaient assistaient aux laudes et aux messes de la communauté. Notre groupe a partagé des moments de prières collectives à l’oratoire « la bourguignonne » (une ancienne écurie où le tabernacle est placé dans un four à pain !), prières silencieuses, chants partagés, moment intense où le baptême est revisité avec l’eau et l’écoute des grâces reçues. Chacune et chacun a fait son chemin pour entendre qu’il ou qu’elle est aimée de Dieu et que Dieu parle, non pas dans la tempête et dans le bruit, mais dans la brise légère. Brise légère ressentie quand nous avons gravi le chemin à la rencontre de la vigne, symbole de la vie en terre aride ; ses sarments chevillés au cep, symbole de notre lien au Seigneur, notre vigneron ; des vrilles qui accrochent la vigne aux tuteurs placés par le vigneron.
Chaque jour aussi, il était possible de ménager des moments pour profiter de la campagne environnante : balades à pied dans les vignes, balades à vélo le long de l’Yonne, footing dans les coteaux et les sous-bois, seul en silence ou à 2 ou 3 en échangeant…Des moments pour se remplir les poumons, s’émerveiller, faire du bien à son corps et le rendre ainsi plus disponible à l’écoute de Sa parole.
Nous avons enfin bénéficié quotidiennement de moments d’accompagnement individuel où, à partir de sa vie personnelle, on découvrait que Dieu nous aime et nous attend dans nos vies, là où nous sommes. La qualité d’écoute de Soeur Rachel et de Soeur Michèle, et leur accueil de nos peines, de nos doutes, de nos difficultés, mais bien sûr aussi de nos joies, de nos espoirs, de nos avancées spirituelles, a été exceptionnel.
Ces cinq jours nous ont aidé à discerner où nous en étions dans notre vie, dans notre foi, dans notre histoire. Nos bras étaient sans doute plus ou moins cassés, ce qui ne nous empêchait pas d’avoir des « gueules de ressuscité »!
Un moment unique pour faire le point et repartir avec son PPP, Petit Programme Personnel pour reprendre la route du quotidien, un quotidien éclairé par les lumières de ces jours et de ces nuits de discernement.
A l’issue de la retraite, Soeur Rachel et Soeur Michèle, convaincues et touchées par notre expérience collective, proposent que cette retraite de 5 jours d’initiation aux exercices spirituels à destination des personnes LGBT, de leurs proches et de leurs ami.e.s soit reconduite annuellement. »

Spiritualité mélanésienne (Yves)

Tout homme est tiraillé entre deux besoins,
Le besoin de la pirogue,
C’est-à-dire du voyage,
De l’arrachement à soi-même,
Et le besoin de l’arbre,
C’est-à-dire de l’enracinement,
De l’identité.
Et les hommes errent constamment
Entre ces deux besoins,
En cédant tantôt à l’un,
Tantôt à l’autre.
Jusqu’au jour où ils comprennent
Que c’est avec l’arbre
Qu’on fabrique la pirogue.

Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu

Yves

Un beau chant d’espérance (par Yves)

Depuis la fin du 18ème siècle, dans une église de Baltimore (Maryland, USA), on peut lire le texte suivant. Le nom de Dieu n’apparaît pas dans ces lignes anonymes, dépourvues de signature. Elles donnent, pourtant une belle image de ce que peut-être, aujourd’hui comme hier, une vie d’homme ou de femme dans ce monde plein de tumultes.

Extrait du livre Comme un chant d’espérance (2014) de Jean d’Ormesson (chapitre XLI)

« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes.
Dites doucement et clairement votre vérité.
Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants : ils ont eux aussi leur histoire.
Eviter les individus bruyants et agressifs : ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.
Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié.
Non plus ne soyez cynique en amour car il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez-vous une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Et, qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devait.
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez, dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Oui, voilà un beau chant d’espérance que je vous offre en ce début de Carême 2018. Vivre ainsi donne à espérer en des jours et en un monde meilleurs.

Yves

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » – L’atelier de Céline Béraud « L’accès aux femmes à l’autorité religieuse » -(par Sophie)

L’atelier de Céline BERAUD
« L’accès aux femmes à l’autorité religieuse »

   Après un bref retour en arrière sur les deux vagues de féminisme du siècle dernier, Céline Béraud a repris l’histoires des premières femmes en responsabilité et en autorité dans les différentes Eglises.
L’Eglise protestante : les femmes pasteures, les pionnières, souvent au début les épouses et filles de pasteurs. Le « savoir sacré », « celui qui détient le savoir », est peu à peu donné mais avec une sélectivité au début (célibat imposé) et, actuellement, dans les temples où co-célèbrent pasteurs femme et homme, c’est le pasteur qui prêche !
Il y a quelques femmes rabbins chez les plus libéraux (judaïsme pluriel et protestantisme pluriel, surtout aux Etats-Unis) mais pas en France.
L’Eglise anglicane : après une rupture en 1990, elle accorde la prêtrise aux femmes, même si tous ne furent pas d’accord. Trente femmes furent ordonnées. Ces ordinations furent précédées par le diaconat féminin.
Le Catholicisme ne connait pas ces évolutions, pourtant, beaucoup de femmes ont exprimé leur désir d’ordination. Dans l’Eglise catholique, rien n’est linéaire. Ce sont des allers-retours sans cesse. On sépare toujours les sexes à l’Eglise. Les filles sont servantes d’assemblée et les garçons servants d’autel. Là où certaines paroisses acceptaient les filles comme « enfant de chœur à l’autel », une fois formées, à la puberté, on leur demande de partir.

Petits rappels historiques de ces avancées et reculades de l’Église catholique :
1970 : Une demande d’avant-garde fut celle du groupe « Hommes et femmes en l’Eglise » qui a porté la cause de l’ordination des femmes jusqu’à Rome via une commission.
1977 : Rome s’oppose contre tout changement en la matière.
Jean-Paul II met une opposition nette et non négociable à cause de la tradition (le Christ a choisi des apôtres hommes).
François, moins misogyne que Benoit XVI, réagit à l’identique.

Aujourd’hui, les revendications sont peu portées en France car « c’est perdu d’avance ». Les chrétiens s’orientent alors plutôt vers le diaconat féminin et les ordinations d’hommes mariés.
Qu’en est-il ailleurs ?
Au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas, il y a, à ce sujet, plus de mobilisations et de querelles.

Céline Béraud parle ensuite de la place des femmes d’aujourd’hui. Les femmes sont nombreuses dans l’Eglise catholique  : 1 homme pour 9 femmes. Elles y travaillent : aumoniers dans les prisons, les hôpitaux, l’armée, la liturgie des funérailles, etc.). Souvent elles sont proches collaboratrices des Evêques dont elles reçoivent une mission (relai des religieuses). Les aumoniers de prison de femmes, grâce à l’entre-soi entre femmes, arrivent à beaucoup de belles choses. Comme par le passé dans les « Terres de mission sans prêtres », en prison, loin du regard des prêtres, elles peuvent investir des formes de rituel riche de plein de possibilités. Aussi près des patients en fin de vie, parfois à la frontière de la délivrance du pardon.
Les deux mondes, catholiques et musulmans, où la tradition est le plus bloquée et figée, n’empêchent pas les femmes convaincues qui ne s’encombrent ni des Tradis, ni des progressistes, qui ne se « nomment pas » mais agissent.
Pour l’Eglise catholique, la tradition est de « coller aux origines », blocage extrême (Hervé Legrand et Joseph Moingt ont ouvertement critiqué Jean Paul II. Ils ont reçu des insultes).
Le Diaconat serait « lot de consolation » selon certaines féministes ou « le cheval de Troie » qui amorcerait la prêtrise selon certains prêtres.
Céline Béraud insiste sur le fait que reconnaître les femmes, ce serait faire avancer le GENRE : quand on réaffirme la différence des sexes, on est dans la réidentification du genre. Ce ne sera pas si simple car c’est lié. La prêtrise aux femmes, qu’on le veuille ou non, est liée au genre ! Les plus fondamentalistes trouveront toujours des textes où les femmes n’ont pas accès ! N’oublions pas que les inventions religieuses l’ont été après les textes ! Le patriarcat est difficile à secouer et pas que dans le domaine religieux ! (Tout est sexiste, dans les entreprises, l’université, etc.).
Les raisons de ce blocage ?
La peur, la peur de l’égalité. Certaines femmes contribuent au sexisme par peur.
Le pouvoir religieux sert à redire la différence et la hiérarchie. Subsiste aussi une pensée MASCULINISTE : « les droits des femmes se font au détriment du droit des hommes ». Et bien sûr, toujours la peur de la femme, la « tentatrice » ! Le clergé a vraiment une misogynie cléricale ! L’Eglise catholique n’est d’ailleurs pas à l’aise avec ce thème choisi pour le colloque, aucun prêtre catholique n’intervient ! L’eucharistie, unique forme de pouvoir et d’autorité, la « dimension sacrale » fera toujours passer les femmes au second plan !
Restons patients, les choses se font mais en vase clos (exemple : aux Pays-Bas, certaines femmes aumoniers baptisent). (Note : ce sont elles qui n’aiment pas la féminisation « aumonières »)
Véronique Margron fut la première doyenne de France à la Catho d’Angers (elle joue un peu une « neutralisation du genre » car n’est pas très féminine).
Il existe un « Optimisme vers le bas » ; quand il n’y aura plus de prêtres, en l’avenir, les femmes seront toujours là et feront valoir leur légitimité !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Sophie)

   Thérèse et moi, bien qu’adhérentes à DJ Nantes depuis 18 ans et le restant fidèlement, nous ne participons désormais qu’à certaines rencontres particulières.
Merci beaucoup à Annette de nous avoir proposé ce colloque ! J’y suis partie seule tout en étant accompagnée de Madeleine, ses livres et sa sagesse.
(Nous regrettons amèrement le « DJ actu » et le « Petit lu » papier ! C’est ainsi. Des articles nous sont transmis par les uns et les unes. Merci. La vie de groupe est souvent sabotée depuis l’apparition de l’informatique (que nous refusons). Nous choisissons les rencontres à 2 ou 3, avec ces relations personnalisées qui vont à l’essentiel.)

Vous parlez du colloque ?  Bien sûr.
Pour être authentique, je dois dire que je fus plus attirée par le thème « Dieu est-il sexiste ? » (Sous-entendu « nos Eglises sont-elles sexistes ? ») que par l’inter-religieux en lui-même. J’ai déjà bien du mal avec mon Eglise catholique elle seule (surtout depuis les Manifs pour tous) pour ne pas me risquer à entrer dans les complications d’autres confessions. Fermeture ? Prudence surtout.
L’existence d’autres chrétiens que les catholiques, je l’ai découverte étant ado. Ma tante grecque orthodoxe s’apitoyant sans cesse, et les parents de mon amie de cœur, pentecôtistes intégristes, traitant leur fille de « diabolique » parce qu’elle fumait ! Mauvais départ pour l’œcuménisme ! Quant à l’inter-religieux, c’était flou, n’ayant aucune connaissance juive ou musulmane. Seule certitude : les fanatiques de tous bords sont anti-évangéliques !
Ma foi passionnée m’a ouverte et permise de découvrir des auteurs d’autres réflexions chrétiennes dont ces deux chrétiens hors du commun : Jean-Yves Leloup (orthodoxe) et Lytta Basset (protestante).
Je me sens de plus en plus étrangère en terre catholique, allais-je me sentir chez moi en inter-religieux ? J’avoue que oui. Je suis rentrée rassurée et apaisée. Si 250 personnes sont capables d’un « Dieu ouvert », d’autres le sont.
Je fus subjuguée de rencontrer des jeunes épatants, aux idées dilatées et accueillantes. Tous membres de l’association COEXISTER, Multi-« convictionnelle » plutôt que multi-confessionnelle. Par eux, je me suis laissée déplacer.

Petite présentation de l’association Coexister

« Notre mouvement Coexister, le mouvement inter-convictionnel des jeunes, est une association loi 1901 et une entreprise sociale, qui, par le biais du dialogue, de la solidarité, de la sensibilisation, de la formation et de la vie commune promeut la coexistence active au service du vivre-ensemble. Notre intuition, que nous appelons la Coexistence Active, refuse d’un même mouvement à la fois le prosélytisme et le syncrétisme : le choc des civilisations et le relativisme sont deux maux qui ne permettent pas un véritable vivre-ensemble dans un climat serein. Notre devise « Diversité de convictions, Unité dans l’action » nous invite à construire l’unité autour de ce que nous faisons en préservant la riche diversité de ce en quoi nous croyons. »

Le thème du sexisme est proche de l’homophobie. « Un être féminin est d’abord un être avant d’être une femme » … sauf pour Rome. Je reprends cette phrase à notre compte : « Un être homosexuel est d’abord un être avant d’être un(e) homosexuel(le) ». Cela semble logique, sauf pour Rome.
Multiples ateliers étaient proposés. Pourquoi ai-je choisi celui de Céline Beraud ? (Sociologue spécialiste des questions du genre dans le catholicisme) sur le thème : « L’accès des femmes à l’autorité religieuse ». Pour plusieurs raisons :
J’ai lu son livre « Métamorphose catholique » – (acteurs, enjeux et mobilisation depuis le mariage pour tous) qui m’a beaucoup éclairé.
J’ai eu l’occasion un jour, dans notre association « Réflexion et Partage », avec Denis, (DJiste rennais et protestant) de préparer et d’animer la célébration de prière avec laquelle nous terminions notre journée nationale. En fin de célébration, nous avons béni, ensemble, l’assemblée. Un homme et une femme, tous deux du Christ, imposaient les mains et prononçaient les paroles de bénédiction. C’était très fort ! A quand les femmes diacres ?
Une de mes amies qui est religieuse catholique à Bruxelles, fait des homélies extraordinaires mais dans une communauté protestante ! Cherchez l’erreur !
Quant à moi, lors de mes dernières messes, j’emportais le « prions en Eglise » pour y lire, je l’avoue, à la place de l’homélie lourde et sans espérance, toutes les homélies écrites par des femmes, ermites, théologiennes, biblistes, religieuses, d’une profondeur, remplies de bon sens et libératrices ! Il m’est insupportable qu’elles ne soient pas face à l’assemblée !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Madeleine)

   Un colloque au titre provocateur qui renvoie indirectement, on l’aura compris, à la misogynie des institutions…
Comme on sait et comme le rappelle Laurent Grzybowski (journaliste à La Vie et animateur du colloque) « féminisme et religion n’ont jamais fait bon ménage et l’idée d’une responsabilité particulière des religions dans le « malheur des femmes » est très répandue dans l’opinion publique. Hiérarchie entre les sexes, méfiance envers les femmes, interdits multiples, pratiques discriminatoires, absence de lieux de pouvoir au sein des institutions sont autant d’éléments qui semblent confirmer cette vision critique »
D’où les questions qui s’imposent :
Les religions représentent-elles un obstacle à l’égalité homme/femme ?
Comment promouvoir une réelle égalité sans tomber dans une interminable guerre des sexes ?
Nos liturgies sont-elles des lieux d’exclusion ou d’inclusion ?
Comment les Ecritures peuvent-elles éclairer le débat actuel?
Les mouvements féministes sont-ils les mieux placés pour faire avancer la cause des femmes ?
La notion de « complémentarité des sexes » est-elle incompatible avec celle de l’égalité ? »
Tels ont été les thèmes abordés, d’abord au cours d’une conférence (Dialogue des pensées et des Ecritures à partir de textes du judaïsme, du christianisme et de l’Islam) puis, en ateliers thématiques :
Femmes et hommes : quelle place dans les Eglises protestantes, catholiques, islamiques (cf. expérience à la mosquée de Nantes : le café au féminin)
L’accès des femmes à l’autorité religieuse
Quels féminismes aujourd’hui ?
Eduquer au respect femmes-hommes
Aller vers l’égalité dans les Eglises et la société. »

   Voilà pour l’essentiel. On l’aura compris, une recension exhaustive des contenus est mission impossible, d’autant que pour les ateliers, il a fallu choisir (deux dans l’après-midi du samedi) C’est pourquoi j’ai choisi de restituer le temps fort du dimanche matin : la table ronde du dernier jour (qui s’est en fait présentée comme une suite d’exposés sans commentaires croisés) et qui posait la question :

« Faut-il faire un travail de réforme dans les Eglises et comment ? »

Question commune aux trois religions représentées par :
Attika Trabelsi pour l’Islam
Yann Boissière pour le judaïsme
Eugénie Bastié et Anne Soupa pour le christianisme.

1Attika Trabelsi (co-présidente de l’association féministe LALLAB)

   On ne peut que faire le constat de l’infériorité féminine dans toutes les religions et ce, pour deux raisons :
le religieux s’est développé dans la tradition misogyne du terreau patriarcal
les textes ont été utilisés (versets sortis de leur contexte) pour justifier la norme sociale de l’inégalité.
En bref, le sexisme n’a ni âge, ni religion, ni frontière.
La misogynie est contraire à un Dieu juste.
Un féminisme existe cependant : des femmes inconnues, méconnues bousculent les stéréotypes.
Le combat est double :
sur le plan inter-communautaire avec une interprétation autonome des textes
sur le plan extra-communautaire pour déconstruire les préjugés, et s’affirmer malgré les identités multiples (arabe, musulmane, française…voilée ou non voilée).
C’est ainsi que s’est créé le groupe LALLAB (contraction de LALLA : femme et LAB. de laboratoire) et qui s’est inspiré du combat des femmes noires américaines (noire et femme, la double peine). Il s’agit donc d’un féminisme dit « intersectionnel », regroupant les identités plurielles et croisées, en lien aussi avec les associations « queer », sans juger ni imposer.

2Yann Boissière (rabbin)

   A l’origine, les textes fondateurs étaient libérateurs. Au jardin d’Eden, il n’y a pas « homme » mais « humanité » non sexuée, que le Créateur va diviser (il s’agit de « côté » et non de « côte ») simultanément en femme sexuée et homme sexué (pas de hiérarchie entraînant un rôle secondaire). Mais par un retour d’élastique, la misogynie sociologique a repris ses droits. On a surdéterminé là encore les textes fondateurs. La femme est perçue comme un danger. Sa puissance vitale qui échappe à l’homme fait peur d’où l’obsession patriarcale du contrôle des corps.
Dans la tradition littérale, la dualité homme/femme pose un énorme problème aux religieux alors qu’il faut tout replacer dans la matrice culturelle (la Torah n’est pas tout, il faut accepter l’apport de la culture profane). Le masculin et le féminin sont deux modalités de l’humanité double. Nous sommes tous bisexués. Nous sommes des êtres de dualité et d’altérité (ce qui nous permet d’échapper à l’enfermement) Ne pas l’accepter reviendrait à marcher sur une seule jambe ! C’est pourquoi la parité s’impose. Il faut aller vers l’égalité des fonctions (femmes rabbins par ex.) et c’est le cas dans le judaïsme libéral (majoritaire dans le monde).

3Eugénie Bastié (journaliste au Figaro, rédactrice en chef de la revue Limite)

   Elle est dans la mouvance conservatrice (cf. Libération  » la jeune garde ultraconservatrice catholique ») mais refuse cependant l’étiquette de « réac ».
Elle rappelle qu’on a fait porter au fait religieux tout le sexisme alors qu’au Moyen-âge, les femmes furent libérées par le christianisme. La parité existait déjà : voir les nombreuses figures de saintes (modèles féminins) et le rôle de certaines religieuses (cf Hildegarde de Bingen).
Selon elle, la révolution doit se faire par un retour aux racines : christianisme et égalité hommes/femmes ont été là dès les origines. La différence des sexes est une asymétrie bonne. L’interchangeabilité ne permet pas les rôles de chacun.
Evidemment il faut reconnaître la crispation de l’Eglise face à la modernité, les femmes étant peu associées aux prises de position et décision, reconnaître aussi le défaut d’une Eglise encline à s’enfermer dans l’ultra-essentialisme (cf. Jean-Paul II parlant du rôle éducatif des mères « sentinelles de l’invisible »).

4Anne Soupa (co-fondatrice du Comité de la jupe)

   Il est inconcevable que la définition de ce qu’est une femme vienne du magistère romain !
Pour l’Église, un être féminin est une femme avant d’être un « être humain », s’opposant en cela à la définition de l’ONU (qui a remplacé le terme générique « homme » par « être humain » pouvant inclure les deux sexes). Jésus n’a d’ailleurs jamais fait mention de « sexe », pas plus qu’il n’a établi de rapport à la « famille ». Famille mise en avant dans le dernier synode qui regroupait 253 hommes et 4 femmes. On est loin de la parité. La moitié de l’humanité na pas voté ! Faiblesse d’une Eglise qui ne peut se réformer, alors qu’elle devrait tourner la page.
A quand la parole des femmes et le relais des laïcs ?
Sexisme, conservatisme, machisme ecclésial, régression encore renforcée par Jean-Paul II avec sa conception d’un homme offert gratuitement au monde tandis que la femme est « au service », au service du masculin par le mariage et la maternité.
On en est au niveau café du commerce !
Monstruosité de la discrimination alors que la Genèse n’a fait que dire : « l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre » exprimant par là une idée de réciprocité. La différence existe, mais si elle a été autant mise en avant, c’est pour justifier l’inégalité, alors que toute différence doit être ordonnée à l’égalité de principe : mes droits, mêmes dignité, mêmes responsabilités. Notre dignité, c’est d’être tous enfants de Dieu. La différence est surtout culturelle, nous avons à nous construire tous dans le « même » et le « différent ». C’est dans cet exercice que nous pouvons sortir de nous et nous ouvrir au monde.
Il est essentiel que les religions mènent à la paix et ce, en commençant par établir l’égalité entre les hommes et les femmes.

En conclusion, comment en sortir ?

Prise de conscience et relecture des textes, reformulation des concepts (cf. Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde »)
Travail de conversion (après tout Paul était à la fois machiste et touché par la grâce), éducation, transmission, en travaillant aussi dans l’inter-religieux.
Partenariat et action commune en société et dans l’Église (L’Église, c’est nous tous) dans des valeurs à prendre ensemble : l’égalité a aussi besoin de liberté et fraternité.

La libération nous concerne tous, celle des unes ne va pas sans celle des autres.

Madeleine
(synthèse des notes réunies de Sophie et Madeleine)

Ma découverte d’Ibn Arabi (Céline)

« Je crois en la religion de l’amour, Où que se dirigent ses caravanes. Car l’amour est ma religion et ma foi. » Ibn Arabi1 (1165-1240).
(Ibn Arabi est également appelé
« le plus grand maître » ou encore « le fils de Platon ».)

Pour ma petite histoire, j’ai découvert Ibn Arabi, à mon arrivée au Maroc, chez des amis soufis, ensuite lorsque j’ai rencontré un calligraphe à Asilah, je lui ai acheté la calligraphie de la première phrase, ci-dessus. Pour en savoir plus sur Ibn Arabi je suis partie à la découverte de sa pensée via le réseau Internet.
Voici ce que j’ai découvert, ce qui a retenu mon attention et ce que j’ai aimé :

L’œuvre d’Ibn Arabi est d’un abord difficile car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis appelant le commentaire. Pour Henry Corbin2, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique3 prophétique, se fonde sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu ou sa manifestation dans le monde des phénomènes.

Voici quelques grands thèmes de sa recherche :

L’imagination créatrice :

L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant. Le monde imaginal, ou ‘âlam al-Mîthâl, est distinct du monde des réalités concrètes comme de celui de l’intellect, mais il se superpose au premier, comme une dimension supplémentaire.
L’imagination joue un rôle décisif, pour percevoir cette face divine dans les choses et les êtres. L’imagination est « créatrice » dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde.
Ibn Arabi place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : « Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe ».
De ce point de vue, Ibn Arabi place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

– L’Homme parfait :

L’homme chez Ibn Arabi est l’image parfaite de la création accomplie :
« Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques.
« L’homme est à Dieu (al-haqq) ce qu’est la pupille à l’œil ». La pupille s’appelle en arabe « l’homme dans l’œil ». La pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui (c’est-à-dire par l’homme universel) Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant par sa connaissance distinctive et unissant par son essence divine. Par son existence, le monde fut achevé. Ainsi l’homme se voit confier la sauvegarde divine du monde, et le monde ne cessera pas d’être sauvegardé aussi longtemps que cet Homme Universel (al-insân al-kâmil) demeurera en lui. » (extrait de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi)

– Ibn Arabi le poète :

Ibn Arabi perçoit l’amour profane comme le support de l’amour divin, l’aiméE étant le lieu de la théophanie. Cela ne signifie pas que Dieu est incarné dans l’aiméE, mais qu’il se révèle dans ce dernier.
Dans l’abondante œuvre d’Ibn Arabi figurent beaucoup de poèmes qui occupent une place originale. D’une part,du fait même de sa composition sous forme poétique; d’autre part en raison de la circonstance qui l’a fait naître : une expérience fulgurante d’un amour spirituel suscitée, lors d’un pèlerinage à la Mecque, par la rencontre avec une jeune Iranienne prénommée Nizham (harmonie). Cette héroïne, d’une beauté sans pareille, illustre sous la plume du Maître, l’essence divine et ses manifestations sans fin. Les effets de l’Amour qu’elle engendre sont décrits par de nombreuses expressions dont la plus fréquente est tajalli, qui peut se traduire de différentes façons : théophanie, irradiation….
Dans chacun de ses poèmes Ibn Arabi dépeint les signes de cette femme emblématique, expression parfaite de l’Amour présent dans toutes les formes qu’il revêt. L’attraction d’amour qui relie l’amant à l’être aimé, quoique indéfinissable, est au cœur de la spiritualité d’Ibn Arabi. Dieu se penche sur ses créatures pour qu’elles le reconnaissent. Et c’est, dans ce désir irrésistible que l’adorateur, le  » servant » de Dieu reprend conscience de sa réalité originelle, fondu dans l’unicité de son Seigneur et solidairement relié aux autres créatures par l’attachement d’amour.

 » Je m’étonne de l’amoureux dont les beautés
Miroitent dans fleurs et jardins !  »
Et moi à elle:  » Ne t’étonne pas de qui tu vois,
Ce que tu as vu est toi-même dans le miroir d’un homme !  »
(Extrait de « L’interprète des désirs »)

Deux extraits que j’ai bien aimé de la « La parure des Abdal » :

« Tandis que l’ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l’enthousiasme annihilant, et que l’adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d’esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l’Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l’invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L’ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l’enthousiasme pour abolir le chagrin, l’adorateur fait du zèle dans l’espoir d’accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d’esprit l' »arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »

« L’homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son Seigneur. »

Pour conclure je vous propose ces deux vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=zEroIpr2Yes
https://www.youtube.com/watch?v=15S4A7D57Lo&t=1456s

et ce verset du Coran (Sourate II, 136) :

Nous croyons en dieu
A ce qui nous a été révélé,
A ce qui a été révélé à Abraham,
A Ismael, à Isaac, à Jacob et aux tribus,
A ce qui a été donné à Moïse et à Jésus,
A ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur.
Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux.

Céline

1 Théologien, juriste, poète, métaphysicien, maître andalou pour l’initiation au soufisme islamique
Pour en savoir + la page wikipedia d’Ibn Arabi

2 Philosophe, historien, traducteur orientaliste franças (1903-1978)

3 Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique