Archives de catégorie : Spiritualités plurielles

Être gay aux USA (une expérience personnelle) (Yves)

Après avoir vu « The Matthew Shepard Story » (Au nom de la haine) je m’attendais à tout en arrivant à Glencoe, ensemble de belles résidences perdues dans les bois, de la banlieue de Chicago. Mais le film raconte l’histoire d’un passage à tabac mortel en 1998 et dans le Wyoming (un des états du Midwest les plus arriérés). Vingt ans plus tard et dans le nord-est des USA je pouvais m’attendre à mieux, beaucoup mieux !
Nous sommes 12 nantais-es, dont le curé de ma paroisse, arrivés deux jours plus tôt dans la communauté épiscopale de Ste Elisabeth et nous assistons à un topo sur l’importance de la religion aux USA. D’entrée de jeu, Mark l’américain se présente :
« I’m gay and my husband is Jewish » (Je suis gay et mon mari est juif)
« Je suis gay et voici mon fiancé » (‘fiancé’ en français dans le texte)
« Et qui s’occupe des moutons ? Mon mari ! »
Mark est prof de science politique à l’université et chante à l’Église épiscopale (la version américaine de l’Eglise anglicane qui ne diffère que très peu du catholicisme à part la rupture avec Rome).
Dillan est séminariste et joue du piano et de l’orgue dans cette même communauté. Il achève ses études et devrait bénéficier du titre de pasteur épiscopalien l’an prochain.
Scott est pasteur dans une autre Eglise épiscopale que nous avons visité.
Et Daphne, qui a un délicieux mari, est pasteure de cette communauté très gay friendly.
J’avais d’ailleurs remarqué (sur Internet) qu’il y avait un drapeau arc-en-ciel flottant près du porche de l’église (remplacé par le drapeau tricolore pour notre arrivée). Mais en voyant le panneau « love wins » (l’amour gagne) le doute n’était plus possible : j’étais dans une paroisse inclusive.
D’ailleurs, Bernard me montre rapidement un autre panneau aussi explicite avec même un encart sur le « gender » avec ce sous-titre merveilleux : « The best thing about being a girl is now I don’t have to pretend to be a boy » (Ce que je préfère dans le fait d’être une fille c’est que maintenant je n’ai plus besoin de faire semblant d’être un garçon). On croit rêver !
Du coup, lors d’une rencontre à 12 (les 12 participants de ce voyage paroissial outre-Atlantique) et en présence de notre curé, de Daphne et de son mari, alors que nous parlions de nos impressions de la journée, j’ai lâché le morceau : « Vous savez tous que je suis homo et que je suis heureux d’être dans une paroisse où je suis apprécié pour ce que je fais et ce que je suis. Mais vous savez aussi que j’en parle très peu. Pudeur ou timidité – ou simplement parce qu’en France, on ne parle pas de ces choses-là, surtout au sein d’une paroisse. Alors il faut que je vous dise combien le coming-out spontané et devant nous tous, de trois de nos amis américains m’a ému et réchauffé le cœur. Je remercie Dapĥne d’être aussi accueillante à la diversité et bien sûr je vous remercie tous de me soutenir et de me garder votre amitié ».
Bon, je n’ai pas eu de grandes démonstrations d’affection, ni de confidence ce soir-là, ni plus tard d’ailleurs (ça ne se fait pas chez nous !). Seule Daphne est venue me serrer dans ses bras pour me dire combien elle était heureuse pour moi.
« I have a dream » je fais un rêve qu’un jour il sera aussi simple et banal de dire « Je suis gay », « Je suis lesbienne », « Je suis trans » que cette semaine où j’ai vu Mark, Dillon et Scott, bien dans leurs baskets, nous parler de leur identité sexuelle sans détour et sans gêne.

Yves

Rencontre avec l’imam Ludovic-Mohamed Zahed (Camille et Abdo)

C’est par un sentiment d’enthousiasme que commence ce weekend… Pendant quelques mois, nous avons pu prendre connaissance du travail et de la philosophie de l’imam et docteur en psychologie et anthropologie, Ludovic-Mohamed Zahed.
Enthousiasme donc, à l’idée de rencontrer un homme engagé qui défend un Islam progressiste et inclusif. Ludovic-Mohamed ZAHED voit en effet dans la présence des personnes LGBT+ au sein des mosquées un véritable enjeu, une chance, une possibilité d’ouverture et de progression. Car il n’y a pas d’Islam dans l’absolu, figé et immuable, témoigne-t-il. Il y a l’Islam tel qu’on le vit, tel qu’on le pratique et avec ce que chacun-e y apporte.
En ce samedi où la France se pare de jaune, nous sommes pluriel-le-s dans la salle de la Manu de Nantes. Adhérents de David & Jonathan (de Nantes et d’ailleurs dans l’Ouest), membres d’autres associations fédérées par Nosig (CLGBT de Nantes), ou invités à titre plus personnel. Notre rapport et notre intérêt pour la religion en général et l’Islam en particulier sont très variés. C’est notre désir d’apprendre, de comprendre, de nous ouvrir et d’évoluer dans nos conceptions qui nous rassemblent.
Avec beaucoup de simplicité et de naturel, de sérénité aussi, Ludivic-Mohamed dispense une parole précieuse. Témoignage d’une trajectoire toute singulière, récit d’une existence intense où les luttes se succèdent sans que le découragement ne triomphe jamais. C’est parce qu’il est aussi exigent dans sa quête de spiritualité que dans l’étude des sciences humaines que la parole de Ludovic-Mohamed ZAHED est si riche, éclairée, et nous invite à nous questionner.
Son engagement au sein de la société (fondation du collectif citoyen HM2F, Direction de CALEM…) témoigne de cette force d’agir et de répondre aux problématiques d’une époque et d’une multiplicité d’identités avec lesquelles il faut vivre. Car c’est possible ! Et c’est bien le message que nous entendons tou-te-s.
A l’issue de la présentation, les questions sont nombreuses et portent aussi bien sur les réalités géopolitiques qui agitent le monde que sur les combats et les déchirements intérieurs qui font le quotidien de certain-e-s…
Dans l’écoute et avec bienveillance, Ludovic-Mohamed Zahed suggère l’ouverture à l’autre mais aussi à soi-même, et nous rappelle avec justesse que, plus que des réponses clés en main, ce qu’on peut apporter à nos questions comme à celles d’un proche, ce sont des pistes de travail et de réflexion pour que chacun-e puisse avancer et vivre pleinement et réconcilié-e.

Camille

Pour écouter la présentation de Ludovic voir le lien suivant :
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/ludovic-zahed-conference/s-YlJ5E

Pour écouter le débat après la présentation voir le lien suivant:
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/debat-avec-ludovic-zahed/s-5wVtw

Le site de l’institut Calem créé par Ludovic-Mohamed :
http://www.calem.eu/francais2/

Richesses plurielles (Madeleine)

Toute réunion Spiritualits plurielle est comme une auberge espagnole. On y trouve ce qu’on y apporte. La loi du genre étant de partager le meilleur, soit un élément, un événement positif (lecture, parole, musique, rencontre…) découvert ou vécu récemment.
L’exercice est parfois acrobatique. Pas évident de sonder en nos vies parfois monotones ou exagérément bousculées, et d’y trouver la petite perle… et pourtant, pour peu qu’on cherche… il y a forcément quelque chose ou quelqu’un qui, même brièvement, a interpellé, ému, réconforté.
Alors, dans le pot commun, la récolte de cet après-midi, il y a eu d’abord cette formidable bonne nouvelle : le prix Nobel de la paix – ô combien mérité – attribué à ces deux personnes incarnant, en contrepoids de la barbarie, toute la dignité humaine : cette femme de nouveau debout malgré les tortures, et ce médecin qui aura passé toute sa vie à réparer sur les corps féminins, la violence des hommes.
Il y a eu aussi cette évocation d’un philosophe connu, ayant fait le pari de la transparence, au risque d’abîmer sa belle image, en révélant sa peu glorieuse addiction, et en même temps, son chemin vers la dédramatisation et l’acquisition d’une autre forme de sagesse (savoir rire de soi…)
Il y a eu la silhouette de ce petit homme en tweed vert toujours là au bon moment sur la route dun immigré égaré.
Et dans la foulée, ce partage de poésies et de jardins fleuris.
Et sur une plage de CD, cette chanson pour apaiser les tourments d’une insomnie.
Et en live s’il vous plaît, cette belle improvisation vocale, a capella.
Et encore, pardonnez si j’en oublie, cette petite coquille symbolisant le chemin de St Jacques, cette représentation d’un corps souffrant, rappelant l’époque où tombaient par milliers les malades, mais aussi la solidarité qui s’en était suivie.
Et pour finir, tout simplement le souvenir d’un moment de bien-être au soleil de l’été, l’apaisement avec le gazouillis des oiseaux…. La magie de l’eau, son importance dans nos vies et la nécessaire conscience écologique.
Chaque prise de parole, entre deux résonances de gong, s’est faite à chaque fois dans l’écoute et le non-jugement (nous ne sommes pas dans le débat), que l’on choisisse d’ailleurs de partager ou non, de communiquer ou rester en silence.
Et c’est bien là, entre autres, ce qui fait l’une des valeurs de DJ (et doit le rester) cet accueil et ce respect de toutes les individualités, quand singularité et diversité fondent la richesse et la vie du groupe.

Madeleine

Week-end Spiritualités Plurielles 2018 dans le Forez (Hélène et Marie-Hélène)

Long fut ce voyage mais vraie fut notre joie de vivre cette rencontre en  « haut et beau lieu » !
A peine le temps de découvrir St Etienne ville du Desing et nous voilà en route pour le Forez cet imposant massif (posé entre l’Auvergne et la Loire) sous la conduite d’Emmanuel déjiste du tout jeune groupe de Montbrison. Trois-quart d’heure et plein de virages plus tard, arrivée dans ce curieux gîte décoré à une fenêtre d’un drap aux couleurs arc en ciel (mais si mais si) histoire qu’on ne se perde pas et composé à l’intérieur de multiples espaces, petits, grands et tous chaleureux .
Plaisir de revoir nos ami-e-s déjistes de Paris, de Lyon, de Vendée, de Rennes, de Strasbourg, d’ailleurs… et même de Belgique ! Émerveillement de goûter à ce paysage de douces montagnes, de prairies, de forets le tout baigné dans la lumière et l’agréable chaleur .
Plaisir de se retrouver (à 28) pour le repas en dégustant l’excellente soupe de légumes préparée avec amour par Pascal notre chef-artiste-cuisinier si talentueux et soucieux de nos papilles et de nos santés !
Durant ces deux jours des ateliers très divers proposés par les participants nous ont permis d’échanger en profondeur et de nous ressourcer corps et esprits dans un climat de confiance, d’écoute, d’ouverture, de respect, de bonne humeur !
Petit florilège des ateliers : relaxation, massages des mains, balade en montagne, spiritualité et écologie, soustraire plutôt que ajouter dans notre démarche spirituelle, chanter un très ancien « Kyrie » puis l‘hymne Européen , écouter en silence et conscience des sons de différentes traditions, vivre un temps de « Pleine Présence », préparer le repas du soir…
La veillée nous a offert d’entendre les voix harmonieuses de Martine et d’Oscar interprétant Mozart, celle de Geneviève dans une chanson pleine d’humour, comme un clin d’œil aux marcheurs de l’après midi…quelques beaux textes lus par François, Xavier… Puis une musique très paisible suivie d’un moment de silence nous ont reliés intérieurement les uns aux autres.
N’hésitez pas, venez l’an prochain découvrir une heureuse aventure, je vous assure c’est bon pour tout !!!

Hélène et Marie-Hélène

« S’aimer » (texte de Stéphane Laporte) choisi par Gaëtan

Voici le texte du chroniquer et humoriste québécois  Stéphane Laporte partagé par Gaëtan lors de la rencontre spiritualités plurielles du 10 mai 2018 :

S’aimer

Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.
Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.
Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.
S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.
S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.
S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »
S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.
Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre coeur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.
On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.
Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.
Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.
Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.
On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.
Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

Stéphane Laporte

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201606/18/01-4993283-saimer.php

Retraite de déjistes à Joigny (mars 2018)

Maryam et Philippe du groupe de Nantes ont participé à une retraite d’organisée par D&J et DUEC (Devenir Un En Christ) chez les religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Joigny..
Voici le récit de cette retraite spirituelle rédigé en commun :

Des retraitant.e.s de « David et Jonathan »
au Centre spirituel Sophie Barat à Joigny…
… Ils et elles ont des gueules de ressuscité.e.s

« Nous étions neuf – lesbiennes, gays et hétéro – de D&J et de DUEC, en couple ou seul.e, jeunes et moins jeunes, d’Ile de France et de Nantes à nous retrouver pour 5 jours d’initiation aux exercices spirituels spécifiques à la spiritualité ignacienne autour du « discernement ».
La dimension LGBT de David et Jonathan a été clairement affichée et accueillie dans la bienveillance, et avec un absolu respect par les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus qui animent le Centre Sophie Barat.
Ce centre spirituel qui a accueilli notre petit groupe de DJistes est une maison de famille, la maison de naissance de Sainte Madeleine-Sophie BARAT (1779-1865), fondatrice de la Communauté des Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus.
Tout dans cette maison ancienne et ses jardins nous invite à la paix. Tout est fait pour que nous nous sentions chez nous dans cette demeure.
Les espaces de recueillement – oratoires, chapelle, jardins – ou de partage – salons, salles de réunion, salles à manger – nous ont été ouverts en permanence. Il a été très facile de trouver ses marques, de s’approprier ce lieu magnifique. Sans oublier les bons repas, simples et délicieux – comme les bons vins – qui participent également de la qualité de notre aventure spirituelle au centre Sophie Barat.
Ce fut un parcours dans le silence (avec parfois des loupés de « silence ») mais aussi d’échanges chargés d’émotions et de nos vies plus ou moins cabossées ; des émotions exprimées ou tues ou exprimées discrètement.
Ce furent aussi des moments collectifs d’enseignement nous préparant à la macération et au ruminement des textes bibliques lus et du cadre donné. Ces temps d’enseignement à la pratique de la prière ignacienne ont été menés conjointement par Sœur Rachel, religieuse du Sacré Cœur de Jésus, et Sœur Michèle, religieuse du Cénacle. Elles ont été des accompagnantes remarquables, et pleines d’humour. Elles ont su adapter en permanence leur enseignement à la dynamique de notre groupe. C’est ainsi que dès le premier jour elles nous ont proposé, le soir, un temps de partage en groupe, inhabituel lors de ces retraites mais tellement chers à notre tradition DJiste. Elles étaient AVEC nous, en parfaite communion avec notre groupe, en amitié.
Ces temps d’initiation en groupe ont été concis, ils allaient droit à l’essentiel afin de nous laisser le plus de temps possible à la lecture et à la prière personnelles. L’enseignement était avant tout une pratique en immersion. Les illustrations didactiques étaient choisies dans l’environnement immédiat telles que les vignes des coteaux de Joigny, et également dans la modernité avec, par exemple, la projection de clips vidéos extraits de pubs. Cela nous a aidé.e.s à inscrire cette pratique ignacienne dans notre réalité.
Les personnes qui le souhaitaient assistaient aux laudes et aux messes de la communauté. Notre groupe a partagé des moments de prières collectives à l’oratoire « la bourguignonne » (une ancienne écurie où le tabernacle est placé dans un four à pain !), prières silencieuses, chants partagés, moment intense où le baptême est revisité avec l’eau et l’écoute des grâces reçues. Chacune et chacun a fait son chemin pour entendre qu’il ou qu’elle est aimée de Dieu et que Dieu parle, non pas dans la tempête et dans le bruit, mais dans la brise légère. Brise légère ressentie quand nous avons gravi le chemin à la rencontre de la vigne, symbole de la vie en terre aride ; ses sarments chevillés au cep, symbole de notre lien au Seigneur, notre vigneron ; des vrilles qui accrochent la vigne aux tuteurs placés par le vigneron.
Chaque jour aussi, il était possible de ménager des moments pour profiter de la campagne environnante : balades à pied dans les vignes, balades à vélo le long de l’Yonne, footing dans les coteaux et les sous-bois, seul en silence ou à 2 ou 3 en échangeant…Des moments pour se remplir les poumons, s’émerveiller, faire du bien à son corps et le rendre ainsi plus disponible à l’écoute de Sa parole.
Nous avons enfin bénéficié quotidiennement de moments d’accompagnement individuel où, à partir de sa vie personnelle, on découvrait que Dieu nous aime et nous attend dans nos vies, là où nous sommes. La qualité d’écoute de Soeur Rachel et de Soeur Michèle, et leur accueil de nos peines, de nos doutes, de nos difficultés, mais bien sûr aussi de nos joies, de nos espoirs, de nos avancées spirituelles, a été exceptionnel.
Ces cinq jours nous ont aidé à discerner où nous en étions dans notre vie, dans notre foi, dans notre histoire. Nos bras étaient sans doute plus ou moins cassés, ce qui ne nous empêchait pas d’avoir des « gueules de ressuscité »!
Un moment unique pour faire le point et repartir avec son PPP, Petit Programme Personnel pour reprendre la route du quotidien, un quotidien éclairé par les lumières de ces jours et de ces nuits de discernement.
A l’issue de la retraite, Soeur Rachel et Soeur Michèle, convaincues et touchées par notre expérience collective, proposent que cette retraite de 5 jours d’initiation aux exercices spirituels à destination des personnes LGBT, de leurs proches et de leurs ami.e.s soit reconduite annuellement. »

Spiritualité mélanésienne (Yves)

Tout homme est tiraillé entre deux besoins,
Le besoin de la pirogue,
C’est-à-dire du voyage,
De l’arrachement à soi-même,
Et le besoin de l’arbre,
C’est-à-dire de l’enracinement,
De l’identité.
Et les hommes errent constamment
Entre ces deux besoins,
En cédant tantôt à l’un,
Tantôt à l’autre.
Jusqu’au jour où ils comprennent
Que c’est avec l’arbre
Qu’on fabrique la pirogue.

Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu

Yves

Un beau chant d’espérance (par Yves)

Depuis la fin du 18ème siècle, dans une église de Baltimore (Maryland, USA), on peut lire le texte suivant. Le nom de Dieu n’apparaît pas dans ces lignes anonymes, dépourvues de signature. Elles donnent, pourtant une belle image de ce que peut-être, aujourd’hui comme hier, une vie d’homme ou de femme dans ce monde plein de tumultes.

Extrait du livre Comme un chant d’espérance (2014) de Jean d’Ormesson (chapitre XLI)

« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes.
Dites doucement et clairement votre vérité.
Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants : ils ont eux aussi leur histoire.
Eviter les individus bruyants et agressifs : ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.
Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié.
Non plus ne soyez cynique en amour car il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez-vous une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Et, qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devait.
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez, dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Oui, voilà un beau chant d’espérance que je vous offre en ce début de Carême 2018. Vivre ainsi donne à espérer en des jours et en un monde meilleurs.

Yves

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » – L’atelier de Céline Béraud « L’accès aux femmes à l’autorité religieuse » -(par Sophie)

L’atelier de Céline BERAUD
« L’accès aux femmes à l’autorité religieuse »

   Après un bref retour en arrière sur les deux vagues de féminisme du siècle dernier, Céline Béraud a repris l’histoires des premières femmes en responsabilité et en autorité dans les différentes Eglises.
L’Eglise protestante : les femmes pasteures, les pionnières, souvent au début les épouses et filles de pasteurs. Le « savoir sacré », « celui qui détient le savoir », est peu à peu donné mais avec une sélectivité au début (célibat imposé) et, actuellement, dans les temples où co-célèbrent pasteurs femme et homme, c’est le pasteur qui prêche !
Il y a quelques femmes rabbins chez les plus libéraux (judaïsme pluriel et protestantisme pluriel, surtout aux Etats-Unis) mais pas en France.
L’Eglise anglicane : après une rupture en 1990, elle accorde la prêtrise aux femmes, même si tous ne furent pas d’accord. Trente femmes furent ordonnées. Ces ordinations furent précédées par le diaconat féminin.
Le Catholicisme ne connait pas ces évolutions, pourtant, beaucoup de femmes ont exprimé leur désir d’ordination. Dans l’Eglise catholique, rien n’est linéaire. Ce sont des allers-retours sans cesse. On sépare toujours les sexes à l’Eglise. Les filles sont servantes d’assemblée et les garçons servants d’autel. Là où certaines paroisses acceptaient les filles comme « enfant de chœur à l’autel », une fois formées, à la puberté, on leur demande de partir.

Petits rappels historiques de ces avancées et reculades de l’Église catholique :
1970 : Une demande d’avant-garde fut celle du groupe « Hommes et femmes en l’Eglise » qui a porté la cause de l’ordination des femmes jusqu’à Rome via une commission.
1977 : Rome s’oppose contre tout changement en la matière.
Jean-Paul II met une opposition nette et non négociable à cause de la tradition (le Christ a choisi des apôtres hommes).
François, moins misogyne que Benoit XVI, réagit à l’identique.

Aujourd’hui, les revendications sont peu portées en France car « c’est perdu d’avance ». Les chrétiens s’orientent alors plutôt vers le diaconat féminin et les ordinations d’hommes mariés.
Qu’en est-il ailleurs ?
Au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas, il y a, à ce sujet, plus de mobilisations et de querelles.

Céline Béraud parle ensuite de la place des femmes d’aujourd’hui. Les femmes sont nombreuses dans l’Eglise catholique  : 1 homme pour 9 femmes. Elles y travaillent : aumoniers dans les prisons, les hôpitaux, l’armée, la liturgie des funérailles, etc.). Souvent elles sont proches collaboratrices des Evêques dont elles reçoivent une mission (relai des religieuses). Les aumoniers de prison de femmes, grâce à l’entre-soi entre femmes, arrivent à beaucoup de belles choses. Comme par le passé dans les « Terres de mission sans prêtres », en prison, loin du regard des prêtres, elles peuvent investir des formes de rituel riche de plein de possibilités. Aussi près des patients en fin de vie, parfois à la frontière de la délivrance du pardon.
Les deux mondes, catholiques et musulmans, où la tradition est le plus bloquée et figée, n’empêchent pas les femmes convaincues qui ne s’encombrent ni des Tradis, ni des progressistes, qui ne se « nomment pas » mais agissent.
Pour l’Eglise catholique, la tradition est de « coller aux origines », blocage extrême (Hervé Legrand et Joseph Moingt ont ouvertement critiqué Jean Paul II. Ils ont reçu des insultes).
Le Diaconat serait « lot de consolation » selon certaines féministes ou « le cheval de Troie » qui amorcerait la prêtrise selon certains prêtres.
Céline Béraud insiste sur le fait que reconnaître les femmes, ce serait faire avancer le GENRE : quand on réaffirme la différence des sexes, on est dans la réidentification du genre. Ce ne sera pas si simple car c’est lié. La prêtrise aux femmes, qu’on le veuille ou non, est liée au genre ! Les plus fondamentalistes trouveront toujours des textes où les femmes n’ont pas accès ! N’oublions pas que les inventions religieuses l’ont été après les textes ! Le patriarcat est difficile à secouer et pas que dans le domaine religieux ! (Tout est sexiste, dans les entreprises, l’université, etc.).
Les raisons de ce blocage ?
La peur, la peur de l’égalité. Certaines femmes contribuent au sexisme par peur.
Le pouvoir religieux sert à redire la différence et la hiérarchie. Subsiste aussi une pensée MASCULINISTE : « les droits des femmes se font au détriment du droit des hommes ». Et bien sûr, toujours la peur de la femme, la « tentatrice » ! Le clergé a vraiment une misogynie cléricale ! L’Eglise catholique n’est d’ailleurs pas à l’aise avec ce thème choisi pour le colloque, aucun prêtre catholique n’intervient ! L’eucharistie, unique forme de pouvoir et d’autorité, la « dimension sacrale » fera toujours passer les femmes au second plan !
Restons patients, les choses se font mais en vase clos (exemple : aux Pays-Bas, certaines femmes aumoniers baptisent). (Note : ce sont elles qui n’aiment pas la féminisation « aumonières »)
Véronique Margron fut la première doyenne de France à la Catho d’Angers (elle joue un peu une « neutralisation du genre » car n’est pas très féminine).
Il existe un « Optimisme vers le bas » ; quand il n’y aura plus de prêtres, en l’avenir, les femmes seront toujours là et feront valoir leur légitimité !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Sophie)

   Thérèse et moi, bien qu’adhérentes à DJ Nantes depuis 18 ans et le restant fidèlement, nous ne participons désormais qu’à certaines rencontres particulières.
Merci beaucoup à Annette de nous avoir proposé ce colloque ! J’y suis partie seule tout en étant accompagnée de Madeleine, ses livres et sa sagesse.
(Nous regrettons amèrement le « DJ actu » et le « Petit lu » papier ! C’est ainsi. Des articles nous sont transmis par les uns et les unes. Merci. La vie de groupe est souvent sabotée depuis l’apparition de l’informatique (que nous refusons). Nous choisissons les rencontres à 2 ou 3, avec ces relations personnalisées qui vont à l’essentiel.)

Vous parlez du colloque ?  Bien sûr.
Pour être authentique, je dois dire que je fus plus attirée par le thème « Dieu est-il sexiste ? » (Sous-entendu « nos Eglises sont-elles sexistes ? ») que par l’inter-religieux en lui-même. J’ai déjà bien du mal avec mon Eglise catholique elle seule (surtout depuis les Manifs pour tous) pour ne pas me risquer à entrer dans les complications d’autres confessions. Fermeture ? Prudence surtout.
L’existence d’autres chrétiens que les catholiques, je l’ai découverte étant ado. Ma tante grecque orthodoxe s’apitoyant sans cesse, et les parents de mon amie de cœur, pentecôtistes intégristes, traitant leur fille de « diabolique » parce qu’elle fumait ! Mauvais départ pour l’œcuménisme ! Quant à l’inter-religieux, c’était flou, n’ayant aucune connaissance juive ou musulmane. Seule certitude : les fanatiques de tous bords sont anti-évangéliques !
Ma foi passionnée m’a ouverte et permise de découvrir des auteurs d’autres réflexions chrétiennes dont ces deux chrétiens hors du commun : Jean-Yves Leloup (orthodoxe) et Lytta Basset (protestante).
Je me sens de plus en plus étrangère en terre catholique, allais-je me sentir chez moi en inter-religieux ? J’avoue que oui. Je suis rentrée rassurée et apaisée. Si 250 personnes sont capables d’un « Dieu ouvert », d’autres le sont.
Je fus subjuguée de rencontrer des jeunes épatants, aux idées dilatées et accueillantes. Tous membres de l’association COEXISTER, Multi-« convictionnelle » plutôt que multi-confessionnelle. Par eux, je me suis laissée déplacer.

Petite présentation de l’association Coexister

« Notre mouvement Coexister, le mouvement inter-convictionnel des jeunes, est une association loi 1901 et une entreprise sociale, qui, par le biais du dialogue, de la solidarité, de la sensibilisation, de la formation et de la vie commune promeut la coexistence active au service du vivre-ensemble. Notre intuition, que nous appelons la Coexistence Active, refuse d’un même mouvement à la fois le prosélytisme et le syncrétisme : le choc des civilisations et le relativisme sont deux maux qui ne permettent pas un véritable vivre-ensemble dans un climat serein. Notre devise « Diversité de convictions, Unité dans l’action » nous invite à construire l’unité autour de ce que nous faisons en préservant la riche diversité de ce en quoi nous croyons. »

Le thème du sexisme est proche de l’homophobie. « Un être féminin est d’abord un être avant d’être une femme » … sauf pour Rome. Je reprends cette phrase à notre compte : « Un être homosexuel est d’abord un être avant d’être un(e) homosexuel(le) ». Cela semble logique, sauf pour Rome.
Multiples ateliers étaient proposés. Pourquoi ai-je choisi celui de Céline Beraud ? (Sociologue spécialiste des questions du genre dans le catholicisme) sur le thème : « L’accès des femmes à l’autorité religieuse ». Pour plusieurs raisons :
J’ai lu son livre « Métamorphose catholique » – (acteurs, enjeux et mobilisation depuis le mariage pour tous) qui m’a beaucoup éclairé.
J’ai eu l’occasion un jour, dans notre association « Réflexion et Partage », avec Denis, (DJiste rennais et protestant) de préparer et d’animer la célébration de prière avec laquelle nous terminions notre journée nationale. En fin de célébration, nous avons béni, ensemble, l’assemblée. Un homme et une femme, tous deux du Christ, imposaient les mains et prononçaient les paroles de bénédiction. C’était très fort ! A quand les femmes diacres ?
Une de mes amies qui est religieuse catholique à Bruxelles, fait des homélies extraordinaires mais dans une communauté protestante ! Cherchez l’erreur !
Quant à moi, lors de mes dernières messes, j’emportais le « prions en Eglise » pour y lire, je l’avoue, à la place de l’homélie lourde et sans espérance, toutes les homélies écrites par des femmes, ermites, théologiennes, biblistes, religieuses, d’une profondeur, remplies de bon sens et libératrices ! Il m’est insupportable qu’elles ne soient pas face à l’assemblée !

Sophie