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Rencontre spiritualités plurielles du 7 avril 2019 (Camille)

L’écoute était l’invitée d’honneur, ce dimanche, dans le cercle que nous formions autour du salon de Maryam…
Les affaires, les affaires ! Nous passerons quelques minutes efficaces à traiter des sujets d’actualités de notre groupe avant qu’avec bienveillance, notre hôte nous invite à mener nos esprits bondissants vers la sérénité de notre rencontre…
Aux accords d’un Kingdom of God qui nous chante dans la langue de Shakespeare que le royaume de Dieu est un royaume de justice et de paix, un goûter nous est servi. La musique se déploie.
Singulier silence que celui qui s’installe. Personne n’est forcé de le rompre, on peut aussi le goûter. Et il faut parfois un peu de temps pour se lancer…
La première question est posée : Et si Dieu était laïc ? Le monologue théâtral de Marie-Christine Bernard éveille notre curiosité. Son livre passe de main en main. Il trouvera sans doute un emprunteur pour une nouvelle lecture. On n’a sûrement pas fini d’en parler !
Sous la même forme (celle d’un livre) mais dans un autre registre, comment ne pas aborder Sodama, cette enquête qui fait polémique et a le mérite de pousser des portes, de donner à lire des témoignages jamais entendus du grand public. A cette occasion, nous nous autorisons collectivement à contourner les habitudes des réunions spi : un petit échange de points de vue se développe. De mon côté, je ne peux que me réjouir de nous voir concerné-e-s, intéressé-e-s, impliqué-e-s. Et de partager à la fois l’espoir que les choses évoluent, l’admiration pour le travail mené par l’auteur de Sodoma, ainsi qu’une pensée collective pour les hommes et femmes consacré-e-s qui œuvrent avec sincérité et bienveillance et sont aussi victimes des fautes ou dérives de l’Eglise…
L’un de nous partagera son expérience d’ancien séminariste, confidence aussi d’un sentiment de solitude, d’un élan constant vers différentes communautés chrétiennes pour la dépasser.
Une histoire de lecture autour d’un texte biblique sur l’amour Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13) , nous rappelle que les paroles les plus belles, les plus inspirantes, peuvent tomber dans l’oreille de sourds pourtant venus les écouter ! Aujourd’hui pourtant, ces deux voix qui lisent successivement le même passage sonnent juste et résonnent encore après s’être tues, fortes du message porté.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens (Chapitre 13)

 » J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. »

Au fil de l’après-midi, viennent en écho de nos prises de paroles, les sons et accents singuliers de la langue persane dans laquelle notre hôte s’applique à traduire les échanges à un jeune iranien venu nous rencontrer. Nous nous risquons ensemble à articuler quelques mots que nous apprend et nous explique Maryam : les fondamentaux bonjour, merci…
Couleurs et légende africaines, soudain, au détour d’un conte africain. Les paupières baissées, chacun se représente l’histoire du prince pleutre devenu homme amoureux, et, bien inspiré par la grande reine son épouse, roi courageux. Courageux ? Lequel l’est le plus ? Voilà une question lancée à nos consciences tandis que la légende de Sambo retourne à ses contrées, loin, loin, loin…
De loin dans le temps nous parviennent de sages pensées. Sous la forme d’exigences pour soi-même, Marc Aurèle, un empereur romain, met à l’épreuve son rapport aux autres. Acceptation toute stoïcienne de ce qui fait notre nature d’homme. Un remède contre la contrariété qu’autrui peut faire naître en nous : quand je sais ce qui est bon, rien de ce qui est mauvais ne peut me salir. Nous sommes du même Tout, des éléments du divin. Nous sommes faits pour coopérer.

Dès l’aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d’être mon parent, non par la communauté du sang ou d’une même semence, mais par celle de l’intelligence et d’une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d’aucun d’eux, car aucun d’eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m’irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées de dents, celle d’en haut et celle d’en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c’est agir en adversaire que de témoigner de l’animosité et de l’aversion. »
(« Pensées pour moi-même » Livre II,1  de Marc Aurèle – Ed. GF Flammarion)

Et nous avons parfois la joie profonde de vivre un moment de grâce. Comme un poème partagé, un soleil levant dont la lumière nous réveille d’une douce caresse… Alors il est facile de se mettre en marche, et même en course ! Sentir ses pas légers et dans le dos une main chaleureuse qui nous porte plus loin.

Un ange m’a levé…

Un ange sur ma peau
Le soleil brille
Diamant dort
Brûlot d’amour
Verte rumeur des corps
Sentir l’âme qui grappille
Dans les ors du matin

Être habillée des pierres du chemin
Les vivres si légères
Brumes blanches disparues

Un ange du sommeil m’a tiré
Une course de la Terre
Soleil révélé
De plus en plus haut
Mes pieds si lancés
Dans l’air
En avant tout mon corps

La rutilance de l’aube
Imprègne mon être
L’immense univers tout autour

Lors que je retourne
Sur ma peau
Sur mon dos
Une douce chaleur
Comme une main qui me pousse

En mon cœur une force
Une source rajeunie du jour
Un rêve épanoui
Une joie qui soulève

Un ange m’a levé
Son aile m’a frôlé
Volets ouverts
Sur ma journée !

Piero dela Luna
Montalieu Vercieu, le 13 juin 2011

Comme il nous sera rappelé en cette fin d’après-midi printanière : Dieu ne se cache que pour être trouvé…

Camille

Et cela arriva… (Sophie)

En ce 2 février 2019, la commission diocésaine « S’accueillir » a permis ce bel aboutissement tant espéré en provocant une rencontre avec les associations homosexuelles à aspiration chrétienne et spirituelle. Et je dois dire Merci au nom de tous les anciens et les anciennes qui ont tant travaillés pour ce qui arrive aujourd’hui arrive.
« David et Jonathan » depuis 1972. « Réflexion et Partage » depuis 2000. Au nom de tous et toutes, dont certains sont partis ou sont décédés, Merci.
« S’accueillir » a tout compris et fait la part entre deux mondes qui se croient différents en ajoutant le « S » devant « accueillir ». Le petit « S » qui fait la différence est le : « mieux comprendre le vécu des personnes et de leur famille et aider les membres de la communauté chrétienne à mieux estimer les personnes, les intégrer dans leur propre Eglise et avancer ensemble sur le chemin de foi. »
Avec « Réflexion et Partage », nous n’avions que cet objectif en tête et au cœur. Quelle avancée que cette réalisation effective ! Mais qu’en sera-t-il pour les autres diocèses qui ne mettront pas le petit « S » si essentiel ?
A la réunion, je me suis permise d’exprimer mon inquiétude à ce sujet, en deux phrases ce fut difficile, en voici la totalité :
« Au synode des Evêques sur les jeunes en octobre dernier, c’est la question de l’accueil des personnes homosexuelles dans l’Eglise qui a causé le plus de résistance (65 voix contre), quand il ne s’agissait que de rejeter toute discrimination ou violence sur base sexuelle et de favoriser la mise en place de parcours d’accompagnement dans la foi des personnes homosexuelles. » – La Croix 29 octobre 2018
Ma question et ma crainte se trouvent dans cette recommandation, elle-même validée par tous les autres évêques.
« Le parcours d’accompagnement dans la foi… »
Magnifique avancée bien évidemment, après les « parcours de la guérison, de pardon ou d’exorcisme » qui ont déclenchés tant de décompensations psychologiques et de suicides, mais je reste méfiante par rapport à cette mise en place car je m’interroge : pourquoi une personne homosexuelle chrétienne aurait-elle besoin, plus qu’une autre personne chrétienne, d’un accompagnement dans la foi ? Et si je me fais accompagner dans ma propre foi, ce sera en tant que fille de Dieu et pas en tant que personne homosexuelle. Ne puis-je pas, moi aussi, accompagner mes frères et sœurs dans la foi ?
« S’accueillir » a compris cela et « s’accompagner » serait donc le mot juste.
Pourquoi ?
Le mot « Accompagnement » peut dissimuler d’autres objectifs secrets bien-pensants, et être orienté par des projets inconscients collectifs ou personnels. Avec humour, je vous copie des phrases de ma poétesse préférée, Marie Noël, écrites en 1936 certes, mais applicables dans certains milieux encore :
« Il y a dans le catholique un être satisfait, supérieur – celui qui possède la vérité – plein de sécurité et de certitude. S’il s’incline vers l’autre pensée – il s’incline – c’est pour la sauver, c’est-à-dire la circonvenir, la séduire, la gagner à Dieu. Elle n’est pour lui qu’un objet de compassion ou de conquête. Il l’aime par miséricorde. Il la méprise par foi. Aucun échange possible. Un catholique donne. Il ne reçoit pas. »
(Marie Noël – Notes intimes)
Sous le mot « Accompagnement » peut se dissimuler :
Une pastorale : mener et ramener le troupeau perdu
Une tutelle
Une compassion : se pencher vers
Une guidance : guider les pas de l’autre, le mener dans le droit chemin, en tout cas le sien
Un patronage : prendre par la main
« Accompagner la souffrance » sans partager le bonheur, les découvertes et les talents.
Il peut y avoir pour tout humain, catholique inclus, cette manière égocentrée d’aider l’autre et de compatir à sa souffrance qui revient à le réduire à l’image que l’on s’en fait. C’est le piège de la compassion (je l’ai vécu quand j’étais jeune infirmière). On peut prétendre savoir ce qui est bon pour l’autre et on peut essayer de le réaliser malgré lui, l’autre, dans ce cas-là, est aliéné. Il devient le miroir de nous-mêmes.
Être accompagné ? Oui, dans notre réalité propre de façon inconditionnelle et partager la foi ensemble. Accompagner, non pour « soulager » cette vocation à l’amour qui est notre homosexualité, mais aider à la dévoiler pour « faire naître » en l’autre. Encore une fois, la commission diocésaine a tout compris et avec elle, le mot ACCOMPAGNEMENT a tout son sens.
Un accompagnement spirituel, c’est l’accompagnement du spirituel où il y a deux personnes semblables s’unissant dans le spirituel.
La joie spirituelle est mutuelle. La souffrance spirituelle est mutuelle.
Le pardon est mutuel. La fécondité est mutuelle. La compassion et l’accompagnement sont mutuels.
J’ai la crainte que l’accompagnement de l’Eglise catholique, dans certains diocèses, soit « se pencher vers » plutôt que « l’art d’être avec ».
Je vous offre en cadeau cette magnifique phrase d’Henri Nouwen :
« Être le bien-aimé, être la bien-aimée est la vérité centrale de notre existence, vérité la plus intime de tous les êtres humains qu’ils appartiennent ou non à une tradition. N’est-ce-pas cela s’aimer ? Nous donner l’un à l’autre le cadeau de notre condition de bien-aimé ? »
Encore Merci.

Sophie

Rencontre inter associative du 2 février 2019 (Yves)

L’ignorance est toujours mère des préjugés.

« L’ignorance est mère des préjugés ». Nous l’avons une nouvelle fois vérifié au cours de cette rencontre (samedi 2 février) où quatre associations de personnes LGBT et hétérosexuelles de confession catholique se sont retrouvées pour mieux se connaître et voir ce qui pouvait être construit ensemble au-delà de nos diversités légitimes.

M-Hélène a pris la parole au nom de D&J et des 12 déjistes présents pour rappeler les fondements historiques et les buts de notre association :
Créée en 1972 ; à Paris d’abord, puis en province ; des hommes, des femmes et maintenant des trans ; des catholiques à l’origine mais s’ouvrant à d’autres confessions chrétiennes puis accueillant des personnes en recherche de sens ; des actions de solidarité (années Sida, participation aux Marches des Fiertés, interventions en milieu scolaire) ; ouverture à la région (rencontres de l’ouest) et à l’internationale (Forum Européen et Ilga).
Accueil, écoute, soutien, partage, réflexion et ressourcement spirituel sont proposés à tous ceux et toutes celles qui viennent avec un vécu souvent lourd à porter, cherchant à concilier sexualité et foi chrétienne.
M-Hélène a terminé par une citation de Jacques Perotti (déjiste de la 1ère heure et secrétaire de l’abbé Pierre) : « la sexualité est un don de Dieu ». D&J est un chemin de liberté (avec le Christ – pour ceux qui se réfèrent à Lui).

Devenir Un En Christ (DUEC) fut présenté par Myriam et sa compagne Cécile.
Fondé en 1982 à Paris par un couple ayant souffert de de la mort de leur fils, DUEC n’est pas un mouvement d’Eglise, même s’il bénéficie à Nantes de la présence d’un accompagnateur religieux. Cette association se présente comme un groupe de partage catholique axé sur la prière, la lecture de l’Evangile et le partage de vie dans le respect du parcours de chacun-e.
Pour les 14 participant-e-s il s’agit de relire notre sexualité, notre rapport au monde, sous le regard du Christ, pour cheminer avec Lui. 5 déjistes sont aussi adhérents à DUEC.
Quatre rencontres nationales (retraites, temps de réflexion) sont proposées chaque année.
Devenir Un En Christ

Réflexion et Partage est la 3ème association à se présenter.
Claude Besson – qu’on ne présente plus ! – rappelle combien les manifestations contre le PACS (en 1999, à Nantes comme ailleurs en France) avaient heurté plusieurs chrétiens qui ne se reconnaissaient pas dans ce déferlement de haine.
En l’an 2000 quelques nantais-es (lgbt et parents) décident de répondre à l’appel de l’évêque et d’écrire, à partir de témoignages personnels, les « Actes des chrétiens homosexuels », qui a reçu un accueil très positif.
Par la suite R&P essaiera d’interpeller les responsables paroissiaux, publiera un document de réflexion de 50 pages, et organisera des conférences pour favoriser l’accueil des personnes homosexuelles en paroisse.
Depuis 2009, chaque année, R&P organise, avec la présence d’un intervenant de qualité, une rencontre à Paris rassemblant une cinquantaine de personnes, dont beaucoup de parents, venant de toute la France. Le tour de table permet de vérifier qu’une dizaine de diocèses « bougent » et que des chrétiens (pas tous homosexuels) interpellent leur évêque et leur curé.
Réflexion et Partage

S’accueillir (à l’initiative de cette rencontre) est une Commission Diocésaine, avec un prêtre nommé par l’évêque, qui a constitué une petite équipe de 7 personnes dont des personnes homosexuelles, un couple de parents, une hétérosexuelle militante et un psychiatre (celui qu’on retrouvera le 08/02 au Passage Ste Croix).
Le père Bernard OLLIVIER rappelle les actions passées :
1/ Une marche/discussion avec une messe présidée par l’évêque.
2/ La série des 4 jeudis de la différence, suivie par près de 140 personnes, là aussi avec la présence de l’évêque à la dernière rencontre.
3/ Un dépliant « s’accueillir » à destination des paroisses (mais les réticences à la distribution sont fortes et aucun curé n’a pour l’instant sollicité l’intervention de la Commission).
4/ Une lettre rédigée à l’initiative des commissions diocésaines, signées par nos associations lgbt et diverses personnalités catholiques, a été envoyée en octobre à tous les évêques de France (1). 10 ont déjà répondu. C’est déjà une avancée !
Lettre envoyée aux évêques

Un débat a eu lieu ensuite sur le travail qui reste encore à mener auprès des prêtres.
Leur gêne sur ce sujet (relevant pour beaucoup d’un comportement immoral) explique au mieux leur silence, au pire des prises de position négatives.
Pourtant, note l’une d’entre nous, que de dégâts auprès des (jeunes) homos qui risquent de se refermer sur eux-mêmes, de quitter l’Église, d’être blessés, ou pire d’attenter à leurs jours. Le cas est particulièrement critique chez des aumôniers d’étudiants aux propos homophobes avérés et qui ne sont pas déplacés par l’évêque.
Même si le climat au sein des catholiques (les autorités ecclésiastiques et le peuple chrétien) n’est plus le même et les avancées notoires (notamment envers les parents d’enfants lgbt), on est encore loin d’une prise en compte de questions plus spécifiques : les bénédictions de couples, la question de l’homoparentalité, les personnes trans.

Projets :

1/ La commission S’accueillir aimerait intégrer un membre de D&J (suite au départ de Jacqueline en début d’année). Qui ? c’est à la collégiale de décider.
2/ Cette rencontre nous ayant beaucoup apporté, on est d’accord pour se retrouver une fois par an, à l’initiative de S’accueillir. Ce pourrait être sous la forme d’une marche avec des temps de parole.
3/ Pourquoi ne pas préparer ensemble une intervention publique dans la région nazairienne ?

La soirée s’est terminée par la messe où Bernard Ollivier nous a présentés à tous comme « le groupe de chrétiens homosexuels, réunis pour réfléchir entre eux cet après-midi, et qui sont restés prier avec nous », avec une intention de prière universelle spécifique lue par Jacqueline (2) et un « verre de l’amitié » pour une dizaine de paroissiens qui connaissaient l’un un voisin, l’autre un membre de sa famille… On se sent moins seul entourés de tous ces gens bienveillants.

Yves

1. Yves peut vous envoyer ce document de 12 pages intitulé « Homosexualité et vie chrétienne. De nombreuses initiatives diocésaine au service des personnes et de leurs familles » présentant un grand nombres d’initiatives diocésaines et des témoignages. La lettre d’introduction de Claude Besson, plus concise (1 page), en traduit l’essentiel.

2, « Merci Seigneur pour le chemin parcouru par notre Eglise qui a le souci de tous.
Prions pour que chaque personne, concernée ou non par l’homosexualité, soit témoin de l’amour inconditionnel du Christ pour chacune et chacun. »

Libérés, délivrés ! (Téo)

Assis entre un fossile de troglodyte, une bibliothèque généreusement fournie et une sculpture féline avec vue imprenable sur les nuages rezéens, nous voici réunis chez Madeleine pour causer « Libération ». Libération : fil conducteur du futur livre-témoignage de Sophie.
Aujourd’hui, chacun sera invité à partager un événement de sa vie où il ou elle est passé(e) de l’enfermement à la libération.
Même en amicale compagnie empathique ce challenge peut ne pas être aisé à relever et requiert une bonne dose de confiance et de lâcher-prise…
Pour Sophie, rassembler corps, esprit et cœur en une même unité pour renaître à elle-même et, enfin se libérer, aura été un long chemin semé de zigzags, de ralentisseurs et d’ennéagramme salvateur.
Oser un jour se libérer peut faire peur même si on quitte une vie pour une autre que l’on espère meilleure et dans laquelle on sera en accord avec soi-même, avec son orientation sexuelle, avec son identité de genre, avec ses convictions spirituelles ou autres valeurs personnelles.
L’appréhension de l’inconnu…
Mais, une fois ces peurs dépassées, une fois avoir osé, ça peut marcher nous le confiera Hélène. Certes avec une petite auto-prescription de mandalas mais ça peut marcher !
A propos de marche, Yves nous contera les vertus de ses escapades pédestres dans la perfide Albion ou sur les chemins de St Jacques pour atteindre la libération de son esprit, pour se décharger du poids du superflu et revenir à l’essentiel.
C’est à Taizé que Steve va régulièrement se ressourcer, se libérer, pour faire de sa vie, à son retour, un nouveau début. Quant à Philippe, il pose régulièrement son sac à l’abbaye de Timadeuc, au Mont St Michel ou rejoint Maryam pour une retraite ignacienne dans une communauté religieuse à Joigny. A chacun sa façon de se libérer spirituellement…
Parfois, comme nous le confiera Pierre-Hugues, des événements très douloureux mais si intenses et riches en émotions peuvent libérer et parvenir même à apaiser des tristesses enfouies dans le passé. Les petits miracles de la libération…
Dans une famille, un mode de fonctionnement que l’on souhaite instaurer voire imposer à tous ses membres pour leur bien peut s’avérer ne pas convenir aux aspirations de chacun. Chacun suit le mouvement mais tous ne s’y retrouvent pas ; on a l’impression à un moment donné de brimer ses pensées. Alors, las de subir, las d’essayer de fonctionner comme les autres, un jour sonne l’heure de la révolte, de la libération et d’affirmer ce que l’on pense, ce que l’on est. On ne quitte pas sa famille mais, comme Camille, on lui impose sa différence.
Quand un pays, une société, une famille, en raison de ses lois, de ses interdits, de ses croyances religieuses ou pas, interdisent d’être soi-même, condamnent votre orientation sexuelle (ou votre identité de genre) alors, pour vivre, seul l’exil apparaît comme Libération. C’est ainsi que Maryam, Abdo et Jacques ont quitté leurs pays pour rejoindre la France afin d’être libres, d’être eux-mêmes, libres de vivre pleinement leur orientation sexuelle et de pouvoir l’exprimer, libres de pouvoir choisir leur spiritualité ou religion (voire d’en changer) et de pouvoir l’exprimer.
Au fil de cet après-midi défileront ainsi des parcours de vie jalonnés de moments de libérations confiés aux autres dans une atmosphère bienveillante. Moments précieux, heureux ou malheureux, différents, essentiels qui ont construits, qui construisent ou construiront.
Mais déjà les lumières de la ville en bas de la tour s’allument une à une ; il est temps de rentrer dans nos chaumières avec dans un petit recoin de notre cerveau les bribes d’un récit ou d’un autre qui nous aura touchés, émus ou éclairés.

Téo

Être gay aux USA (une expérience personnelle) (Yves)

Après avoir vu « The Matthew Shepard Story » (Au nom de la haine) je m’attendais à tout en arrivant à Glencoe, ensemble de belles résidences perdues dans les bois, de la banlieue de Chicago. Mais le film raconte l’histoire d’un passage à tabac mortel en 1998 et dans le Wyoming (un des états du Midwest les plus arriérés). Vingt ans plus tard et dans le nord-est des USA je pouvais m’attendre à mieux, beaucoup mieux !
Nous sommes 12 nantais-es, dont le curé de ma paroisse, arrivés deux jours plus tôt dans la communauté épiscopale de Ste Elisabeth et nous assistons à un topo sur l’importance de la religion aux USA. D’entrée de jeu, Mark l’américain se présente :
« I’m gay and my husband is Jewish » (Je suis gay et mon mari est juif)
« Je suis gay et voici mon fiancé » (‘fiancé’ en français dans le texte)
« Et qui s’occupe des moutons ? Mon mari ! »
Mark est prof de science politique à l’université et chante à l’Église épiscopale (la version américaine de l’Eglise anglicane qui ne diffère que très peu du catholicisme à part la rupture avec Rome).
Dillan est séminariste et joue du piano et de l’orgue dans cette même communauté. Il achève ses études et devrait bénéficier du titre de pasteur épiscopalien l’an prochain.
Scott est pasteur dans une autre Eglise épiscopale que nous avons visité.
Et Daphne, qui a un délicieux mari, est pasteure de cette communauté très gay friendly.
J’avais d’ailleurs remarqué (sur Internet) qu’il y avait un drapeau arc-en-ciel flottant près du porche de l’église (remplacé par le drapeau tricolore pour notre arrivée). Mais en voyant le panneau « love wins » (l’amour gagne) le doute n’était plus possible : j’étais dans une paroisse inclusive.
D’ailleurs, Bernard me montre rapidement un autre panneau aussi explicite avec même un encart sur le « gender » avec ce sous-titre merveilleux : « The best thing about being a girl is now I don’t have to pretend to be a boy » (Ce que je préfère dans le fait d’être une fille c’est que maintenant je n’ai plus besoin de faire semblant d’être un garçon). On croit rêver !
Du coup, lors d’une rencontre à 12 (les 12 participants de ce voyage paroissial outre-Atlantique) et en présence de notre curé, de Daphne et de son mari, alors que nous parlions de nos impressions de la journée, j’ai lâché le morceau : « Vous savez tous que je suis homo et que je suis heureux d’être dans une paroisse où je suis apprécié pour ce que je fais et ce que je suis. Mais vous savez aussi que j’en parle très peu. Pudeur ou timidité – ou simplement parce qu’en France, on ne parle pas de ces choses-là, surtout au sein d’une paroisse. Alors il faut que je vous dise combien le coming-out spontané et devant nous tous, de trois de nos amis américains m’a ému et réchauffé le cœur. Je remercie Dapĥne d’être aussi accueillante à la diversité et bien sûr je vous remercie tous de me soutenir et de me garder votre amitié ».
Bon, je n’ai pas eu de grandes démonstrations d’affection, ni de confidence ce soir-là, ni plus tard d’ailleurs (ça ne se fait pas chez nous !). Seule Daphne est venue me serrer dans ses bras pour me dire combien elle était heureuse pour moi.
« I have a dream » je fais un rêve qu’un jour il sera aussi simple et banal de dire « Je suis gay », « Je suis lesbienne », « Je suis trans » que cette semaine où j’ai vu Mark, Dillon et Scott, bien dans leurs baskets, nous parler de leur identité sexuelle sans détour et sans gêne.

Yves

Rencontre avec l’imam Ludovic-Mohamed Zahed (Camille et Abdo)

C’est par un sentiment d’enthousiasme que commence ce weekend… Pendant quelques mois, nous avons pu prendre connaissance du travail et de la philosophie de l’imam et docteur en psychologie et anthropologie, Ludovic-Mohamed Zahed.
Enthousiasme donc, à l’idée de rencontrer un homme engagé qui défend un Islam progressiste et inclusif. Ludovic-Mohamed ZAHED voit en effet dans la présence des personnes LGBT+ au sein des mosquées un véritable enjeu, une chance, une possibilité d’ouverture et de progression. Car il n’y a pas d’Islam dans l’absolu, figé et immuable, témoigne-t-il. Il y a l’Islam tel qu’on le vit, tel qu’on le pratique et avec ce que chacun-e y apporte.
En ce samedi où la France se pare de jaune, nous sommes pluriel-le-s dans la salle de la Manu de Nantes. Adhérents de David & Jonathan (de Nantes et d’ailleurs dans l’Ouest), membres d’autres associations fédérées par Nosig (CLGBT de Nantes), ou invités à titre plus personnel. Notre rapport et notre intérêt pour la religion en général et l’Islam en particulier sont très variés. C’est notre désir d’apprendre, de comprendre, de nous ouvrir et d’évoluer dans nos conceptions qui nous rassemblent.
Avec beaucoup de simplicité et de naturel, de sérénité aussi, Ludivic-Mohamed dispense une parole précieuse. Témoignage d’une trajectoire toute singulière, récit d’une existence intense où les luttes se succèdent sans que le découragement ne triomphe jamais. C’est parce qu’il est aussi exigent dans sa quête de spiritualité que dans l’étude des sciences humaines que la parole de Ludovic-Mohamed ZAHED est si riche, éclairée, et nous invite à nous questionner.
Son engagement au sein de la société (fondation du collectif citoyen HM2F, Direction de CALEM…) témoigne de cette force d’agir et de répondre aux problématiques d’une époque et d’une multiplicité d’identités avec lesquelles il faut vivre. Car c’est possible ! Et c’est bien le message que nous entendons tou-te-s.
A l’issue de la présentation, les questions sont nombreuses et portent aussi bien sur les réalités géopolitiques qui agitent le monde que sur les combats et les déchirements intérieurs qui font le quotidien de certain-e-s…
Dans l’écoute et avec bienveillance, Ludovic-Mohamed Zahed suggère l’ouverture à l’autre mais aussi à soi-même, et nous rappelle avec justesse que, plus que des réponses clés en main, ce qu’on peut apporter à nos questions comme à celles d’un proche, ce sont des pistes de travail et de réflexion pour que chacun-e puisse avancer et vivre pleinement et réconcilié-e.

Camille

Pour écouter la présentation de Ludovic voir le lien suivant :
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/ludovic-zahed-conference/s-YlJ5E

Pour écouter le débat après la présentation voir le lien suivant:
https://soundcloud.com/amadeo-legrand/debat-avec-ludovic-zahed/s-5wVtw

Le site de l’institut Calem créé par Ludovic-Mohamed :
http://www.calem.eu/francais2/

Richesses plurielles (Madeleine)

Toute réunion Spiritualits plurielle est comme une auberge espagnole. On y trouve ce qu’on y apporte. La loi du genre étant de partager le meilleur, soit un élément, un événement positif (lecture, parole, musique, rencontre…) découvert ou vécu récemment.
L’exercice est parfois acrobatique. Pas évident de sonder en nos vies parfois monotones ou exagérément bousculées, et d’y trouver la petite perle… et pourtant, pour peu qu’on cherche… il y a forcément quelque chose ou quelqu’un qui, même brièvement, a interpellé, ému, réconforté.
Alors, dans le pot commun, la récolte de cet après-midi, il y a eu d’abord cette formidable bonne nouvelle : le prix Nobel de la paix – ô combien mérité – attribué à ces deux personnes incarnant, en contrepoids de la barbarie, toute la dignité humaine : cette femme de nouveau debout malgré les tortures, et ce médecin qui aura passé toute sa vie à réparer sur les corps féminins, la violence des hommes.
Il y a eu aussi cette évocation d’un philosophe connu, ayant fait le pari de la transparence, au risque d’abîmer sa belle image, en révélant sa peu glorieuse addiction, et en même temps, son chemin vers la dédramatisation et l’acquisition d’une autre forme de sagesse (savoir rire de soi…)
Il y a eu la silhouette de ce petit homme en tweed vert toujours là au bon moment sur la route dun immigré égaré.
Et dans la foulée, ce partage de poésies et de jardins fleuris.
Et sur une plage de CD, cette chanson pour apaiser les tourments d’une insomnie.
Et en live s’il vous plaît, cette belle improvisation vocale, a capella.
Et encore, pardonnez si j’en oublie, cette petite coquille symbolisant le chemin de St Jacques, cette représentation d’un corps souffrant, rappelant l’époque où tombaient par milliers les malades, mais aussi la solidarité qui s’en était suivie.
Et pour finir, tout simplement le souvenir d’un moment de bien-être au soleil de l’été, l’apaisement avec le gazouillis des oiseaux…. La magie de l’eau, son importance dans nos vies et la nécessaire conscience écologique.
Chaque prise de parole, entre deux résonances de gong, s’est faite à chaque fois dans l’écoute et le non-jugement (nous ne sommes pas dans le débat), que l’on choisisse d’ailleurs de partager ou non, de communiquer ou rester en silence.
Et c’est bien là, entre autres, ce qui fait l’une des valeurs de DJ (et doit le rester) cet accueil et ce respect de toutes les individualités, quand singularité et diversité fondent la richesse et la vie du groupe.

Madeleine

Week-end Spiritualités Plurielles 2018 dans le Forez (Hélène et Marie-Hélène)

Long fut ce voyage mais vraie fut notre joie de vivre cette rencontre en  « haut et beau lieu » !
A peine le temps de découvrir St Etienne ville du Desing et nous voilà en route pour le Forez cet imposant massif (posé entre l’Auvergne et la Loire) sous la conduite d’Emmanuel déjiste du tout jeune groupe de Montbrison. Trois-quart d’heure et plein de virages plus tard, arrivée dans ce curieux gîte décoré à une fenêtre d’un drap aux couleurs arc en ciel (mais si mais si) histoire qu’on ne se perde pas et composé à l’intérieur de multiples espaces, petits, grands et tous chaleureux .
Plaisir de revoir nos ami-e-s déjistes de Paris, de Lyon, de Vendée, de Rennes, de Strasbourg, d’ailleurs… et même de Belgique ! Émerveillement de goûter à ce paysage de douces montagnes, de prairies, de forets le tout baigné dans la lumière et l’agréable chaleur .
Plaisir de se retrouver (à 28) pour le repas en dégustant l’excellente soupe de légumes préparée avec amour par Pascal notre chef-artiste-cuisinier si talentueux et soucieux de nos papilles et de nos santés !
Durant ces deux jours des ateliers très divers proposés par les participants nous ont permis d’échanger en profondeur et de nous ressourcer corps et esprits dans un climat de confiance, d’écoute, d’ouverture, de respect, de bonne humeur !
Petit florilège des ateliers : relaxation, massages des mains, balade en montagne, spiritualité et écologie, soustraire plutôt que ajouter dans notre démarche spirituelle, chanter un très ancien « Kyrie » puis l‘hymne Européen , écouter en silence et conscience des sons de différentes traditions, vivre un temps de « Pleine Présence », préparer le repas du soir…
La veillée nous a offert d’entendre les voix harmonieuses de Martine et d’Oscar interprétant Mozart, celle de Geneviève dans une chanson pleine d’humour, comme un clin d’œil aux marcheurs de l’après midi…quelques beaux textes lus par François, Xavier… Puis une musique très paisible suivie d’un moment de silence nous ont reliés intérieurement les uns aux autres.
N’hésitez pas, venez l’an prochain découvrir une heureuse aventure, je vous assure c’est bon pour tout !!!

Hélène et Marie-Hélène

« S’aimer » (texte de Stéphane Laporte) choisi par Gaëtan

Voici le texte du chroniquer et humoriste québécois  Stéphane Laporte partagé par Gaëtan lors de la rencontre spiritualités plurielles du 10 mai 2018 :

S’aimer

Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.
Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.
Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.
S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.
S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.
S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »
S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.
Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre coeur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.
On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.
Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.
Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.
Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.
On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.
Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

Stéphane Laporte

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201606/18/01-4993283-saimer.php

Retraite de déjistes à Joigny (mars 2018)

Maryam et Philippe du groupe de Nantes ont participé à une retraite d’organisée par D&J et DUEC (Devenir Un En Christ) chez les religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Joigny..
Voici le récit de cette retraite spirituelle rédigé en commun :

Des retraitant.e.s de « David et Jonathan »
au Centre spirituel Sophie Barat à Joigny…
… Ils et elles ont des gueules de ressuscité.e.s

« Nous étions neuf – lesbiennes, gays et hétéro – de D&J et de DUEC, en couple ou seul.e, jeunes et moins jeunes, d’Ile de France et de Nantes à nous retrouver pour 5 jours d’initiation aux exercices spirituels spécifiques à la spiritualité ignacienne autour du « discernement ».
La dimension LGBT de David et Jonathan a été clairement affichée et accueillie dans la bienveillance, et avec un absolu respect par les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus qui animent le Centre Sophie Barat.
Ce centre spirituel qui a accueilli notre petit groupe de DJistes est une maison de famille, la maison de naissance de Sainte Madeleine-Sophie BARAT (1779-1865), fondatrice de la Communauté des Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus.
Tout dans cette maison ancienne et ses jardins nous invite à la paix. Tout est fait pour que nous nous sentions chez nous dans cette demeure.
Les espaces de recueillement – oratoires, chapelle, jardins – ou de partage – salons, salles de réunion, salles à manger – nous ont été ouverts en permanence. Il a été très facile de trouver ses marques, de s’approprier ce lieu magnifique. Sans oublier les bons repas, simples et délicieux – comme les bons vins – qui participent également de la qualité de notre aventure spirituelle au centre Sophie Barat.
Ce fut un parcours dans le silence (avec parfois des loupés de « silence ») mais aussi d’échanges chargés d’émotions et de nos vies plus ou moins cabossées ; des émotions exprimées ou tues ou exprimées discrètement.
Ce furent aussi des moments collectifs d’enseignement nous préparant à la macération et au ruminement des textes bibliques lus et du cadre donné. Ces temps d’enseignement à la pratique de la prière ignacienne ont été menés conjointement par Sœur Rachel, religieuse du Sacré Cœur de Jésus, et Sœur Michèle, religieuse du Cénacle. Elles ont été des accompagnantes remarquables, et pleines d’humour. Elles ont su adapter en permanence leur enseignement à la dynamique de notre groupe. C’est ainsi que dès le premier jour elles nous ont proposé, le soir, un temps de partage en groupe, inhabituel lors de ces retraites mais tellement chers à notre tradition DJiste. Elles étaient AVEC nous, en parfaite communion avec notre groupe, en amitié.
Ces temps d’initiation en groupe ont été concis, ils allaient droit à l’essentiel afin de nous laisser le plus de temps possible à la lecture et à la prière personnelles. L’enseignement était avant tout une pratique en immersion. Les illustrations didactiques étaient choisies dans l’environnement immédiat telles que les vignes des coteaux de Joigny, et également dans la modernité avec, par exemple, la projection de clips vidéos extraits de pubs. Cela nous a aidé.e.s à inscrire cette pratique ignacienne dans notre réalité.
Les personnes qui le souhaitaient assistaient aux laudes et aux messes de la communauté. Notre groupe a partagé des moments de prières collectives à l’oratoire « la bourguignonne » (une ancienne écurie où le tabernacle est placé dans un four à pain !), prières silencieuses, chants partagés, moment intense où le baptême est revisité avec l’eau et l’écoute des grâces reçues. Chacune et chacun a fait son chemin pour entendre qu’il ou qu’elle est aimée de Dieu et que Dieu parle, non pas dans la tempête et dans le bruit, mais dans la brise légère. Brise légère ressentie quand nous avons gravi le chemin à la rencontre de la vigne, symbole de la vie en terre aride ; ses sarments chevillés au cep, symbole de notre lien au Seigneur, notre vigneron ; des vrilles qui accrochent la vigne aux tuteurs placés par le vigneron.
Chaque jour aussi, il était possible de ménager des moments pour profiter de la campagne environnante : balades à pied dans les vignes, balades à vélo le long de l’Yonne, footing dans les coteaux et les sous-bois, seul en silence ou à 2 ou 3 en échangeant…Des moments pour se remplir les poumons, s’émerveiller, faire du bien à son corps et le rendre ainsi plus disponible à l’écoute de Sa parole.
Nous avons enfin bénéficié quotidiennement de moments d’accompagnement individuel où, à partir de sa vie personnelle, on découvrait que Dieu nous aime et nous attend dans nos vies, là où nous sommes. La qualité d’écoute de Soeur Rachel et de Soeur Michèle, et leur accueil de nos peines, de nos doutes, de nos difficultés, mais bien sûr aussi de nos joies, de nos espoirs, de nos avancées spirituelles, a été exceptionnel.
Ces cinq jours nous ont aidé à discerner où nous en étions dans notre vie, dans notre foi, dans notre histoire. Nos bras étaient sans doute plus ou moins cassés, ce qui ne nous empêchait pas d’avoir des « gueules de ressuscité »!
Un moment unique pour faire le point et repartir avec son PPP, Petit Programme Personnel pour reprendre la route du quotidien, un quotidien éclairé par les lumières de ces jours et de ces nuits de discernement.
A l’issue de la retraite, Soeur Rachel et Soeur Michèle, convaincues et touchées par notre expérience collective, proposent que cette retraite de 5 jours d’initiation aux exercices spirituels à destination des personnes LGBT, de leurs proches et de leurs ami.e.s soit reconduite annuellement. »