Archives de catégorie : Spiritualités plurielles

« S’aimer » (texte de Stéphane Laporte) choisi par Gaëtan

Voici le texte du chroniquer et humoriste québécois  Stéphane Laporte partagé par Gaëtan lors de la rencontre spiritualités plurielles du 10 mai 2018 :

S’aimer

Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.
Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.
Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.
S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.
S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.
S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »
S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.
Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre coeur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.
On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.
Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.
Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.
Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.
On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.
Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

Stéphane Laporte

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/stephane-laporte/201606/18/01-4993283-saimer.php

Retraite de déjistes à Joigny (mars 2018)

Maryam et Philippe du groupe de Nantes ont participé à une retraite d’organisée par D&J et DUEC (Devenir Un En Christ) chez les religieuses du Sacré-Coeur de Jésus à Joigny..
Voici le récit de cette retraite spirituelle rédigé en commun :

Des retraitant.e.s de « David et Jonathan »
au Centre spirituel Sophie Barat à Joigny…
… Ils et elles ont des gueules de ressuscité.e.s

« Nous étions neuf – lesbiennes, gays et hétéro – de D&J et de DUEC, en couple ou seul.e, jeunes et moins jeunes, d’Ile de France et de Nantes à nous retrouver pour 5 jours d’initiation aux exercices spirituels spécifiques à la spiritualité ignacienne autour du « discernement ».
La dimension LGBT de David et Jonathan a été clairement affichée et accueillie dans la bienveillance, et avec un absolu respect par les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus qui animent le Centre Sophie Barat.
Ce centre spirituel qui a accueilli notre petit groupe de DJistes est une maison de famille, la maison de naissance de Sainte Madeleine-Sophie BARAT (1779-1865), fondatrice de la Communauté des Religieuses du Sacré-Coeur de Jésus.
Tout dans cette maison ancienne et ses jardins nous invite à la paix. Tout est fait pour que nous nous sentions chez nous dans cette demeure.
Les espaces de recueillement – oratoires, chapelle, jardins – ou de partage – salons, salles de réunion, salles à manger – nous ont été ouverts en permanence. Il a été très facile de trouver ses marques, de s’approprier ce lieu magnifique. Sans oublier les bons repas, simples et délicieux – comme les bons vins – qui participent également de la qualité de notre aventure spirituelle au centre Sophie Barat.
Ce fut un parcours dans le silence (avec parfois des loupés de « silence ») mais aussi d’échanges chargés d’émotions et de nos vies plus ou moins cabossées ; des émotions exprimées ou tues ou exprimées discrètement.
Ce furent aussi des moments collectifs d’enseignement nous préparant à la macération et au ruminement des textes bibliques lus et du cadre donné. Ces temps d’enseignement à la pratique de la prière ignacienne ont été menés conjointement par Sœur Rachel, religieuse du Sacré Cœur de Jésus, et Sœur Michèle, religieuse du Cénacle. Elles ont été des accompagnantes remarquables, et pleines d’humour. Elles ont su adapter en permanence leur enseignement à la dynamique de notre groupe. C’est ainsi que dès le premier jour elles nous ont proposé, le soir, un temps de partage en groupe, inhabituel lors de ces retraites mais tellement chers à notre tradition DJiste. Elles étaient AVEC nous, en parfaite communion avec notre groupe, en amitié.
Ces temps d’initiation en groupe ont été concis, ils allaient droit à l’essentiel afin de nous laisser le plus de temps possible à la lecture et à la prière personnelles. L’enseignement était avant tout une pratique en immersion. Les illustrations didactiques étaient choisies dans l’environnement immédiat telles que les vignes des coteaux de Joigny, et également dans la modernité avec, par exemple, la projection de clips vidéos extraits de pubs. Cela nous a aidé.e.s à inscrire cette pratique ignacienne dans notre réalité.
Les personnes qui le souhaitaient assistaient aux laudes et aux messes de la communauté. Notre groupe a partagé des moments de prières collectives à l’oratoire « la bourguignonne » (une ancienne écurie où le tabernacle est placé dans un four à pain !), prières silencieuses, chants partagés, moment intense où le baptême est revisité avec l’eau et l’écoute des grâces reçues. Chacune et chacun a fait son chemin pour entendre qu’il ou qu’elle est aimée de Dieu et que Dieu parle, non pas dans la tempête et dans le bruit, mais dans la brise légère. Brise légère ressentie quand nous avons gravi le chemin à la rencontre de la vigne, symbole de la vie en terre aride ; ses sarments chevillés au cep, symbole de notre lien au Seigneur, notre vigneron ; des vrilles qui accrochent la vigne aux tuteurs placés par le vigneron.
Chaque jour aussi, il était possible de ménager des moments pour profiter de la campagne environnante : balades à pied dans les vignes, balades à vélo le long de l’Yonne, footing dans les coteaux et les sous-bois, seul en silence ou à 2 ou 3 en échangeant…Des moments pour se remplir les poumons, s’émerveiller, faire du bien à son corps et le rendre ainsi plus disponible à l’écoute de Sa parole.
Nous avons enfin bénéficié quotidiennement de moments d’accompagnement individuel où, à partir de sa vie personnelle, on découvrait que Dieu nous aime et nous attend dans nos vies, là où nous sommes. La qualité d’écoute de Soeur Rachel et de Soeur Michèle, et leur accueil de nos peines, de nos doutes, de nos difficultés, mais bien sûr aussi de nos joies, de nos espoirs, de nos avancées spirituelles, a été exceptionnel.
Ces cinq jours nous ont aidé à discerner où nous en étions dans notre vie, dans notre foi, dans notre histoire. Nos bras étaient sans doute plus ou moins cassés, ce qui ne nous empêchait pas d’avoir des « gueules de ressuscité »!
Un moment unique pour faire le point et repartir avec son PPP, Petit Programme Personnel pour reprendre la route du quotidien, un quotidien éclairé par les lumières de ces jours et de ces nuits de discernement.
A l’issue de la retraite, Soeur Rachel et Soeur Michèle, convaincues et touchées par notre expérience collective, proposent que cette retraite de 5 jours d’initiation aux exercices spirituels à destination des personnes LGBT, de leurs proches et de leurs ami.e.s soit reconduite annuellement. »

Spiritualité mélanésienne (Yves)

Tout homme est tiraillé entre deux besoins,
Le besoin de la pirogue,
C’est-à-dire du voyage,
De l’arrachement à soi-même,
Et le besoin de l’arbre,
C’est-à-dire de l’enracinement,
De l’identité.
Et les hommes errent constamment
Entre ces deux besoins,
En cédant tantôt à l’un,
Tantôt à l’autre.
Jusqu’au jour où ils comprennent
Que c’est avec l’arbre
Qu’on fabrique la pirogue.

Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu

Yves

Un beau chant d’espérance (par Yves)

Depuis la fin du 18ème siècle, dans une église de Baltimore (Maryland, USA), on peut lire le texte suivant. Le nom de Dieu n’apparaît pas dans ces lignes anonymes, dépourvues de signature. Elles donnent, pourtant une belle image de ce que peut-être, aujourd’hui comme hier, une vie d’homme ou de femme dans ce monde plein de tumultes.

Extrait du livre Comme un chant d’espérance (2014) de Jean d’Ormesson (chapitre XLI)

« Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte et souvenez-vous de la paix qui peut exister dans le silence.
Sans aliénation, vivez autant que possible en bons termes avec toutes personnes.
Dites doucement et clairement votre vérité.
Ecoutez les autres, même les simples d’esprit et les ignorants : ils ont eux aussi leur histoire.
Eviter les individus bruyants et agressifs : ils sont une vexation pour l’esprit.
Ne vous comparez avec personne : il y a toujours plus grands que vous.
Jouissez de vos projets aussi bien que de vos accomplissements.
Ne soyez pas aveugle en ce qui concerne la vertu qui existe.
Soyez vous-même.
Surtout n’affectez pas l’amitié.
Non plus ne soyez cynique en amour car il est, en face de tout désenchantement, aussi éternel que l’herbe.
Prenez avec bonté le conseil des années en renonçant avec grâce à votre jeunesse.
Fortifiez-vous une puissance d’esprit pour vous protéger en cas de malheur soudain.
Mais ne vous chagrinez pas avec vos chimères.
De nombreuses peurs naissent de la fatigue et de la solitude.
Au-delà d’une discipline saine, soyez doux avec vous-même.
Vous êtes un enfant de l’univers. Pas moins que les arbres et les étoiles.
Vous avez le droit d’être ici.
Et, qu’il vous soit clair ou non, l’univers se déroule sans doute comme il le devait.
Quels que soient vos travaux et vos rêves, gardez, dans le désarroi bruyant de la vie, la paix de votre cœur.
Avec toutes ses perfidies et ses rêves brisés, le monde est pourtant beau. »

Oui, voilà un beau chant d’espérance que je vous offre en ce début de Carême 2018. Vivre ainsi donne à espérer en des jours et en un monde meilleurs.

Yves

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » – L’atelier de Céline Béraud « L’accès aux femmes à l’autorité religieuse » -(par Sophie)

L’atelier de Céline BERAUD
« L’accès aux femmes à l’autorité religieuse »

   Après un bref retour en arrière sur les deux vagues de féminisme du siècle dernier, Céline Béraud a repris l’histoires des premières femmes en responsabilité et en autorité dans les différentes Eglises.
L’Eglise protestante : les femmes pasteures, les pionnières, souvent au début les épouses et filles de pasteurs. Le « savoir sacré », « celui qui détient le savoir », est peu à peu donné mais avec une sélectivité au début (célibat imposé) et, actuellement, dans les temples où co-célèbrent pasteurs femme et homme, c’est le pasteur qui prêche !
Il y a quelques femmes rabbins chez les plus libéraux (judaïsme pluriel et protestantisme pluriel, surtout aux Etats-Unis) mais pas en France.
L’Eglise anglicane : après une rupture en 1990, elle accorde la prêtrise aux femmes, même si tous ne furent pas d’accord. Trente femmes furent ordonnées. Ces ordinations furent précédées par le diaconat féminin.
Le Catholicisme ne connait pas ces évolutions, pourtant, beaucoup de femmes ont exprimé leur désir d’ordination. Dans l’Eglise catholique, rien n’est linéaire. Ce sont des allers-retours sans cesse. On sépare toujours les sexes à l’Eglise. Les filles sont servantes d’assemblée et les garçons servants d’autel. Là où certaines paroisses acceptaient les filles comme « enfant de chœur à l’autel », une fois formées, à la puberté, on leur demande de partir.

Petits rappels historiques de ces avancées et reculades de l’Église catholique :
1970 : Une demande d’avant-garde fut celle du groupe « Hommes et femmes en l’Eglise » qui a porté la cause de l’ordination des femmes jusqu’à Rome via une commission.
1977 : Rome s’oppose contre tout changement en la matière.
Jean-Paul II met une opposition nette et non négociable à cause de la tradition (le Christ a choisi des apôtres hommes).
François, moins misogyne que Benoit XVI, réagit à l’identique.

Aujourd’hui, les revendications sont peu portées en France car « c’est perdu d’avance ». Les chrétiens s’orientent alors plutôt vers le diaconat féminin et les ordinations d’hommes mariés.
Qu’en est-il ailleurs ?
Au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas, il y a, à ce sujet, plus de mobilisations et de querelles.

Céline Béraud parle ensuite de la place des femmes d’aujourd’hui. Les femmes sont nombreuses dans l’Eglise catholique  : 1 homme pour 9 femmes. Elles y travaillent : aumoniers dans les prisons, les hôpitaux, l’armée, la liturgie des funérailles, etc.). Souvent elles sont proches collaboratrices des Evêques dont elles reçoivent une mission (relai des religieuses). Les aumoniers de prison de femmes, grâce à l’entre-soi entre femmes, arrivent à beaucoup de belles choses. Comme par le passé dans les « Terres de mission sans prêtres », en prison, loin du regard des prêtres, elles peuvent investir des formes de rituel riche de plein de possibilités. Aussi près des patients en fin de vie, parfois à la frontière de la délivrance du pardon.
Les deux mondes, catholiques et musulmans, où la tradition est le plus bloquée et figée, n’empêchent pas les femmes convaincues qui ne s’encombrent ni des Tradis, ni des progressistes, qui ne se « nomment pas » mais agissent.
Pour l’Eglise catholique, la tradition est de « coller aux origines », blocage extrême (Hervé Legrand et Joseph Moingt ont ouvertement critiqué Jean Paul II. Ils ont reçu des insultes).
Le Diaconat serait « lot de consolation » selon certaines féministes ou « le cheval de Troie » qui amorcerait la prêtrise selon certains prêtres.
Céline Béraud insiste sur le fait que reconnaître les femmes, ce serait faire avancer le GENRE : quand on réaffirme la différence des sexes, on est dans la réidentification du genre. Ce ne sera pas si simple car c’est lié. La prêtrise aux femmes, qu’on le veuille ou non, est liée au genre ! Les plus fondamentalistes trouveront toujours des textes où les femmes n’ont pas accès ! N’oublions pas que les inventions religieuses l’ont été après les textes ! Le patriarcat est difficile à secouer et pas que dans le domaine religieux ! (Tout est sexiste, dans les entreprises, l’université, etc.).
Les raisons de ce blocage ?
La peur, la peur de l’égalité. Certaines femmes contribuent au sexisme par peur.
Le pouvoir religieux sert à redire la différence et la hiérarchie. Subsiste aussi une pensée MASCULINISTE : « les droits des femmes se font au détriment du droit des hommes ». Et bien sûr, toujours la peur de la femme, la « tentatrice » ! Le clergé a vraiment une misogynie cléricale ! L’Eglise catholique n’est d’ailleurs pas à l’aise avec ce thème choisi pour le colloque, aucun prêtre catholique n’intervient ! L’eucharistie, unique forme de pouvoir et d’autorité, la « dimension sacrale » fera toujours passer les femmes au second plan !
Restons patients, les choses se font mais en vase clos (exemple : aux Pays-Bas, certaines femmes aumoniers baptisent). (Note : ce sont elles qui n’aiment pas la féminisation « aumonières »)
Véronique Margron fut la première doyenne de France à la Catho d’Angers (elle joue un peu une « neutralisation du genre » car n’est pas très féminine).
Il existe un « Optimisme vers le bas » ; quand il n’y aura plus de prêtres, en l’avenir, les femmes seront toujours là et feront valoir leur légitimité !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Sophie)

   Thérèse et moi, bien qu’adhérentes à DJ Nantes depuis 18 ans et le restant fidèlement, nous ne participons désormais qu’à certaines rencontres particulières.
Merci beaucoup à Annette de nous avoir proposé ce colloque ! J’y suis partie seule tout en étant accompagnée de Madeleine, ses livres et sa sagesse.
(Nous regrettons amèrement le « DJ actu » et le « Petit lu » papier ! C’est ainsi. Des articles nous sont transmis par les uns et les unes. Merci. La vie de groupe est souvent sabotée depuis l’apparition de l’informatique (que nous refusons). Nous choisissons les rencontres à 2 ou 3, avec ces relations personnalisées qui vont à l’essentiel.)

Vous parlez du colloque ?  Bien sûr.
Pour être authentique, je dois dire que je fus plus attirée par le thème « Dieu est-il sexiste ? » (Sous-entendu « nos Eglises sont-elles sexistes ? ») que par l’inter-religieux en lui-même. J’ai déjà bien du mal avec mon Eglise catholique elle seule (surtout depuis les Manifs pour tous) pour ne pas me risquer à entrer dans les complications d’autres confessions. Fermeture ? Prudence surtout.
L’existence d’autres chrétiens que les catholiques, je l’ai découverte étant ado. Ma tante grecque orthodoxe s’apitoyant sans cesse, et les parents de mon amie de cœur, pentecôtistes intégristes, traitant leur fille de « diabolique » parce qu’elle fumait ! Mauvais départ pour l’œcuménisme ! Quant à l’inter-religieux, c’était flou, n’ayant aucune connaissance juive ou musulmane. Seule certitude : les fanatiques de tous bords sont anti-évangéliques !
Ma foi passionnée m’a ouverte et permise de découvrir des auteurs d’autres réflexions chrétiennes dont ces deux chrétiens hors du commun : Jean-Yves Leloup (orthodoxe) et Lytta Basset (protestante).
Je me sens de plus en plus étrangère en terre catholique, allais-je me sentir chez moi en inter-religieux ? J’avoue que oui. Je suis rentrée rassurée et apaisée. Si 250 personnes sont capables d’un « Dieu ouvert », d’autres le sont.
Je fus subjuguée de rencontrer des jeunes épatants, aux idées dilatées et accueillantes. Tous membres de l’association COEXISTER, Multi-« convictionnelle » plutôt que multi-confessionnelle. Par eux, je me suis laissée déplacer.

Petite présentation de l’association Coexister

« Notre mouvement Coexister, le mouvement inter-convictionnel des jeunes, est une association loi 1901 et une entreprise sociale, qui, par le biais du dialogue, de la solidarité, de la sensibilisation, de la formation et de la vie commune promeut la coexistence active au service du vivre-ensemble. Notre intuition, que nous appelons la Coexistence Active, refuse d’un même mouvement à la fois le prosélytisme et le syncrétisme : le choc des civilisations et le relativisme sont deux maux qui ne permettent pas un véritable vivre-ensemble dans un climat serein. Notre devise « Diversité de convictions, Unité dans l’action » nous invite à construire l’unité autour de ce que nous faisons en préservant la riche diversité de ce en quoi nous croyons. »

Le thème du sexisme est proche de l’homophobie. « Un être féminin est d’abord un être avant d’être une femme » … sauf pour Rome. Je reprends cette phrase à notre compte : « Un être homosexuel est d’abord un être avant d’être un(e) homosexuel(le) ». Cela semble logique, sauf pour Rome.
Multiples ateliers étaient proposés. Pourquoi ai-je choisi celui de Céline Beraud ? (Sociologue spécialiste des questions du genre dans le catholicisme) sur le thème : « L’accès des femmes à l’autorité religieuse ». Pour plusieurs raisons :
J’ai lu son livre « Métamorphose catholique » – (acteurs, enjeux et mobilisation depuis le mariage pour tous) qui m’a beaucoup éclairé.
J’ai eu l’occasion un jour, dans notre association « Réflexion et Partage », avec Denis, (DJiste rennais et protestant) de préparer et d’animer la célébration de prière avec laquelle nous terminions notre journée nationale. En fin de célébration, nous avons béni, ensemble, l’assemblée. Un homme et une femme, tous deux du Christ, imposaient les mains et prononçaient les paroles de bénédiction. C’était très fort ! A quand les femmes diacres ?
Une de mes amies qui est religieuse catholique à Bruxelles, fait des homélies extraordinaires mais dans une communauté protestante ! Cherchez l’erreur !
Quant à moi, lors de mes dernières messes, j’emportais le « prions en Eglise » pour y lire, je l’avoue, à la place de l’homélie lourde et sans espérance, toutes les homélies écrites par des femmes, ermites, théologiennes, biblistes, religieuses, d’une profondeur, remplies de bon sens et libératrices ! Il m’est insupportable qu’elles ne soient pas face à l’assemblée !

Sophie

Colloque inter-religieux à St Jacut-de-la-mer (26-28 janvier 2018) sur le thème : « Dieu est-il sexiste ? » (article de Madeleine)

   Un colloque au titre provocateur qui renvoie indirectement, on l’aura compris, à la misogynie des institutions…
Comme on sait et comme le rappelle Laurent Grzybowski (journaliste à La Vie et animateur du colloque) « féminisme et religion n’ont jamais fait bon ménage et l’idée d’une responsabilité particulière des religions dans le « malheur des femmes » est très répandue dans l’opinion publique. Hiérarchie entre les sexes, méfiance envers les femmes, interdits multiples, pratiques discriminatoires, absence de lieux de pouvoir au sein des institutions sont autant d’éléments qui semblent confirmer cette vision critique »
D’où les questions qui s’imposent :
Les religions représentent-elles un obstacle à l’égalité homme/femme ?
Comment promouvoir une réelle égalité sans tomber dans une interminable guerre des sexes ?
Nos liturgies sont-elles des lieux d’exclusion ou d’inclusion ?
Comment les Ecritures peuvent-elles éclairer le débat actuel?
Les mouvements féministes sont-ils les mieux placés pour faire avancer la cause des femmes ?
La notion de « complémentarité des sexes » est-elle incompatible avec celle de l’égalité ? »
Tels ont été les thèmes abordés, d’abord au cours d’une conférence (Dialogue des pensées et des Ecritures à partir de textes du judaïsme, du christianisme et de l’Islam) puis, en ateliers thématiques :
Femmes et hommes : quelle place dans les Eglises protestantes, catholiques, islamiques (cf. expérience à la mosquée de Nantes : le café au féminin)
L’accès des femmes à l’autorité religieuse
Quels féminismes aujourd’hui ?
Eduquer au respect femmes-hommes
Aller vers l’égalité dans les Eglises et la société. »

   Voilà pour l’essentiel. On l’aura compris, une recension exhaustive des contenus est mission impossible, d’autant que pour les ateliers, il a fallu choisir (deux dans l’après-midi du samedi) C’est pourquoi j’ai choisi de restituer le temps fort du dimanche matin : la table ronde du dernier jour (qui s’est en fait présentée comme une suite d’exposés sans commentaires croisés) et qui posait la question :

« Faut-il faire un travail de réforme dans les Eglises et comment ? »

Question commune aux trois religions représentées par :
Attika Trabelsi pour l’Islam
Yann Boissière pour le judaïsme
Eugénie Bastié et Anne Soupa pour le christianisme.

1Attika Trabelsi (co-présidente de l’association féministe LALLAB)

   On ne peut que faire le constat de l’infériorité féminine dans toutes les religions et ce, pour deux raisons :
le religieux s’est développé dans la tradition misogyne du terreau patriarcal
les textes ont été utilisés (versets sortis de leur contexte) pour justifier la norme sociale de l’inégalité.
En bref, le sexisme n’a ni âge, ni religion, ni frontière.
La misogynie est contraire à un Dieu juste.
Un féminisme existe cependant : des femmes inconnues, méconnues bousculent les stéréotypes.
Le combat est double :
sur le plan inter-communautaire avec une interprétation autonome des textes
sur le plan extra-communautaire pour déconstruire les préjugés, et s’affirmer malgré les identités multiples (arabe, musulmane, française…voilée ou non voilée).
C’est ainsi que s’est créé le groupe LALLAB (contraction de LALLA : femme et LAB. de laboratoire) et qui s’est inspiré du combat des femmes noires américaines (noire et femme, la double peine). Il s’agit donc d’un féminisme dit « intersectionnel », regroupant les identités plurielles et croisées, en lien aussi avec les associations « queer », sans juger ni imposer.

2Yann Boissière (rabbin)

   A l’origine, les textes fondateurs étaient libérateurs. Au jardin d’Eden, il n’y a pas « homme » mais « humanité » non sexuée, que le Créateur va diviser (il s’agit de « côté » et non de « côte ») simultanément en femme sexuée et homme sexué (pas de hiérarchie entraînant un rôle secondaire). Mais par un retour d’élastique, la misogynie sociologique a repris ses droits. On a surdéterminé là encore les textes fondateurs. La femme est perçue comme un danger. Sa puissance vitale qui échappe à l’homme fait peur d’où l’obsession patriarcale du contrôle des corps.
Dans la tradition littérale, la dualité homme/femme pose un énorme problème aux religieux alors qu’il faut tout replacer dans la matrice culturelle (la Torah n’est pas tout, il faut accepter l’apport de la culture profane). Le masculin et le féminin sont deux modalités de l’humanité double. Nous sommes tous bisexués. Nous sommes des êtres de dualité et d’altérité (ce qui nous permet d’échapper à l’enfermement) Ne pas l’accepter reviendrait à marcher sur une seule jambe ! C’est pourquoi la parité s’impose. Il faut aller vers l’égalité des fonctions (femmes rabbins par ex.) et c’est le cas dans le judaïsme libéral (majoritaire dans le monde).

3Eugénie Bastié (journaliste au Figaro, rédactrice en chef de la revue Limite)

   Elle est dans la mouvance conservatrice (cf. Libération  » la jeune garde ultraconservatrice catholique ») mais refuse cependant l’étiquette de « réac ».
Elle rappelle qu’on a fait porter au fait religieux tout le sexisme alors qu’au Moyen-âge, les femmes furent libérées par le christianisme. La parité existait déjà : voir les nombreuses figures de saintes (modèles féminins) et le rôle de certaines religieuses (cf Hildegarde de Bingen).
Selon elle, la révolution doit se faire par un retour aux racines : christianisme et égalité hommes/femmes ont été là dès les origines. La différence des sexes est une asymétrie bonne. L’interchangeabilité ne permet pas les rôles de chacun.
Evidemment il faut reconnaître la crispation de l’Eglise face à la modernité, les femmes étant peu associées aux prises de position et décision, reconnaître aussi le défaut d’une Eglise encline à s’enfermer dans l’ultra-essentialisme (cf. Jean-Paul II parlant du rôle éducatif des mères « sentinelles de l’invisible »).

4Anne Soupa (co-fondatrice du Comité de la jupe)

   Il est inconcevable que la définition de ce qu’est une femme vienne du magistère romain !
Pour l’Église, un être féminin est une femme avant d’être un « être humain », s’opposant en cela à la définition de l’ONU (qui a remplacé le terme générique « homme » par « être humain » pouvant inclure les deux sexes). Jésus n’a d’ailleurs jamais fait mention de « sexe », pas plus qu’il n’a établi de rapport à la « famille ». Famille mise en avant dans le dernier synode qui regroupait 253 hommes et 4 femmes. On est loin de la parité. La moitié de l’humanité na pas voté ! Faiblesse d’une Eglise qui ne peut se réformer, alors qu’elle devrait tourner la page.
A quand la parole des femmes et le relais des laïcs ?
Sexisme, conservatisme, machisme ecclésial, régression encore renforcée par Jean-Paul II avec sa conception d’un homme offert gratuitement au monde tandis que la femme est « au service », au service du masculin par le mariage et la maternité.
On en est au niveau café du commerce !
Monstruosité de la discrimination alors que la Genèse n’a fait que dire : « l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre » exprimant par là une idée de réciprocité. La différence existe, mais si elle a été autant mise en avant, c’est pour justifier l’inégalité, alors que toute différence doit être ordonnée à l’égalité de principe : mes droits, mêmes dignité, mêmes responsabilités. Notre dignité, c’est d’être tous enfants de Dieu. La différence est surtout culturelle, nous avons à nous construire tous dans le « même » et le « différent ». C’est dans cet exercice que nous pouvons sortir de nous et nous ouvrir au monde.
Il est essentiel que les religions mènent à la paix et ce, en commençant par établir l’égalité entre les hommes et les femmes.

En conclusion, comment en sortir ?

Prise de conscience et relecture des textes, reformulation des concepts (cf. Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde »)
Travail de conversion (après tout Paul était à la fois machiste et touché par la grâce), éducation, transmission, en travaillant aussi dans l’inter-religieux.
Partenariat et action commune en société et dans l’Église (L’Église, c’est nous tous) dans des valeurs à prendre ensemble : l’égalité a aussi besoin de liberté et fraternité.

La libération nous concerne tous, celle des unes ne va pas sans celle des autres.

Madeleine
(synthèse des notes réunies de Sophie et Madeleine)

Ma découverte d’Ibn Arabi (Céline)

« Je crois en la religion de l’amour, Où que se dirigent ses caravanes. Car l’amour est ma religion et ma foi. » Ibn Arabi1 (1165-1240).
(Ibn Arabi est également appelé
« le plus grand maître » ou encore « le fils de Platon ».)

Pour ma petite histoire, j’ai découvert Ibn Arabi, à mon arrivée au Maroc, chez des amis soufis, ensuite lorsque j’ai rencontré un calligraphe à Asilah, je lui ai acheté la calligraphie de la première phrase, ci-dessus. Pour en savoir plus sur Ibn Arabi je suis partie à la découverte de sa pensée via le réseau Internet.
Voici ce que j’ai découvert, ce qui a retenu mon attention et ce que j’ai aimé :

L’œuvre d’Ibn Arabi est d’un abord difficile car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis appelant le commentaire. Pour Henry Corbin2, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique3 prophétique, se fonde sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu ou sa manifestation dans le monde des phénomènes.

Voici quelques grands thèmes de sa recherche :

L’imagination créatrice :

L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant. Le monde imaginal, ou ‘âlam al-Mîthâl, est distinct du monde des réalités concrètes comme de celui de l’intellect, mais il se superpose au premier, comme une dimension supplémentaire.
L’imagination joue un rôle décisif, pour percevoir cette face divine dans les choses et les êtres. L’imagination est « créatrice » dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde.
Ibn Arabi place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : « Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe ».
De ce point de vue, Ibn Arabi place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

– L’Homme parfait :

L’homme chez Ibn Arabi est l’image parfaite de la création accomplie :
« Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques.
« L’homme est à Dieu (al-haqq) ce qu’est la pupille à l’œil ». La pupille s’appelle en arabe « l’homme dans l’œil ». La pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui (c’est-à-dire par l’homme universel) Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant par sa connaissance distinctive et unissant par son essence divine. Par son existence, le monde fut achevé. Ainsi l’homme se voit confier la sauvegarde divine du monde, et le monde ne cessera pas d’être sauvegardé aussi longtemps que cet Homme Universel (al-insân al-kâmil) demeurera en lui. » (extrait de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi)

– Ibn Arabi le poète :

Ibn Arabi perçoit l’amour profane comme le support de l’amour divin, l’aiméE étant le lieu de la théophanie. Cela ne signifie pas que Dieu est incarné dans l’aiméE, mais qu’il se révèle dans ce dernier.
Dans l’abondante œuvre d’Ibn Arabi figurent beaucoup de poèmes qui occupent une place originale. D’une part,du fait même de sa composition sous forme poétique; d’autre part en raison de la circonstance qui l’a fait naître : une expérience fulgurante d’un amour spirituel suscitée, lors d’un pèlerinage à la Mecque, par la rencontre avec une jeune Iranienne prénommée Nizham (harmonie). Cette héroïne, d’une beauté sans pareille, illustre sous la plume du Maître, l’essence divine et ses manifestations sans fin. Les effets de l’Amour qu’elle engendre sont décrits par de nombreuses expressions dont la plus fréquente est tajalli, qui peut se traduire de différentes façons : théophanie, irradiation….
Dans chacun de ses poèmes Ibn Arabi dépeint les signes de cette femme emblématique, expression parfaite de l’Amour présent dans toutes les formes qu’il revêt. L’attraction d’amour qui relie l’amant à l’être aimé, quoique indéfinissable, est au cœur de la spiritualité d’Ibn Arabi. Dieu se penche sur ses créatures pour qu’elles le reconnaissent. Et c’est, dans ce désir irrésistible que l’adorateur, le  » servant » de Dieu reprend conscience de sa réalité originelle, fondu dans l’unicité de son Seigneur et solidairement relié aux autres créatures par l’attachement d’amour.

 » Je m’étonne de l’amoureux dont les beautés
Miroitent dans fleurs et jardins !  »
Et moi à elle:  » Ne t’étonne pas de qui tu vois,
Ce que tu as vu est toi-même dans le miroir d’un homme !  »
(Extrait de « L’interprète des désirs »)

Deux extraits que j’ai bien aimé de la « La parure des Abdal » :

« Tandis que l’ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l’enthousiasme annihilant, et que l’adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d’esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l’Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l’invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L’ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l’enthousiasme pour abolir le chagrin, l’adorateur fait du zèle dans l’espoir d’accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d’esprit l' »arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »

« L’homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son Seigneur. »

Pour conclure je vous propose ces deux vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=zEroIpr2Yes
https://www.youtube.com/watch?v=15S4A7D57Lo&t=1456s

et ce verset du Coran (Sourate II, 136) :

Nous croyons en dieu
A ce qui nous a été révélé,
A ce qui a été révélé à Abraham,
A Ismael, à Isaac, à Jacob et aux tribus,
A ce qui a été donné à Moïse et à Jésus,
A ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur.
Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux.

Céline

1 Théologien, juriste, poète, métaphysicien, maître andalou pour l’initiation au soufisme islamique
Pour en savoir + la page wikipedia d’Ibn Arabi

2 Philosophe, historien, traducteur orientaliste franças (1903-1978)

3 Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique

Une Église ouverte aux gays et aux lesbiennes – Pourquoi il faut réformer l’Église de l’intérieur

Le théologien catholique, sociologue et enseignant de la Religion, Michael Brinkschröder, est gay. Au lieu de tourner le dos à l’Église, il se bat pour l’accueil et l’égalité des gays et des lesbiennes dans l’Église catholique romaine.

« Ce sont les petits pas qui montrent que nous sommes sur la bonne voie. » dit Brinkschröder. En 2002, il a organisé avec d’autres leur première célébration religieuse queer qui est devenu rapidement une institution mensuelle à Munich. En créant le Réseau Mondial des Catholiques Arc-en-ciel (GNRC), il a établi un réseau de catholiques LGBTIQ du monde entier. Du 30 novembre au 3 décembre 2017, un congrès réunissant une centaine de Catholiques arc-en-ciel se tiendra à Dachau et à Munich. Avec pour devise Écoutez la justice !, les participants au congrès discuteront des moyens pour affiner leur stratégie pour l’avenir. Leur but est ambitieux, c’est le moins que l’on puisse dire: Ils demandent au souverain pontife de déclarer ouvertement que tous les catholiques sont égaux – qu’ils soient gays, bisexuels ou hétérosexuels, queer ou transgenre – à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur.

Dans un entretien avec Corinna Mayer, Michael Brinkschröder explique comment construire des ponts vers la tolérance et la compréhension mutuelle, et pourquoi il vaut la peine de se battre pour changer l’Église de l’intérieur.

Monsieur Brinkschröder, vous êtes théologien catholique, enseignant de la Religion et gay. Est-ce que vos élèves sont nombreux à voir en cela une contradiction ?

Quand je révèle mon orientation à mes élèves, ils se rendent vite compte qu’il existe une dispute irrésolue entre moi et ce que dit l’Église. Quand ils me demandent si cela crée des problèmes, je réponds franchement: ‘Oui, il y a des problèmes.’ Par exemple, il m’est interdit de me marier. Si je devais faire cette démarche, je perdrais mon autorisation d’enseigner la Religion. Il arrive assez souvent que les élèves se rangent de mon côté et expriment une attitude critique envers la position de l’Église sur cette question. Il a été un des principes de base de mon enseignement, quand on traite de points de vue litigieux, de permettre aux élèves d’exprimer des critiques et de partager de nouvelles perspectives. Ma classe actuelle s’ennuyait en lisant des extraits de la Bible. Alors je leur ai proposé de regarder ces passages sous un angle queer. Ils ont saisi immédiatement l’idée car ils y ont vu un moyen de rendre passionnante la lecture des Écritures. Et j’espère qu’en faisant cela ils apprendront à trouver un lien plus profond avec la Bible.

À quel moment et pourquoi avez-vous décidé de vous battre pour l’accueil des gays et des lesbiennes à l’intérieur de l’Église catholique ?

J’étudiais la théologie à l’université depuis quelque temps déjà quand je me suis rendu compte que j’étais gay. Cette révélation m’a mis devant un choix difficile : ou poursuivre ma carrière professionnelle ou vivre ouvertement en homme gay. Faire les deux choses simultanément m’était inimaginable à l’époque. Il m’a fallu un an pour me décider. À la fin de cette année, il m’est devenu évident que ces deux aspects de ma vie me sont essentiels : ma foi et mon identité. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me battre. Comme il m’a été refusé de faire un doctorat en théologie, j’ai fait beaucoup de recherche sur les racines de l’homophobie chrétienne dans l’Église, mais d’un point de vue sociologique. Je suis fier de le dire aujourd’hui : je suis content d’enseigner la Religion et j’ai trouvé ma vocation en faisant tout ce que je peux pour que l’Église catholique accueille pleinement les gays et les lesbiennes comme des membres à part entière de sa communauté.

Du 30 novembre au 3 décembre 2017, des Catholiques arc-en-ciel de partout dans le monde se rassembleront avec comme devise Écoutez la justice ! – une citation du Psaume 17. Pourquoi avez-vous choisi ce psaume ?

Premièrement, nous avons décidé d’adopter ce passage des Écritures parce que nous voulons nous faire entendre. Jusqu’ici l’Église catholique est restée insensible à la situation des gays et des lesbiennes dans l’Église. Cette tradition homophobe qui dure depuis plus de 2000 ans, tout comme la dévalorisation des femmes, doit prendre fin. Le premier pas important vers ce but est de nous écouter. Un exemple positif de ce que cela pourrait signifier a été montré récemment par Mgr Bode qui a rencontré des personnes transgenre et a écouté leurs récits de vie. Une condition décisive pour la création d’une pastorale efficace est d’accepter les gens tels qu’ils sont et de reconnaître pleinement leur situation de vie.
Deuxièmement, nous avons opté pour ce psaume parce que nous considérons la criminalisation de l’homosexualité dans de nombreux pays du monde comme un acte d’injustice épouvantable. Dans de nombreux pays qui ont été largement influencés par le christianisme et dont la population est majoritairement catholique, l’homosexualité est un crime. Nous voulons que le pape fasse une déclaration claire à ce sujet et qu’il plaide pour la justice. Comme le montrent de nombreux exemples positifs dans le passé, l’Église catholique est un acteur important de la société civile, un agent qui contribue massivement à la formation collective d’une volonté politique dans de nombreux pays du monde.

Quels sont les cas de la criminalisation de l’homosexualité dans le monde qui vous préoccupent le plus ? Où la situation est-elle la pire pour les gays et les lesbiennes ?

Au Malawi et au Cameroun, les conférences des évêques catholiques ont demandé aux législateurs de leurs pays d’imposer des mesures plus draconiennes pour les actes homosexuels. De même, des peines sévères pour l’homosexualité ont été introduites en Ouganda et au Nigeria avec le soutien massif de l’Église catholique.
En Slovaquie, l’Église propose des séminaires censés ‘guérir’ les gays et les lesbiennes. Ce que je n’aime pas particulièrement dans ce contexte, c’est l’hypocrisie de nombreux évêques qui chantent un air différent dès qu’ils sont en dehors de leur pays d’origine.

En considérant le niveau d’accueil des gays et lesbiennes, comment évaluez-vous leur situation actuelle dans l’Église ?

Malheureusement, la position officielle est toujours: ‘Les actes homosexuels sont des péchés.’ Néanmoins, nous sommes dans une période de transformation. Alors que la papauté de Benoît XVI peut vraiment être décrite comme un âge glaciaire de la cause des lesbiennes et des gays dans l’Église, nous voyons les développements actuels sous le Pape François comme un dégel. Cela signifie qu’il y a des signes qui suggèrent un changement. Cependant, il n’y a pas eu d’actes spécifiques ou de déclarations qui aideraient les gays et les lesbiennes dans leur vie quotidienne. Le fait que l’Allemagne ait introduit un accès égal au mariage pour les gays et lesbiennes donne l’espoir qu’il y aura un changement de position à l’intérieur de l’Église aussi.

Comment réagissez-vous aux critiques exprimées par d’autres chrétiens ? Comprenez-vous pourquoi certains d’entre eux sont si hostiles envers vous et vos efforts ?

Je rencontre rarement la critique ouverte. Quand les gens ne m’aiment pas en tant que gay ou désapprouvent mon combat pour les homosexuels et les lesbiennes dans l’Église, il est beaucoup plus probable que j’apprenne cela par des tiers. Je suppose que les personnes qui s’opposent fermement à l’homosexualité de façon absolue ont souvent des raisons très personnelles de le faire. Dans certains cas, il se peut qu’ils aient peur de leur propre sexualité. Pour d’autres, cela peut avoir un rapport avec l’intériorisation de certains modèles de pensée au fil du temps. Je crois aussi que beaucoup ont peur de ce qui pourrait résulter de ces changements, la menace d’un ‘grand chaos’ se profile – la peur que leur Église devienne Sodome et Gomorrhe si l’homosexualité est officiellement tolérée.

Quelles démarches spécifiques avez-vous à l’esprit quand vous parlez de construire des ponts ? Comment pensez-vous arriver à une compréhension mutuelle ?

J’aimerais que les gens voient l’amour comme un phénomène universel, indépendamment de ce à quoi cela ressemble dans sa manifestation et indépendamment du genre des personnes. D’abord et avant tout, cependant, on doit se demander si cela vaut la peine d’essayer de discuter ces choses avec quelqu’un. Cela fait longtemps que j’ai abandonné les durs à cuire. Je vérifie si la personne à qui je parle est généralement ouverte d’esprit et intéressée par le sujet. Si c’est le cas, j’essaie d’établir la confiance avec la personne en face en ayant des discussions très personnelles. À un moment donné, je commence à partager des histoires de ma vie. Citer des passages de la Bible ne mène à rien. La plupart des chrétiens lesbiens et gays ont vécu des expériences très similaires de peur et d’une confrontation avec une vague de rejet. Ces histoires sont immensément émouvantes puisqu’elles révèlent beaucoup de choses sur la vie de quelqu’un, sur ce qu’il a vécu. Ce qui est triste, c’est que je connais beaucoup de chrétiens fidèles qui ont quitté l’Église en disant que cette institution ne changera pas. Ces gens ont été menés en bateau par la politique des conservateurs comme Benoît XVI. En réalité, l’Église est beaucoup plus dynamique et change constamment.

Dans vingt ans comment voyez-vous la situation des gays et des lesbiennes dans l’Église ? Quelle est votre vision de l’avenir ?

Ma vision pour 2037 ? Que le mariage de deux femmes ou de deux hommes soit non seulement devenu un sacrement de l’Église, mais qu’il soit possible d’obtenir la bénédiction de l’Église pour les mariages de même sexe. J’espère que l’Église du futur soutiendra ouvertement et aidera les lesbiennes et les gays qui sont considérés comme une partie normale de la vie religieuse dans de nombreuses paroisses de par le monde. Cela peut sembler utopique à certains, mais c’est déjà le cas dans quelques pays aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous rend si optimiste ?

Le fait qu’il y ait déjà des équipes de conseillers spirituels pour les gays et les lesbiennes dans de nombreux diocèses allemands. Par ailleurs, en Autriche, aux Pays Bas, en Suisse et en Grande Bretagne des progrès énormes ont été accomplis dans le domaine du travail pastoral. Aux USA, les changements dans ce secteur prennent de l’élan. Cependant, ces efforts sont confrontés là-bas à une opposition féroce des gens d’en face. Tout de même, petit à petit nous voyons actuellement des changements pour le mieux dans beaucoup d’endroits.
En tant que directeur de projet de l’initiative allemande Ökumenische Arbeitsgruppe Homosexuelle und Kirche – HuK (Group de travail œcuménique Homosexuels et Église) je me bats pour l’égalité des lesbiennes et des gays dans l’Église catholique. En créant le Réseau Mondial des Catholiques Arc-en-ciel (GNRC) nous sommes capables de faire entendre les voix de catholiques gays et lesbiennes du monde entier.

Si vous aviez l’occasion de vous adresser au monde et si tous pouvaient vous écouter, que diriez-vous ?

À tous les catholiques déçus, je dirais que ça vaut la peine de se battre obstinément en faveur de changements dans l’Institution. Si nous pouvions modifier la position de l’Église concernant les relations entre personnes de même sexe, il en résulterait des changements sociaux fondamentaux dans des communautés du monde entier – des changements qui pourraient être bien plus profonds et plus intenses en termes de la mentalité des gens que si ces changements n’avaient lieu que sur un plan juridique.

(Traduction française : Michael Clifton)

Site web du GNRC : www.rainbowcatholics.org

Site web de HUK : www.huk.org

Vous avez dit « inclusivité » d’Emeline Daudé (sept 2017)

Bien souvent, les Églises incarnent deux attitudes pour résoudre le lien en jeu entre les nouveaux et les anciens membres. Les unes optent, souvent de manière inconsciente et sans explicitation préalable, pour le principe de l’exclusion : toute personne ne correspondant pas à la norme est exclue. Les autres choisissent le modèle de l’intégration qui consiste à demander de se fondre dans la norme en effaçant les différences. L’inclusivité propose un autre modèle. Elle consiste en un refus systématique de toute discrimination dans l’accueil en affirmant la volonté de permettre à chacun de trouver sa place dans la communauté. L’inclusivité fait le pari que la diversité est une richesse pour la communauté et qu’une unité est possible tout en respectant cette diversité. Cette démarche invite alors à un partage autour des spécificités de chacun, quelles que soient sa classe sociale, sa culture, son orientation sexuelle, sa condition physique et mentale. L’accueil inclusif reconnaît les difficultés liées au travail d’unité. Il ne suffit pas de dire « nous accueillons tout le monde » pour que cela devienne une réalité. L’inclusivité implique la nécessité d’une réflexion active sur l’accueil, et souligne aussi les difficultés pratiques et théoriques de l’accueil sans discrimination.

 Une démarche individuelle et de groupe

« Dorénavant, nous proposerons une coupe de vin et une coupe de jus de raisin lors de la sainte Cène. » L’inclusivité est une démarche à la fois individuelle et communautaire, pour mieux accueillir l’autre en respectant ses spécificités. Chaque cas rencontré demande alors un travail particulier. La première étape consiste à prendre conscience du fait qu’une paroisse peut, même involontairement, exclure un groupe particulier. Cela permet d’entamer une démarche de rencontre de l’autre pour mieux comprendre ce qu’il vit. Il s’agit d’écouter d’abord les personnes concernées parce qu’elles sont les mieux placées pour parler de leur expérience. Par la suite, il est nécessaire que la majorité accepte de se décentrer et de changer ses habitudes pour ne plus mettre un groupe spécifique en difficulté et ainsi pouvoir l’accueillir dans le respect. Dans ce processus, tant le groupe majoritaire que le groupe minoritaire peuvent être transformés par ces échanges.

 Un inconfort assumé

« Philippe est venu au repas de Noël de la paroisse avec son mari. Il est accueilli par une paroissienne demandant s’il est venu avec sa femme. Face à cette question posée innocemment, le sentiment de Philippe change. Il se sent mal à l’aise et isolé. » Une démarche inclusive nécessite de réfléchir aux mécanismes de pouvoir et de normalisation dans la société en général et dans les paroisses en particulier. Quelles sont les normes, les usages, même inconscients, du groupe majoritaire ? Quelles personnes sont exclues par ces pratiques ? Quels sont les changements qui pourraient déstabiliser ces usages, et comment les mettre en œuvre ? Chaque situation est nouvelle et demande des ajustements spécifiques de la part des organisations mais aussi des individus. Cette position d’inconfort et d’instabilité peut engendrer de la peur, réaction naturelle de protection face à une situation inconnue. Il peut s’agir alors d’encourager l’expression de ce sentiment pour ensuite pouvoir le dépasser. L’Église est un lieu particulièrement bien équipé pour ce travail, puisqu’elle peut l’intégrer dans une pratique spirituelle qui consiste à reconnaître ses propres limites et manquements et à les accepter chez l’autre, justement pour faire communauté.

 Une démarche de revendication

« Lors des cultes et en parallèle de chaque activité pour adulte, des activités pour les enfants sont organisées. Chaque enfant est libre de choisir où il souhaite aller. N’hésitez pas à demander plus de renseignements. » De plus en plus de paroisses se définissent comme inclusives. Cela peut prendre de nombreuses formes : annonce claire de la démarche, communication en langage épicène (qui consiste à indiquer systématiquement le féminin), mention d’activités ou d’une ouverture à un groupe spécifique. Cette revendication est en cohérence avec une démarche d’accueil inclusif. Le but final de l’inclusivité est de faire en sorte que chaque personne se sente en sécurité dans les espaces communs, publics ou ecclésiaux, sans appréhension quant à son acceptation. Ainsi, entendre « Ici, vous serez accepté tel que vous êtes », permet déjà de pousser la porte sans peur.

Emeline Daudé

 Retrouver cet article dans le site internet d’Evangile et liberté

Pour aller plus loin :
Yvan bourquin et Joan Charras Sancho (éd.), « L’Accueil radical, Ressources pour une Église inclusive »,
Genève, Labor et fides, 2015