Archives de catégorie : TEMOIGNAGES ET EXPERIENCES PERSONNELLES DIVERS

Le pari de la transparence (Madeleine)

Dans la série : « je mets tout sur la table », voici que se manifeste , là où on ne l’attendait pas (et sur un tout autre plan que le simple déballage) le philosophe Alexandre Jollien lui-même.
C’est à la fois une totale surprise et un vrai bonheur de lecture.
Aux dernières nouvelles, on savait qu’il était parti en Corée parfaire sa formation spirituelle avec un maître bouddhiste. Au retour, un événement l’a totalement bouleversé et a failli lui coûter la vie.
C’est ce qu’il raconte lui-même dans l’interview parue dans Psychologies du mois de juin 2018.
« J’ai vécu un événement qui m’a déboussolé et pour tout dire, qui a failli me perdre : je me suis épris d’un homme. La chose est banale somme toute. Sinon que cette passion a viré à la fascination, à l’obsession, à la jalousie et à l’addiction vécues dans la peur du rejet et la clandestinité. Bref, dans la honte. Après 3 ans de méditation intense et quotidienne, voilà que je vivais l’attachement radical. Cela peut sembler dingue ! »
Au passage, on note avec soulagement la « banalisation » de l’amour pour un autre homme. Ce qui fait problème apparemment, ce n’est pas tant l’amour en soi que son excès, la passion avec sa prégnance psychologique et son aliénation.
Amour, passion… qu’est-ce qui au juste se manifeste et se joue derrière ces mots ?
Au cours de l’interview son récit rétrospectif fait apparaître d’emblée toutes les caractéristiques du désir, soit :
l’irrationalité (voire son caractère inapproprié)
« Peut-on jamais savoir où nous porte le désir ? J’ai été attiré par cet homme. Pourquoi ? Comment ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que ce corps dans sa beauté et aussi sa capacité à plaire aux femmes a suscité un grand chambardement…
…Je sentais le gouffre séparant cet homme au physique d’athlète et qui semblait loin des soucis, et moi qui m’étais réfugié dans une orthopédie de l’âme pas très efficace. »
la représentation idéalisée
« Me fascinaient chez lui, cette aisance, cette légèreté devant la vie, ce corps qui semblait tout-puissant. Il était si à l’aise avec les filles, si ancré dans la vie qu’il réveillait en moi une jalousie pleine d’illusions. »
l’intensité (renforcée par l’inaccessibilité) et l’insatiabilité
« Rentré en Suisse, nous nous skypions régulièrement, jusqu’au jour où je ne sais par quel hasard, il a foncé sous la douche. Ce corps apparemment parfait m’a ébloui jusqu’à l’obsession, jusqu’à susciter un désir quasi cannibale, insatiable. Ces skypes sont devenus le terreau d’une addiction du tonnerre de Dieu. »
le trouble et l’aliénation
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va mal…Le premier pas pour s’extraire de cette passion triste, l’étape cruciale, c’est déjà de reconnaître que ça ne tourne pas rond et qu’on est tombé dans l’esclavage. »
Quand liberté, intégrité sont ainsi menacées, quels moyens pour se défaire de l’emprise ?
« Quand vous en venez à vous cacher et à baratiner vos proches, il y a tout lieu de croire que ça va furent pour Jollien les étapes du retour à l’autonomie ? »
« M’entourer d’amis dans le bien et ainsi, faire éclater le monopole de l’attention que je confiais à L. Puis parler, ouvrir, me confier. D’abord pour constater que ce que je vivais n’était pas si dramatique : je l’ai compris en me rendant avec un ami à un réseau des Dépendants affectifs anonymes…
…Parler aussi pour déculpabiliser et lever le voile de la honte.
A la notion de lâcher-prise, je préfère celle de « déprise de soi »… l’une des clés du détachement consiste sans doute à se défaire du souci de l’image de soi, à se délester du poids du qu’en-dira-t-on.
Revenir à soi, non sur un mode égotique, mais pour descendre au fond du fond, au-delà des rôles et des illusions…
Le défi majeur, c’est de se demander : qu’est-ce qui détient la télécommande de ma vie ? A qui, à quoi je confie le pouvoir de me faire vivre l’enfer ou le paradis ? A une personne ? Au jugement d’autrui ? A l’avidité ? A la haine ?… »
Au final, amour ou désir ?
« Je ne sais si j’aimais ce garçon. Je voulais plutôt avoir ce corps d’athlète… Je souhaitais plus être à sa place que je ne le désirais lui. Quoique au coeur de l’intime, les deux peuvent se mélanger. »
Et que retenir de cet épisode ?
« Cette « cure » m’a montré qu’au coeur de l’attachement il n’y a absolument rien à faire. La volonté est impuissante,ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas poser des actes…
Surtout j’ai appris que l’on peut arriver au point où aucune issue ne semble possible hormis le suicide, et cependant finir par s’en sortir . Cet épisode aujourd’hui derrière moi a été un cadeau, une sorte de baptême du feu, une école du détachement. Oui, la joie peut revenir après les zones de turbulence… Je crois que le véritable lâcher-prise , ce n’est pas tant liquider tous les problèmes, mais expérimenter que l’on peut composer avec le chaos, les passions, les déchirements. Au fond, c’est accepter le tragique de l’existence. »
Et pourquoi cette révélation publique ?
« Pour montrer l’envers du décor et oser la transparence. Peut-être que l’image erronée du « philosophe handicapé qui s’en est sorti » reste un cliché rassurant. Il faut faire œuvre de vérité, au risque de décevoir…
La notoriété tient avant tout du malentendu. Un jour où je venais de voir un escort pour justement durant de brèves minutes comparer nos deux corps, une femme m’a hélé dans la rue :
« Alexandre, comment fait-on pour être heureux et vivre en joie ? »
« Elle demandait cela à un paumé qui venait de payer un homme pour s’assurer qu’il n’était pas répugnant. »
.Plus profondément, j’ai voulu montrer aux personnes qui vivent l’addiction que ce n’est ni une tare ni une fatalité. Enfin pour donner à qui le souhaite des outils pour cheminer vers la « sagesse espiègle », celle qui consiste à accepter le chaos au-dedans comme au-dehors. »

« il faut porter du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse« . Cette phrase de Nietzsche a été mon viatique . »

Message reçu. Voilà au moins une mise à nu qui grandit son homme et qui nous touche au coeur en faisant écho, d’une manière ou d’une autre, en nos propres vies.
Tous un jour ou l’autre, et pour X raison, nous pouvons tomber et dans le chaos émotionnel, nous retrouver au-delà de nos certitudes et catégories, démasqués, déboussolés et détruits. Savoir que d’autres et non des moindres, en sont passés par là nous rassure et nous rassemble dans la même humanité.
Gageons qu’après ce pari de la transparence, le lectorat de Jollien (un livre paraîtra cet automne) s’en trouvera accru.
Nous n’avons que faire d’icônes figées. Nous avons besoin d’humains qui nous montrent leur chemin. Les meilleurs guides et compagnons de route ne sont-ils pas « ceux qui ont le courage et la lucidité de se savoir eux-mêmes en chantier ? »

Madeleine

N.B. : J’ai fait le choix de reproduire presqu’in extenso la parole d’Alexandre Jollien, tellement elle est belle et signifiante. Toutefois ce texte n’est pas un copié-collé, c’est la reprise synthétique et analytique de l’interview dans le magazine « Psychologies »n°386, pages 16 à 21.
J’espère en avoir restitué l’essentiel.

De l’Iran à la France, une femme réfugiée (interview-témoignage de Maryam)

Dans la Lettre de DJ (Avril-Juin 2018), Maryam de notre groupe
a été interviewée par Fabrice sur son parcours de vie de l’Iran à la France..

D&J : D’où viens-tu ?

Maryam : Je suis née en Iran à Téhéran à l’époque du Shah dans une famille musulmane. Lorsque j’étais petite, les adultes parfois parlaient politique à la maison, mais ils m’expliquaient qu’il ne fallait jamais rien dire du Shah à l’extérieur. Je savais qu’il y avait un malaise et que des prisonniers politiques étaient torturés et que si je parlais à l’extérieur, une personne de la famille pouvait être torturée.
A l’époque de la révolution, j’avais 15 ans, tout le monde est parti dans la rue manifester. Les jeunes n’en pouvaient plus du régime du Shah. Les femmes manifestaient ensemble et les hommes marchaient devant. On nous disait de dire « Vive Khomeiny ! » On demandait : « C’est qui celui-là ? On ne le connaît pas ! » On nous répondait : « Ça ne fait rien, dites-le quand même ! »
Nous nous sommes rendus compte plus tard que nous avions été manipulés. Le choix de Khomeiny avait été prémédité.
Je me souviens très bien de ses propos dans l’avion qui le ramenait de son exil en France vers l’Iran. Il disait que les femmes qui ne veulent pas porter le voile seraient respectées, les personnes qui veulent boire de l’alcool seraient respectées. Arrivé au pouvoir, le voile est devenu obligatoire, l’alcool a été interdit, la voie publique des femmes interdite. Par exemple, une chanteuse ne pouvait pas se produire en public ou devant un public masculin.
A l’époque du Shah, il n’y avait aucune liberté d’expression ou politique, mais les libertés individuelles étaient respectées. Lorsque les islamistes sont arrivés au pouvoir, ils ont aussi limité les libertés individuelles.

 

D&J : A quel moment as-tu dû partir ?

Maryam : A l’époque du Shah, mes frères étaient actifs et ont donc dû partir en France. Ils m’avaient proposé de les rejoindre. Je n’en avais pas envie.
Lors de la révolution islamique, les frontières se sont refermées, car les islamistes savaient que si les jeunes partaient, ils ne reviendraient plus. Les universités ont aussi été fermées. Ils voulaient revoir toutes les matières enseignées pour introduire plus d’islam.
Durant cinq ans, nous les jeunes bacheliers, avons donc été obligés de rester à la maison et de nous occuper comme nous pouvions. Durant ces années, je faisais du sport, et je suis aussi rentrée dans le parti communiste d’Iran (clandestin). Nous avions des réunions clandestines, et lisions en cachette des livres sur le marxisme léninisme. Ma mère a vu que j’étais active, elle a eu alors très peur et a demandé à mes frères de tout faire pour que je parte en France.
Mon autre frère était plutôt actif avec les moudjahidines (interdits à l’époque). Nous avons été dénoncés. Les « Gardiens de la révolution islamique » ont fait une descente chez nous. Nous avions été prévenus. Donc j’avais fait disparaitre toutes les cassettes et les écrits du parti communiste. Ils n’ont rien trouvé mais ont quand même embarqué mon frère et ma soeur ainée, mais pas moi (car j’étais malade et ma mère les a suppliés). Ma soeur a subi la prison durant une semaine, mon frère a été torturé. Ne trouvant rien contre eux, ils ont été libérés. Nous nous sommes alors dit que nous n’étions plus à notre place en Iran et qu’il fallait partir. Cela a pris du temps car nous n’avions pas d’autorisation de quitter le pays. Je suis venue en France à l’âge de 22 ans en m’inscrivant à la fac de lettres. Il a fallu que je perfectionne mon français pour faire des études. J’ai perdu 5 ans de ma vie, sans pouvoir faire des études, condamnée à rester à la maison. Puis ensuite, je me suis inscrite à l’école des sages-femmes car il était trop tard pour faire des études de médecine.
C’était dur, car nous avons voulu le départ du Shah, nous avions cru en Khomeiny, cru en la démocratie. Alors que la dictature est revenue sous une autre forme, avec l’obligation de pratiquer la religion musulmane. Cela a été encore plus dur pour les juifs et les chrétiens.

D&J : Arrivée en France, combien de temps as-tu mis pour te sentir bien ?

Maryam : Quand j’ai quitté l’Iran, je me suis dit que je ne reverrais plus mon pays. J’ai fait le choix de partir et de quitter mon pays natal par instinct de survie.
Dès mon arrivée en France, j’étais euphorique. J’avais enfin retrouvé la liberté. A partir de la deuxième année, j’ai commencé à sentir le déracinement mais je n’avais pas le choix de revenir dans mon pays.

D&J : Tu es retournée en Iran ?

Maryam : J’y suis retournée deux fois : en 2004 et en 2009.

D&J : Quelle est la condition des femmes en Iran ?

Maryam : Les hommes peuvent s’habiller assez librement. Il y a plus de contraintes pour les femmes. La religion reste très pesante dans la société iranienne. Au nom de Dieu, ils arrivent toujours à rester au pouvoir en culpabilisant les personnes.
Dans la culture, on nous apprend depuis l’enfance que la femme est soumise. En Occident, j’ai appris que les femmes peuvent s’exprimer et se défendre. Lorsque je me suis rendue à nouveau en Iran, je suis passée pour infréquentable.
Dans les familles aisées, le pouvoir des hommes se ressent moins. Dans la classe moyenne et la classe ouvrière, qui sont majoritaires, la femme doit suivre son mari. Elle doit faire ce que son mari lui demande et décide.
Les femmes qui se marient en Iran ne sont pas au courant de leurs droits, alors qu’elles peuvent faire préciser dans leur contrat de mariage de pouvoir voyager librement, donc elles sont condamnées à rester au foyer. Les lois sont faites en faveur des hommes.
Une femme qui répond est une femme qui tient tête, cela ne passe pas.
Le divorce existe mais est très mal vu. Souvent, seule la famille proche le sait. Le divorce est souvent tranché en faveur de l’homme et la garde des enfants est confiée à l’homme.
Dans la loi islamique, un homme peut avoir 4 femmes légalement et 99 concubines. Dans un procès, le témoignage d’un homme vaut le témoignage de deux femmes. Dans les héritages, les filles héritent du tiers des biens des parents, les garçons des deux tiers.
C’est grâce à l’Occident que j’ai appris qu’une femme avait le droit de s’exprimer, de se défendre. Au début de mon arrivée en France, quand des hommes parlaient, je pensais que je ne pouvais pas intervenir. Je l’ai appris plus tard.

D&J : L’homosexualité est fortement réprimée en Iran ?

Maryam : Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré en 2007 qu’il n’y a pas d’homosexuels en Iran. La transsexualité [et non le transgenre] est acceptée, mais pas l’homosexualité. La seule manière pour un homosexuel de vivre son orientation sexuelle au grand jour est de changer de sexe. Beaucoup d’hommes se sont suicidés après l’opération.
L’homosexualité est condamnée et beaucoup d’homos ont été pendus, même à des grues pour faire des exemples.

D&J : Il y a eu récemment des manifestations en Iran, d’où cela vient-il ?

Maryam : Les gens protestent à cause du manque de liberté d’expression. Internet est filtré, mais les jeunes arrivent souvent à accéder quand même aux contenus filtrés. Les gens protestent aussi parce que la vie est très chère, alors qu’il y a de l’argent issu du pétrole.
Pour avoir un travail, il faut être pistonné et avoir des relations, les autres jeunes sont au chômage.
Les jeunes ne veulent plus entendre parler de la religion. Les manifestants ont brulé des mosquées, mais en fait, c’est parce qu’il y avait des « Gardiens de la révolution islamique » qui y étaient installés.
Le Gouvernement a réussi une fois de plus à étouffer le mouvement. Jusqu’à quand ?
Ce sont les jeunes qui feront bouger et changer les choses, mais je ne sais pas combien de temps cela prendra.

D&J : Toi qui as été réfugiée, quel est ton regard sur la situation actuelle les migrants en France ?

Maryam : Cela me dépasse que des gens puissent dire « ils n’ont qu’à rester dans leur pays ». S’il y avait une guerre en France, les gens courraient pour sauver leur peau. En France, les gens ne savent pas ce qu’est l’absence de liberté, les bombes, et l’influence des islamistes fanatiques sans aucun respect pour les femmes.
Nous sommes dans nos appartements douillets, nous ne sommes pas confrontés à cela, et nous ne pouvons pas comprendre la détresse de ces gens.

 

Ma découverte d’Ibn Arabi (Céline)

« Je crois en la religion de l’amour, Où que se dirigent ses caravanes. Car l’amour est ma religion et ma foi. » Ibn Arabi1 (1165-1240).
(Ibn Arabi est également appelé
« le plus grand maître » ou encore « le fils de Platon ».)

Pour ma petite histoire, j’ai découvert Ibn Arabi, à mon arrivée au Maroc, chez des amis soufis, ensuite lorsque j’ai rencontré un calligraphe à Asilah, je lui ai acheté la calligraphie de la première phrase, ci-dessus. Pour en savoir plus sur Ibn Arabi je suis partie à la découverte de sa pensée via le réseau Internet.
Voici ce que j’ai découvert, ce qui a retenu mon attention et ce que j’ai aimé :

L’œuvre d’Ibn Arabi est d’un abord difficile car, malgré son étendue immense, elle est souvent rédigée dans un style elliptique et très concis appelant le commentaire. Pour Henry Corbin2, la doctrine d’Ibn Arabi, qualifiée de théosophie (sagesse divine) ou d’herméneutique3 prophétique, se fonde sur un concept qui est la théophanie, présence de Dieu ou sa manifestation dans le monde des phénomènes.

Voici quelques grands thèmes de sa recherche :

L’imagination créatrice :

L’imagination chez Ibn Arabi joue un rôle prépondérant. Le monde imaginal, ou ‘âlam al-Mîthâl, est distinct du monde des réalités concrètes comme de celui de l’intellect, mais il se superpose au premier, comme une dimension supplémentaire.
L’imagination joue un rôle décisif, pour percevoir cette face divine dans les choses et les êtres. L’imagination est « créatrice » dans la mesure où celui qui aperçoit Dieu, se voit créé en lui la science de cette divinité incarnée dans le monde.
Ibn Arabi place le cœur au centre de cette créativité, car il est le seul organe à pouvoir supporter la transmutation de par son changement subit et incessant : « Le cœur est le foyer où se concentre l’énergie spirituelle créatrice, c’est-à-dire théophanique, tandis que l’imagination en est l’organe ».
De ce point de vue, Ibn Arabi place l’imagination au centre de toute création et cogitation. Il n’y a pas de connaissance, ni de dévoilement, ni d’interprétation d’ailleurs sans l’imagination qui est, avant tout, créativité.

– L’Homme parfait :

L’homme chez Ibn Arabi est l’image parfaite de la création accomplie :
« Qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Il t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue » (Coran, Sourate 82, verset 7-8). L’image extérieure de l’homme ressemble dans une certaine mesure au monde et à ses dimensions macrocosmiques.
« L’homme est à Dieu (al-haqq) ce qu’est la pupille à l’œil ». La pupille s’appelle en arabe « l’homme dans l’œil ». La pupille étant ce par quoi le regard s’effectue ; car par lui (c’est-à-dire par l’homme universel) Dieu contemple Sa création et lui dispense Sa miséricorde. Tel est l’homme à la fois éphémère et éternel, être créé perpétuel et immortel, Verbe discriminant par sa connaissance distinctive et unissant par son essence divine. Par son existence, le monde fut achevé. Ainsi l’homme se voit confier la sauvegarde divine du monde, et le monde ne cessera pas d’être sauvegardé aussi longtemps que cet Homme Universel (al-insân al-kâmil) demeurera en lui. » (extrait de « La Sagesse des prophètes » d’Ibn Arabi)

– Ibn Arabi le poète :

Ibn Arabi perçoit l’amour profane comme le support de l’amour divin, l’aiméE étant le lieu de la théophanie. Cela ne signifie pas que Dieu est incarné dans l’aiméE, mais qu’il se révèle dans ce dernier.
Dans l’abondante œuvre d’Ibn Arabi figurent beaucoup de poèmes qui occupent une place originale. D’une part,du fait même de sa composition sous forme poétique; d’autre part en raison de la circonstance qui l’a fait naître : une expérience fulgurante d’un amour spirituel suscitée, lors d’un pèlerinage à la Mecque, par la rencontre avec une jeune Iranienne prénommée Nizham (harmonie). Cette héroïne, d’une beauté sans pareille, illustre sous la plume du Maître, l’essence divine et ses manifestations sans fin. Les effets de l’Amour qu’elle engendre sont décrits par de nombreuses expressions dont la plus fréquente est tajalli, qui peut se traduire de différentes façons : théophanie, irradiation….
Dans chacun de ses poèmes Ibn Arabi dépeint les signes de cette femme emblématique, expression parfaite de l’Amour présent dans toutes les formes qu’il revêt. L’attraction d’amour qui relie l’amant à l’être aimé, quoique indéfinissable, est au cœur de la spiritualité d’Ibn Arabi. Dieu se penche sur ses créatures pour qu’elles le reconnaissent. Et c’est, dans ce désir irrésistible que l’adorateur, le  » servant » de Dieu reprend conscience de sa réalité originelle, fondu dans l’unicité de son Seigneur et solidairement relié aux autres créatures par l’attachement d’amour.

 » Je m’étonne de l’amoureux dont les beautés
Miroitent dans fleurs et jardins !  »
Et moi à elle:  » Ne t’étonne pas de qui tu vois,
Ce que tu as vu est toi-même dans le miroir d’un homme !  »
(Extrait de « L’interprète des désirs »)

Deux extraits que j’ai bien aimé de la « La parure des Abdal » :

« Tandis que l’ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l’enthousiasme annihilant, et que l’adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d’esprit et se concentre sur le but, ceux qui sont investis de l’Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l’invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L’ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l’enthousiasme pour abolir le chagrin, l’adorateur fait du zèle dans l’espoir d’accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d’esprit l' »arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu’à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu’à son nom ! »

« L’homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son Seigneur. »

Pour conclure je vous propose ces deux vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=zEroIpr2Yes
https://www.youtube.com/watch?v=15S4A7D57Lo&t=1456s

et ce verset du Coran (Sourate II, 136) :

Nous croyons en dieu
A ce qui nous a été révélé,
A ce qui a été révélé à Abraham,
A Ismael, à Isaac, à Jacob et aux tribus,
A ce qui a été donné à Moïse et à Jésus,
A ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur.
Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux.

Céline

1 Théologien, juriste, poète, métaphysicien, maître andalou pour l’initiation au soufisme islamique
Pour en savoir + la page wikipedia d’Ibn Arabi

2 Philosophe, historien, traducteur orientaliste franças (1903-1978)

3 Théorie, science de l’interprétation des signes, de leur valeur symbolique

Jacques Fraissignes, de la protection des abeilles à la défense des LGBT incarcérés. (Yves et Marie-Hélène)

Jacques faisait partie des membres fondateurs de DJ (1972). Malgré son âge et sa maladie il était toujours très actif, en particulier envers les détenus homosexuels qu’il suivait depuis plusieurs années. Régulièrement, je vous parlais de lui (la dernière fois pour évoquer sa lecture de Sodome et Gomorrhe) et des textes de sa plume circulaient dans DJ Info.
L’association perd une grande figure, généreuse, toujours sur le qui-vive sur les questions de justice à DJ. Jacques était un fidèle des JAR (il était encore présent au dernier près de Valence) et à tous les CA, sauf le dernier où Christian, son compagnon de toujours, avait distribué un texte de sa main sur l’importance de l’engagement militant. (voir ci-dessous)

Lettre de Jacques Fraissignes
au Conseil d’administration du 21-22 octobre 2017 : 

 » Je voulais vous dire merci pour tout ce que j’ai pu partager avec vous et tout ce que vous m’avez appris. Je me limiterai à ce vous m’avez permis de découvrir dans ma foi.
Le Jésus qu’on m’a proposé durant mon séminaire se disait en concepts abstraits, dogmes et dévotions. Avec vous, j’ai rencontré un homme avec toutes ses contradictions, ses hésitations, ses progrès dans la compréhension du monde où il vivait et sa fidélité à la vie.
Né d’une femme, il a dû apprendre les règles de la vie en société. Il a connu les troubles de l’adolescence, il a dû apprendre un métier, choisir de ne pas se marier. Comme d’autres, il devait avoir des érections au réveil et chercher au jour le jour ce à quoi il était appelé. Un homme de chair et d’os, quoi !
Il a connu le désert, le maquis de l’époque, vrai chaudron de révoltes et de violences. On y trouvait des gens pieux, des illuminés, des zélotes de la loi, des sicaires partisans du coup de force, des gens faillis, des bandits de grand chemin. Parmi eux, il choisira ses apôtres. Tous avaient dû fuir les prédateurs romains. Il a vu un troupeau qui n’avait pas de berger et très vite, il est reconnu comme leader potentiel. On parle de lui comme « fils de Dieu, messie » qui sont les termes qui désignaient Saül, premier roi des Juifs.
Mais il ne veut pas être roi ni prendre la tête de la révolte contre les Romains. Pourtant, il parle constamment de Royaume mais ce Royaume ne ressemble en rien à celui qu’on lui propose. Ce Royaume sera non violent, fruit d’une conversion du regard, basé sur la fraternité. On retrouve ce difficile cheminement dans la tentation au désert.
La qualité de son regard me frappe. Au-delà delà des apparences, il voit ce que chacun porte en lui comme possibilités de reconstruction et de prise en main de son destin. Sauf chez Jean (mais est-ce Jésus ou Jean qui parle ?) Jésus ne fait pas de
discours théologique dans les évangiles. Il part toujours d’un fait concret ou de la rencontre d’une personne et de ses aspirations. Il révèle à celle-ci le regard de tendresse que celui qu’il appelle son Père porte sur elle. C’est dans sa prière que son Père lui a donné de partager la tendresse que lui-même porte à ses créatures.
Il a vu la misère des petites gens de Palestine, opprimés par le prédateur romain et victimes du mépris des riches et des prêtres. Il est ému jusqu’aux tripes de voir leur écrasement. Au-delà des pauvres apparences, il voit des personnes riches de potentialités enfouies au plus profond d’elles-mêmes. Il leur révèle ces possibilités et leur donne la force de sortir par elles-mêmes de leur écrasement. Il résume cela d’un mot : « Ta foi t’a sauvé. » Foi dans la vie comme don de Dieu. Le regard de Jésus mérite d’être sans cesse approfondi.
Plus étonnante encore est sa relation avec les femmes. Celles qui le suivent ont un nom. Elles ne sont pas « femme de…, fille de…, épouse de… » comme c’était la coutume. Elles sont autonomes et disposent de leurs biens. Elles peuvent prendre la parole et certaines vont nu-tête à la mode des hétaïres grecques. Nous sommes loin de la femme soumise, muette et voilée du modèle sémite de l’époque. Elles sont considérées comme pécheresses, non pour leur vie privée mais parce qu’elles ne respectent pas le modèle imposé. Certes, plusieurs ont eu un passé agité et Jésus les en a délivrées. Encore plus étonnante l’hétaïre qui vient au repas chez Simon. Sans qu’elle n’ait dit un mot, Jésus se laisse tripoter par cette courtisane au grand dam du pieux maître de maison qui regarde goguenard. Et Jésus donne sa foi comme modèle et réprimande son hôte. Nous sommes loin du regard puritain et pudibond que les clercs nous proposent depuis des siècles.
Avec Paul, je peux dire qu’il n’a pas retenu sa filiation divine et qu’il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et une mort infamante sur une croix. Il a obéi aux exigences de sa conscience et aux appels que les événements lui adressaient. C’est ainsi que Dieu parle à chacun de nous. Jésus a payé de sa vie cette liberté et cette fidélité. C’est pourquoi, en le ressuscitant, Dieu lui a donné un nom au-dessus de tout nom. Je peux célébrer les merveilles que je vois chaque fois qu’un frère ou une sœur vient à la vie car c’est l’œuvre de son Esprit.
Jésus est amoureux de cette beauté de la Création que la folie des hommes met chaque jour en péril. Jésus n’est pas obsédé par le péché. Il le voit chaque jour et constate les ravages qu’il entraine. Il apporte son soutien à ceux qui en sont victimes et les rend à la vie. Il les crée à nouveau.
Voilà le Jésus à qui j’ai donné ma foi. C’est lui qui donne sens à mes rencontres quotidiennes. Il m’a fallu toute une vie pour le formuler de façon à peu près claire. Cet éclairage m’a été donné, entre autres, par l’accueil que j’ai pu faire avec vous de ceux qui n’arrivent pas à faire l’unité entre leur désir affectif et leur foi
mais aussi par les tensions que j’ai pu vivre avec vous en 45 ans d’amitié. DJ doit approfondir ce regard que Jésus nous propose et garder son engagement au service de ceux qui sont écrasés par les multiples dénis d’humanité.
Cette recherche en vaut la peine et je veux encore vous remercier de m’avoir aidé dans ce parcours. Vous m’avez permis de retrouver mon humanité et de lui donner du sens.
Que DJ continue à porter cette lumière ! »

Yves

On peut se parler, c’est tellement important, merci !Hommage à Jacques Fraissignes – 24 février 2018

« On peut se parler, c’est tellement important, merci ! »
C’est ainsi que tu as terminé notre dernière conversation Jacques et je crois qu’elle révèle à quel point la rencontre, le dialogue te tenaient à cœur.
Se parler, pour toi il s’agissait d’être vrais l’un et l’autre, de s’accueillir dans nos différences avec l’humilité de ceux et celles qui partagent blessures et désirs, douleurs et talents, de ceux et celles qui veulent dépasser les rôles et les apparences.
Quel chemin d’humanité, quel chemin d’Evangile… !
C’est ce chemin que tu as parcouru avec D&J, avec nous durant tant d’années Jacques, tant d’années à « être avec », être avec au coeur des joies, des défis, des combats, des tensions, parfois des déchirures.
Etre avec l’un, l’une ou l’autre, être avec les plus humiliés, être avec nous tous pour inventer célébrations et temps de prières qui nourrissent, parlent au coeur… Etre « avec » pour partager ta réflexion, le sens de ton engagement, partager aussi, et ô combien, le miel et le savoureux pain épicé ! Tu étais là avec nous, présence discrète mais résolument attentive.Je suis témoin de ta ténacité lors de chaque CA à évoquer la détresse des homos incarcérés, à évoquer aussi d’autres lieux et situations d’exclusion, nous rappelant alors l’exigeante nécessité pour DJ de leur être présent.
Je suis témoin que dans des moments clés de notre vie associative, des moments de crise aussi, tu nous livrais ton regard, ta compréhension de notre histoire et ton analyse des événements qui nous avaient conduit-là.
En nous proposant ta réflexion, tu souhaitais ouvrir des possibilités de dialogue, pour avancer ensemble dans la fidélité aux valeurs qui nous fondent et à l’aujourd’hui du monde…
Tu étais habité par le grand désir de faire naître la fraternité, celle qui redonne goût à la vie en faisant de nous, les uns pour les autres, des compagnons de route. Cette fraternité qui laissait loin les morsures de l’indifférence, les brutales compétitions, les mépris de toutes sortes…
Tu disais souvent que ce qui donnait sens à ta vie, tu le puisais dans l’évangile et dans la vie partagée avec tes frères et soeurs en humanité.
L’évangile, la vie humaine, tu les fouillais sans cesse comme on fouille une terre en profondeur pour en extraire l’inépuisable trésor : un regard qui libère, un Amour Infini déposés au coeur de tout être.
Jacques, nous sommes nombreux ici, à savoir la trace vive que tu laisses dans nos histoires individuelles et collectives, cette trace-là n’a pas fini d’être féconde, elle n’a pas fini de nous inspirer.
MERCI à toi,

Marie-Hélène

Texte d’Abdellah Taïa (écrivain homosexuel marocain)

Suite à l’agression sexuelle à l’encontre d’une jeune marocaine dans un bus de Casablanca, j’aimerais partager, pour faire contre-poids à la violence machiste traditionnelle, le très beau texte d’ABDELLAH TAÏA, écrivain homosexuel, ayant quitté le sol marocain mais toujours à l’écoute des « humeurs et rumeurs de son pays natal » et qui, par ce détour, mérite qu’on parte aussi à sa découverte.

Madeleine

Merci aux femmes marocaines

Le viol de Zineb dans un bus de Casablanca, sans que personne n’intervienne pour la sauver, m’a choqué moi aussi. Attristé. Anéanti. Donné envie de vomir. De pleurer. Les femmes marocaines ne méritent pas le mépris avec lequel ce pays ingrat les traite depuis si longtemps. Ce sont elles qui portent les familles. Elles qui se sacrifient. Elles qu’on surveille le plus et qu’on viole le plus. Et cela ne se passe pas que dans les bus. Cela se passe surtout dans les maisons, dans les foyers. En tant qu’homme marocain, je suis bien placé pour témoigner, pour dire tout le mal qu’on leur fait, comment on s’acharne sur elles et comment on fait tout pour casser leurs ambitions, leurs rêves. Comment on les rabaisse en les emprisonnant dans des traditions assassines et des morales d’un autre temps… Je dois tout à ma mère M’Barka Allali: durant des années, cette femme analphabète, pauvre, m’a sans cesse poussé à étudier, à m’élever. Elle économisait chaque jour six Dirhams pour me permettre de payer le bus qui m’emmenait à Rabat, à l’université Mohamed V. C’est elle qui m’a appris à ne pas renoncer, à me battre, à crier. A être plus malin que les autres, les ennemis si nombreux. Je suis d’abord et avant tout le fils de M’Barka et de son système de survie. Mes soeurs aussi m’ont toujours impressionné par leur courage et leur détermination. Et pourtant: la société marocaine a été atroce avec ces femmes. Atroce. Atroce avec tant de femmes marocaines. Les violeurs ne sont pas seulement ces pauvres adolescents tellement perdus qui violent Zineb dans le bus. Les violeurs, ce sont ces hommes marocains qui font à tous les niveaux de la société la loi et qui ne veulent pas changer de mentalité et encore moins les règles injustes de l’héritage. Les violeurs sont si nombreux. Et j’ai peur que malheureusement, dans une semaine ou deux, le Maroc passe à une autre affaire qui fait le buzz. Les femmes seront encore oubliées. Jusqu’à quand? Jusqu’à quand? Merci aux femmes marocaines. Merci à ma mère. Merci à mes soeurs. Admiration et vénération sincères pour elles toutes… Salam chaleureux, tendre, à elles et à vous tou-te-s…

Abdellah Taïa  le 24 août 2017

Il y a un an, la tuerie LGBTophobe d’Orlando (USA)

Beaucoup de stars ont rendu hommage aux victimes de cette fusillade mais Frank Ocean est l’un des rares artistes Hip Hop / R&B qui assume son appartenance à la communauté LGBT. Il était fondamental pour lui de s’exprimer sur ce sujet.
Le 21 juin 2016, il avait écrit cette lettre  :

«  J’ai lu dans les journaux qu’on jette mes frères du haut d’immeubles, les mains attachées dans le dos parce qu’ils ont enfreint la charia. J’ai entendu dire que ceux qui sont tombés sont lapidés par la foule s’ils bougent encore après leur chute. J’ai entendu dire que tout ça se fait au nom de Dieu. Je me souviens que mon pasteur parlait au nom de Dieu lui aussi, lorsqu’il citait les Écritures saintes. Lorsqu’il décrivait l’énorme étang de feu dans lequel Dieu souhaitait me plonger, le mot abomination s’échappait par tous les pores de ma peau.J’ai entendu qu’une tuerie homophobe avait laissé derrière elle des corps entassés les uns sur les autres, sur une piste de danse. J’ai entendu dire que l’assassin s’était fait passer pour mort au milieu de tous ceux qu’il avait tués. J’ai entendu aux infos qu’il était l’un des nôtres. Quand j’avais six ans, j’ai entendu mon père traiter une serveuse transgenre de ‘pédé’ avant de me tirer hors de ce petit resto de quartier, parce qu’on ne pouvait pas être servi par quelqu’un d’aussi dégoûtant. C’était le dernier après-midi où j’ai vu mon père, c’était la première fois que j’entendais ce mot, je crois, même si ça ne serait pas surprenant si je l’avais entendu avant.
Beaucoup nous détestent et préféreraient qu’on n’existe pas. Beaucoup sont dérangés parce qu’on veut se marier comme tout le monde, ou utiliser les toilettes adéquates, comme tout le monde. Beaucoup n’ont aucun problème à transmettre les mêmes bonnes vieilles valeurs qui chaque année rendent des milliers d’enfants suicidaires ou dépressifs. Donc, on dit qu’on est fiers et on exprime notre amour pour qui on est, et ce qu’on est. Parce que sinon, qui va le faire ? Je fais un rêve éveillé : et si cette barbarie et toutes ces transgressions à notre égard étaient en fait la contrepartie de quelque chose de meilleur qui se produit dans le monde, d’une grande vague d’ouverture des esprits et de réveil des consciences.Mais la réalité l’emporte, et elle est grise. Ni noire, ni blanche, mais morne. J’ai entendu qu’on était tous les enfants de Dieu. J’ai laissé mes frères et sœurs en dehors de ça et je me suis adressé directement à mon Créateur, j’ai l’impression qu’on dit la même chose. Si mon moi était plus fort en étant déconnecté de sa propre histoire, alors, je ne pourrais pas être moi. Je veux savoir ce que les autres entendent. J’ai peur des réponses, mais je veux savoir ce que chacun entend quand il s’adresse à Dieu. Les fous entendent-ils la même voix, mais distordue ? Est-ce une autre voix que les endoctrinés entendent ? »

Le journaliste Philippe Corbé, correspondant aux Etats-Unis pour la radio RTL a publié cette année le livre « J’irai dansé à Orlando » suite à cet événement.

La 4ème de couverture du livre :

Pulse, 12 juin 2016. Quarante-neuf morts sur la piste d’un night-club de Floride. Quarante-neuf garçons et filles qui voulaient seulement danser, abattus pour avoir commis le crime d’être homosexuels. Tous ne l’étaient pas, d’ailleurs, mais tous étaient coupables selon le meurtrier, qui a cette nuit-là perpétré le premier assassinat homophobe de masse de l’histoire. Quelques heures plus tard, Philippe Corbé est allé à Orlando. Mélangeant à son récit des souvenirs de jeunesse, il rappelle les prêches criminels, les tyrans de cours de récré, les ferme ta grosse gueule pédale, les hargneux, tous ceux qui veulent écraser les espoirs de bonheur, à commencer par ces lieux tranquilles, d’Orlando à Paris, de Sydney à Beyrouth, des abris pour retrouver ses semblables, se retrouver chez soi. Et c’est bien pour cela qu’ils sont menacés, les battements de cœur dérangent. Sous les pulsations de la musique couvent les pulsations de la haine.

Ce journaliste a participé le 14 août 2017 à l’émission  sur France Inter.

⇒ Cliquez ici pour écouter l’émission

Rencontre spiritualité plurielle du 16 avril 2017 par Annette

 

   Il faisait beau , un vrai temps magnifique de printemps et de plus, par la fenêtre, les arbres du Cens nous invitaient à faire un tour mais nous avons resisté permettant au félin, en fait la minette de Pierre-Hughes, de venir nous renifler, de passer de l’un à l’autre, haute sur pattes la queue en l’air ; chez elle, quoi !!! Puis, disparition ; elle nous avait assez vu et préférait rejoindre un coin caché pour un bon gros dodo ? J’ai voulu croire qu’elle était l’incarnation de l’esprit du lieu et de ce jour là. Elle était notre messagère passant de l’un à l’autre.
Quand mon tour fut arrivé , j’ai parlé une fois de plus des migrants de Nantes, trop longtemps aux dires de Yves , d’accord !
J’avais apporté un article du journal Ouest France avec une photo. En effet, à l’occasion de l’évacuation d’un squatt occupé par des mineurs, j’avais reconnu sur la photo de Ouest France, en couleur, une valise de couleur verte que je connaissais bien car quelques semaines avant je l’avais donnée pour eux.
Ma valise !!
Sa couleur verte me permettait de la repérer de loin sur les tapis roulants réservés aux bagages de soute dans les aéroports. Ma brave valise toujours vaillante mais sans roulettes, dépassée par le progrès. Téo, avec son oeil d’artiste a retenu « couleur  » et, il est vrai que sur cette photo ces pauvres ballots étaient de couleurs variées.
Moi, je connais bien ces expulsés, jetés à la rue par une décision de notre nouvelle préfète , une femme pressée de faire du zèle. Je m’imaginais, comme eux, obligée de dormir dans la rue, dans la solitude avec ma valise verte, sans argent, sans connaissances, sans projets pour m’en sortir. Quel cauchemar !!!
C’est la réalité ici, à Nantes et ailleurs. L’Etat a portant l’obligation d’héberger ces mineurs et de les scolariser jusqu’à leur majorité qui peut aller jusqu’à 21 ans mais, notre brave préfète préfère les expulser pour « occupation illégale de propriété « . Nous voilà de retour au temps de Proudhon, alors que c’est l’Etat qui a créé cette situation par la défaillance de ses services ne respectant pas la loi ! Un comble !! Un Etat qui se garde bien de réquisitionner ou de prévoir des structures d’accueil et de logement !!
Mieux, les assos chargées officiellement de l’accueil et payées pour ça ont récemment refusé des mineurs juste arrivés, leur disant d’aller dans d’autres villes, car ici à Nantes les structures sont saturées pour ces mineurs rejetés. Un bénévole du Gasprom qui passait par là est entré en contact avec ces jeunes, alertant « Médecins du Monde » car l’un d’eux avait un pied fracturé, un autre dans le cirage avait en fait un traumatisme crânien.
Mais DEGAGE c’est le seul discours officiel.
Alors, l’article de Téo sur notre rencontre spiritualités plurielles m’a fait voir rouge à moins que ces couleurs dont tu parles Téo ne préfigurent ce qui attend ces migrants. Oui, ils en ont vu de toutes les couleurs et, ce n’est pas fini ! Ils vivent le noir du désespoir et des idées noires, le rouge des yeux en pleurs et de la fievre, le grisâtre , le blanchâtre, le vert de la peau des visages fatigués et malades. Oui, le voilà l’ARC EN CIEL de la Misère ici, dans nos rues, mais trop long comme dit Yves et je vous plombe l’ambiance à mon grand regret.

Annette

Des déjistes nantais témoignent dans « Garçon magazine »

Des déjistes nantais ont été interviewés par la revue
« 
Garçon magazine » dans le cadre d’un reportage
sur les associations LGBT dans l’ouest de la France

1er témoignage :

« Un nouveau membre de notre groupe nantais me disait récemment : « En arrivant à David & Jonathan, j’ai tout de suite apprécié la présence des femmes (autant que d’hommes !). La mixité dans le monde gay c’est une chance et une ouverture sur la différence », et une adhérente ajoutait : « moi, j’aime qu’on puisse parler de ce qui nous touche en profondeur, ce que nous faisons chaque mois lors des rencontres ‘’Spiritualités plurielles’’ où chacun-e parle de ce qui est important pour lui/pour elle, dans un climat de confiance et de convivialité ».
 L’association D&J a bien évolué en 45 ans d’existence, après avoir été fondée par un petit groupe de catholiques parisiens. Avec ses 200 adhérents, répartis sur une vingtaine de groupes en province et à Paris, D&J se veut une force d’interrogation, autant envers les Eglises qu’envers les autres associations gays.
   C’est certainement ce que le groupe de Nantes a réussi à faire avec d’une part, des adhérent-e-s reconnu-e-s et sollicité-e-s par leurs Eglises, et d’autre part, une fréquentation (encore un peu timide) des autres lieux associatifs lgbt. »

Y.

2ème témoignage :

 » A partir du moment où j’ai découvert mon homosexualité, et j’ai rencontré des chrétiens qui m’ont acceptée comme je suis, qui m’ont dit qui sommes nous pour te juger, J’ai fait tomber le voile de la honte et de la culpabilité devant Dieu.
   Oui à partir de là, je me suis réconciliée avec le Seigneur, avec l’Eglise. Bien qu’au sein de celle-ci, des propos homophobes soient prononcés, je sais et suis convaincue de la certitude de son Amour pour moi. Un Amour inébranlable, inconditionnel et sans jugement.
Depuis, je pratique ma religion catholique, et je me sens à ma place, dans l’Eglise qui est la maison de Dieu. Elle rassemble mes frères et sœurs hétéros, dont certains sont contre ma communauté homosexuelle. Ces frères et sœurs, je les aime comme Le Seigneur me le demande. Même s’ils nous blessent, nous rejettent. Car ce qui reste d’une vie sur terre, c’est le bien et le mal. J’ai choisi le bien. C’est comme ça que je me sens vivante. Dans la haine, la tristesse, je meurs, alors je choisis la vie. Je garde la tête haute d’être lesbienne et enfant de Dieu, sans aucune honte devant un Père aimant. »

M.

3ème témoignage :

« J’ai découvert assez récemment, à travers David & Jonathan, la réalité LGBT nantaise. Ayant toujours vécu hors ghetto, je n’avais qu’une idée lointaine de ce que peuvent vivre certaines et certains adhérents des associations formant ce groupe. La nature m’a fait gay, mais un gay « transparent », « passe-partout », aussi n’ai-je jamais eu à subir les coups de boutoir de l’infamie, connaître la haine et souffrir du rejet des autres car mon corps n’affiche pas visuellement les souffrances trop longtemps intériorisées d’un état mal accepté. Parallèlement, la famille dont je suis issu a témoigné, tout au long de ma vie, protection, compréhension et sens de la charité chrétienne.
   Autant dire que je me sens infiniment privilégié et rends grâce à Dieu lorsque, dans ce nouveau contexte relationnel, je découvre les difficultés quotidiennes de mes compagnons. Je dirais que, de tous ces rejetés, ce sont les Trans qui m’émeuvent le plus car leur parcours d’acceptation a dû passer par la modification des apparences, et on ne peut que se sentir infiniment touché par ce que représente de combats intérieurs autant que de luttes sociales et humaines, un tel Himalaya à franchir. Aujourd’hui, je trouve en D&J le cadre fraternel qui me convient pour porter, lentement mais surement, contre vents et marées, les notions de respect, d’acceptation et de tolérance auxquelles tout humain peut prétendre. Et peu importe le nombre de lames (larmes ?) formant l’éventail arc en ciel de nos sensibilités. »

HB.

Bienvenue au gîte de l’Escargot

Bonjour à toutes et tous,
Bonjour à toi ami pèlerin ou randonneur,

   Comme l’Escargot, le pèlerin ou randonneur marche lentement, porte sa maison sur son dos…
Par mon accueil au gîte de l’Escargot, je lui permet de se reposer, se sustenter après une étape plus ou moins longue dépendant de son point de départ.
Le pèlerin passe le midi pour une pause bien méritée avant d’atteindre Ostabat, 6 kms plus loin. Ou bien il arrive l’après-midi pour une soirée et nuit de repos, avant de repartir pour St Jean Pied de Port, 27 kms plus loin. Le voilà déjà reparti… Des rencontres brèves qui peuvent être fortes pour certaines.
J’ai choisi de reprendre un gîte après avoir fait moi-même le Chemin entre 2011 et 2013… Un chemin riche de rencontres, avec soi-même mais aussi avec les autres pèlerins.
Reprendre un gîte c’est faire aussi ce chemin : accueillir l’autre dans sa différence, dans ses souhaits, tout en essayant de ne pas se perdre soi-même. C’est exigeant au quotidien.
Bienvenue au gîte de l’Escargot pour cette nouvelle saison. Et si par bonheur, tu veux t’y arrêter plusieurs jours, je t’y accueille volontiers.

Isabelle

Gîte de l’Escargot,
Le Bourg
64120 UHART MIXE

Tél : 06 16 33 72 13

Le Facebook de l’Escargot :
https://www.facebook.com/Gîte-de-lEscargot-585805791581719/?fref=ts

Le site internet de l’Escargot :
https://www.gitedelescargot.fr