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Rencontre sur le thème de la solitude (Sophie, Isabelle, Bernard)

Après une grippe passée au fond de mon lit en début d’année où je m’étais trouvée bien seule, le sujet avait été évoqué. Cela a fait écho à plusieurs d’entre vous, et c’est ainsi que cette rencontre a eu lieu.
Seize, nous étions 16 en ce dimanche après-midi de novembre pour évoquer le sujet de la solitude… Solitude vécue par le passé, solitude vécue et actuelle, chacun(e) à pu s’exprimer sur le sujet en toute confiance et bienveillance.
Dans chaque témoignage d’expression de la solitude, il y a toujours son « oui mais » positif et ses réponses. Voici un florilège de phrases anonymes prouvant la profondeur, les transformations possibles et la force de trouver des ressources durables.

« Je me sens seule depuis toujours, oui mais je me retrouve vite. Je lis énormément et j’admire la vie, je me surprends moi-même à être heureuse. »
« J’ai construit mes barrières, sauf avec les enfants avec qui c’est plus facile de communiquer »
« La solitude fait partie de moi. C’est seul(e) que je dois choisir. Il faut l’embrasser et ne pas la fuir, l’apprivoiser. Sinon, elle ne passera pas et je ne vais pas avancer »
« C’est une vieille amie. Aujourd’hui, je suis apaisé, même si des années durant j’ai été excessif en fréquentation d’associations »
« La solitude je l’apprivoise, je la rencontre et plus je la rencontre, plus je suis en phase avec l’univers. »
« On n’a plus de manque quand on se retrouve soi-même »
« La solitude permet de comprendre des choses. Avant je croyais que tant qu’on n’est pas deux, on n’est pas accompli. Mais la solitude permet la prière, la méditation. Le bénéfice de la solitude est qu’on n’est pas obligé de partager. Aujourd’hui, je suis avec moi. »
« La solitude est une condition incontournable et normale, celle de chacun face à sa propre voix et sa propre route »
« La solitude, c’est à l’intérieur. Si je suis connectée à moi-même, à mon être profond, le manque disparaît. »
« La solitude, toute ma vie, je l’ai compensée. Je l’ai fuit, transcendée, sublimée, je l’ai dispersée dans l’abondance des rencontres. Ce n’est qu’en me rencontrant moi-même que je fus comblée et que le manque existentiel a disparu. Aujourd’hui, je la recherche pour continuer cette quête vers moi-même et je suis plus proche des autres qu’avant. »
« La foi m’a aidée, la méditation m’a aidée, DJ m’a aidé »
« Je sais me connecter à moi. Je suis avec moi, ainsi je ne suis jamais seule. Il y a des gens qui ne sont pas avec eux-mêmes, qui ne savent pas se connecter à eux et qui ne savent même pas qu’ils ne sont pas avec eux. »
« Pour créer des liens et les garder, il faut être partant, il faut y mettre le prix et au bon moment »
« On a besoin d’être seul pour exister »
« L’expérience spirituelle m’a fait rencontrer un «tu » et un « je » que ne met pas de voile sur ma vie »
« L’amour des autres est bonheur. Mais si je ne m’aime pas moi-même, j’utilise l’autre comme cache malheur. »

La solitude, toutes et tous, l’éprouve ou l’ont éprouvée. Est-ce à cause de notre spécificité LGBT qui pour tous et souvent très jeune nous pousse à nous interroger sur nous-même.
En chacun et chacune, on sentait une réflexion profonde et des solutions trouvées grâce à l’acharnement à comprendre et transformer les choses. C’est cela DJ, une grande capacité de réflexion et d’optimisme pour rebondir.

Sophie et Isabelle

Une grippe, c’est banal, somme toute. Mais elle peut vous plonger de la façon la plus pénible qui soit au cœur d’un mot, un mot malheureusement commun à nos sensibilités si particulières. Merci à Isabelle pour nous avoir poussé du haut du plongeoir.
La solitude, entre le dire ou l’occulter, nous avions bien conscience qu’elle nous faisait à tous escorte et nous suivait pas à pas, lorsque nous nous nous sommes retrouvés à une petite vingtaine, dans une salle de la Manu prêtée par la Mairie. Après quelques hésitations, les plus courageux lui ouvrirent la porte et son visage surgit, mine aux désespoirs multiples suivant les témoignages de chacun. Si certains eurent le coeur aux larmes, tous decrirent à leur manière les petits matins blèmes et l’hiver en plein coeur de l’été.


Alors, comment la dompter, comment la dérouler de nos hanches et ne plus jamais vivre ses nuits blanches alors qu’elle était déjà nôtre aux premiers âges et qu’elle accompagnera nos derniers souffles ? Qu’elle peut aussi nous tenir compagnie, l’impudente, au sein même d’un couple épanoui ! Certains témoignages furent, comme souvent chez nous, d’une rare profondeur. Entre ceux qui la comblaient en se tournant vers l’enfance – le monde adulte étant trop pesant – ou vers un chanceux amour croisé, malheureusement parfois fugace, ou d’autres encore dans un investissement associatif, dans un combat mené contre la maladie, en la piègeant à son propre piège par le temps donné à ceux-là mêmes qui en souffrent, tous eurent l’idée d’une arme pour la combattre : tout simplement ne pas la voir, cette gueuse, comme une menace agressive mais trouver l’intelligence et la force de la dominer, de l’apprivoiser, de l’ignorer. Ces échanges furent pour certains comme une prise de conscience salvatrice et encourageante.
Après un début un zest hésitant et avec les minutes qui s’égrainaient, je ressentis comme une respiration salvatrice, une tendresse naissante entre nous tous, et qui libérait la parole, d’abord baillonnée pour certains. Comme un espoir aussi : celui d’une compréhension fraternelle que nos propres souffrances peuvent être amoindries suivant le regard que nous leur portons. La certitude que David & Jonathan peut combler les plus grands manques, étouffer les désespoirs et réparer les gueules cassées. Il suffit de se parler, d’aller vers l’autre, de se connaitre dans nos differences et de contribuer à combler nos vides, ne jamais se laisser gagner par le goût du malheur ou la gueule du désespoir. Avec la simplicité de dire qu’on se sent mal ou seul et que l’on quête une main tendue. Alors, faisons-le sans plus attendre, tout simplement !
Pas de doutes, cet après midi-là était tout sauf….un après midi de solitude !

B.
avec l’amicale complicité de Barbara (« La Solitude » 1965)

PS 1 : mes compagnes ne m’en voudront pas, j’en suis sûr, d’avoir mis ces phrases au masculin. Mon admiration et ma tendresse pour la gente féminine ne peuvent être mises en doute, quand bien même userais-je du masculin pour englober nos genres. Moi, jadis piètre écolier et si mauvais en ortographe, avais appris à l’école que le masculin (orthographique) l’emportait sur le féminin. Le bien mal défini « sexe faible » a-t-il besoin d’autres subterfuges pour prouver qu’il est largement notre égal ? Largement, et plus encore !!! je l’affirme !

PS 2 : …. et merci aux attentions sucrées de Nadine, Camille, les zélènes et les autres qui, à la mi-temps d’un match presque gagné, nous ont fait comprendre que ce type de récomfort est une excellente introduction à toute thérapie ! 🙂